Le jour où j'ai changé de bord… Volume 4/5

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Le jour où j'ai changé de bord, volume 4/5

Aurore Kopec
Saga en 5 volumes à parution hebdomadaire de 1 270 000 car. (228 000 mots), volume 4 : 273 000 car. (47 600 mots).
Le jour où j'ai changé de bord est l'histoire de Ian, un éducateur rémois de 28 ans, célibataire endurci. Grâce à son frère, Tom, il fait la connaissance d'un adolescent gay et introverti, Nathaniel. Dans un premier temps, ce garçon l'agace mais Ian a un bon fond. A la demande de Tom, il prend Nathaniel sous son aile, jusqu'à en faire son colocataire lorsque le garçon se retrouve à la rue. Peu à peu, Ian prend conscience que Nathaniel lui plaît mais il se refuse à le lui avouer. Rien ne dit que les sentiments de Nathaniel sont réciproques et de toute façon, il a quelqu'un. Il leur faudra l'électrochoc d'un terrible accident pour qu'ils s'avouent leurs sentiments. A l'issue de la convalescence de Ian, la colocation se transforme en vie à deux, non sans quelques difficultés. Ian doit s'assumer en tant que bisexuel vis-à-vis de ses amis, de ses collègues... Du côté de sa sexualité, par contre, il assume très bien !

Leur relation devient plus forte de jour en jour. Ils affrontent ensemble les séquelles de l'accident de Ian et celui-ci est toujours là pour encourager Nathaniel, notamment dans ses études. Lorsque ce dernier obtient son diplôme et doit partir poursuivre ses études dans une autre université, c'est une véritable déchirure. Leur couple doit survivre à la distance...

L'un comme l'autre se plonge dans le travail. De son côté, Ian fait la connaissance de jumeaux en difficulté qui sèment la terreur au foyer de l'enfance où il travaille. Jordan est violent mais il protège avant tout son frère, Julien, gay. Ian arrive à bâtir une relation de confiance telle que, lorsque les adolescents refusent de partir dans un autre foyer, il fait tout pour devenir leur famille d'accueil. Devenu leur tuteur, Ian, puis Nathaniel dans son rôle de grand-frère, vont les guider sur la voie du bonheur.

Dès lors, on suit aussi les aventures des jumeaux. Deux adolescents dont l'un est hétéro et protecteur, l'autre gay et amoureux. Julien n'a pas choisi le garçon le plus facile. David vit encore au foyer. Victime d'un père pédophile, il doit se reconstruire. Julien se heurte à sa peur de l'autre, sa peur de la sexualité également, mais ça ne lui fait pas peur. De son côté, Jordan trouve en Ian un modèle et se métamorphose. Encouragés, soutenus et guidés par Ian et Nathaniel, les trois garçons évolueront chacun à leur manière.

Ian et Nathaniel poursuivent leur vie de couple. En dehors d'être des tuteurs impliqués, ils trouvent le temps de se pacser, entourés de leurs amis et de leur famille de cœur. Un dernier événement va venir secouer leur petite vie tranquille : des amies lesbiennes demandent à Ian d'être le père de leur enfant et d'en partager l'éducation. Une décision qu'ils prennent à deux. Devenir père était un rêve inavoué pour Ian et accueillir deux adolescents lui a fait réaliser à quel point ce serait bien, d'avoir un enfant à lui, à eux. Nathaniel se pense trop jeune mais le bonheur de Ian vaut la peine de faire un effort. La naissance de leur fille Léa marquera le début d'une nouvelle étape dans leur vie...
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Publié le : vendredi 11 mars 2016
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EAN13 : 9791029401343
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Le jour où j'ai changé de bord...

 

 

Aurore Kopec

 

 

Volume 4/5

 

 

 

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Nous rentrâmes en bus, car pas moyen de faire tenir l’ours en peluche sur la moto. Et comme nous ne voulions pas nous séparer, je rentrai avec Nathaniel. Je récupérerai la moto après le restaurant. Il fallait bien ça. Le dîner fut l’occasion de parler des préparatifs.

« Tu as prévu quelque chose ? lui demandai-je.

— J’aimerais une petite fête entre amis et des alliances aussi. Je trouve ça super symbolique et super romantique. Par contre, pour les formalités… je n’y ai pas encore réfléchi.

— Tu t’occupes des bagues et des invités, je m’occupe de la paperasse dès que je rentre.

