Deux annonces pour un cœur

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Deux annonces pour un cœur

Eva Justine
Roman de 272 500 caractères, 47 200 mots.
Samuel et Tim vivent à des centaines de kilomètres l’un de l’autre et rien ne les prédisposait à se rencontrer un jour. Pourtant, le destin, se jouant parfois des chemins tortueux que peuvent prendre la rencontre de deux êtres destinés l’un à l’autre, les reliera virtuellement dans un premier temps avant de les réunir un soir de tempête de neige. Embarquez, vous aussi, pour Gulkana, petite bourgade située en Alaska. Venez lire leur histoire et découvrir comment deux annonces peuvent bouleverser deux cœurs afin de n’en former plus qu’un.
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Couverture : Eva Justine


Publié le : vendredi 4 mars 2016
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EAN13 : 9791029401305
Nombre de pages : non-communiqué
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Samuel Tim Tensions Gay cherche l’amour
Le photographe
Deux annonces pour un cœur
Eva Justine
L’homme des bois : / Tim aux doigts de fée
Samuel et Tim
La veille du départ Cody Perturbations
La rencontre
Première fois
Le garde-chasse
Nouvelle vie Inquiétudes Quinze jours plus tard.
Anna et Millie
Changement de cap
Samuel Millie venait à peine de s’étendre sur son lit en réfléchissant à la meilleure façon de trouver un petit ami pour son frère, lorsqu’elle entendit un grand bruit provenant du rez-de-chaussée. Argg… que se passait-il encore ? Décidément, pas moyen d’avoir un peu de tranquillité dans cette maison. Elle se leva en rouspétant, enfila ses chaussons et descendit en râlant. Arrivée en bas des marches, elle constata que son frangin avait une fois encore balancé son sac à dos contre le meuble à chaussures, et que sous la violence de l’impact, le chargement des étagères intérieures s’était une fois de plus écroulé. Énervée, elle grogna de mécontentement pendant qu’elle remettait tout en place, puis chercha le fautif dans les différentes pièces de la maison. — Ohé, crétin, où es-tu ? criait-elle à chaque fois qu’elle pénétrait dans l’une d’elles. Pas de frère dans la cuisine, pas plus que dans la salle à manger ni au salon. Installé dans un fauteuil à bascule à l’arrière de la demeure, ce dernier avait étendu ses longues jambes devant lui et buvait une bière à même le goulot. Son chien Mak, sagement couché à ses pieds, leva la tête en la voyant ouvrir la porte de séparation et remua énergiquement sa queue. — Eh bien, Sam, tu es devenu sourd ou quoi ? Je n’arrête pas de t’appeler. — Mmm… — Qu’est-ce que tu fais ? — J’essaie de me calmer. Regarder le soleil couchant se cacher lentement derrière les montagnes enneigées était une bonne option pour cela, car le spectacle du ciel teinté de rouge et de stries orangées diluées dans l’horizon était magnifique. Le frère et la sœur prenaient souvent un moment en fin de journée pour observer les derniers rayons, qui en disparaissant, semblaient dire bonsoir en offrant une vision d’une rare beauté pour ceux qui savaient apprécier la nature dans toute sa simplicité. Il reporta le goulot à ses lèvres et vida d’un trait le reste de sa bouteille. Tous deux demeurèrent les yeux fixés sur l’horizon, ne pouvant détacher leur regard de l’étoile qui s'évanouissait derrière les pics neigeux. — Que se passe-t-il ? — Terry vient de me refuser mon congé. — Encore ! Mais, pourquoi ? — Car aucun intérim ne s’est présenté pour le poste, et que de toute façon toutes les fois que quelqu’un me remplace, il a des problèmes. — Tu parles ! Il dit ça, mais on sait tous très bien que Terry file le boulot à un jeunot qui n’a pas fait ses preuves, et cela crée fatalement des mécontentements avec les clients et des tensions avec les autres gars. Elle l’enlaça pour le consoler. Depuis l’accident d’avion qui avait coûté la vie à leurs parents quelques années plus tôt, le frère et la sœur étaient très proches et se soutenaient dès que