La dentelle du Colorado

De

Au Colorado, la belle Margareth Dallard prend la diligence pour Fort-Laramie. Or, nous sommes en 1862, en pleine Guerre de Sécession. Espions sudistes, Indiens en révolte, trafiquants de chevaux et hors-la-loi ont fait du Far West une poudrière confuse et dangereuse. Heureusement, dans la diligence, Margareth rencontrera le jeune et séduisant Alan Cork, aventurier de la Frontière qui ne demeure pas indifférent au charme de la jeune femme. Ensemble, ils traverseront l’Ouest périlleux, affronteront les ennemis et tenteront de sauver le Colorado de l’invasion. Ensemble, ils iront vers la délivrance, et vers l’amour.

Nouvelle sous-collection : Dentelles et crinolines. La dentelle du Colorado ouvre avec ce premier roman la nouvelle collection de romance historique. La dentelle du Colorado est également une romance érotique. Vous retrouverez ce roman en mars. Uniquement prévu en version ebook.

Collection Lune de Miel


Publié le : mardi 24 février 2015
Lecture(s) : 14
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782369761174
Nombre de pages : non-communiqué
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
img

Table des matières

2
3
4

 Manuel RUIZ

La dentelle du Colorado

logoLE2


Lune-Ecarlate Editions

Directrices de collection : Wanessa Bosscares et Cholé Boffy

Collection Romance "Dentelles et crinolines"

Public adulte (romance historique érotique)

 Mentions légales



© 2015 Manuel Ruiz. Illustration © 2015  Nathy. Édité par Lune-Écarlate 66 rue Gustave Flaubert 03100 Montluçon, France. Tous droits réservés dans tous pays. ISBN  978-2-36976-117-4. Le code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou représentation intégrale ou partielle faite par quelques procédés que ce soit, sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit, est illicite et constitue une contrefaçon au terme des articles L,122,-5 et L,335-2 et suivant du code la propriété intellectuelle.


Si vous rencontrez un souci avec votre ebook à cause d'un DRM (que nous ne mettons pas) ou pour tout autre souci veuillez nous contacter à contact@lune-ecarlate.com


Pour suivre toute notre actualité : http://www.lune-ecarlate.com


Le Mot de l'auteur


 Ce roman est une pure fiction. Cependant, le contexte historique qui sert de toile de fond à l'intrigue est parfaitement authentique. Ce contexte, c'est le « Sioux Uprising » de 1862. Cette année-là, en pleine Guerre de Sécession, les Indiens se révoltèrent contre le gouvernement de Washington, marquant le début d'une série de conflits qui allaient embraser l'Ouest entier, qui allaient durer 30 ans et qui aboutiraient à la quasi-disparition des nations indiennes d'Amérique du Nord. L'auteur s'est efforcé de reconstituer les événements, les vêtements, les uniformes, les armes, avec un maximum d'authenticité.


 PREMIÈRE PARTIE :

LA DILIGENCE

Elle commença à se déshabiller. Devant le miroir, elle déboutonna sa veste. Un par un, elle défit les boutons…

1

La dernière semaine d'août 1862 jetait ses rayons de soleil sur Denver City, au Colorado. Belle journée, mais sombres nouvelles. La Guerre de Sécession durait depuis un an déjà, et tout se présentait mal pour l'Union : les armées nordistes reculaient partout, balayées par les forces sudistes. La Confédération des États du Sud allait-elle remporter la victoire ?

À dire vrai, Margareth Dallard ne se posait pas vraiment cette question. Elle avait d'autres préoccupations. Dans sa chambre, elle se tenait devant le miroir. Toute nue.

— Hum, la nourriture de l'Ouest ne me réussit pas. J'ai pris un peu de poids, au niveau des cuisses, et des hanches... Il va falloir faire un effort.

Elle se caressa les seins. Sa peau était douce. Puis elle commença à s'habiller. Elle enfila un pantalon de dentelle blanche. Un peu plus haut, elle mit un bustier de même couleur. Par-dessus, un chemisier dont le col et les manchettes étaient également en dentelle. Margareth avait toujours aimé ce tissu. Depuis son enfance française, quand elle réclamait à sa maman des vêtements de cette matière. Débarquée en Amérique, elle avait continué. Même au fond de l'Ouest sauvage, elle s'obstinait à en porter.