— Oui, j’aimerais le faire rapidement. Les vacances de Noël ce serait bien. Ce sera mon cadeau.

— Je vais tout faire pour te combler mon ange.

— Tiens, ce n’est plus mon cœur.

— Ça m’est venu spontanément. Tu es un ange pour moi.

— Comme ça je serai officiellement ta moitié, expliqua-t-il. C’est notre mariage à nous. Nous sommes ensemble, c’est comme ça et c’est tout. Et puis avec une alliance les célibataires croiront que tu es hétéro et marié. Et hop, rien qu’à moi ! rit-il.

— Possessif et jaloux, et bien dis donc…

— Tu peux parler, répliqua-t-il. Tu l’es autant que moi. »

Nous levâmes nos flûtes de champagne en l’honneur de notre amour. J’avais l’impression que c’était normal, la juste suite des choses. Je me sentais si bien avec lui.

Nous rentrâmes directement ensuite. Nathaniel avait un peu trop bu, il était joyeux. Quant à moi j’avais fait attention, je devais conduire. J’étais en train de regarder l’heure sur mon portable lorsque mon amoureux, sortant de la salle de bains, saisit mon pull à la taille et le souleva.

« Mais tu vas me retirer ça ! » s’exclama-t-il.

Je levai les bras, me laissant faire. Puis il se tourna vers l’ours en peluche et lança mon pull qui atterrit sur sa tête.

« Il ne faut pas qu’il voie la suite, rit-il. Ce n’est pas de son âge ! »

Nous rîmes. J’avais ri toute la journée, j’en avais mal aux zygomatiques. Son T-shirt alla retrouver mon pull. Je le plaquai contre moi, mes doigts dansant dans son dos, et je sentis une formidable érection déformer ses jeans. Cela augurait de bien bonnes choses… Nos pantalons se retrouvèrent bientôt à nos pieds et nous dûmes faire une pause pour retirer nos bottes. Au moins les baskets, on les enlève avec les pieds, mais pas des bottes lacées jusqu’au milieu des mollets. Nous reprîmes nos caresses et nos baisers ensuite. Nos boxers volèrent aussi. Nathaniel me poussa et me hissa sur son bureau qui grinça un peu. Je m’accrochai à son cou, juste au cas où, tout en continuant à l’embrasser. Sa langue dans ma bouche était à l’unisson de ses mains brûlantes parcourant mes bras, puis mon dos, glissant sur ma taille pour remonter du bout des doigts sur mon ventre. Ses lèvres taquinèrent mes tétons, m’arrachant un lourd soupir. Puis il me mordilla dans le cou.

Je le repoussai vers le lit, l’enlaçai et le forçai à s’allonger sous moi. Tout son corps se retrouva à portée de ma main. Je lui coinçai les bras au-dessus de la tête et je mordillai la bordure de ses aisselles si sensibles avant de laisser ma langue vagabonder sur sa poitrine puis son ventre pendant que mes mains glissaient à l’intérieur de ses cuisses. Il les écarta, comme un appel. J’en caressai la face intérieure en remontant jusqu’à son entrejambe. D’un index curieux et alléché, je dessinai un petit chemin de ses couilles jusqu’à l’extrémité de son gland. Il se cambra sur le lit en gémissant. Satisfait, j’arrêtai.

« Continue ! exigea-t-il.

— Non » répondis-je en le provoquant.

Il voulut se redresser, mais je le plaquai sur le lit d’une main sur le torse. J’avais juste envie de le regarder.

« Si tu ne continues pas, je ne me pacse plus ! décréta-t-il.

— Mais bien sûr ! répliquai-je.

— Grrr ! »

Il m’attrapa le poignet et le souleva. Comme je m’appuyai sur lui, je fus déséquilibré et tombai en avant. Il se redressa, enroula ses bras autour de moi et m’embrassa. Il avait gagné.

Nathaniel me fit passer sous lui. Maudit petit lit ! À califourchon, il me domina.

« J’ai envie que tu me prennes, murmura-t-il à mon oreille.

— Le problème c’est que moi aussi, répondis-je.

J’avais beau être le plus passif des deux, il y a des fois où j’appréciais d’inverser les rôles.

— Moi d’abord ! »

Je le lui concédai. Il quitta le lit et se mit à quatre pattes par terre pour attraper un sac plastique sous son lit.

« J’ai acheté ce qu’il faut depuis la dernière fois. »

En effet.