l’un des deux avait un souci. — J’espérais vraiment partir une semaine en ville faire la fête avec mes potes, soupira-t-il en affichant sa déception. — Je sais, mon tout beau, je sais ! Elle s’installa sur ses genoux, et chacun contempla les dernières lueurs colorées dans le ciel céder la place à l’obscurité. Millie trouvait cela trop injuste. Son frère travaillait dur et son patron le savait bien. Samuel était un bon guide, le meilleur même. Il avait cet instinct de chasseur chevillé au corps et parvenait mieux que personne à détecter les traces laissées par des élans, des ours ou des loups. Sillonnant chaque jour inlassablement la contrée avec son chien Mak, il en connaissait chaque recoin. Lorsque des touristes, se désintéressant de la pêche au saumon, réclamaient le meilleur guide local, c’est toujours Samuel que l’on désignait pour les balader à travers les différents points d’observation. Sans se lasser, celui-ci leur
parlait avec passion de la faune, de la flore locale, des neiges éternelles et de l’air pur dont il leur conseillait de faire provision avant de repartir suffoquer chez eux. — Pourtant, on dit de votre pays que c’est le terminus nord de la névrose, lui avait dit un jour un touriste pour le moucher. Samuel avait balayé de la main cette triste vérité. Il avait continué à vanter la préservation des grands sites naturels et des centaines d’espèces d’oiseaux différentes qui nichaient dans la région. Comment expliquer que face au froid, à la nuit, à l’enfermement durant l’hiver et à l’inactivité, il était parfois difficile d’empêcher que le moral vacille. Lorsqu’il les ramenait ensuite à la maison du parc, après une journée emplie de merveilleuses découvertes, il s’amusait toujours de voir ceux qu’il avait trimballés à pied ou à bord de motoneiges se précipiter pour acheter des souvenirs. Ces derniers termineraient probablement dans des tiroirs ou dans un coin de leur garage. Tout comme la carte postale, représentant un élan en train de brouter de l’herbe et qui connaissait le plus vif succès, finirait au fond d’une poubelle un jour ou l’autre. Au printemps et à l’automne, certains chasseurs le réservaient comme guide pour une chasse au loup, à l’élan, au caribou ou à l’ours, ces animaux étant régulièrement aperçus dans la région. Oui, Millie trouvait cela trop injuste pour son frère. Elle lui prit la main et le força à se lever. — Rentrons ! Il commence à faire frais ! Je vais nous préparer une omelette géante comme tu les aimes. — Une tortilla espagnole ? — Oui, avec plein d’oignons et de patates, comme ça, si tu t’arranges pour trainer un peu dans le bureau de Terry, tu pourras l’empester demain matin. Ils éclatèrent de rire et tandis que Samuel montait se doucher, Millie commença à cuisiner. Pour une fois, elle n’alluma pas la radio locale, car elle voulait continuer à réfléchir à la meilleure façon de dénicher un amoureux à son frère. Le problème n’était pas que Samuel soit gay, car les habitants l’acceptaient tel qu’il était. Mais quand on vivait à Gulkana, c'est-à-dire une petite localité isolée au bout de nulle part, le niveau zéro des possibilités était bel et bien atteint, puisque Samuel était le seul gay assumé. Dans cette bourgade ses chances de trouver un homme ayant les mêmes penchants sexuels étant donc nul, Millie savait qu’il lui faudrait élargir un peu le champ des recherches, afin d’augmenter ses chances. Le but ultime étant bel et bien de dénicher quelqu’un de mignon, fidèle et prêt à s’installer dans leur état glacé du bout du monde. Pourtant, elle avait un plan qui lui trottait en tête depuis quelques jours, mais Samuel serait-il d’accord pour l’écouter ? Rien n’était moins sûr, car son frère pouvait parfois se montrer très têtu lorsqu’il s’y mettait. Elle dressa la table, vérifia la cuisson de son omelette puis l’appela en lui signalant que le repas était servi. Peu après, des pas dégringolant l’escalier annoncèrent son arrivée. — Humm, ça sent rudement bon. J’ai une faim