Je te tue par amour

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Je te tue par Amour

Andrej Koymasky
Roman de 188 800 caractères, 33 600 mots.
Dans les confins de l’Égypte ancienne, le petit Sembeb, plutôt que de supporter la brutalité des soldats, décide d’en devenir un lui-même. Une brillante carrière le mène alors jusque dans le lit de Pharaon, le jeune et très beau Toutankhamon...

Mais les grands-prêtres ne sont pas prêts à perdre leur pouvoir.

Cette relecture gay de l'histoire antique préserve les éléments historiques de cette époque mystérieuse et troublée en y ajoutant l'amour...
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Publié le : samedi 19 mars 2016
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EAN13 : 9791029401374
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Je te tue par Amour

 

 

 

Andrej Koymasky

 

 

 

Traduit par Eric

 

 

 

Chapitre 1 : Une décision irrévocable

Chapitre 2 : Une dure formation

Chapitre 3 : Soldat, enfin

Chapitre 4 : Les transferts

Chapitre 5 : Une rencontre inattendue

Chapitre 6 : Une carrière rapide

Chapitre 7 : Une situation dangereuse

Chapitre 8 : De somptueuses funérailles

Chapitre 9 : L’ombre de Tut

Chapitre 10 : Le prince héréditaire

Postface

 

 

 

 

Chapitre 1 : Une décision irrévocable

 

 

Notre histoire commence il y a environ 3370 ans, la neuvième année du règne du pharaon Akhenaton, dans un petit village de l'Égypte ancienne, non loin de la nouvelle capitale Akhetaton, aujourd'hui appelée Tell el-Amarna.

Ce petit village était de si peu d'importance qu'il n'avait même pas de nom, on parlait du « village d'en haut d'Harkhuf », d'après le nom du seigneur qui possédait toutes les terres des alentours.

Vivait là un garçon de quatorze ans, appelé Sembeb, qui plus tard changea son nom en Horembeb. C'est le héros de notre histoire.

Sembeb était le troisième de cinq fils, sachant que les filles ne comptaient pas et qu'elles étaient souvent supprimées dès leur naissance. Les cinq frères s'appelaient Huya, Iawy, Sembeb, Nekau et Nimlot. Le père, comme ses deux fils aînés, travaillait les terres d'Harkhuf qui leur fournissait en échange de quoi vivre pauvrement, mais dignement. Leur mère s'occupait de la maison, de tisser et cuisiner, de vendre la petite part de la récolte qu'ils recevaient et de faire filer droits les enfants.

Sembeb aidait sa mère tandis que les deux derniers jouaient dehors, tous nus, sous les yeux vigilants de Sembeb et de leur mère, avec de nombreux gamins du village. Depuis deux ans déjà, Sembeb portait un petit pagne comme tous les paysans du village. Sa peau bronzée au soleil faisait un beau contraste avec ses yeux vifs et foncés, ses dents blanches et le pagne encore assez blanc.

La voix stridente de sa mère surgit de derrière leur cabane.

— Sembeb !

— Sembeb ! cria-t-elle de nouveau.

Le garçon se tourna et partit à grands pas en direction de la voix.

— Sembeb !

— Oui, oui, j'arrive ! cria enfin le gamin.

— Tu as perdu ta langue ? lui reprocha sa mère.

Sembeb lui tira la langue et sa mère lui donna sur la tête un coup de la brosse avec laquelle elle nettoyait par terre.

— Tu ne me tires pas la langue, sinon je te la coupe !

— Mais c'est toi qui me l'as demandé ! répondit-il en riant.

— Quoi ? lui demanda sa mère, un peu énervée.

— Si j'avais perdu ma langue. C'est pour ça que je te l'ai montrée, répondit le garçon, joyeux.

Sa mère lui redonna un coup de brosse à la tête.

— Bon, prends ce petit sac de graines, va au village d'en bas chez Peraha et fais-toi donner en échange au moins trois calebasses. Et prends garde à ce qu'elles ne soient pas fêlées, n'aient pas de moisissure et qu'elles sonnent bien.

— La barbe, maman ! Pourquoi c'est moi qui dois y aller ?

— Pas de la barbe avec moi, sinon je te prépare une barbe bouillie, ce soir ! le prévint sa mère. Et ne lambine pas, cours !

Sembeb prit le sac de graines et partit d'un pas tranquille.

— Cours, si tu ne veux pas que je te jette un caillou ! cria sa mère.