Il posa ce qu’il fallait au bord du lit. Les préservatifs, en atténuant un peu les sensations, nous permettraient de faire durer. Du moins, c’est ce que nous espérions.

Nous nous plaçâmes tête-bêche, sur nos flancs. Après un dernier regard malicieux et plein d’envie, je me mis à lécher son sexe sur toute la longueur. Rapidement après, je mis un peu de gel sur mes doigts pour le préparer. J’avoue que ces gestes annonçant des choses encore meilleures m’excitèrent au plus haut point.

« Arrête ! Stop ! criai-je. Pas si vite. »

Nathaniel délaissa mon sexe et se plaça au-dessus de moi pour m’embrasser. Puis il se leva et m’invita à en faire autant. Je ne compris pas tout de suite. Il s’agenouilla, écarta les cuisses et posa son buste sur le lit. Comme il était appuyé sur ses coudes, ses omoplates ressortaient comme celles d’un chat. Il cambra les reins, s’offrant à moi. Je m’agenouillai derrière lui malgré le manque d’espace entre le lit et le bureau. Je pris un préservatif et l’enfilai. Puis, pour mon plaisir autant que pour le sien, je lui pétris les fesses et remontai vers les reins.

« Viens ! m’appela-t-il. Viens, je n’en peux plus ! »

Déterminé, mon amant.

Je posai mes mains sur ses hanches et glissait mon sexe entre ses fesses. D’un brusque coup de reins, je m’enfonçai en lui. J’entendis son souffle le quitter puis revenir bruyamment avant qu’il gémisse.

« Oui, comme ça… murmura-t-il.

— C’est ce que tu veux ?

— Oui, vas-y fort ! »

Le lit cogna contre le mur à chacun de mes assauts. Tant pis pour les voisins ! Mes mains quittèrent ses hanches pour caresser son ventre, sa poitrine, pour pincer ses tétons… Puis je le saisis au niveau des épaules. J’étais tendu au-dessus de son dos, modulant le rythme et son plaisir. Nathaniel cria, m’exhortant à aller plus vite ou plus fort lorsque je ralentissais.

« Hé, tu as oublié que moi aussi je voulais…

— Prends ma place, me coupa-t-il, haletant.

— Sûr ?

— Oui. »

Je me retirai puis il se tourna pour me faire face.

Nathaniel passa sa main sur sa bouche pour en essuyer la salive qui avait coulé. Nous nous embrassâmes puis il s’éloigna du lit pour me laisser la place. Elle était chaude et sentait sa sueur ainsi que son parfum. Je me mis dans la même position, soumis et offert. Il me pénétra avec la même brusquerie que moi un peu plus tôt. Je m’agrippai aux draps en gémissant. Il se pencha et déposa des baisers sur mes épaules pendant qu’il allait et venait lentement en moi. Je posai ma tête sur mes bras, totalement incapable de tenir autrement, lorsqu’il se retira pour mieux me reprendre avec force. C’était rare que nous le fassions de cette façon, mais parfois… que c’était bon ! Quand la tendresse laisse la place à la brutalité de la passion. Puis tout cessa. Je sentis un grand vide en moi lorsqu’il se retira. Il se pencha et colla son torse ruisselant sur mon dos aussi trempé. Nous restâmes quelques secondes ainsi, à prendre nos souffles puis je parvins à articuler :

« Grimpe sur le lit. »

Il m’obéit, tira la couette au pied du lit et s’allongea sur le ventre. Il saisit la barre de la tête de lit (vive les vieux sommiers métalliques, même s’ils grincent) et je vins me positionner au-dessus de lui le plus confortablement possible pour moi. Puis je m’introduisis doucement en lui. Il soupira d’aise. Je continuai lentement pour accélérer petit à petit.

« Ian… Ian… haleta Nathaniel. Fais-moi... jouir... »

Sa supplication intensifia mon plaisir et je lui donnai ce qu’il désirait. Il se cambra, s’empalant sur moi alors que tout son corps vibrait. Je jouis à mon tour dans un râle rauque. Puis je m’écroulai sur mon amoureux, vidé de toute énergie. Je déposai un baiser dans son cou alors que l’extase se répandait dans chacune de mes cellules.

Il s’écoula plusieurs minutes avant que Nathaniel dise :

« Ian, tu es un peu lourd.