de loup, dit-il en tirant sa chaise et en s’installant à table. — En parlant de loup, il parait qu’il y a une grosse meute qui traine du côté de la rivière. — Ouais, Terry l’a signalée hier, l’équipe de garde va s’en occuper. — J’espère qu’ils vont les déloger, car il n’est pas question que tu pêches par là-bas tant qu’ils y seront. — Je suis armé, je ne les crains pas, dit-il en haussant les épaules. — Je sais bien, mais là on parle d’une grande meute et pas de quelques loups isolés, donc si tu ne peux pas partir et que tu dois rester pêcher ici, j’aimerais autant qu’il n’y ait aucun danger. — La vie est dangereuse, Millie, tu ne pourras pas toujours me protéger de tout. — Je continuerai à faire de mon mieux, en tous cas. Elle lui servit une grosse part de tortilla, fit glisser la dernière portion dans son assiette, puis posa le pain frais au centre de la table. Elle attendit d’avoir avalé une première bouchée pour
reprendre la parole. — Dis-moi, je réfléchissais à une chose. Tu viens de fêter tes 25 ans, tu es plutôt joli garçon quand tu décides de te raser plus souvent qu’une fois par semaine. Tu as les beaux yeux bleus de maman, l’épaisse chevelure brune de papa et les épaules carrées d’un bûcheron. Et maintenant que tu as cessé d’arrêter de grandir, on sait enfin que tu rentreras un jour dans un costume de marié acheté sur le NET. Tu fais toujours un mètre quatre-vingt-deux, c’est bien ça ? — Quatre-vingt-trois ! corrigea-t-il. — Comme notre père, soupira-t-elle. Samuel qui avait terminé son assiette la repoussa devant lui et but son verre d’eau tout en regardant sa petite sœur. Que manigançait-elle ? — Et toi, c’est tout le contraire. Tu as les yeux noisette de papa et les cheveux clairs de maman, dit-il en souriant gentiment. Et pour la taille, à vue de nez, tu frôles le mètre douze, c’est bien ça ? — Ha, ha, très drôle ! Ouais, je ne sais pas pourquoi on a mixé tous les deux, dit-elle dans une grimace. Elle se leva, attrapa le dessert dans le frigo, posa deux flans au chocolat devant eux, puis débarrassa les assiettes vides avant de se réinstaller à table. Tendant la main vers l’un des pots chocolatés, elle y plongea sa cuillère avant de parler à nouveau. — Il faut te trouver un mec avant que je quitte la maison ou que tu rapetisses. Samuel grimaça. Quand sa frangine était lancée sur ce sujet, il y avait fort à parier qu’ils allaient y passer un très long moment. — Tu pars seulement le mois prochain et tu vas seulement au bout de la rue, maugréa-t-il. Je sais faire le ménage et la cuisine, car, dois-je te le rappeler, c’est moi qui t’ai tout appris. — Sans vouloir te vexer, Madame Chapman m’a expliqué beaucoup d’astuces, a comblé plusieurs lacunes dans mon éducation ménagère et surtout démenti pas mal de trucs. — Comme quoi ? Millie énuméra ce qu’elle allait dire en comptant sur ses doigts. — Par exemple, que l’on doive frotter un col de chemise avant de la mettre dans la machine, et que l’on peut utiliser le vinaigre pour énormément de choses dans une maison, ça s’est confirmé. Par contre, ce n’est pas vrai du tout que l’abattant des toilettes doit toujours rester relevé pour que les microbes ne puissent pas se fixer. Ni que la poussière de quinze jours s’accroche mieux au chiffon que celle d’une semaine ni que les filles sont prédisposées aux plats mijotés, et les garçons aux grillades. Est-ce que je dois poursuivre ? — Tu avais douze ou treize ans quand je t’ai raconté tout ça. — Peut-être, mais on a continué à le faire quand même. — J’ai oublié de te dire que c’était pour rigoler, reconnut-il l’air faussement navré. — Je vais donc me marier, persista-t-elle, et partir vivre dans une autre maison dans laquelle je frotterai les cols et atomiserai la poussière à ma convenance. Alors, j’espère que tu te souviendras que je ne viendrai plus épousseter la tienne ni m’occuper de tout ce que je faisais habituellement. Elle lui jeta un regard en coin puis expira avec force. L’écoutait-il seulement ! Semblant bien loin des problèmes domestiques, Samuel plaquait son index à l’intérieur du pot de chocolat dont il faisait tout le tour avant de lécher son doigt avec gourmandise. — Je sais très bien que la saleté de quinze jours deviendra une saleté de trois semaines, insista-t-elle, donc il te faut une fille ou un mec. — Une fille ? Il écarquilla les yeux, et tout à coup l’écouta attentivement. — Après tout, tu n’as jamais essayé, donc ne fais pas le dégoûté. — Hum, tout de même, une fille, tu pousses le bouchon un peu loin, là. — Alors, un type qui cherche un emploi d’homme de maison. Peu importe la main, du
moment qu’elle nettoie la poussière et frotte tes cols, moi ça me convient. — Et comment le paierai-je ? — Tu as plusieurs solutions, fit-elle, confiante dans les conclusions de ses réflexions. Samuel se servit un café et se rassit en face d’elle, curieux d’entendre ses élucubrations. — 1. Tu vas passer une petite annonce. Avec Internet, ce sera très facile. En plus, elle sera lue par énormément de monde et même au-delà des frontières ce qui multipliera tes chances. — 2. Ton message précisera que tu recherches un homme de maison, un colocataire ou pourquoi pas un mari qui fera sa part des tâches ménagères. Évidemment, il pourrait cumuler le tout. — Rien que ça ? — Oui. Il faut éviter le plan cul. Je ne pense pas qu’un mec se tape des centaines ou des milliers de kilomètres pour faire ton ménage, même si tu as de beaux yeux. — Et pourquoi ne les ferait-il pas ? fit-il en jouant l’offensé outré. — Eh bien, si tu acceptes de poser torse nu, peut-être que si finalement, céda-t-elle. Samuel la regarda avec effarement. Était-elle sérieuse là ? Il la connaissait, s’il la laissait faire, il finirait à poil avec une hache dans la main et sans l’assurance, bien entendu, que l’outil cache ses attributs masculins. — Et tu connais des sites qui font ça ? — Le frère de Bobby va régulièrement en consulter quelques-uns, puisque lui aussi cherche sa moitié, alors il m’a montré comment faire pour les garçons. C’est finalement pareil. J’ai déjà mis le lien dans l’ordinateur et dans les favoris, veux-tu regarder ? — Maintenant ? — Bah oui, pourquoi, tu as des cols à frotter ? — Euh, non, non, voyons ça. Samuel avait horreur d'être acculé, mais sa petite sœur détestait encore plus que sa vie sentimentale piétine, alors qu’elle-même allait se marier à la fin du mois. Elle savait depuis plusieurs années que l’excuse de la pêche ou de la fête entre potes était une façade pour cacher un départ vers la grande ville la plus proche, afin d’y rencontrer d’autres gays pour soulager ses besoins sexuels. Comme d’habitude, il aurait sans doute pêché pendant sa dernière journée de congé pour rapporter du poisson et tenter de la leurrer, mais elle avait bien grandi et désormais n’était plus dupe. Son frère avait la nécessité de faire l’amour comme tout le monde. Puisqu’il ne pouvait fréquenter personne dans leur petite communauté, elle avait compris qu’il était obligé à chaque fois de s'éloigner vers une destination connue de lui seul. Le frère et la sœur s’installèrent devant l’ordinateur et Millie en quelques secondes à peine se connecta sur le site. — Pour commencer, on va t’inscrire. Donne-moi un pseudonyme et un mot de passe. Samuel prit un moment de réflexion et lui annonça. — Pseudo : l’homme des bois et mot de passe « ma sœur est folle ». — Super ! L’homme des bois, fit-elle en battant des cils, c’est sexy, c’est plein de promesses viriles et de sexe en forêt. Elle tapota sur son clavier puis s’esclaffa. — Oh, tu vas rire, ce mot de passe est déjà pris. Samuel eut une pensée pour celui qu’il ne connaissait pas, mais qui a priori subissait lui aussi un harcèlement affectif. — Millie est folle, alors ! Loin de se formaliser, elle tapa la phrase et valida. Tel était pris qui croyait prendre. — Il faudra t’en souvenir maintenant, pouffa-t-elle. — Aucune chance que je l’oublie, grommela-t-il. — Bien, donc voilà, regarde, tous les soirs, tu cliqueras ici pour accéder aux annonces gays du site, puis pour finir là, sur cette case qui t’est personnelle. J’ai déjà enregistré ton adresse électronique, ainsi que ton profil avec le nom du village qui apparaitra à chaque fois que tu te
