Le jour où j'ai changé de bord… Volume 2/5

De
Publié par

Le jour où j'ai changé de bord, volume 2/5

Aurore Kopec
Saga en 5 volumes à parution hebdomadaire de 1 270 000 car. (228 000 mots), volume 2 : 236 000 car. (41 000 mots).
Le jour où j'ai changé de bord est l'histoire de Ian, un éducateur rémois de 28 ans, célibataire endurci. Grâce à son frère, Tom, il fait la connaissance d'un adolescent gay et introverti, Nathaniel. Dans un premier temps, ce garçon l'agace mais Ian a un bon fond. A la demande de Tom, il prend Nathaniel sous son aile, jusqu'à en faire son colocataire lorsque le garçon se retrouve à la rue. Peu à peu, Ian prend conscience que Nathaniel lui plaît mais il se refuse à le lui avouer. Rien ne dit que les sentiments de Nathaniel sont réciproques et de toute façon, il a quelqu'un. Il leur faudra l'électrochoc d'un terrible accident pour qu'ils s'avouent leurs sentiments. A l'issue de la convalescence de Ian, la colocation se transforme en vie à deux, non sans quelques difficultés. Ian doit s'assumer en tant que bisexuel vis-à-vis de ses amis, de ses collègues... Du côté de sa sexualité, par contre, il assume très bien !

Leur relation devient plus forte de jour en jour. Ils affrontent ensemble les séquelles de l'accident de Ian et celui-ci est toujours là pour encourager Nathaniel, notamment dans ses études. Lorsque ce dernier obtient son diplôme et doit partir poursuivre ses études dans une autre université, c'est une véritable déchirure. Leur couple doit survivre à la distance...

L'un comme l'autre se plonge dans le travail. De son côté, Ian fait la connaissance de jumeaux en difficulté qui sèment la terreur au foyer de l'enfance où il travaille. Jordan est violent mais il protège avant tout son frère, Julien, gay. Ian arrive à bâtir une relation de confiance telle que, lorsque les adolescents refusent de partir dans un autre foyer, il fait tout pour devenir leur famille d'accueil. Devenu leur tuteur, Ian, puis Nathaniel dans son rôle de grand-frère, vont les guider sur la voie du bonheur.

Dès lors, on suit aussi les aventures des jumeaux. Deux adolescents dont l'un est hétéro et protecteur, l'autre gay et amoureux. Julien n'a pas choisi le garçon le plus facile. David vit encore au foyer. Victime d'un père pédophile, il doit se reconstruire. Julien se heurte à sa peur de l'autre, sa peur de la sexualité également, mais ça ne lui fait pas peur. De son côté, Jordan trouve en Ian un modèle et se métamorphose. Encouragés, soutenus et guidés par Ian et Nathaniel, les trois garçons évolueront chacun à leur manière.

Ian et Nathaniel poursuivent leur vie de couple. En dehors d'être des tuteurs impliqués, ils trouvent le temps de se pacser, entourés de leurs amis et de leur famille de cœur. Un dernier événement va venir secouer leur petite vie tranquille : des amies lesbiennes demandent à Ian d'être le père de leur enfant et d'en partager l'éducation. Une décision qu'ils prennent à deux. Devenir père était un rêve inavoué pour Ian et accueillir deux adolescents lui a fait réaliser à quel point ce serait bien, d'avoir un enfant à lui, à eux. Nathaniel se pense trop jeune mais le bonheur de Ian vaut la peine de faire un effort. La naissance de leur fille Léa marquera le début d'une nouvelle étape dans leur vie...
Retrouvez tous nos titres sur http://www.textesgais.fr/


Publié le : vendredi 11 mars 2016
Lecture(s) : 30
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791029401329
Nombre de pages : non-communiqué
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

 

 

 

 

 

 

 

Le jour où j'ai changé de bord...

 

 

Aurore Kopec

 

 

Volume 2/5

 

 

 

5

6

7

 

 

 

 

5

 

 

Comme prévu, je quittai l’hôpital le 24 décembre au matin. Nathaniel était là avec Tom qui devait me ramener chez moi en voiture. J’avais retrouvé mes meilleures amies les béquilles et comme j’étais bourré de médicaments, je ne sentais presque rien. Le bonheur d’être sur pied dissipait le reste. Dans la voiture, j’occupai le siège passager pour pouvoir allonger ma jambe et Nathaniel s’installa juste derrière pour pouvoir passer ses bras autour de mon cou. Durant la semaine précédente, il avait eu des examens, par conséquent il avait passé son temps à réviser et nous ne nous étions pas beaucoup vus. L’un comme l’autre, nous avions l’intention de nous rattraper. Le moindre frôlement de son corps contre le mien m’électrisait.

