Flash-Back

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À 30 ans, Savage Dermercey est une auteure à succès, heureuse et épanouie. Sous le pseudonyme Joséphine Wild, son premier livre connait un franc succès. Mais lorsqu'elle se rend à une interview pour faire la promotion de son roman, elle se retrouve nez à nez avec Richard Erria, son ex-petit ami avec qui elle a vécu une histoire d’amour aussi passionnelle que destructrice... Ces retrouvailles inattendues bouleversent Savage. Richard découvrira-t-il pourquoi elle a mis un terme à leur relation sans lui donner d’explication ? Sauront-ils affronter les multiples obstacles sur leur route  ? Entre pression familiale, non-dits, et médias envahissants, parviendront-ils à donner une nouvelle chance à leur amour ?
Publié le : jeudi 3 mars 2016
Lecture(s) : 11
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791026204268
Nombre de pages : non-communiqué
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Robyne Max Chavalan

Flash-Back

 


 

© Robyne Max Chavalan, 2016

ISBN numérique : 979-10-262-0426-8

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Courriel : contact@librinova.com

Internet : www.librinova.com


 

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Ces lignes sont dédiées

À tous ceux qui se sont perdus

Et qui rêvent de se retrouver.

 

 

 

 

« Se retrouver :

S’il y a bien un verbe qui se conjugue à deux,

C’est celui-là. »

Anonyme

 

 

Prologue

 

Ma mère m’a toujours dit : « l’amour c’est comme les épidémies, tu te crois immunisé, mais tu y es toujours exposé et jamais vacciné… »

Ma mère a toujours raison, c’est désolant.

Je m’appelle Savage Demercey et je suis écrivain. Enfin, jeune écrivain, hein ! Mon deuxième roman vient de sortir et se vend plutôt bien. J’ai décidé de vous raconter mon histoire. On pourrait croire qu’il s’agit d’un énième roman d’amour à l’eau de rose avec une héroïne à fort caractère et un beau jeune homme riche, qui se rencontrent pour la première fois et tombent fous amoureux l’un de l’autre. Bien entendu, ils refuseraient au début de l’admettre avant finalement de se vouer un amour éternel. Un vrai conte de fée moderne quoi ! Sauf que s’il est bien vrai que j’ai un sale caractère et qu’effectivement mon histoire comporte un beau gosse, il se trouve surtout que c’est mon ex et que je le déteste. Enfin, je l’aime encore mais je le déteste aussi. Vraiment. Je suis de feu, il est de glace. Je suis la voleuse quand il est la police. Je suis l’escroc quand il est le contrôle fiscal. Et quand nous inversons les rôles, c’est encore pire. Il est psychopathe, quand je suis sa victime désignée, il est l’allumette quand je suis le gazole…

Notre première rencontre a été explosive et notre histoire encore plus mouvementée… Nous nous sommes aimés, déchirés et rabibochés tant de fois au cours de ces quatre années passées ensemble, que notre entourage avait l’habitude de nous appeler en secret le couple en CDD. Nous nous rendions dingues mutuellement mais aussi tous nos amis et nos familles. Nous n’étions pas du même monde, pas du même niveau social, et surtout nous n’étions pas conventionnels tant sur le plan de notre relation psychologique, que physique même… Mais nous avions en commun, un lourd secret. Quelque chose qui nous avait rapprochés, qui avait fait que nous nous étions reconnus instinctivement dans l’autre. C’est pour cela que cela avait été si fort et si destructeur aussi. Nous n’avions réussi qu’à nous faire du mal. Notre histoire s’était finie comme elle avait commencé dans une explosion apocalyptique et une faille sentimentale de la taille de celle de San Andréas pour moi.