connecteras. Comme ça, tes prétendants sauront immédiatement de quel coin tu es. — Tu sais très bien que personne ne connaît Gulkana. Millie haussa les épaules, montrant ainsi qu’elle ne s’arrêtait pas à ce détail. — Quand tu auras des mails, cette petite enveloppe de couleur rose clignotera, il te suffira de cliquer dessus pour arriver sur ta messagerie. Tu as compris ? Samuel se contenta d’opiner. — Bon, maintenant, met-on une photo de toi ou pas ? — Ça changerait quelque chose ? — Il me semble que l’œil serait plus attiré par les annonces qui en ont une que le contraire. Voyant Samuel indécis, elle repoussa la question à plus tard et surfa un peu au milieu de celles déjà parues. Ils s’amusèrent à en lire quelques-unes, puis redevenant sérieuse, elle le regarda avec attention. Comment présenter son frère au mieux ? Sa situation professionnelle était épanouie, mais pour ce qui était de la sentimentale, elle n’était pas des plus réjouissantes. Pourtant, il ne fallait jamais baisser les bras et c’était bien ce qu’elle comptait faire. — Que dirais-tu de : Homme gay, 25 ans, guide, cherche colocataire ? avança-t-il sans trop réfléchir. — Dis donc, tu ne vends pas une bagnole. Tu proposes 1m83 de muscles et les gènes des Taylor, ce n’est pas rien, fais un effort et creuse-toi un peu plus le citron ! — Je n’en sais rien… écris-la-toi ! Je suis certain que de toute manière tu auras le dernier mot. — Parfait, te voilà raisonnable, dit-elle en lui tapotant la main. Je crois que tu dois être sincère avant tout, car tu ne cherches pas n’importe qui non plus, alors autant montrer tout de suite que tu n’es pas le coup d’un soir. Il est temps aussi de savoir ce que tu aimerais recevoir comme réponse. Quel genre de type tu apprécies en général et surtout en particulier. — Faut-il vraiment que je parle de ça avec toi ? — Avec qui d’autre ? J’ai vingt ans et je vais me marier, alors j’ai l’impression que je peux tout entendre. Et puis, tous les deux, nous sommes du même sang, donc unis pour la vie, et je ne veux que ton bonheur, tu le sais bien. Des larmes perlèrent aux yeux de Millie qui renifla. Oh, oui ! Comme elle l’aimait et comme elle avait envie qu’il soit heureux, lui aussi. Puisse Dieu se détourner un court instant de sa lourde tâche et regarder un peu vers ce petit coin d’Alaska, afin d’envoyer dans cette maison un homme bien qui tomberait amoureux de Samuel et le comblerait du bonheur qu’il méritait. Elle-même n’attendait plus que son frère s’éveille à l’amour pour être totalement satisfaite, et se marier libérée de ce souci qui la taraudait. — Eh bien, j’aime être le mec, avoua-t-il en rougissant légèrement. Millie comprit à demi-mot. Inutile de le gêner en cherchant à connaître plus de détails intimes. — Et physiquement ? — Je n’ai jamais eu vraiment le choix. Quelqu’un de mon âge, gentil et fidèle, ça me suffirait. — Tss… tss, tu mérites le meilleur pourtant. Bien, que dirais-tu de : « Beau jeune homme gay de 25 ans, propose une relation sérieuse à un homme de son âge, gentil, fidèle et qui devra aimer les grands espaces enneigés. Si avez envie de vous glisser dans la chaleur des bras d’un guide viril, laissez-moi un message ». C’est simple et ça dit l’essentiel. Aux premières réponses que tu recevras, on verra si on a tout bon, sinon on en mettra une seconde la semaine prochaine avec un autre texte plus alléchant et une photo hyper sexy. Je te préviens, tu auras certainement du tri à faire parmi les excités du net qui n’hésiteront pas à t’écrire, mais le frère de Bobby m’a expliqué que c’était inévitable. Maintenant, on va tout de même poser un cliché de toi, tu es plutôt beau gars pour un frangin qui ne lave pas ses cols de chemises, alors pas question de te cacher.