Je montai lentement les escaliers jusqu’à chez moi, Nathaniel derrière moi pour me rattraper, et Tom devant. Celui-ci repartit aussitôt, car il devait préparer le réveillon que nous faisions chez lui, entre gens n’ayant pas de famille.

Nathaniel me raconta sa semaine pendant que nous mangions nos pizzas et son impatience à participer au prochain championnat de karaté. Puis je gagnai ma chambre pour me reposer. Je retirai mon pull, mais pas le reste, car en plus d’un bandage à même la peau – on m’avait quand même charcuté la jambe de haut en bas – j’avais un système d’attelles du pied jusqu’à la hanche qu’il était fastidieux de remettre. Nathaniel s’allongea contre moi et passa son bras sous ma tête. Je me collai du mieux que je pouvais contre lui et pris son autre main dans les miennes pour la masser et la caresser. Nous continuâmes à parler de tout et de rien. Il m’avait manqué.

« Tu peux reprendre le sport quand ? demanda-t-il.

— D’ici un mois, un mois et demi. Quand je n’aurais plus de trou dans les os.

— Et ton travail ?

— Quand je n’aurais plus d’attelle. Et je reprendrai un rythme normal, avec les nuits et les week-ends.

Je perçus sa déception.

— Quand je fais les nuits, j’ai plus de jours de congé, expliquai-je. Nous pourrons passer les vacances ensemble. En août, tu pourras venir faire du camping avec les gamins et moi. C’est toujours mieux avec des accompagnateurs supplémentaires. Et puis comme ça, nous serons tous les deux.

— Je ne sais pas, soupira-t-il.

— Je t’aime, tu le sais ça ?

— C’est pas un argument, répliqua-t-il, boudeur.

— Mais c’est vrai quand même.

— Ian, c’est notre premier Noël en amoureux, fit-il remarquer.

— J’espère qu’il y en aura plein d’autres, renchéris-je.

— Moi aussi. Mais… tu m’as fait quoi comme cadeau ?

— Il est chez Tom, tu verras ce soir.

— Je peux avoir un indice ?

— C’est une surprise.

— J’aime pas les surprises. Dis !

Il commença à me chatouiller pour me faire parler.

— Arrête ! Je t’en supplie, pitié ! Aïe !

Aussitôt il stoppa.

— Je t’ai fait mal ? s’enquit-il, inquiet.

— Non, le rassurai-je, mais ça a marché.

— Mais euh ! protesta-t-il en riant. Ne me fais plus jamais ça. »

Je me tortillai et cueillis ses lèvres en un chaste baiser. Il y répondit et sa langue franchit mes lèvres. Rien que ça c’était…

« Et si nous dormions ? proposai-je.

— D’accord. »

Il cala sa tête dans le creux de mon épaule tout en me gardant dans ses bras.

 

Nous nous étions faits beaux pour aller chez Tom. Celui-ci habitait au rez-de-chaussée, heureusement pour moi. Mon gentil frangin avait préparé un fauteuil et un pouf pour que je puisse poser ma jambe. J’avais l’air d’un infirme, mais je me faisais chouchouter par tout le monde. Nous étions les premiers arrivés. Nous ne devions pas être très nombreux, seulement les jumelles Tania et Anne, en célibataires, et peut-être une troisième personne, mais je ne savais pas qui. Azora était sublime dans une robe courte de Mère-Noël. Mon frère, avec son bonnet clignotant, était un peu ridicule, mais bon, c’était mon frère. Les jumelles arrivèrent, aussi folles que d’habitude. Nathaniel se colla à moi de peur que l’une d’elles ne s’empare de l’un de nous deux. Un dernier « ding dong » annonça le dernier invité. Ce n’était autre que Nils avec… des bois de rênes rouges sur la tête ! Nathaniel pouffa de rire en le voyant et tout le monde se moqua de lui à un moment de la soirée. Il ne semblait pas s’en soucier. Il vint vers nous pour nous saluer. Mais imprévisible qu’il était, il ne fit pas ce à quoi on s’attendait. Il passa un bras derrière la nuque de Nathaniel et l’embrassa fougueusement. Celui-ci resta figé par la surprise puis Nils fit de même avec moi, mais je le repoussai avant qu’il mette sa langue dans ma bouche.