Elle mit un premier jupon par-dessus le pantalon. Puis un deuxième par-dessus le premier, si long qu'il tombait jusqu'au sol. Elle les attacha ensuite avec une ceinture si large qu'elle occupait la moitié du ventre. Elle enfila une petite veste de style zouave qu'elle boutonna soigneusement. Restait le chapeau. Un bibi avec des plumes rouges qu'elle fixa sur ses cheveux noirs, légèrement penché vers la gauche. Enfin, elle prit un sac à main, qu'elle suspendit à son bras. Elle regarda son reflet dans le miroir.

— Pas mal, pas mal... J'ai encore les moyens de m'habiller correctement. Pour le moment...

Elle laissa tomber les yeux sur la grosse malle qui allait l'accompagner, pleine de jupons, de fanfreluches, et autres vêtements féminins de grande classe. Le bagage le plus encombrant et le moins logique dans l'Ouest de 1862. Mais Margareth n'en était plus à une contradiction près.

Elle sortit de la chambre et descendit l'escalier. Au rez-de-chaussée, elle découvrit un homme assis dans un fauteuil et qui, manifestement, l'attendait. Il portait un revolver au ceinturon et une étoile d'argent brillait sur sa poitrine. En fait, Margareth ne fut qu'à moitié surprise.

— Alors, marshal, on vient s'assurer que je quitte la ville ?

— Oui. Quand j'expulse quelqu'un, je vérifie toujours qu'il s'exécute.

— Soyez rassuré : ainsi que vous le constatez, je m'exécute.

Le marshal se leva et ôta son chapeau. À présent, il avait plutôt l'air embarrassé.

— Madame Dallard, je vous répète que je n'ai rien de personnel contre vous. Mais nous ne pouvons pas accepter qu'une femme joue aux cartes. Cela risque de provoquer des incidents. Et ici, les revolvers sortent vite des étuis.

— Oui, oui, j'ai compris. Vous vouliez me chasser de votre ville, et ce prétexte en vaut un autre. Eh bien, dormez tranquille, je débarrasse le plancher.

Margareth se tourna vers le comptoir, derrière lequel trônait une affreuse sorcière enveloppée dans une robe sombre et au regard peu amène.

— Bon, je suppose que vous ne désirez pas que je vous dise au revoir ?

— Ce que je souhaite, c'est vous voir déguerpir, lâcha la sorcière. Nous n'avons pas besoin de traînées comme vous dans cette ville.

— Vous savez ce qu'elle vous dit, la traînée ? Qu'elle a dans sa chambre une grosse malle et qu'elle n'a pas l'intention de l'abandonner. Alors, vous allez demander à quelqu'un de la porter jusqu'à la diligence. Ou bien, je ne partirai pas.

De mauvaise grâce, la mégère envoya un solide gaillard à l'étage. Il descendit la malle et l'emporta. Margareth rectifia son chapeau et sortit à son tour, très digne. Le marshal l'accompagnait. Visiblement, il n'avait pas l'intention de la lâcher d'une semelle.

Le soleil fit cligner les yeux à la jeune femme. Elle mit la main sur son front pour jeter un regard circulaire. Denver City était une ville de la Frontière : la moitié des habitants logeaient désormais dans des maisons en bois, mais l'autre vivait encore sous des tentes blanches. Contrastes du Far-West. En revanche, Margareth remarqua brièvement qu'on ne voyait plus les tipis indiens, qui se dressaient habituellement au bord de la rivière South Platte, à la lisière de l'agglomération. Elles avaient disparu, subitement. Cela l'étonna.

Elle descendit du trottoir et traversa la rue caillouteuse, toujours suivie par le marshal. De l'autre côté, la diligence pour Fort-Laramie attendait. Les chevaux étaient déjà attelés et le conducteur finissait de vérifier les attaches. Les passagers faisaient leurs adieux à la famille et montaient un par un. Margareth demanda qu'on charge son bagage dans le coffre, ce qui fut fait.

Alors, elle leva la tête et elle vit le gardien juché sur le toit de la malle-poste. Un grand gaillard, avec une grosse veste de laine, un chapeau, et tenant un fusil entre les mains. Il la regardait fixement. Les yeux de l'homme et de la femme se rencontrèrent, s'accrochèrent et ne se quittèrent plus.