Sans lui laisser le temps d’y réfléchir, elle sélectionna dans un dossier une image le montrant assis sur un tronc d’arbre, un fusil entre les mains. La photographie avait été prise après une matinée de travail, mais il était souriant et ses magnifiques yeux bleus respiraient la joie d’être là où il était au moment précis où elle avait été faite. Elle la joignit à l’annonce, cliqua et confirma le tout, puis un bref message leur stipula que cette dernière serait mise en ligne après la validation d’un modérateur. Millie éteignit l’ordinateur et déclara. — On reviendra voir demain soir si un poisson a mordu.
Tim
— J’en ai marre de cette baraque, je vais me casser un de ces quatre, je te le jure, cria Tim à sa sœur Anna.
Celle-ci ne savait plus comment agir pour que son frère et le père de son fils se supportent. Tous les jours, le moindre prétexte était bon pour qu’ils s’engueulent et elle commençait même à craindre qu’ils en viennent aux mains. Maintenant que son bébé était né, elle ne se sentait plus le courage de partir de la maison, aussi faisait-elle toujours le dos rond tout en essayant de faire comprendre à son frère qu’il devait agir de même. La porte de la chambre de Tim claqua violemment. Elle jeta un coup d’œil vers le salon, où celui qui était la cause de la dispute était en train de boire bière sur bière en zappant sur les chaines de la télévision. Elle compta six canettes vides sur la table basse. Inutile de lui parler. De toute évidence, Cody n’écouterait rien de ce qu’elle pourrait dire. Pire, comme toujours, il finirait par l’insulter jusqu’à ce qu’elle fonde en larmes. Désabusée, elle monta se coucher en trainant des pieds. Il lui fallait dormir un peu avant que le bébé ne se réveille. Puisqu’elle ne pouvait pas compter sur son petit-ami pour la remplacer de temps en temps auprès de leur fils, elle devait absolument se reposer et tenter d'oublier les querelles à répétitions qui polluaient l’atmosphère depuis plusieurs semaines.
Tim, lui, bougonnait. Un ivrogne, voilà tout ce qu’était Cody. Rien d’autre qu’un foutu ivrogne qui avait réussi à la séduire un soir où elle devait être saoule, elle aussi, ce n’était pas possible autrement. Il pensa que la pauvre démarrait mal dans la vie, enfin non, plutôt continuait mal, attendu qu’elle et lui étaient des enfants de l’assistance publique, leur jeunesse n’avait pas été très folichonne jusque là non plus. Tim ne supportait donc plus toutes les réflexions qu'elle se prenait à travers la figure et qu’elle ne méritait pas, alors à chaque fois le ton montait entre les deux hommes. Généralement, la dispute se terminait par des insultes, puisque Cody n’hésitait pas à traiter Tim de pédale et de suce bite. Un de ces jours, le poing de l’un ou de l’autre finirait par tomber, il ne fallait pas en douter. Histoire de se calmer un peu, il sélectionna un jeu vidéo grâce auquel il se défoulerait en cognant sur un monstre quelconque.
Une heure plus tard, il se coucha et s’endormit en rêvant que cet idiot de Cody se réveillerait avec une tête au carré.
Le lendemain matin, Tim retrouva sa sœur installée dans la cuisine en train d’allaiter le bébé. Il les embrassa, puis se servit un café et croqua dans une tartine de pain beurrée.
— Désolé pour hier soir, grommela-t-il avant de s’assoir sur une chaise.