« Décidément, t’es un grand malade ! fis-je.

— Joyeux Noël ! s’exclama-t-il. Et Tania et Tania ne s’en sont pas plaintes !

— Bien sûr que non ! ris-je. Elles sont aussi dingues que toi.

— Cela n’a pas non plus gêné Nat, ajouta-t-il.

Je regardai mon amoureux, rouge comme une pivoine.

— C’est… pas pareil, balbutia-t-il, nous sommes sortis ensemble plusieurs mois.

— Moi aussi je sors avec toi depuis plusieurs mois ! clamai-je.

Nathaniel comprit immédiatement et m’embrassa passionnément.

Nils se posa sur la chaise libre à côté de moi.

— Alors, comment ça va les amoureux ? »

Nous discutâmes quelques minutes avant qu’il n’aille embêter Tom et Azora en cuisine.

Nils était en mauvais termes avec sa famille et il était célibataire depuis deux mois. Sa précédente rupture semblait l’avoir éprouvé, d’après ce que m’avait raconté Nathaniel après une soirée en boîte où Nils s’était confié à lui. Apparemment, il s’était fait plaquer, ce qui n’arrivait jamais… du moins pas depuis qu’il était sorti avec Nathaniel. Mais là, il l’avait cherché alors que cette fois-ci, il était peut-être amoureux de ce jeune homme.

Nils revint en riant après s’être fait frapper par Azora. Il avait une démarche féline très attirante. Il s’assit par terre, devant Nathaniel. Je craignis un nouveau mauvais coup et le gardai à l’œil.

« Nat, demanda-t-il, tu n’aurais pas le numéro de Marc, ton copain ?

— Pourquoi ? répondis-je.

— Il me plaît, c’est tout. Est-ce qu’il est célibataire ?

— Pour l’instant, oui. Il a été amoureux de quelqu’un qui était en couple, alors pour l’instant, il fait une pause, expliqua Nathaniel.

— Tu peux me donner son numéro ?

— Attends, je le préviens avant.

Nathaniel sortit son téléphone portable de sa poche et envoya un texto à son ami.

— Ça te dérangerait si nous sortions ensemble ? reprit Nils.

— Non, répondit Nathaniel. Vous faites ce que vous voulez.

— Cela ne me dérange pas non plus, plus vite il sera casé…

— Moins tu seras jaloux, termina Nils.

Je le fusillai du regard, mais il m’ignora royalement. Nathaniel reçut la réponse à son texto.

— Alors ? reprit notre ami.

— Il n’est pas contre le fait que je te donne son numéro, fit mon amoureux. À une condition.

— Laquelle ?

— Que tu le kidnappes demain pour lui éviter de passer la journée dans sa famille. Il habite en ville, il s’en va demain matin. S’il peut avoir un alibi pour ne pas y aller, il accepte n’importe quoi.

— OK. Donne-moi son numéro, qu’on fixe un rendez-vous. »

Et l’affaire fut conclue. C’était bizarre comme début de relation, mais Nils était cinglé, alors plus rien ne pouvait m’étonner de sa part.

Le repas fut merveilleux et avant de passer au dessert, nous ouvrîmes nos cadeaux. On commença par moi. Nathaniel m’apporta une petite boîte entourée d’un gros nœud. Je la posai sur mes genoux et la déballai. J’y trouvai… des clés.

« Qu’est-ce que c’est ? demandai-je.

— On s’est tous cotisés et Nathaniel a récupéré l’argent de l’assurance. Ainsi nous avons pu te racheter une moto ! m’annonça mon frère.

Je n’en revenais pas.

— Elle sera livrée dans un mois, ajouta-t-il. Quand tu pourras marcher !

— Me…merci, bredouillai-je. C’est… méga super ! Merci ! »

Je ne savais pas quoi dire d’autre. C’était fantastique.

Tom donna son cadeau à Nathaniel. J’avais demandé à mon frère d’aller l’acheter pour moi et de le garder, car j’étais sûr que Nathaniel le chercherait pendant mon absence. Il ouvrit la boîte et ses yeux s’illuminèrent. Il s’agissait d’un appareil photo semi-professionnel. Je savais qu’il rêvait de faire de la photo durant son temps libre. Je voulais juste l’aider à réaliser son rêve. Il me sauta au cou et m’embrassa sauvagement devant tout le monde.