*********

****


Une heure plus tôt…

Alan Cork était sous la tente de toile blanche qui lui servait de logement. Plus précisément, il était au lit avec une belle métisse. Sous la couverture, les deux corps nus se collaient l’un à l’autre, peau contre peau. Il frôlait le dos de la fille. Cette dernière caressait son torse, en s’extasiant sur la quantité de muscles qui parcouraient ce buste masculin. Cela avait duré toute la nuit, et cela aurait pu continuer. D'ailleurs, Alan écartait déjà les belles cuisses pour repartir à l'assaut.

Sauf qu'à ce moment, le rideau de la tente s'écarta et le marshal entra. En découvrant le spectacle, il marqua une seconde de surprise. Avant de réagir.

— Qu'est-ce que c'est que ce cirque ? Mademoiselle, allez-vous en tout de suite !

Sans hésiter, il saisit le bras de la fille et la tira littéralement du lit. Le corps cuivré apparut dans sa nudité : des fesses rebondies et des petits seins qui tressautaient au rythme des mouvements.

— Habillez-vous et déguerpissez !

De mauvaise grâce, la jeune métisse jeta une robe indienne sur son corps appétissant et chaussa des mocassins. Puis elle sortit de la tente, après avoir envoyé un baiser de la main à Alan, toujours dans le lit. La couverture baissée sur le nombril laissait voir le torse viril du jeune homme. Celui-ci ne cacha pas sa contrariété.

— Eh bien, marshal, quelles sont ces manières ? Vous débarquez chez moi et vous chassez mes invités !

— Tes invités ? Tu vas me faire croire que tu donnais une réception ? Alan, tu es le pire filou que j'ai connu sur la Frontière. Tu couches avec tout ce qui passe : des femmes blanches, des Indiennes, des filles de saloon, des cantinières, des bourgeoises. Tout ce qui porte un jupon t'intéresse.

— Je ne savais pas que c'était interdit par la loi.

— Si c'était interdit, tu le ferais quand même ! Heureusement que j'ai bien connu ton trappeur de père. Sinon, je t'expulserais sur le champ. Bon, parlons plutôt de ce qui m'amène.

— Oui, j'aimerais bien savoir ce qui vous pousse à débouler comme un bison.

Le marshal se tut un moment, soupira. Enfin, il laissa tomber :

— Les Indiens. Ils se sont révoltés.

— Révoltés ? Les Indiens ? Je ne comprends pas.

— Depuis deux ou trois jours, nous recevons des télégrammes terribles. Cela s'est passé la semaine dernière, au Minnesota. Les Sioux de la tribu des Santees sont sortis de leur réserve et ont attaqué les Blancs. La presse nationale appelle cela le « Sioux Uprising ». Ils massacrent les gens par centaines. Hommes, femmes, enfants, ils tuent tout le monde. Ils ont même attaqué une ville entière, New Ulm. Personne ne peut s'opposer à eux : les soldats de l'Union sont partis pour combattre les Sudistes. Les pionniers se retrouvent sans défense.

— Affreux, en effet. Mais voyons, si je ne me trompe, le Minnesota est assez loin du Colorado. En quoi cela nous concerne-t-il ?

Le marshal le regarda sans répondre. Alan comprit tout seul et son cœur fit un bond.

— Un instant, un instant... Les Indiens... Ceux qui campaient juste à côté, au bord de la rivière... Ils ont disparu...

— C'est exact. Ils vivaient là depuis des années. Un matin, nous nous sommes réveillés et leurs tentes s'étaient volatilisées. Nous n'y avons pas prêté attention et nous avons eu tort.

— Tu crois qu'ils ont été informés de ce qui arrive au Minnesota ?

— Tu peux en être sûr. Chez les Indiens, les nouvelles vont plus vite que chez nous. Je ne sais pas comment ils font, mais ils n'ont pas besoin de télégraphe. L'information a évidemment circulé de tribu en tribu. À l'heure qu'il est, ils sont tous au courant : Nez Percés du Montana, Sioux et Kiowas du Wyoming, Shoshones de l'Idaho. Et aussi nos chers Cheyennes et Arapahos du Colorado, qui étaient encore nos amis voici quelques jours. Pendant les réunions sous les tentes, les guerriers ne doivent parler que de ça.

— Tu penses que toutes les tribus de l'Ouest vont se révolter ?