Cela faisait maintenant un peu plus de cinq ans que tout ça était devenu une histoire ancienne et j’avais fini par réaliser mon rêve. Du haut de mes trente ans, j’étais enfin épanouie et fière de ce que j’avais accompli jusqu’ici. Après de longues études de droit et divers boulots, j’avais enfin osé me lancer et envoyer mes manuscrits. J’ai eu plus de refus et plus de critiques que le Code civil ne comporte d’articles… Mais enfin, j’avais persévéré et cela avait payé. J’étais désormais une auteure reconnue et promis à une belle carrière. Mieux, je commençais à vivre de mon œuvre, et ça, plus que tout, était le signe de ma réussite professionnelle. Je tentais quand même de garder les pieds sur terre, car la chance et la reconnaissance de ses pairs peuvent vite tourner… Sur le plan sentimental, en revanche, ma vie était un désert… Non pas que je n’aie pas de succès ou que je sois moche, non, mais plutôt que je ne me laisse pas facilement approcher et que j’enchaînais plutôt les relations d’un soir. Je n’arrivais pas à me poser. Je n’arrivais pas à trouver chaussure à mon pied comme on dit. Expression cruelle soit dit en passant pour toutes celles qui se rêvent en Cendrillon… Du coup, j’avais fini par faire de mon prénom une philosophie de vie. J’étais sauvage et féroce avec les mecs et je l’assumais. Si cela ne leur plaisait pas, les hommes qui avaient la malchance de tomber sur moi, n’avaient qu’à porter plainte contre mes parents pour ce drôle de prénom et ce caractère à la con… Et en plus je fais des rimes !

Mon prénom justement. Pourquoi Savage vous demandez-vous ? Alors rapidement, car je ne tiens pas à m’épancher trop sur le sujet. Mes parents se sont rencontrés lors d’un safari en Afrique. Ils ont vécu un coup de foudre et ma mère est tombée enceinte de moi pendant le séjour… Vous devinez la suite ? Un beau bébé de 3 kg qu’on appelle Savage pour le souvenir d’une rencontre…

Sauf qu’avec un père océanologue et une mère ethnologue, ma vie n’a vraiment pas été stable. Toujours en vadrouille quelque part dans le monde, je les voyais rarement. J’étais une Sans Parent Fixe et je m’étais très tôt réfugiée dans la lecture et l’écriture. J’adorais mon père et ma mère. Mais à un moment ma tante et mon oncle étaient réellement les seules personnes sur qui j’avais pu compter. Je faisais donc partie de ces femmes, libres d’esprit, accro à son indépendance comme un camé à la poudreuse, ultra-perfectionniste, maniaque mais aussi délurée ; et qui cachait derrière tout ça une profonde solitude mâtinée d’un total manque de confiance en soi… Bref, le cocktail détonnant. Ajoutez à cela un petit mètre soixante-dix, une taille trente-huit avec des formes généreuses, de longs cheveux ondulés châtain tirant sur le brun, des yeux bleu, et, vous aurez mon portrait en 3d. Ça, c’est mon moi physique. Celle que les gens croisent dans la rue, sans savoir qui elle est et ce qu’elle cache.

Mon alter ego, lui, s’appelle Joséphine Wild. C’est mon pseudo ça : Joséphine Wild. Mélange subtil de mon deuxième prénom et de mon premier. Et quand je deviens Joséphine ; je suis tout ce que Savage n’est plus, ou n’arrive plus à être depuis cinq ans. Je suis délurée, impudente, effrontée et sans peur… Mais pour bien comprendre mon présent, et l’avenir qui se profile, il faut que je vous laisse accès à mon passé.

Aurais-je le courage de ses retours arrière ? Aurais-je la force de vous laisser accéder à tout ce que j’étais pour mieux comprendre qui je suis ?

Le chemin va être long et semé de flash-back…

 

Je me présente : Savage Joséphine Demercey Wild et ceci est mon histoire…

 

Chapitre I

 

Mardi 18 novembre 2014.

 

Aujourd’hui, j’ai ma première interview pour la télévision. Je suis en mode hystérique pour ne pas dire hystérico-hystérique. Je suis en retard et je déteste ça. Je suis plantée devant mon placard et je cherche désespérément comment je vais m’habiller. Pantalon ? Jupe ? Robe ? Classique ? Moderne ? Casual ? Bohème chic ?