Les jumelles s’étaient offertes de la lingerie, et elles en avaient offert aussi aux autres, masculin ou féminin, à part à moi qui avait déjà ma moto. Nils avait opté pour de grosses boules de Noël décorées, chacune portant un message personnel. J’en fus étonné. Finalement, je ne le connaissais pas si bien et quasiment pas avant que je sorte avec Nathaniel. Tom et Azora avaient offert de jolis petits pots remplis de chocolats. Et j’en avais un !

« Comme ça tu ne piqueras pas ceux de Nathaniel ! » avait expliqué mon frère.

Malin, non ?

Nous mangeâmes le dessert. Je n’arrêtais pas répéter « Mais il ne fallait pas » entre chaque bouchée, j’étais encore sous le choc. Pour me faire taire, Nathaniel m’enfourna sa cuillère dans la bouche et il continua jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de glace dans mon assiette. Puis, alors qu’il avait de la glace plein les lèvres, il m’embrassa. Sa bouche avait un goût de vanille très plaisant.

« Joyeux Noël ! dit-il, malicieux.

— Et bien, qu’est-ce que ça va être à Nouvel An ?! s’exclama Tania. Si tu dois nous embrasser tous comme ça sous le gui !

— Seulement Ian, répliqua mon amoureux.

— Je suis jaloux, lança Nils de l’autre côté de la table.

— Il est à moi ! déclarai-je en emprisonnant mon amoureux dans mes bras. Rien qu’à moi ! »

C’était le meilleur Noël que j’avais passé depuis mon enfance. J’étais pleinement heureux au milieu des gens qui j’aimais. Un bonheur simple, mais qui m’était cher. Je voulais qu’il n’y en ait encore beaucoup.

 

*

* *

 

Après ses partiels Nathaniel se retrouva avec deux semaines de vacances. Je négociai avec Tom pour qu’il libère mon amoureux de ses obligations au dojo une semaine au moins, voire plus si c’était possible. Nathaniel avait besoin de se reposer. Ses partiels avaient été difficiles, les révisions longues et fastidieuses et par-dessus tout il s’était fait un sang d’encre pour moi. Et il continuait, se demandant si j’allais récupérer rapidement de cette intervention. Ce n’était pas pour lui qu’il s’inquiétait, mais pour moi, il voulait que je puisse récupérer mes facultés pour être mieux dans ma peau. Bien sûr, j’aurais ma moto (Mon méga super cadeau de Noël !!), je ferais du karaté avec lui et nous pourrions sortir sans limites. Moi aussi j’avais hâte. Mais j’avais surtout hâte qu’il se repose, qu’il prenne du temps pour lui. J’avais réservé une semaine dans une maison d’hôte en pleine campagne. Il y avait des chevaux et plein de sentiers pour aller se balader. Je l’entendais déjà me dire que je ne devais pas crapahuter avec mes béquilles, mais je m’en fichais. J’avais besoin de le voir heureux pour m’oublier, moi. Oh, tout allait bien, mais j’étais psychologiquement fatigué. J’avais l’impression d’avoir vieilli. Des mois de problèmes, d’efforts, de douleur… Heureusement, c’était aussi des mois d’amour et rien que ça me redonnait de la vitalité. Mais j’avais besoin de repos, de me couper de mon univers quotidien et de mon appartement dans lequel je tournais en rond depuis novembre.

Vendredi après-midi, Nathaniel sortait avec ses amis pour fêter la fin des partiels. Je lui fis la surprise de le rejoindre, avec l’aide de Marc. En fait, c’était compliqué. Depuis Noël, Marc fréquentait Nils duquel j’avais eu le numéro de Marc. Celui-ci n’était pas officiellement avec Nils, ils allaient au cinéma, en soirée, au restaurant, se rencontraient pour parler autour d’un verre, en public ou chez Nils. Il n’y avait rien eu d’autre pour le moment. Les deux jeunes hommes prenaient leur temps, ce qui était peut-être la première fois pour Nils. Peut-être en sortirait-il quelque chose de positif. En tout cas, Nathaniel y croyait dur comme fer. Bref, je fis signe aux autres de se taire et avançai en posant prudemment mes béquilles pour ne pas faire de bruit. Justine tendit sa main et je les lui confiai juste avant de prendre Nathaniel dans mes bras. Surpris il se retourna et je vis une fois de plus son visage s’illuminer. Mon cœur s’emballa.