Sembeb se mit à courir, il savait d'expérience que sa mère aurait mis sa menace à exécution… et qu'elle visait très bien.

Dès qu'il fut loin des maisons, Sembeb se mit à chanter à tue-tête une chanson qu'il avait composée lui-même :

Papa et maman un fils ont désiré,

Et Huya est né après qu'ils aient baisé.

Il est fort, c'est un costaud, oui, un sacré mioche

Mais Huya est buté comme une pioche !

Maaais…

C'est moi c'que papa et maman ont fait de mieux

Car…

Le milieu, le milieu, le milieu

C'est moi, un vrai don des dieux !

Papa et maman ont réessayé,

Ils ont fait Iawy, leur fils adoré.

Il est intelligent, dégourdi et charmant,

Mais son corps est aussi faible qu'un faon !

Maaais…

C'est moi c'que papa et maman ont le mieux réussi

Car…

Au milieu, au milieu, au milieu

C'est moi qui y suis né, je l'ai déjà dit !

Là, papa et maman pour baiser ils avaient bien compris,

Et ils ont eu de la chance pour leur troisième fils

C'est moi qui suis né et je suis devenu élancé,

Fort, grand, malin, agile et bien fait !

Eeeeet …

Des fils de papa c'est moi le meilleur qui soit né

Car…

Le milieu, le milieu, le milieu

C'est ce qu'il y a de mieux, on peut pas en douter !

Puis papa et maman ont encore baisé,

Alors après moi c'est Nekau qu'est né.

Il est agile, bien foutu et mignon

Mais fainéant, comme le chat le plus con !

Maaais …

C'est moi le plus bel enfant de papa et maman

Car…

Le milieu, le milieu, le milieu

C'est le seul parfait, c'est évident !

Enfin ils ont pondu Nimlot en cinquième,

Il est mignon, gentil, c'est une vraie crème,

Mais papa et maman étaient fatigués de baiser,

Et dans sa caboche, ya qu'une toile d'araignée !

Maaais …

Le plus beau fruit de papa et maman c'est moi

Car…

Au milieu, au milieu, au milieu

C'est toujours le meilleur… c'est moi !

En chantant, il lançait en l'air le sac de graines et le rattrapait au vol. Une chance que sa mère ait bien serré le lacet qui le fermait, il ne s'ouvrit pas et les graines ne furent pas toutes dispersées par terre. Sembeb arriva enfin en vue du village d'en bas. Il arriva en sifflant l'air de sa chanson devant la cabane de Peraha. Lequel tressait quelques joncs pour en faire un beau panier.

— Salut à toi, Peraha !

— Salut à toi, Sembeb ! lui répondit ce dernier en levant un instant le regard, avant de se remettre au travail.

— Pour ce beau sac plein de graines, tu me donnes combien de calebasses ?

— Fais voir… dit-il et il prit le sac, l'ouvrit et fit couler les graines entre ses doigts.

— Elles sont belles, non ? lui dit Sembeb, alors, tu m'en donnes combien de demi-calebasses ?

— Trois qui entrent l'une dans l'autre, la plus grande de cette taille, répondit-il en faisant un cercle de ses mains.

— Trois ? Mais tu plaisantes ? Six, au moins ! Et la plus grande au moins comme ça !

— Oh que non ! Tu veux ma ruine ? Six, qu'il dit ! Mais tu sais le travail que ça demande de faire une belle calebasse ?

— Belle, mouais… mais elles sont même pas décorées !

— Oui, belles. Et pas six, vraiment. Au plus quatre… mais juste parce que tu m'es sympathique, même si tu es impertinent.

— Quatre, oh ! Quel incroyable effort t'as fait ! Regarde ces graines comme elles sont bonnes. Toutes de premier choix. Quatre ce n'est pas assez. Il faut que tu m'en donnes au moins cinq, et bien grandes.

— Oh, Sembeb ! Mais tu es vraiment sans cœur ? Mais comment peux-tu croire que je t'en donnerais cinq ? Regarde, prends ces quatre là et fiche-moi la paix, avant que je change d'avis et que je ne te donne rien.

Sembeb ne les prit pas et il fit non de la tête.

— Non, tu veux me voler. Quatre, et en plus toutes petites ! Mais quoi, ce ne sont pas des souris qu'on doit nourrir, ni des chats idiots !

— Ne dis pas que le chat est idiot. Tu ne sais pas qu'il est sacré ? dit l'homme en se touchant entre les jambes pour conjurer le sort.