Je me retirai et m’assis au bord du lit pour enlever le préservatif. Nathaniel en fit autant puis il m’enlaça et m’entraîna sur le lit. Il tira la couette sur nous. Nos bouches fusionnèrent et, peu à peu, nous nous endormîmes.

 

*

* *

 

Samedi matin, 11 heures. C’était une grasse matinée comme je les aimais. Nathaniel me regardait lorsque je me réveillai. Il me tenait toujours dans ses bras. Il déposa un baiser sur mes lèvres.

« Bonjour mon amour, chuchota-t-il.

— Bonjour mon cœur, répondis-je. Bien dormi ?

— Oui.

Il suivit les contours de mon visage du bout de son index.

— Que faisons-nous aujourd’hui ? demandai-je.

— Petit déjeuner ou déjeuner, comme tu veux.

— Hum… petit déj, choisis-je.

— J’ai ce qu’il faut. Tu m’attends ? »

Je hochai la tête. Il m’embrassa chastement et me libéra de son étreinte. Puis il se leva et disparut dans la salle de bains.

Je bougeai les jambes et m’arrêtai. J’avais mal à la hanche et au genou. J’avais un peu forcé la veille. Je fouillai dans mon sac où je gardais toujours une boîte de médicaments. Je pris un cachet et l’avalai avec une gorgée d’eau avant que Nathaniel ne revienne. Eh oui, je ne lui disais toujours pas tout, mais ce n’était que les petites douleurs du quotidien et je vivais avec. Mon amoureux revint après avoir pris sa douche. Il était détendu, heureux, le visage rayonnant. Il était beau. Il avait juste mis un boxer propre et ses cheveux mouillés collaient à ses épaules. Il mit de l’eau dans la bouilloire pour faire du café, sortit de la brioche d’un carton, de la confiture, du chocolat… Je me levai et gagnai la salle de bains pour prendre une douche rapide. Nathaniel m’amena mes vêtements après s’être habillé. Quand je m’installai sur le lit, il me tendit mon mug de café.

« Merci.

— Tu m’as promis que nous parlerions, que tu m’aiderais à éclaircir certaines choses, dit-il.

— D’accord. Après le petit déj ? »

Il acquiesça. Il s’assit à côté de moi et je passai mon bras autour de ses épaules. Il se lova contre moi tout en mangeant.

Nous mîmes un peu d’ordre dans la chambre : nous ramassâmes nos vêtements éparpillés, fîmes le lit correctement, et même un peu de ménage. Pendant que le sol séchait, Nathaniel commença à parler.

« J’ai envie de me comprendre, dit-il, mais j’ai besoin de quelqu’un pour me contredire ou me faire voir d’autres possibilités.

— Je t’écoute.

— Pourquoi j’ai si peur d’être abandonné ? Je n’ai pas connu mon père parce qu’il n’a pas voulu m’assumer lorsque ma mère est tombée enceinte. Je n’ai eu qu’elle toute ma vie. Si je suis ce que tu as dit, elle m’a abandonné en me rejetant… plusieurs fois.

— Oui, c’est ce que j’ai dit. Du coup, comme tu es très attaché à moi, tu as peur qu’à mon tour je t’abandonne, c’est normal.

— Il y a peut-être autre chose… Nous n’avons jamais parlé de mes ex… J’ai commencé à sortir avec des garçons à 15 ans. Le premier, j’en étais vraiment amoureux. J’étais en seconde, lui en terminale. Quand il a eu son bac, je ne l’ai plus jamais revu. Je n’étais rien pour lui. Il ne m’a rappelé que deux mois plus tard pour me dire que je ne devais plus aller chez lui pour le voir. Il m’avait utilisé, du moins je l’ai pris comme ça. Je n’ai jamais pu savoir si j’avais eu raison. Mon petit copain suivant avait mon âge, mais il ne s’assumait pas et ça s’est très mal terminé, il est « redevenu hétéro » et il m’a rejeté aussi. Après, je n’ai plus réussi à me donner comme aux premiers. Jusqu’à toi. Je n’ai pas envie que ça recommence.

— Pourquoi tu ne me l’as jamais dit ? demandai-je.

— Parce que… je… je culpabilise toujours de ces relations ratées. Je me demande toujours si ce n’est pas moi qui les faisais fuir. Les autres, je rompais dès que je sentais qu’ils allaient le faire, je prenais les devants avant d’être celui qu’on larguait.

