L'Origine du monde

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« Qu’elle ne se presse pas, qu’il ait le temps d’admirer ce corps gracieux, ces seins dont les bouts pointent sous le tissu tendu à l’extrême. Les pans de la robe, en se soulevant, dévoilent le sexe sans fourrure. Nulle part, elle ne porte de bijou. Le bijou, c’est elle tout entière. »

Dans un style incisif et rythmé, Coline Mauret met en scène des personnages qui se croisent, se dévoilent, se caressent et s’envoient en l’air !


Publié le : mercredi 18 mai 2016
Lecture(s) : 13
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782875600752
Nombre de pages : 80
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L’ORIGINE DU MONDE
Nouvelles érotiques
Coline Mauret
ROSE
Pendant des semaines, chaque jour, il vint lui rendre visite dans la maison de repos où elle s’était établie. Comme sa vue baissait, après l’avoir embrassée, il déposait sur l’oreiller un ruban de satin rose avec lequel elle se caressait le visage en lui tenant la main. Un matin, il ne vint pas et le temps passa sans qu’il réapparût. Toute autre que Marthe se serait fait du souci. Sachant qu’il lui restait peu de temps à vivre, elle pensa qu’il valait mieux préserver le meilleur. Elle noua bout à bout les rubans, en fit une boule et l’accrocha à un des montants du lit. Avant de s’endormir, elle la palpait en souriant. Marthe était une violoniste de renom et elle avait déjà septante-cinq ans quand on la sollicita pour accompagner un groupe de musiciens dans ses déplacements en Belgique et à l’étranger. Avec ses yeux d’un bleu intense et ses cheveux bouclés, courts et blancs, elle charmait tout le monde. Elle ne s’habillait que de noir et de blanc. Du velours en hiver et de la soie en été. Paul, le saxophoniste, en tomba amoureux dès le deuxième concert. Il parla à la maison de cette dame âgée, si agréable à regarder. Sa femme, dans la cinquantaine comme lui, lança un jour à son mari : « Va saluer la vieille madame R, elle doit se sentir bien seule. » Ainsi tout naturellement, encouragé par son épouse, Paul rendit visite à Madame R et en devint l’amant. Marthe n’était pas seulement élégante, elle était aussi très sensuelle dans sa façon de parler, de bouger, de regarder l’autre dans les yeux. Jusqu’à présent, elle avait reçu Paul en déshabillé de satin noir, leurs caresses avaient été tendres et enveloppantes, mais elle espérait davantage de leurs rencontres. Elle se sentait pleine de gourmandise pour Paul et souhaitait le voir devenir plus audacieux. Elle craignait qu’il la ménageât comme si, étant menue, elle avait des os de verre. Elle rêva de sous-vêtements ajustés qui mettraient ses formes en valeur. Quand elle entra dans un commerce de lingerie, elle eut beaucoup de mal à se faire comprendre. Dès qu’elles la virent, les vendeuses sortirent de leurs tiroirs les habituels dessous réservés aux personnes d’un certain âge, soutiens à balconnets fermés, culottes serrées à la taille, corsets immondes faisant boudiner la peau, le tout dans des tons fades ou couleur chair. Elle n’osa afficher clairement ses goûts et sortit vexée. Après plusieurs tentatives infructueuses, elle se décida à franchir le seuil d’une boutique sexy. Elle se fit accompagner par une amie. Là, elle reçut un accueil compréhensif et chaleureux. Marthe essaya plusieurs ensembles et arrêta son choix sur un des plus sobres, d’un mauve soutenu qui contrastait sans violence avec la blancheur de sa peau. « Il aime les couleurs sombres », pensa-t-elle. Le jour où Paul devait venir, elle enfila ses nouveaux dessous et y ajouta des bas noirs légèrement ajourés. La porte d’entrée de l’appartement était entrouverte, car Marthe attendait toujours son amant au lit. On sonna, ce qui l’étonna, mais ne la fit pas
se lever. — Entre mon doux chéri, je t’attends. Personne ne bougea, quelqu’un toussa. — Madame, excusez-moi, je viens relever les compteurs d’eau. La porte de l’immeuble étant ouverte, je me suis permis de monter directement chez vous. Je repasserai un autre jour.