Merde ! Mais pourquoi c’est si compliqué aujourd’hui ? !

J’ai une boule au ventre, de la taille d’une boule de bowling, et comme un drôle de pressentiment. Comme si j’étais à un tournant de ma vie. Pas de ma carrière. Mais bel et bien de ma vie. Je n’ai ressenti cela que deux fois. Et les deux fois ça a été un bordel intégral. Un séisme. Un tsunami. Je me regarde dans le miroir et je tente la technique de la respiration. Je ferme les yeux et essaye de me recentrer. J’aurais bien besoin d’appeler ma meilleure amie, mais elle est en vacances et je n’ai pas envie de les lui gâcher par mes doutes ridicules. Je prends donc sur moi, en sachant pertinemment que quand je ne peux pas expulser mes craintes, je vais ressasser et être d’une humeur de chien. Ce qui n’est pas franchement bon signe pour la journée à venir. J’espère que Henry lui sera de meilleure composition.

Henry est mon éditeur et mon agent. Il est le seul à me supporter quand je suis comme ça. Pas besoin de se faire des politesses pour bien travailler. C’est notre devise. Je respire une dernière fois et opte pour un pantalon tailleur associé à un chemisier turquoise, dont je laisse les deux premiers boutons ouverts. Une paire d’escarpin noir, une touche de maquillage ; et, le tour est joué. J’enfile mon trench beige d’une main, attrape mon sac à main de l’autre, claque la porte de mon appart, quand mon téléphone sonne. Putain. Henry encore. C’est clair je vais me faire allumer. Je descends quatre à quatre les escaliers de mon immeuble et sors rapidement pour m’engouffrer dans le taxi qui m’attend, et que, prévoyant, Henry m’a envoyé. Il sait combien je déteste conduire en ville et ne compte plus le nombre de fois où j’ai insulté les pauvres automobilistes parisiens. Vingt minutes plus tard, je rentre dans l’immense édifice qui abrite les locaux de la chaîne nationale où je vais être interviewée et où m’attend déjà Henry en pleine discussion avec un petit blond pétillant et sûrement aussi gay que je suis hétéro.

— Ah ! Enfin, te voilà ! Tu t’es perdue en route ou quoi ?

Super, Henry est dans le même état que moi : à savoir « faut pas nous emmerder aujourd’hui ». Ça promet ! Ça va être une bonne journée, ça, je le sens ! D’autant que je n’ai pas eu le temps de prendre mon café. Et moi, sans ma dose journalière de caféine, je me transforme en gremlins…

— Ne commencez pas Henry, je le préviens. Je ne suis pas d’humeur.

Il hausse un sourcil blanc et broussailleux.

— Ah non ? Eh bien, il va falloir pourtant. Tu as deux minutes pour le maquillage et trois pour te composer une tête affable et souriante. Tu penses pouvoir y arriver ou faut-il que je prévienne d’avance la sécurité ?

Je le dévisage froidement et lui fais mon regard le plus polaire. Le petit blond qui était parti dans un grand éclat de rire, se ratatine aussi sec, comme un raisin de Corinthe, lorsque je pivote sur mes talons pour l’observer à son tour. Henry soupire et m’attrape par le coude pour me traîner un peu plus loin.

— Savage, il va falloir que tu contrôles ton caractère aujourd’hui. C’est une chance en or qui t’est offerte là. Si jamais tu la bousilles, je te jure que je te fais écrire des livres de cuisine jusqu’à la fin de tes jours.

Je soupire. Henry a raison. En fait, il a toujours raison, comme ma mère, et ça le don de m’agacer prodigieusement. J’ai une furieuse envie de l’insulter, mais je ne peux pas me le permettre, d’autant qu’il est le seul qui n’est absolument pas impressionné par mon caractère… Je serre donc les poings convulsivement, inspire un grand coup et me compose un sourire désarmant.