Anna le regarda avec toute la gentillesse du monde dans ses yeux. Elle savait très bien que Tim n’avait voulu que la défendre une fois de plus. Il était non seulement son petit frère, mais également son meilleur ami et ils avaient traversé tellement d’épreuves ensemble qu’ils ne pouvaient s’empêcher de veiller l’un sur l’autre. Quand elle était venue s’installer dans la petite
maison de Cody, il l’avait naturellement suivie puisqu’ils n’avaient jamais été séparés depuis leur naissance. Anna et lui se protégeaient l’un l’autre et le feraient sans doute encore pendant très longtemps. Actuellement, elle s’inquiétait justement pour son frère dont les crises d’asthme, déclenchées par le stress, se renouvelaient un peu trop souvent. Elle savait que l’ambiance perpétuellement tendue en était la cause principale, aussi restait-elle vigilante à éviter les conflits au maximum, ce qui devenait définitivement impossible puisque Cody l’exaspérait régulièrement. Elle regarda ensuite son petit garçon et se demanda si elle avait le droit de le priver de père comme elle l’avait été elle-même, puis observa Tim inspirant une bouffée de son médicament. Ce dernier se cala contre le dossier de sa chaise et tourna la tête vers la fenêtre, cherchant à apercevoir quelque chose à travers les rideaux depuis qu’un bruit de moteur venant de la rue avait troublé la paisible ambiance familiale. Une fois de plus, elle avait vu juste. Tim avait besoin de cette aide ponctuelle pour surmonter les crises qui se déroulaient fréquemment entre les deux hommes. Reportant son attention sur Anna, frère et sœur se regardèrent avec affection. Tim lui parla honnêtement.
— Tout le monde aime les bébés, enfin si on retire ton mec de cette généralité.
— Il n’apprécie pas de l’entendre pleurer, c’est tout.
— Parce qu’il est trop con pour croire qu’un enfant ne chiale pas ! Allez, ne le défend pas, tu ne me feras pas changer d’avis sur lui. Il n’a même pas voulu t’épouser ni le reconnaître non plus, grinça-t-il en désignant le petit ange qui s’endormait au creux de la chaleur du sein de sa mère. Est-ce que tu aimes vraiment cet ivrogne ?
Jouant avec les franges du châle, dont elle avait entouré le corps de son fils, Anna sembla réfléchir un instant. Aimer ! C’était quoi l’amour ? Elle avait rencontré Cody un soir de fête pendant laquelle ils avaient tous les deux beaucoup trop bu. Toutes ses copines étant en couple ou sur le point de se marier, elle s’était dit pourquoi pas lui, et ne l’avait pas repoussé lorsqu’il avait glissé sa main sous sa jupe. Oui, elle avait cédé totalement et bien trop vite, son cerveau embrumé ne l’ayant pas mise en alerte. Pourtant, le résultat de cette capitulation était là dans ses bras, et elle ne parvenait pas à regretter la venue de son fils. Lui, au moins, aurait tout l’amour dont elle avait manqué, et tant pis si Cody se comportait mal. Peut-être que plus tard, il changerait d'attitude une fois que l’enfant aurait grandi. Beaucoup d’hommes préféraient sans doute jouer au ballon plutôt que de donner un biberon ou changer une couche. Lui faudrait-il patienter jusqu’à ce que leur fils marche ? Pourtant, au fond d’elle, elle sentait qu’ils ne seraient pas plus heureux à ce moment-là, mais que faire ? Elle n’avait plus de travail depuis qu’elle avait démissionné pour s’occuper du bébé et maintenant qu’elle vivait chez Cody, elle avait bien remarqué qu’il buvait presque toute sa paie et se désintéressait d’elle. Trois mois de vie commune déjà, et cela lui semblait une éternité.
— Non !
Voilà le mot franc et direct que Tim reçut en réponse à sa question.
— Alors, pourquoi restes-tu avec lui ? Il t’insulte tout le temps. Je vois bien qu’il ne t’aime pas, donc j’ai du mal à comprendre. Tu es jeune et jolie, tu pourrais facilement refaire ta vie. Tu pourrais trouver un autre gars qui prendrait soin de vous et élèverait Eliott comme son fils.
— Je sais que j’aurai fini par me lasser de cette vie. J’attendais que l’hiver se termine pour recontacter mon ancienne patronne et me remettre dans la vie active. Mais, je sais aussi que si je quitte Cody, Mona fera tout pour m’enlever Eliott. On a plus de parents pour nous soutenir,
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