— Je vois, Nils…

— Oui, Nils qui me trompe et moi qui le plaque, confirma-t-il. Je ne veux pas revivre ça, Ian. S’il te plaît…

— Promis mon cœur. Je ne te quitterai jamais. Tu aurais dû me dire tout ça avant, j’aurais pu comprendre et… et te rassurer autrement. Et la peur de me décevoir, ça vient d’où ?

— De ça aussi sûrement. Je ne sais pas ce qui est à l’origine de ces abandons. Ma mère m’a dit que je l’avais déçue, et mes ex… peut-être que je n’étais pas à la hauteur… que je les ai déçus.

— Je peux te dire que tu n’es absolument pas décevant ! ris-je doucement. Et moi, tu ne me déçois pas, il n’y a aucun risque.

— De toute façon bientôt tu seras officiellement à moi.

— Je n’attends que ça.

— Tu crois qu’il faut être névrosé pour être psy ?

— Non, mais avoir un peu d’expérience personnelle aide un peu, je pense. Je suis sûr que tu seras un bon psy, Nat. Tu te souviens pendant les vacances, quand les gamins venaient te parler et que tu les écoutais, que tu les aidais. Tu es fait pour ça.

— Tu crois ?

— Oui.

— Tu as plus confiance en moi que moi-même, fit-il remarquer.

— C’est aussi mon rôle de compagnon. Et bientôt de conjoint. Tu as déjà tant fait pour moi, c’est à mon tour de t’aider à surmonter tes problèmes. Les enfants tourmentés, c’est mon travail depuis plus de dix ans !

— Je ne suis plus un enfant ! protesta-t-il en riant.

— Je le sais, mais tu es mon petit Nathaniel. »

Je le gardai un moment contre moi. C’était reposant d’être avec lui, peu importe où. Je me sentais invincible quand il était près de moi.

« Ian, et toi, tu as des complexes ? Je veux dire, des choses qui influent sur ton comportement ?

— J’en ai eu pendant longtemps, répondis-je. J’avais peur de m’attacher parce que j’avais perdu mes parents, mais c’est ton amour qui m’a aidé à me prouver que ça valait le coup d’aimer entièrement. Et quand j’étais ado, j’étais complexé parce que j’étais petit. J’ai pris de l’assurance quand des filles se sont intéressées à moi. Et arriver à séduire un garçon, c’est encore mieux !

— J’espère que c’est moi ce garçon !

— Évidemment. »

Nous nous embrassâmes.

Nathaniel passa son après-midi à faire ses devoirs. J’avais insisté pour qu’il fasse comme si je n’étais pas là.

Soudain, mon téléphone sonna. Je répondis.

« Allô ?

— Ian, c’est Samuel.

— Un problème ? demandai-je.

— Non, pas du tout. Je me suis dit que je pourrais te remplacer lundi. Du coup tu peux rester chez ton chéri jusqu’à lundi après-midi. Tu fais la nuit quand même.

— Super ! Merci, Sam, je te revaudrais ça.

— J’y compte bien.

— Merci beaucoup.

— De rien. Passe un bon week-end.

— Merci, toi aussi. »

Je raccrochai et rangeai mon téléphone. Puis je me levai du lit et passai mes bras autour du cou de mon amoureux.

« J’ai une bonne nouvelle, dis-je. Je peux rester une journée de plus. Au lieu de partir demain en fin d’après-midi, je ne repars que lundi. Sam me remplace.

— Super ! »

Nous fêtâmes ça avec un bisou puis je repris ma place sur le lit, avec mon livre, pendant que mon amoureux se remettait à ses devoirs.

 

Nous passâmes la soirée à jouer au Monopoly et dimanche nous passâmes la journée dehors après avoir fait la grasse matinée. Dimanche soir… que de délices. Mon amant avait un don pour les arts du lit. Il me laissa épuisé et j’eus le plaisir de dormir au creux de ses bras.

 

*

* *

 

Lundi matin. Nathaniel revint de la fac au bout d’une heure. À peine réveillé, je lui demandai pourquoi.

« Mon prof est absent. Encore un, expliqua-t-il. Tu veux bien venir à la piscine avec moi ?

— Je n’ai pas mes affaires.

— J’ai plusieurs maillots de bain, je t’en passe un.

— OK. »

Nous préparâmes nos affaires et nous nous dirigeâmes tranquillement vers la piscine à un quart d’heure de la résidence.