« Ian ! s’exclama-t-il sincèrement heureux de me voir.

— Salut mon cœur », murmurai-je à son oreille.

Il ne résista pas à l’envie de m’embrasser. Marc se décala pour me laisser sa place près de Nathaniel. Je le remerciai et m’assis. Je pris la main de Nathaniel dans la mienne. Quelque chose retint mon attention, il avait changé…

« Tu t’es coupé les cheveux ! m’écriai-je.

— Oui, un peu. Je ne suis plus obligé de les attacher comme ça.

En effet, ils étaient coupés en dessous de ses oreilles.

— Mais, bredouillai-je, comment je vais faire moi ?

— Il y en a encore assez ! rit-il. Tu veux boire quelque chose ?

— Volontiers. »

Je commandai au serveur qui vint à notre table. Les autres s’étaient remis à parler.

« Nat, j’ai une bonne nouvelle pour toi.

— Ah oui ?

— Tom te laisse deux semaines de vacances et nous partons demain.

— Partir ? Où ça ?

— Tu verras, je suis sûr que tu aimeras. Nous allons nous reposer et passer du temps ensemble, rien que nous deux.

— Super !

Il se jeta à mon cou et m’embrassa.

— Arrête ! ris-je. Nous ne sommes pas seuls.

— Ceux-là ? fit-il en désignant ses amis. Ils sont habitués.

— Non les autres clients.

— Ils n’ont qu’à regarder ailleurs. »

Et il m’embrassa de plus belle. J’aimais ça, mais je finis par me sentir mal à l’aise. Je l’écartai de moi à contrecœur, mais rapprochai ma chaise pour pouvoir passer un bras autour de ses épaules. Je me mis immédiatement à jouer avec ses cheveux courts sur sa nuque. Je le vis réprimer un frissonnement et il me sourit. Je lui répondis.

« Euh… Ian ? fit Marc à côté de moi. Est-ce que Nils sort avec vous ce soir ?

— Je ne sais pas. Nat ?

Il était en train de parler avec deux autres personnes.

— Oui ?

— Nils sort avec vous ce soir ?

— Oui, je crois. Tu veux que je lui demande ?

— Non, pas la peine, répondit Marc.

— Tu veux venir ? proposa mon amoureux.

— Si… si c’est possible.

— Ian, est-ce que Marc peut manger à la maison, comme ça il viendra avec moi… Tu veux venir ? ajouta-t-il ensuite très vite.

J’avais sans doute froncé les sourcils ou bien grimacé pour qu’il dise ça. Et j’avoue que j’étais tenté de les accompagner, le seul problème c’est que je n’étais pas sûr qu’on me laisse entrer. Je décidai de lui faire confiance.

— Non, mais vas-y avec Marc, il n’y a pas de problème.

Oui, j’avais réussi à le dire. Marc semblait vraiment être attaché à Nils, il ne représentait peut-être plus une menace et puis j’avais confiance en Nathaniel. Il m’aimait et j’étais sûr qu’il ne referait pas la même erreur.

— Merci » fit Marc.

Sa voix était mal assurée. Mon dieu, il était amoureux ! Amoureux de Nils, c’était quelque chose, bien que je commençai à entrevoir les qualités de ce fou derrière sa folie justement. Était-il possible qu’ils se soient trouvés l’un l’autre ? J’avais prévu d’inviter Nils à notre retour, ce serait l’occasion d’éclaircir les choses.

Quant à moi, j’étais plus à l’aise avec les amis de Nathaniel. Une soirée étudiante était prévue pour dans un mois et ils avaient demandé à Nathaniel de m’inviter. Le fait qu’ils le proposent m’avait touché. Comme d’ici là je n’aurais plus de béquilles, j’avais volontiers accepté de me joindre à eux.

Nous terminâmes nos verres. Marc, en voiture, nous ramena puisqu’il devait dîner avec nous. Je restai tout de même méfiant, incapable d’oublier que c’était avec lui que Nathaniel avait flanché. Cela remontait à près de quatre mois, mais j’avais la rancune tenace.

Arrivé à la maison, je m’excusai et allai dans ma chambre pour m’allonger. Nathaniel montra l’appartement à son camarade avant de me rejoindre.