— Si, idiot, idiot et idiot ! Idiot et voleur. Oui, voleur, tout comme toi. Rien que quatre calebasses pour ces graines, et des calebasses qui ne servent que de dinette ! Mais enfin !

— Tu es impertinent, comme toujours. Bon, enlevons la plus petite et mettons-en une plus grande. Ça te va, maintenant ?

— Mmhhh… pas vraiment. Allez, Peraha, quoi ! Au moins, remplace encore la plus petite par une plus grande…

— C'est toujours toi que ta mère envoie parce que tu es un vrai casse-couilles. Elle, elle aurait accepté ma première offre.

— Oui, parce que tu es irrésistiblement viril ! Mais tu as beau te tartiner les yeux de khôl, tu n'en restes pas moins un vieux !

— Et toi, tu ne respectes même pas les vieux. Si je mets du khôl, c'est que ça fait du bien aux yeux, pas pour être beau, crétin !

— Ah, ah, ah ! Et qui va gober ça ? Allez, tout le monde sait que tu ne rêves que de mettre une femme dans ton lit. C'était quand, la dernière fois, hein ?

— Là, tu m'énerves. C'est ces quatre calebasses ou rien. C'est à prendre ou à laisser, et c'est mon dernier mot.

— Allez, Peraha ! Tu veux te faire prier ? Ces quatre-là ne sont pas assez…

— C'est ça ou rien ! insista-t-il, borné.

— Soit, si elles sont parfaites. Et en plus… tu dois me donner cette petite boîte en bois. Et me rendre le sac de graines après l'avoir vidé…

Ils marchandèrent encore longuement, mais Sembeb finit par l'emporter. Après avoir frappé avec soin sur les calebasses et les avoir examinées attentivement, il mit les trois plus petites et la boîte en bois dans le sac où étaient les graines et il mit la quatrième sur sa tête, comme un casque, il dit au revoir à l'artisan et prit joyeusement le chemin du retour.

Il avait fait la moitié du chemin du village et il chantait de nouveau à tue-tête :

… et là je suis né !

Et papa et maman pour baiser ils avaient bien compris

Et ils ont eu de la chance pour leur troisième fils

C'est moi qui suis né et je suis devenu élancé

Fort, grand, malin, agile et bien fait !

Eeeet …

Des fils de papa, c'est moi le meilleur qui soit né

Car…

Le milieu, le milieu, le milieu…

Il s'arrêta soudain et regarda bouche bée le soldat qui lui barrait la route, il semblait avoir surgi de nulle part. C'était un homme pas très grand, mais tout en muscle. Il avait un pagne parfaitement attaché, les sandales, les armes et le couvre-chef attaché à la ceinture.

— Oui, tu dis vrai mon garçon, lui dit-il, agile et bien fait.

Sembeb le regardait en se demandant ce qu'un soldat faisait dans le coin.

— Viens là, mon garçon… lui dit-il en le prenant par un bras et il le tira vers lui.

— Que veux-tu de moi, soldat ? lui demanda Sembeb en tâchant de garder l'air fanfaron.

— Ce que je veux ? Mais ton beau cul, mon garçon ! J'ai une envie qui ne me lâchera pas si je baise pas. Je veux te baiser.

— Me baiser ? Toi ? Mais je ne suis pas une fille !

— Oh que non, tu es bien mieux. De toute façon moi j'aime les garçons, lui dit le soldat en laissant ses armes tomber à terre, et d'un geste vif il enleva le pagne du garçon.

Sembeb se débattit et la calebasse qu'il avait sur la tête glissa et tomba par terre. Le soldat le souleva du sol. Sembeb rua et le soldat rit.

— Tu me plais, j'aime ça, dompter des garçons sauvages. Oui, tu as vraiment un beau petit cul…

— Laisse-moi ! Laisse-moi ! Je ne veux pas que tu m'encules !

— Je me fous de ce que tu veux ou ne veux pas, dit allègrement le soldat en manipulant le corps du garçon comme un fétu de paille pour l'obliger à se mettre à quatre pattes par terre.

Sembeb se rebella, il tenta de lui échapper, mais au-dessus de lui l'homme le tenait ferme entre ses jambes et ses bras l'obligeaient à se mettre à quatre pattes. Il l'obligea à mettre la poitrine par terre et à relever le cul… Et Sembeb sentit le dur pieu de chair du soldat fouiller entre ses petites fesses. Il se démena de toutes ses forces… mais en vain, il ne faisait pas le poids entre les mains de ce fort soldat.