— Comme ça, ça va ? lui dis-je avec une moue dédaigneuse.

— Hmmff ! Je ne sais pas, me dit-il, si tu essayais l’amabilité pour une fois et la gentillesse…

— Vous n’êtes qu’un sale…

— Oui, oui, je sais, mais c’est grâce à moi que tu es là ! Alors souris et s’il te plaît soit convaincante quand tu tenteras d’être aimable ! Tu vas être interviewée par l’étoile montante du journalisme. Il n’a pas encore vingt-huit ans mais il est déjà fortement apprécié et reconnu du public. La chaîne a pensé que c’était bon pour votre image à tous les deux, alors s’il te plaît, s’il te plaît, essaye vraiment cette fois-ci d’y mettre du tien et surtout de la bonne volonté…

Je lève les yeux au ciel. Bon. Si ça peut rendre Henry heureux et qu’il me foute la paix pendant les trois prochaines semaines, ça vaut peut-être le coup de faire un effort.

— Très bien, Henry. Vous avez gagné, comme d’habitude.

— Promets-le-moi, Savage !

— Très bien ! je grogne ulcérée. Je promets.

Henry me regarde, absolument pas convaincu par ma sincérité. Il met sa main derrière l’oreille et me dit :

— Je n’ai pas bien entendu, tu disais ?

Mes narines se dilatent sous l’effet de la colère, mes muscles se crispent, mais je réponds bravement :

— Je promets que je ne bousillerais pas tout, et que je ne ferais pas la peste.

— Bien. Allons-y alors.

Le petit blond nous précède dans un ascenseur, un dédale de couloirs et enfin s’arrête devant une porte de bureau. Il toque. Une voix lui répond d’entrer. Le petit blond s’efface pour nous laisser passer.

— Votre rendez-vous de dix heures Monsieur Erria : Mademoiselle Joséphine Wild et son agent Monsieur Henry Miller.

Mon cortex cérébral a un violent court-jus.

Pardon ? Je n’ai pas bien entendu. Quel nom a-t-il prononcé ? Dites-moi que c’est une farce. Un cauchemar. Tout, mais pas ça. Dieu, s’il te plaît, si tu existes, ne me fais pas ça…

Je reste figée telle une statue sur le pas de la porte, une sueur froide me coulant dans le dos, mon cœur battant la chamade. Henry se retourne et me regarde en me fusillant des yeux. Et alors que notre hôte s’avance pour lui serrer la main, je le vois qui se fige à son tour, foudroyé par ma vue et cette saloperie de destin. J’ai l’impression de m’être jetée dans la gueule du loup, dans la fosse aux lions ou dans une piscine remplie d’acide. Mon ex, que dis-je, mon putain d’ancien amant est là devant moi, son regard de braise planté dans le mien. Richard Erria, l’ombre de mes rêves et le poison de ma vie. Je sens à nouveau cette attirance physique quasi mystique qui nous relie malgré nous. Des flashs de nos nuits torrides me traversent comme des vagues lors d’une tempête et je me liquéfie. Littéralement. Mon corps me trahit ignoblement.

Il est toujours aussi beau, toujours aussi sexy, toujours aussi sûr de lui. Je jurerais presque qu’il a encore gagné en charisme et sex-appeal. Son mètre quatre-vingt-cinq, sa peau mate, son corps à la fois souple, musclé et délié ; tout en lui est encore plus… Tout.

Légalement, ça devrait être interdit d’embellir à chaque année qui passe. Et comme un fait exprès, en plus, il est habillé précisément comme j’aime : un pull noir à col roulé sur un pantalon à pince gris de la meilleure coupe. Ses cheveux noirs aux doux reflets argentés sont toujours coiffés négligemment. Avec sa barbe de trois jours, il fait beaucoup plus mature que son âge réel. Le parfait Bad boy chic et décontracté. Je le hais.

Argh ! Non, non, non et non ! Je ne veux pas que ça recommence ! Je ne m’en remettrais pas cette fois-ci !