— Malheureusement, c'est possible. Et c'est une perspective angoissante. Nous sommes déjà engagés dans une guerre contre les Sudistes et nous allons peut-être en avoir une autre contre tous les Natifs de la Frontière. Franchement, je ne sais pas si l'Amérique d'Abraham Lincoln pourra survivre à cette double épreuve.

— Ma foi, je n'ai jamais été calé en politique, mais si on avait laissé les Indiens sur leurs terres de toujours au lieu de les enfermer dans des réserves, cela n'arriverait peut-être pas.

— Bravo pour cette analyse profonde ! En attendant, nous voici dans une situation difficile : il n'y a plus de soldats par ici. Ils sont tous partis pour combattre les Sudistes. En d'autres termes, il n'y a plus personne pour nous protéger. Alors, j'ai décidé de prendre des précautions : à partir d'aujourd'hui, toutes les diligences qui partiront de Denver City seront escortées par des gardes. Et je viens t'informer que tu es volontaire pour cette tâche.

— Quoi ? Je ne me souviens pas de m’être porté volontaire pour quoi que ce soit !

— C'est parce que tu as des trous de mémoire. Mon ami, tu es désormais le garde de la diligence de Fort-Laramie. Tu vas passer à mon bureau pour prendre un fusil et tu iras monter dessus. Tu l'escorteras jusqu'à sa destination. Tu seras payé un dollar par jour. Tu vois que le Territoire du Colorado sait se montrer généreux.

— Mais...

— Si tu refuses, je te coffre ! Des motifs, je n'aurais aucun mal à en trouver : avec la quantité de conneries que tu as fait depuis ta naissance !

Alan préféra capituler.

— OK, OK, marshal, je suis volontaire. Puisque c’est demandé si gentiment…

— À la bonne heure. Je n'en attendais pas moins de toi. Allez, au boulot ! Dans vingt minutes, je veux te voir sur la diligence de Fort-Laramie.

Le marshal souleva le rideau et se retourna une dernière fois :

— Et un conseil : arrête de tripoter les fesses des petites Indiennes. J'en connais qui se sont fait poignarder pour moins que ça.

Il sortit de la tente et le rideau retomba derrière lui. Alan Cork poussa un soupir sans enthousiasme. En fait, il se sentait à la fois embarrassé et soulagé. Embarrassé, car il n'avait aucune envie d'aller à Fort-Laramie. Et soulagé, car cela lui donnait, au moins, quelque chose à faire. Désœuvré, désargenté et marginalisé, cette tente de toile blanche constituait son unique maison, et toute sa fortune était enfermée dans deux sacoches de cuir, ou répartie dans les poches de ses vêtements. Alors, la diligence... Pourquoi pas ?

Après un autre soupir, il se leva enfin. Il s'habilla avec des gestes lents. Une bonne paire de bottes, une grosse veste de laine, son vieux chapeau. Il jeta sur ses épaules les deux sacoches et eut un dernier regard pour l'intérieur de la tente. Quand reviendrait-il ? Il haussa les épaules et s'en alla.

Il passa au bureau du marshal. Il prit un fusil, un revolver, et deux boîtes de munitions. C'est muni de cet armement qu'il traversa la rue principale. La diligence était là et on la préparait pour le départ. Alan donna un coup de main aux employés pour atteler les chevaux. Ensuite, il monta sur le toit et attendit.

Quelques minutes plus tard, la surprise l'immobilisa. Il voyait le marshal qui sortait de l'hôtel. Mais pas tout seul. Il accompagnait une femme. Alan fut vraiment étonné : jamais il n'aurait imaginé voir une dame aussi élégante au Far-West. Un jupon, une jolie veste zouave, un petit chapeau. Elle traversa la rue avec le marshal. Elle fit charger sa malle dans le coffre. Puis... Elle leva la tête et son regard croisa celui d'Alan. Les yeux de l'homme et de la femme se rencontrèrent, s'accrochèrent et ne se quittèrent plus.

Alan était ébloui. Quel beau visage. Quelle belle femme. Comme un rêve qui se serait matérialisé. Il repéra un col de dentelle qui dépassait de la veste. Cela dura quelques secondes. Ensuite, la dame mystérieuse disparut à l'intérieur de la diligence et la portière claqua.