— Laisse-moi ! Laisse-moi partir ou je te tue ! cria le garçon.

Le soldat rit.

— Plus tu cries, plus tu m'excites, mon garçon. Allez ! Va savoir combien tu en as déjà prises dans le cul, à ton âge !

— C'est ta mère qui s'est fait enculer, pas moi !

— Oui, possible. Ma mère faisait la pute… s'amusa le soldat, puis il se cracha dans la main pour mouiller son sexe dressé.

— Seul un fils de pute comme toi… commença Sembeb, furieux.

Un coup fort sur sa tête le fit taire, Sembeb fit non de la tête, un peu étourdi.

— Ça suffit, mon garçon, sinon je te frappe, mais après je t'encule quand même ! Tu mets ma patience à rude épreuve !

Le soldat commença à pousser et Sembeb sentit une douleur aigüe. Il cria et l'homme rit. Le soldat donna encore un coup de reins. Le garçon se sentit déchiré, la douleur fut lancinante.

— Que tu es étroit ! Oui, bien étroit… Tu parles d'une chevauchée ! dit le soldat en le tenant bien immobile et en le tenant ferme pour marteler en lui et le pénétrer…

Ce qui lui permit de vaincre la résistance désespérée du sphincter inviolé du garçon. Il le pénétra. Sembeb criait et pleurait, le corps secoué de douleur et de sanglots. Le soldat, dans une poussée vigoureuse, finit de le pénétrer.

— Oh ! Tu es chaud et étroit… C'est sûr que je suis ton premier ! J'ai plus de chance que le dieu Seth avec Horus ! Ma semence sera en toi, et pas dans ta main ! s'amusa le soldat en se mettant à baiser énergiquement le garçon sans défense.

Et le soldat finit par jouir dans un grand cri de joie, il éjacula dans les chaudes profondeurs endolories de Sembeb.

Il se releva, ajusta son pagne en lin, prit ses armes et s'en alla, satisfait et heureux, sans un mot. Sembeb restait à terre, encore secoué de sanglots et endolori. Il passa la main entre ses fesses tout juste violées et il les sentit trempées. Il regarda sa main, épouvanté, mais il n'y avait aucune trace de sang… il n'y avait que le sperme du soldat.

Il se releva, il alla récupérer son pagne et le remit, puis il chercha la calebasse. Encore en larmes, il vérifia qu'elle n'était pas cassée puis, lentement, il reprit le chemin du village. Une fois en vue des premières cabanes, il essuya rageusement ses dernières larmes de la main et se remit en marche.

Sa mère l'accueillit en criant.

— Ah, te voilà enfin ! Je t'avais dit de ne pas lambiner en chemin ! Avec qui t'es-tu arrêté pour jouer, fainéant ?

— J'ai quatre calebasses… dit le garçon, énervé, en les montrant à sa mère.

— Et pourquoi es-tu si couvert de terre, hein ? Tu as de la terre jusque dans les cheveux ! Je suis sûre que tu t'es vautré et que tu as fait des roulades avec un autre vaurien de ton genre ! lui reprocha sa mère en lui tirant l'oreille..

— Non ! Non et non ! Il y a un soldat qui m'a enculé, voilà ce qui m'est arrivé ! Tu es contente ? Il m'a jeté par terre, il s'est mis sur moi et il m'a enculé, tu es contente ? cria le gamin et il courut dans la cabane, se jeta par terre et éclata en sanglots.

Sa mère fit non de la tête et se remit au travail, avec un triste soupir. Quand plus tard son mari et ses aînés revinrent des champs, elle prit son mari à part et lui raconta ce qui était arrivé à Sembeb. Son mari hocha la tête.

— Je m'en occupe… tiens les autres hors de la cabane, tant que je ne vous appelle pas.

— Mais le dîner… protesta faiblement sa femme.

— Il attendra. Personne ne mourra si pour une fois on mange plus tard. Toi, tâche que je n’aie pas les garçons dans les pattes, lui dit son mari et il partit vers la cabane.

Il entra. Sembeb était immobile, recroquevillé sur la paillasse en position fœtale. Son père déplaça le tabouret et s'assit par terre sur une natte près de lui.

— Sembeb ? dit-il à voix basse.

— Hein ? répondit le garçon d'un filet de voix.