Passé le premier moment de véritable surprise pour tous les deux, je le vois qui esquisse son sourire qui tue. Le con ! Je recule, c’est plus fort que moi. Je ne peux pas. J’ai trop souffert, trop pleuré, trop crié aussi. Mais le regard d’Henry me dissuade de faire un pas de plus en arrière. J’ai promis. Plus, je me suis promis qu’il ne m’atteindrait plus jamais. Alors je respire un grand coup et je m’avance déterminée.

— Savage…

Sa voix provoque toujours autant de choses en moi.

— Je suis un peu pris de court, je dois le reconnaître… continue-t-il.

— Pas autant que moi, cependant, je réponds crispée.

— Comment vas-tu ? me demande-t-il doucement.

— Bien je présume.

Il me dévisage et n’ose pas s’approcher de moi. Je le sais tendu. Je le connais par cœur. Je sens ses mécanismes d’attaque et de défense s’enclencher un par un et en même temps je sens tout ce qu’il voudrait me dire, de même que je devine tout ce qu’il voudrait me faire. Henry se racle la gorge. Nous n’y prêtons attention ni l’un ni l’autre. Il aurait été un meuble que cela aurait été pareil.

— Pourquoi tu es partie ? Pourquoi tu n’as jamais répondu à mes messages ? Je ne comprends pas, Savage, pourquoi ?

Richard a débité ça sur un ton urgent presque désespéré. Cela me surprend et me perturbe aussi, comme s’il avait vraiment besoin que je lui explique, comme si l’évidence n’était pas évidente justement. Ça me met en colère.

— Sérieux ? Tu veux vraiment qu’on parle de ça maintenant Richard ?

— Et pourquoi pas ? T’as autre chose à faire là de suite ?

Henry s’interpose entre nous, décontenancé par la situation, qui lui échappe totalement.

— Est-ce que l’un de vous deux, veut bien m’expliquer ce qu’il se passe exactement ?

J’avale ma salive. Henry va faire une syncope, je le sais. Il va me péter un fusible entre les mains.

— Henry, je vous présente Richard Erria, mon… Ex.

— Ton quoi ?

Richard semble beaucoup s’amuser soudain. Ses yeux pétillent à nouveau. Il a l’air content de me voir… Je ne comprends pas.

— Son ex. Amant, amoureux, comme vous voulez. Je la connais certainement mieux que vous, d’ailleurs.

Mon éditeur est en train de passer par toutes les nuances de rouge existantes. Je me demande vaguement si je ne vais pas devoir opérer une manœuvre d’Heimlich pour qu’il respire à nouveau.

— Savage, on s’en va, me dit-il.

Richard s’avance, lui ouvre la porte et lui dit :

— Vous peut-être, mais elle non. J’ai deux mots à lui dire.

— Je suis contre, dit Henry. J’annule cette interview, il y a conflit d’intérêts.

— Je n’ai pas encore commencé, lui répond Richard glacial. Et puis, ceci est une conversation privée.

Henry me regarde, indécis. Moi-même j’hésite un petit moment (mais alors vraiment tout petit le moment), j’ai envie de savoir ce que Richard a à me dire, mieux j’en ai besoin quelque part. Je rassure mon éditeur.

— Ça ira, Henry. Je vais m’en sortir et puis Richard sait comment je mords. Je ne risque rien.

Henry réfléchit encore un instant mais sort sous la conviction brute que j’affiche. Richard referme la porte derrière lui.

— Tu es toujours aussi belle, Savage.

— Et toi, toujours aussi autoritaire.

Richard s’avance vers moi et se met à me tourner autour comme le ferait un chat avant de croquer une souris. Sa présence empiète sur mon espace. Ses larges épaules carrées, son torse sculptural…

— Je me sens vraiment idiot de ne pas avoir compris que tu te cachais derrière le pseudo de Joséphine Wild. J’aurais dû comprendre.

— Oui, c’est un assez bon résumé de ta vie je crois : l’idiot qui ne comprend rien.