Il ne restait plus à terre que le marshal faisant signe au cocher qu'il pouvait partir. Ce dernier se mit à brailler :

— La diligence pour Fort-Laramie ! La diligence pour Fort-Laramie !

Et pareil au conducteur du char d'Achille sous les murailles de Troie, il se dressa pour faire claquer son fouet. Les chevaux s'élancèrent. Dans un grand fracas, et en laissant par-derrière un imposant nuage de poussière, la diligence longea la rivière South Platte et se dirigea vers les montagnes.


*********
****

La diligence roulait vaillamment dans le paysage grandiose et majestueux des montagnes du Colorado. Un océan de prairies en fleurs l’enveloppait. Les forêts se faisaient de plus en plus vastes. Au loin apparaissaient les sommets toujours blancs des Montagnes Rocheuses.

Alan se tenait sur le toit, son fusil entre les mains. Bien sûr, il devait surveiller le panorama et guetter une éventuelle irruption des Indiens, ou des bandits. Oui, il était censé faire cela, sauf que tel n’était pas tout à fait le cas. En réalité, il voyait à peine les pics et les arbres. Dans sa tête, il n’avait qu’une chose : l’image de la belle femme montée à Denver City. Il se disait qu’elle se trouvait là, juste au-dessous, à l’intérieur de la diligence, et qu’elle roulait avec lui. Seule une épaisseur de bois la séparait de lui. Que faisait-elle ? Elle devait être assise près de la fenêtre et promenait sans doute ses beaux yeux sur le paysage.

Alan Cork avait toujours été un coureur de jupons. À chaque fois qu’il avait croisé une femme, il n’avait eu qu’une pensée : la déshabiller. Soit. Mais jamais il ne s’était senti excité à ce point. Parce que jamais il n’en avait rencontré une aussi excitante. Presque une créature irréelle. Il revoyait l’image entrevue au départ et son imagination s’enflammait : que cachait-elle sous ses riches vêtements ? En sachant ce qu’il savait des dames de la grande ville, elle portait un premier jupon, celui qu’on apercevait. Ensuite, il devait y en avoir un deuxième, sous le premier. Puis, sous le deuxième, sans doute cet étrange pantalon blanc qu’on voyait parfois dans les magasins. Enfin, par-dessous… le paradis dont il rêvait : des cuisses superbes, des hanches écartées, une peau douce. Et sous la veste zouave ? Certainement un buste tendre au toucher.

Il fut donc surpris en recevant un coup de coude du conducteur de la diligence.

— Eh, mon ami, tu es là pour monter la garde ! Tu as oublié ? Tu donnes l’impression de bailler aux corneilles ! À quoi penses-tu ?

— Non, non, je surveille le bord de la route, ne t’inquiète pas. Dis-moi une chose : pourquoi cette dame élégante va-t-elle à Fort-Laramie ? Ce n’est peut-être pas un endroit pour elle.

— La Margareth ? Elle n’a pas eu vraiment le choix : le marshal l’a expulsée de la ville.

— Expulsée ? s’étonna Alan.

Il reporta le regard sur le paysage et ne dit plus un mot.

…Elle enleva la veste en la faisant glisser le long de ses bras. Ensuite, elle déboutonna sa chemise, dont les pans sortirent des jupons…

2

La diligence cahota et bringuebala pendant toute la journée dans le décor montagneux. Le gardien sur le toit était bien secoué et il imaginait ce que devaient ressentir les passagers, un peu plus bas. Ils montaient et montaient toujours vers les sommets.

En fin d'après-midi, le premier relais apparut. Une grosse cabane, flanquée d'un corral, à la lisière d'un bois. La diligence s'arrêta devant, en soulevant la poussière. Les portières s'ouvrirent et les voyageurs descendirent, visiblement heureux de pouvoir se dégourdir les jambes. Pendant qu'on emmenait les chevaux à l’enclos, ils entrèrent dans la bâtisse. La femme du responsable posa un regard sur Margareth. Admiratif, devant la beauté et l'élégance de cette voyageuse, et en même temps légèrement désapprobateur, laissant entendre qu'elle ne comprenait pas pourquoi une telle dame s'aventurait dans l'Ouest sauvage.