« Tu ne te sens pas bien ? s’enquit-il.

— J’ai un peu mal partout, comme après l’accident en fait. De la fatigue, ce n’est rien. — Euh, je ne t’ai pas demandé, mais on part à quelle heure demain ?

— Dix heures, ce n’est pas très loin.

Je grimaçai en essayant de m’asseoir sur mon lit, finalement je restai étendu.

— Tu veux que je t’amène quelque chose ? demanda mon amoureux, feignant mal la tranquillité.

— Un bisou ?

— Sérieusement Ian.

— Mes os se ressoudent, les attelles me font mal rien qu’à être là, c’est normal que j’ai un peu mal de temps en temps. Mais c’est bientôt fini mon cœur. Va rejoindre Marc et fais-lui à manger.

— Tu viens ?

— Appelle-moi quand ce sera prêt, d’accord ? »

Il vint me faire mon bisou et partit. Je fermai les yeux. La douleur passa rapidement, ce n’était rien comparé à celle que j’avais connue avant. En fait, c’était la raideur des attelles qui me faisait le plus mal, les tiges métalliques s’enfonçaient dans la jambe. Au moins, quand j’avais les bandages en dessous, je ne les sentais pas. Désormais il n’y avait que mon pantalon entre ma peau et l’attelle. Mais bon, plus que deux semaines. Et puis se serait de nouvelles heures de rééducation, pas beaucoup, et puis le karaté. Sans retenue ou presque. Je devais juste faire attention aux entorses et aux tendinites. Sinon, je pouvais faire ce que je voulais et j’avais l’intention de m’y tenir ! Le repas se passa très bien. Marc se tenait aussi éloigné que possible de Nathaniel et je lui en étais reconnaissant. Il me posa des questions sur mon travail principalement. Le reste de ma vie et bien… je crois que Nathaniel lui avait déjà tout raconté. Marc était un garçon poli et bien élevé et d’après le peu que j’en entendis, cultivé. J’y vis là une ressemblance avec Nils qui, s’il ne l’étalait pas, possédait une culture riche et approfondie.

Nathaniel emmena ensuite Marc dans la chambre d’ami qui lui servait de bureau, ils y parlèrent psycho, ce qui était normal vu qu’ils l’étudiaient. J’étais dans le salon, devant la télévision et je commençais à m’endormir. Nathaniel se planta entre l’écran et moi et s’agita. Je focalisai mon attention sur lui. Chemise blanche, jeans blancs, une veste à la main… Il était prêt. Je n’avais pas vu le temps passer. Il se pencha, se retenant au dossier du canapé. J’avais une vue superbe sur ses pectoraux par l’échancrure de sa chemise. Il m’embrassa, je passai mes bras autour de son cou jusqu’à ce qu’il se redresse.

« On y va, dit-il. Ne te couche pas trop tard.

— Promis. Et toi, ne drague pas trop.

— Pas de risque ! »

Il m’embrassa fugitivement et partit.

Je restai seul, face à mon petit écran. Super soirée !

Je dormais à poings fermés jusqu’à ce que Nathaniel se glisse sous la couette à mes côtés. Il se plaqua à mon dos et croisa ses doigts avec les miens, m’enlaçant par la même occasion. Je ne bougeai pas, même si j’étais réveillé.

« Bonne nuit » murmura-t-il.

Je souris. Il me parlait même quand il pensait que je dormais. C’était mignon. Sur ce, je me rendormis.

 

*

* *

 

Samedi matin. Je fus le premier levé, chose rare, et traînai mes affaires dans le couloir. Celles de Nathaniel y attendaient déjà. J’ignorais quand il les avait préparé, peut-être après le dîner, ou bien en rentrant, en pleine nuit. En tout cas, il allait tout descendre. C’était Alexandre qui devait nous emmener, car il avait un GPS et une voiture spacieuse. De plus, il s’était proposé en ajoutant gentiment qu’il serait content quand je reconduirais. Et moi donc ! Nathaniel se leva peu de temps après, pendant que j’étais sous la douche. Il me rejoignit dans la salle de main et m’aida à sortir de la douche. J’étais nu, lui aussi… Il n’en fallut pas plus !