Il s’arrête, son corps bien trop près du mien. Son parfum emplit mon air. La tête me tourne. Il ne relève pas. Il me connaît. Je l’ai toujours cherché. De toutes les façons que je pouvais.

— Tu as beaucoup minci. J’aimais tes formes.

C’est une constatation dans sa voix.

— Je ne vois pas en quoi mon physique te concerne désormais.

— Ce n’est pas parce que tu as pris la décision arbitraire de m’éjecter de ta vie, que je n’ai pas le droit de me préoccuper de toi !

Je reconnais le ton du Richard énervé et en colère et il est hors de question que je rentre dans son jeu.

— Ne commence pas avec moi ! je lui crie. Tu sais parfaitement pourquoi je l’ai fait.

— Non je ne sais pas et c’est bien là tout le problème.

— Quel problème ? Je ne t’ai pas vu ramper pour venir me chercher que je sache ?

Il esquisse un sourire en coin.

— Tu sais très bien que je préfère quand c’est toi qui rampes…

Oh non, pas de ça avec moi ! Pas de sous-entendu charnel et érotique…

Justement. J’en avais marre.

— Je ne comprends pas, reprend-il plus sérieux. Pourquoi es-tu partie ?

Je n’en reviens pas. C’est qu’il insiste en plus !

— Tu oses me poser cette question ?

— Je ne vois pas pourquoi je ne le ferais pas ! s’emporte-t-il. Du reste, je t’aime toujours moi!

Coup de poignard. Au moins quatorze centimètres de long droit dans mon cœur. J’arrête de respirer, tellement le choc de ces trois mots me prend au dépourvu. Combien de fois ai-je rêvé qu’il me les dise, que dis-je fantasmer même… Mais je ne sais pas pourquoi ça me met encore plus hors de moi. Je n’y crois pas. Surtout après son dernier texto. Jamais je ne pourrais oublier ces mots-là. Ils m’ont littéralement cloué au pilori ce jour-là. Je refuse de resombrer, j’aurais trop de mal à m’en sortir.

Et puis merde qu’est-ce qui lui prend tout d’à coup ? Le voilà sentimental maintenant ? Ou bien est-ce l’inverse et il est devenu pervers ?

Alors je dis la seule chose qui me passe par la tête :

— T’es vraiment qu’une pourriture…

Je tourne les talons et m’apprête à sortir quand il m’attrape par la main et me tire vers lui pour me retenir. Je le gifle. Il ne me lâche pas. Au contraire, il me bloque contre lui, mon poignet prisonnier de sa main dans mon dos. Oh son torse contre le mien…

— Lâche-moi Richard, ou je te plante mon talon dans les couilles. Tu as trois secondes. Une…

— Non, pas avant que tu ne te sois expliquée.

— Deux…

Nous nous défions du regard. Je sais qu’il ne me lâchera pas. Pas tant que je ne lui aurais pas apporté une réponse. Mais pas question d’évoquer le texto.

— Je suis partie pour nous, je lâche dans un souffle, parce qu’on se faisait du mal et qu’il fallait bien que l’un de nous deux la prenne cette foutue décision !

Mes larmes se sont mises à couler toutes seules. Trahison lacrymale une fois de plus.

— Qu’est-ce que…

Je le vois sincèrement surpris par ma réponse. Je lis le choc et la confusion sur son visage. Il cligne des yeux plusieurs fois cherchant à comprendre le sens de ce que je viens de lui dire. Il cherche. Vraiment. Ç’en est limite comique.

Je me dégage et continue de déverser des années de rancune et de souffrance:

— Richard soit réaliste. Tu étais trop jeune et moi trop âgée. Tu ne rêvais que de t’éclater et la seule chose que tu attendais de moi, c’était que je sois à ta disposition à t’attendre. Combien de fois es-tu parti et m’as-tu laissée sans nouvelle ? Combien de fois tes potes m’ont-ils appelée en pleine nuit, quand tu étais bourré, à délirer à mon sujet ? Combien de fois m’as-tu quittée pour mieux revenir après comme si de rien n’était ?