Cela ne dura que quelques secondes. Très vite, le gérant du relais et son épouse demandèrent des nouvelles de la Guerre de Sécession. On fut obligé de leur dire que les choses se présentaient très mal, que les armées de l'Union allaient de défaite en défaite et que les Sudistes approchaient de Washington. L’homme et la femme hochèrent la tête.

— Hélas, les informations que nous avons, nous, ne sont guère plus positives. Les Indiens seraient sur le point de se révolter. Oui, oui, c'est ce qu'on colporte dans ces montagnes. Nous ne comprenons pas : voici quelques jours encore, les Cheyennes venaient ici et échangeaient des peaux contre de la nourriture. Maintenant, on ne les voit plus. Que leur est-il arrivé ?

Alan, qui entendait, préféra taire à ses compagnons ce que lui avait dit le marshal à Denver City. À quoi bon les inquiéter ? De toute façon, le « Sioux Uprising » serait bientôt connu de tous, ainsi que ses conséquences.

Le soleil déclinait quand l'épouse du responsable servit le repas. Cela se passait au milieu de la pièce principale, sur une longue table. Les voyageurs prenaient place sur deux banquettes inconfortables. Alan remarqua soudain que Margareth se trouvait isolée à un bout. Personne n'avait osé se placer en face de cette dame un peu intimidante. Une occasion à ne pas rater ! Il se précipita presque pour s'asseoir devant elle et ôta son chapeau.

— Bon appétit, Madame. Je suis le gardien de la diligence.

— Je vous avais reconnu, répondit-elle sur un ton neutre.

Cet accueil quelque peu distant ne le découragea pas. Il glissa un regard furtif sur les rondeurs agréables de la poitrine féminine qui tendaient à craquer la petite veste. Certes, il avait conscience de se comporter comme un goujat, mais... mais ses hormones se révélaient plus fortes que son éducation !

Le repas arriva aussitôt : des tranches de lard, des haricots. L'épouse du responsable emplit leurs assiettes, avant de s'éloigner.

La situation devint alors un peu particulière. En train de manger, Alan et Margareth se faisaient face. Mais ils ne s’adressaient pas la parole. Aucun mot n'était échangé. Ils ne se regardaient pas non plus. Ni l'un, ni l'autre ne levait le nez de son plat. Seules les voix des autres voyageurs résonnaient dans la pièce. Soit, mais s'ils ne parlaient point, ils pensaient tous les deux.

Alan avait des pensées qui lui tournaient dans la tête, et qui donnaient ceci :

« Quelle femme extraordinaire... C'est une chance inouïe de l'avoir rencontrée, surtout par ici... Belle, élégante, raffinée... Une opportunité unique dans ma vie... C'est décidé : je ne la lâcherai pas avant de l’avoir vue toute nue… J'en fais le serment... »

En face de lui, Margareth avait elle aussi des pensées. C'était les suivantes :

« Toi, le grand type avec un fusil, tu crois que je n'ai pas compris ce que tu veux ? Tu rêves de coucher avec moi, hein ? Eh bien, mon bonhomme, tu peux toujours te brosser. Cela n'arrivera pas. Mes jupons resteront baissés pour toi. Mange tes haricots, pauvre benêt ! »

Cette conversation silencieuse aurait pu se poursuivre. Cependant, elle allait être interrompue de la façon la plus inopinée. Margareth fit un geste maladroit et laissa tomber sa fourchette par terre. La confusion provoqua chez elle un retour instinctif de ses souvenirs de petite fille, et elle maugréa entre ses dents un juron dans sa langue maternelle. L'effet fut foudroyant. Alan se pétrifia sur sa chaise, absolument stupéfait.

— Madame, vous... Vous êtes Française ?

À son tour, Margareth s’immobilisa, stupéfaite elle aussi.

— Quoi, vous... Vous parlez français ?

— Bien sûr que oui ! Ah, pour une surprise, c'en est une ! Je savais bien que vous n'étiez pas une dame de l'Ouest. Voulez-vous continuer à discuter avec moi dans cette langue ? Voilà longtemps que je ne la pratique plus. Cela me permettra de me la remémorer.

L'épouse du responsable apporta une autre fourchette à Margareth et repartit. Mais cela n'avait guère d'importance. Le miracle venait de s'accomplir. Au fond d'un relais de diligence perdu dans les montagnes de la Frontière, un homme et une femme s’étaient découvert un point commun. Maintenant, plus rien n'aurait pu s'opposer à leur conversation.