— C’est préférable, je crois. — Encore toutes mes excuses, Madame. — Allez, sauvez-vous. Soyez discret, s’il vous plaît ! Marthe se mit à rire et quand Paul entra, elle riait encore de sa mésaventure qu’elle lui raconta. Paul se déshabilla rapidement et se glissa tout contre elle. Il sentit contre sa peau la soie des sous-vêtements. Soulevant délicatement le drap, il vit combien, malgré son âge, son amante était belle et désirable dans ces presque-rien qui la couvraient à peine. Il l’embrassa sur le visage, sur la bouche puis descendit tout le long de son corps avec des baisers doux et aériens. Elle ronronna et remua son corps avec beaucoup de langueur. Il leva les yeux vers elle. Son regard insistant et malicieux le confondit. Il fit glisser le cache-sexe, laissa le porte-jarretelle et les bas noirs. Sa fine toison l’excita. Il se perdit entre ses cuisses et se mit à embrasser son sexe avec fougue. Marthe gémit, sentit des ondes de plaisir la parcourir puis elle fut secouée par un spasme qui lui arracha un long cri. — Est-ce salé ou sucré ce qui sort de moi ? Je n’ai jamais osé poser la question à qui que ce soit, mais j’aimerais que tu me dises. — C’est chaud et agréable. J’aime te boire, Marthe, j’ai hâte de venir en toi, tu me fais perdre la tête. Il la pénétra avec un vif plaisir. Elle aima le sentir vibrer en elle, s’émut d’être encore si réceptive. Les notes qu’elle chanta exprimèrent tout son bonheur. Chaque semaine, il revint prendre le corps de cette femme dont la tendre passion et l’absence de gêne autorisaient tous les gestes de l’amour. Jamais Paul ne s’était senti autant aimé, autant désirant et désiré que dans cette rencontre singulière. Marthe avait une connaissance du sexe masculin qui le subjugua. Aucune femme ne l’avait auparavant caressé ni aspiré de la sorte, elle pouvait lui donner du plaisir longuement avec ses mains enveloppantes ou sa bouche chaude. Elle le faisait s’approcher de l’extase jusqu’à ce que cela en devienne intolérable et qu’il la supplie de le laisser exploser. Il hurlait alors tant la décharge était longue et puissante. Repu, il se couchait dans ses bras et ils s’endormaient tous les deux, apaisés et heureux. Marthe prit congé du groupe quelques années plus tard, mais les amants continuèrent à se voir longtemps chez elle. Quand elle eut nonante ans, elle décida de quitter la ville.
ONLIT Editions est une maison d’édition belge, basée à Bruxelles, qui se consacre à explorer et diffuser la création littéraire contemporaine, en phase avec l’évolution des nouvelles technologies. Tous les titres ci-dessous sont disponibles en versions papier et numérique. Patrick Delperdange est un sale typede Patrick Delperdange Son parfumde Jacques Mercier Les fées penchéesde Véronique Janzyk Faux témoignagesde Lorenzo Cecchi Sur la grued’Olivier Bailly Le Pape a disparude Nicolas Ancion À vivre couchéde Pauline Hillier Eaux perduesde Daniel Adam Dérapagesde Véronique Deprêtre On est encore aujourd’huide Véronique Janzyk Comment le chat de mon ex est devenu mon ex-chatd’Edgar Kosma Impasse du 30 févrierde Luc Delfosse Petite fleur de Javasuivi deDeux migrationsde Lorenzo Cecchi S’enfonçant, spéculerd’Antoine Boute Comme des chiensde Patrick Delperdange Compte à reboursde Juan d’Oultremont Le Vampire de Clichyde Véronique Janzyk Les Fantômes sont des piétons comme les autresd’Aliette Griz Un humour impossiblede Christine Anglot Le Christ obèsede Larry Tremblay L'Origine du mondede Coline Mauret Autoroute du soleilde Grégoire Polet
ISBN : 978-2-87560-075-2 Première édition : 18 mai 2016 Coordination éditoriale : Pierre de Mûelenaere Composition de la maquette : Benoit Dupont Composition de la couverture : Studio Alvin Versions epub & kindle :LEC Digital Books Découvrez l’ensemble de notre catalogue surwww.onlit.net Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles
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