Il déglutit complètement sonné.

— Je… J’étais con, c’est vrai.

— Con ?

Je n’en reviens pas. Mais où est Richard Erria, mon connard d’ex-personnel ?

Oui con, reprend-il. Mais je dois avouer que je me pose aussi la question de ton âge mental là de suite. Tu parles de ce que « tu » as fait, mais et moi alors ? Combien de fois ai-je supporté que l’autre abruti de cuistot te tourne autour ? Combien de fois ai-je dû patienter que tu veuilles bien me rappeler ? Combien de fois ai-je dû te défendre auprès de Magali ? Tu veux que l’on compte les points toute notre vie ?

Mon rire devient hystérique.

— Je ne te parle pas de compter les points, Richard. Le problème est ailleurs si tu veux mon avis. Tu n’aimes pas être attaché à quelqu’un… Ce que tu aimes c’est ta liberté. Tu es comme un courant d’air, toujours à la recherche du frisson et de l’aventure… Et moi ce que je voulais, c’est être rassurée. Tu ne comprends donc pas ? Nous étions incompatibles. Sur tous les plans. Ça ne pouvait pas fonctionner. Nos blessures respectives nous ont formatées en sens inverse toi et moi. Je te voyais lutter contre ta vraie nature quand tu étais avec moi. Et moi, quand tu n’étais pas là, j’étais comme en apnée. Alors, j’ai pris la seule décision viable pour nous deux : je t’ai laissé partir. Car on ne retient pas le vent, tout au plus on l’enchaîne mais il est alors malheureux… Je ne voulais pas ça pour toi. Je t’aimais trop pour ça. C’est pour ça que je suis partie. Pour ça aussi que je n’ai pas répondu à ton dernier message.

Il me regarde estomaqué. Il a l’air brisé soudain et peiné. Une douleur certaine brille au fond de ses prunelles noires.

— Pourquoi tu ne m’as parlé, bordel ? s’énerve-t-il soudain. Pourquoi tu ne m’as pas forcé à t’écouter ?

— Et à quoi ça aurait servi dis-moi ? Hein ? Tu aurais fait quoi de plus ? Tu étais même en train d’évoquer le fait de partir suivre un cursus en Chine ! En Chine ! Pas à l’autre bout de la France non, trois continents plus loin ! S’il te plaît… Tu sais très bien que tu te mens quand tu penses même que tu aurais fait quelque chose à l’époque.

— Mais ça, on ne le saura jamais puisque tu ne m’as laissé aucune chance ! me rétorque-t-il ulcéré.

Je ravale une réplique cinglante. Quelque part, je sais qu’il a raison. Mais jamais je ne le lui avouerai. Plutôt me couper un bras à la tronçonneuse. Il enchaîne en se passant une main dans les cheveux.

— Tu ne me croiras pas, mais je t’ai cherchée, Savage. Putain ! Tu es plus difficile à débusquer que la dernière maîtresse en date du Premier ministre. Tu ne vas pas sur les réseaux sociaux, tu as changé d’adresse et de téléphone. Quand à Leila, elle m’a clairement fait comprendre que si je cherchais à te revoir, elle me la découperait en rondelle avant de me la servir en salade…

Je retiens un éclat de rire. Dieu que j’aime ma meilleure amie. Pourtant, j’aimerais bien comprendre pourquoi elle ne m’a pas parlé de ce petit incident… Je fais comme si tout ça n’était rien.

— Arrête de te faire passer pour la victime, Richard. Jamais, tu ne m’as dit que tu m’aimais, jamais tu ne m’as offert ne serait-ce qu’une simple rose… J’étais un jouet rien de plus. Tu m’as utilisée. Et tu veux que je dise le plus drôle ? Si encore tu m’avais payée, j’aurais au moins eu le statut de pute… Mais là à part être la risée de tous, je n’étais rien.