Je me hissai sur le meuble du lavabo, mes fesses touchant la céramique glacée. Nathaniel m’enlaça. J’enfouis ma tête dans son cou pour y prodiguer toutes les caresses que pouvait y faire ma bouche. Il sentait la sueur et l’odeur des draps. Son parfum en fait. Il était chaud et sec, et je dégoulinais sur lui. Nathaniel écarta mes jambes avec douceur, de peur de me faire mal, et je le laissai faire. Son regard me disait de l’arrêter s’il ne devait pas continuer. Il se plaça entre mes cuisses et prit possession de ma bouche. Ses mains se mirent à parcourir mon corps, chaque parcelle de ma peau. Les miennes s’attardaient sur son dos musclé, sa taille fine puis ses fesses délicieusement pommées. Sa langue vint titiller le creux de mes oreilles, il les mordilla aussi, descendit dans mon cou, suçota mes tétons… Mille caresses de l’homme que j’aimais. Oh que je le désirais à cet instant ! N’y tenant plus, et sachant que nous manquions cruellement de temps, je pris la main de mon amant et la guidai jusqu’à mon sexe. En même temps je pris le sien dans mon autre main et nous nous masturbâmes l’un l’autre… Ding ! Dong !

« Non ! ragea Nathaniel. Non pas déjà !

— Alex est toujours en avance, confirmai-je.

Il grogna de frustration.

— J’y vais, dit-il. Sèche-toi. »

Il attrapa un peignoir, s’en vêtit et alla appuyer sur l’interphone pour ouvrir la porte de l’immeuble à notre chauffeur.

Nous étions peut-être plus en retard que nous le pensions. Je descendis de mon perchoir tant bien que mal, me séchai, nouai une serviette autour de ma taille et repris mes béquilles pour me rendre dans la chambre. Nathaniel me remplaça sous la douche. Il était plus rapide que moi. Je finissais de m’habiller lorsqu’il revint, il faut dire aussi que je n’étais pas aidé avec ma jambe, rien que mettre mon attelle et tous les scratches du pied jusqu’à la hanche prenait une éternité.

Mon amoureux m’aida à me mettre debout et je rejoignis Alexandre dans la cuisine. Il s’était servi un café en nous attendant.

« Désolé, dit-il, mais j’ai été plus rapide que prévu pour faire le plein.

— Ce n’est pas grave, l’excusai-je.

Je me servis un café tout en mordant dans une petite brioche. Nathaniel déboula dans la cuisine, les cheveux en bataille et la fermeture de ses jeans pas remontée. En même temps il valait mieux qu’il attende s’il ne voulait pas risquer quelques dommages. Sa chemise était assez ample pour dissimuler la bosse qui déformait son boxer. (Décidément, je lui faisais beaucoup d’effet !) Mais au moins j’étais sûr qu’il portait un boxer ! Nathaniel déjeuna rapidement et descendit nos sacs de voyage. Je fis un dernier tour de la maison pour vérifier que tout était éteint, je fermai le robinet d’eau, de gaz et le compteur électrique. Puis je descendis à la suite d’Alexandre.

 

Une heure et demie plus tard, nous étions en pleine campagne. Des champs, une forêt, et une adorable petite ferme comme gîte. En entendant la voiture, un couple sortit par une porte-fenêtre dans la vaste cour pavée autour de laquelle les bâtiments se situaient. Il y avait un bâtiment central et deux ailes avec des portes peintes en différentes couleurs. D’après la brochure, il s’agissait de l’entrée des appartements. J’avais expressément demandé le rez-de-chaussée. Le couple vint vers nous. Alex déchargea nos bagages, je le remerciai et il repartit sans attendre. Nathaniel attendait que je fasse le premier pas. Calant mes béquilles sur ces maudits pavés, je m’avançai vers nos hôtes et nous présentai.

« Je suis Ian, et voici Nathaniel. Enchanté.

— Nous de même, répondit l’homme. Je suis Serge, et voici ma femme, Anne-Marie.

— Soyez les bienvenus, ajouta-t-elle.

Elle observait mon attelle et je vis de la compassion dans son regard.

— Serge, montre la chambre au jeune homme (elle désigna Nathaniel). Venez Ian, venez vous asseoir au salon. »

Il n’y avait personne d’autre que nous en cette fin janvier. J’étais même étonné que le gîte soit ouvert. Je lui en fis part tout en traversant la cour.

« Vous savez, cela ne perturbe pas beaucoup notre petite vie de recevoir deux personnes, expliqua-t-elle d’une voix fluette. Surtout pour une semaine.

— En tout cas c’est très joli.

— Je suis...

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

suivant