— Et bien, je sais comment tu te sens…

Le garçon ne bougea pas et ne répondit pas.

— Ta mère m'a dit… je suis désolé… Viens ici, Sem…

— Non.

— Allez, viens ici… je sais comment tu te sens…

— Mais qu'est-ce que tu en sais, toi…

— Je le sais… Ça m'est arrivé à moi aussi, quand j'avais ton âge… Moi aussi un soldat… C'est pour ça que je suis venu ici, parce qu'il n'y a pas de casernes dans le coin… Moi aussi, Sem… et pas qu'une fois… alors je sais bien comment tu te sens…

Son père posa une main maigre et calleuse sur son épaule et, avec gentillesse, il le tira vers lui et le fit se tourner. Le garçon se jeta dans les bras de son père qui le serra contre lui, et il fondit de nouveau en larmes.

— Tu vois, Sem… j'aurais dû te mettre en garde… mais je ne pensais pas qu'ici aussi… Il n'y a pas de casernes dans le coin… ni aucune route importante qui passe par là… Mais j'aurais dû te mettre en garde…

— Pourquoi, papa ? Pourquoi il a fait ça ? sanglota le garçon.

— Les soldats, vois-tu… ont le droit de faire ça. Autant avec une femme qu'avec un garçon… ils ont le droit de le faire, avec les esclaves ou nous, les paysans… Ils peuvent nous prendre quand et autant qu'ils le veulent…

— C'est pas juste !

— Juste… injuste… il en a toujours été ainsi.

— Je suis pas esclave, moi, ni une femme… protesta le garçon.

— Mais les soldats ont le droit… les soldats et les seigneurs… Personne ne les punit pour cela.

— C'est pas juste… c'est pas juste… répéta le garçon, désolé.

— Nous ne sommes que des paysans…

— Alors je ne veux plus être paysan !

— Le chien ne peut être que chien, le poisson ne peut être que poisson… lui dit son père en le caressant.

— Et moi je ne veux être ni chien, ni poisson, ni paysan !

— Et alors que voudrais donc tu être, mon pauvre fils ? lui demanda son père avec douceur, pour le consoler.

Sembeb se redressa fièrement, essuya ses larmes avec tant d'énergie que la peau de ses joues rougit, il regarda son père dans les yeux et s'exclama d'une voix rauque :

— Alors, je veux être soldat ! Comme ça plus personne ne pourra me faire ça, et personne ne pourra me dire non quand ce sera moi qui voudrai le faire !

— Mon fils… mon fils… ce n'est pas comme ça que… ce n'est pas en faisant à d'autres ce qu'on t'a fait que tu peux… remettre les choses en place.

— Oh, mais si. Oh que si que je vais aller faire le soldat ! répéta-t-il, buté. Et ce sera moi qui baiserai les autres, et je ne me ferai plus enculer !

 

 

 

Chapitre 2 : Une dure formation

 

 

Sembeb ne voulut pas entendre raison. Le lendemain matin, au réveil de sa famille, il n'était plus là. Il marchait déjà à grands pas, décidé, vers le grand fleuve, mais contrairement à son habitude, il ne sautait pas, ne faisait pas de cabrioles et ne chantait pas sa chanson à tue-tête, pas plus qu'il ne la sifflait.

Ses beaux yeux noirs étaient ténébreux, son expression dure, renfrognée. Il ne portait que son pagne et un collier de coquillages, rien d'autre. Avant de sortir de chez lui il avait pris un morceau de pain qui lui suffirait à peine à calmer sa faim une fois, mais pas plus. Mais ça ne l'inquiétait pas. Il lui suffisait de trouver une caserne et de demander d'y être accueilli pour devenir soldat.

Il marcha plusieurs jours, il demandait des informations en route et dans les villages qu'il traversait, il mendiait un peu à manger et chapardait, il buvait parfois de l'eau pas très propre, voire un peu salée. Sa mère l'avait habitué à se laver souvent et bien, lui et son pagne, alors dès qu'il trouvait un cours d'eau il en profitait pour une grande toilette.

Il arriva enfin à une caserne, pas très grande, mais entourée de bons murs solides et de tourelles. Il s'arrêta devant le premier soldat qu'il rencontra et le regarda.

— Que veux-tu gamin ? lui demanda le soldat.

— Devenir soldat !

Le soldat hocha la tête.

— Ah, devenir soldat. Tu ignores que la vie de soldat est dure, mon garçon ?

—...

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