Richard s’avance vers moi une lueur mauvaise dans le regard. Je l’ai réellement mis en colère cette fois. Je sais que j’ai été trop loin. Mais c’est ce que j’ai ressenti à l’époque. Je n’étais rien. Une deuxième fois.

— Ne redis plus jamais ça Savage, ou bien…

Sa voix est basse et menaçante.

— Ou bien quoi ? je reprends en le défiant de plus belle. Il n’y a que la vérité qui blesse, tu sais.

— Je ne te savais pas cynique, Savage. Pour moi, avoir le dernier mot c’est simplement faire la dernière blessure.

— Je ne te savais pas philosophe, moi ! je rétorque mes yeux vrillés dans les siens.

Nous nous dévisageons. C’est un combat de titans, car aucun des deux n’abandonnera, jamais.

— Tu me reviendras, Savage. Tu ne le sais pas encore, mais tu me reviendras.

— Je prends le pari que non.

— C’est ce qu’on verra.

Je le regarde une dernière fois et tourne, je l’espère cette fois, définitivement les talons. J’ouvre la porte de son bureau et me propulse comme si j’avais le feu aux fesses. Henry tourne en rond devant l’ascenseur. Lorsqu’il me voit, il soupire de soulagement, mais reste tendu. Il appuie sur le bouton d’appel voyant dans mon regard combien il me tarde de sortir de là.

— Savage ! m’appelle Richard.

Je m’arrête net et ferme les yeux, en priant toutes les fibres de mon corps de ne pas me trahir et de m’aider à ne pas le tuer pour en faire une flaque de sang à mes pieds.

Je sens tous les regards de ses collaborateurs braqués sur nous. Il se rapproche de moi et me pose une main sur l’épaule.

Mon Dieu comme cette main m’a manqué ! Hein ? !!! D’où est-ce que ça sort ça ? Merde Savage reprends-toi !

Dîne avec moi ce soir.

Je me retourne sidérée. Il en a un de ces culots !

— Que… ? Quoi ?

— Dîne avec moi ce soir, s’il te plaît.

— Non !

Ma voix grimpe carrément de trois octaves. Je suis sûre qu’ils ne m’ont pas entendu à l’autre bout de Paris. Richard me fait son sourire de charme. Je vois plusieurs de ses collègues féminines qui me jettent des regards assassins et qui doivent très certainement m’avoir reléguée à la case timbrée psychotique juste pour avoir osé refuser une invitation à dîner par leur beau gosse de patron.

— Non ? répète-t-il amusé.

J’ai envie de taper du pied par terre, comme une sale môme capricieuse, mais je me retiens.

— Non, j’assène plus fort. Clairement non.

— Tu sais que je n’aime pas qu’on me dise non, Savage ?

— Tu n’as jamais vraiment aimé qu’on te dise oui non plus, alors…

Richard sourit de plus belle. Je l’amuse. Infiniment.

— On fait un « ni oui ni non » alors ?

— Hein ?

— Comme au bon vieux temps ? insiste-t-il.

Je n’en reviens pas. J’ai été envoyée dans la quatrième dimension. Ou alors, j’ai eu un accident et je suis en train de me taper un trip psychédélique, tandis que l’on doit me shooter à la morphine à l’hosto… Henry dévisage Richard en se demandant pourquoi il tient tellement à dîner avec la reine de glace des garces… Il doit vaguement se demander s’il n’est pas maso…

— On n’a passé l’âge de jouer à ça tu ne crois pas ? je lui dis, blasée.

— J’ai toujours trois ans de moins que toi je te signale ! rigole-t-il.

— Oui, j’avais oublié. T’es toujours bloqué au stade mental de la masturbation solitaire visiblement.

Notre auditoire, c’est-à-dire l’intégralité de la salle de rédaction, retient son souffle et suit avec passion notre match. Ils tournent tous la tête à chaque battement de raquette. Je remarque également plusieurs flashs. Visiblement, nous sommes pris en photo…

— Au moins, j’ai une vie sexuelle moi.

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