— Je sais bien que cela ne me regarde pas, dit Margareth, mais comment un vigile du Colorado peut-il parler le français ?

— Parce que mon père était trappeur. Le français est la langue de communication des coureurs des bois. Alors, je l'ai entendu pendant toute mon enfance. J'avoue que je l'ai un peu oublié. Pardonnez mes lacunes. Mais… Margareth, ce n’est pas français.

— Je m’appelle Marguerite. Mais en Amérique, personne ne parvenait à le prononcer. Je suis devenue Margareth.

Alan garda le silence un instant, avant de reprendre.

— Je sais bien que cela ne me regarde pas, mais comment une dame élégante et raffinée peut-elle se faire expulser d'une ville ?

— Ah, vous êtes au courant ? Eh bien, le marshal m'a expulsée parce que je jouais aux cartes. Il paraît qu'une femme qui joue aux cartes serait une créature horriblement dangereuse.

— Je pense qu’il a eu raison. Heu, il n’a pas eu raison de vous expulser, non, non. Mais pour le reste, oui. J’ai vu des parties de poker finir en fusillade : ce n’est pas joli, croyez-moi. Alors, vous êtes joueuse de cartes ? C’est votre métier ?

— Je n’ai pas de métier. À part celui de malchanceuse professionnelle. En France, mon père a eu l’idée de se lancer en politique. Il s’est fâché avec Napoléon III et a été obligé de partir pour l’Amérique. Avec ma mère et moi, bien sûr. Ici, je suis allée à droite et à gauche, sans jamais trouver ma place. Jusqu’à échouer à Denver City. Et vous-même, depuis combien de temps êtes-vous gardien de diligence ?

— En fait, depuis ce matin. Je ne l’avais encore jamais fait. Le marshal avait besoin d’un volontaire et… disons que je me suis présenté spontanément, ou presque.

Le repas s’acheva. Pendant que les autres bavardaient, Alan et Margareth sortirent sur le perron du relais pour prendre l’air. La nuit enveloppait les montagnes. Seul le bruissement des branches sous le vent indiquait la présence des forêts. Alan s’apprêtait à dire quelque chose, mais Margareth l’apostropha directement.

— Dites-moi la vérité. J’ai vu votre visage pendant que les autres parlaient des Indiens. Savez-vous des choses que nous ignorons ?

Le jeune homme hésita une seconde, puis se décida à lui répondre franchement.

— Oui, Madame. Le marshal a reçu des télégrammes très inquiétants. Je crois que des lendemains difficiles nous attendent. Surtout, n’en parlez pas aux passagers. Laissons-les voyager tranquillement.

— Mais pourquoi donc ? Quand je suis arrivée sur le territoire, les Indiens s’entendaient fort bien avec nous. À Denver City, j’en ai même vu dans les magasins.

— Moi aussi. Et puis, j’ai passé mon enfance avec eux. Je suis aussi intrigué que vous.

— S’ils attaquent, vous serez là pour nous défendre ?

— Naturellement ! Je me ferais tuer pour les empêcher de vous faire du mal.

Elle lui adressa un petit sourire bienveillant. Puis elle se dirigea vers la porte pour rentrer dans le relais. Soudain, elle se retourna et revint vers Alan, qu’elle regarda en face.

— Monsieur le vigile, pourriez-vous me rendre un service ?

— Je vous en prie.

— Arrêtez de regarder mes fesses quand je marche devant vous.

Et elle entra. Alan se sentit à la fois gêné et amusé de s’être fait prendre en flagrant délit. En tout cas, il était fixé : cette dame était, en plus du reste, intelligente.

Un peu plus tard, tout le monde se prépara à dormir. Les femmes s’enfermèrent dans une chambre et se couchèrent dans de véritables lits. Quant aux hommes, restés dans la pièce principale, ils durent étendre des couvertures et s’endormir par terre. Les lampes éteintes, tout le relais se trouvait plongé dans l’obscurité.

Enroulé dans son morceau de tissu, Alan ne fermait pas les yeux. Son esprit traversait les ténèbres, vers la salle voisine. Là-bas, à quelques...

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Provocation Policière

de lune-ecarlate-editions

35MM

de lune-ecarlate-editions

Coup de Pouce

de lune-ecarlate-editions

suivant