J’y étais déjà venu trois semaines auparavant. Et nous y retrouvâmes la connaissance que j’y avais faite.

Un grand jeune homme bien fichu faisait des longueurs. Nous le rejoignîmes et il regagna le bord en me voyant.

« Salut Eric, fis-je. Je te présente Nathaniel, ma moitié.

— Salut, répondit-il. Enchanté. Ravi de te revoir Ian.

Nathaniel se tenait derrière moi, à deux centimètres de mon dos et me tenait la main. Il me la serra lorsque Eric déclara être ravi de me revoir.

— Alors Nathaniel, reprit l’autochtone, tu te plais ici ?

— Bof, répondit mon amoureux. Je ne connais pas trop la ville.

— Je peux te faire découvrir les endroits sympas.

— Non merci. Je me contente de ce que je connais.

— Bon, pour l’instant, nous sommes là pour nager. Eric, proposai-je, tu déjeunes avec nous ?

— Avec plaisir. »

Nathaniel s’élança dans un crawl furieux. Je le suivis et nous nous arrêtâmes un instant à l’autre bout du bassin.

« C’est un prédateur ce type, fit-il, irrité.

— Je sais.

— Je ne l’aime pas.

— Je l’avais remarqué ! ris-je doucement.

— Et tu veux que j’aille le voir si j’ai besoin d’aide ? Tu es vraiment bizarre.

— Tu ne succomberas pas à son charme, je n’ai rien à craindre ! Et puis c’est juste une connaissance, rien de plus. »

Je me remis à nager. Nathaniel et moi jouâmes un peu à nous couler puis à rivaliser. Bien sûr, il allait toujours plus vite que moi : il était plus grand, plus musclé, et avait deux jambes en parfait état. Mais comme celui qui perdait avait un gage, cela ne me dérangeait jamais de perdre !

Après un passage obligé par les douches, nous retrouvâmes Eric dans l’allée des vestiaires. Il ressortit de son box habillé d’une chemise blanche et de jeans noirs. Il était très élégant avec ses cheveux blonds frisant au-dessus de ses oreilles. Il passa une veste en cuir et nous suivit à l’extérieur. Pas très loin, il y avait une brasserie et nous y mangeâmes un steak-frites tout en discutant.

« Qu’est-ce que tu veux faire après ? demanda Eric à Nathaniel.

— Psychologue pour enfants.

— Ce doit être intéressant.

— Oui, beaucoup. Mais… tu dragues souvent dans les piscines ? répliqua mon amoureux.

Nat était jaloux. Je souris, amusé. C’était valorisant de savoir mon petit cœur jaloux d’un homme que j’avais rencontré une fois avant aujourd’hui et qui m’avait fait des avances.

— Non, répondit Eric. Juste ceux qui me plaisent.

— Du genre ?

— Petits et châtains ! rit-il. Mais ne t’inquiète pas, je ne suis pas quelqu’un qui insiste beaucoup et qui brise des couples qui marchent. Juste ceux qui battent de l’aile !

— Tu n’as donc personne dans ta vie ? interrogeai-je.

— Non. Mais je continue à chercher. »

Nous nous séparâmes vers 13 heures.

Nathaniel et moi rentrâmes à sa chambre où je récupérai mes affaires. Nous nous embrassâmes longuement dans sa chambre puis nous gagnâmes le parking et la moto. Je ramenai Nathaniel à la fac. Un dernier bisou, un dernier je t’aime et il fila en classe. Et moi je rentrai chez moi. Ce n’était déjà pas aussi difficile que la semaine précédente. Comme si mon départ faisait partie de notre nouvelle vie de couple. Et puis trois semaines, c’était court. Trois s’étaient déjà écoulées. De plus j’avais des choses à préparer avant de nous pacser. Je ne savais absolument pas comment ça se passait.

 

*

* *

 

En rentrant, je m’arrêtai chez Tom bien qu’il fût tard. Il fallait que je le lui dise. Nathaniel et moi nous étions partagés nos amis. Azora me proposa un café tandis que mon frère et moi nous installions dans leur salon.

« Pourquoi cette visite tardive ? demanda Tom. Tu viens juste de rentrer, non ?

— Oui, je ne suis pas encore passé chez moi. Tom, Azora, j’ai une nouvelle à vous annoncer.

— Ah oui ? fit-elle.

— Nat et moi allons nous pacser. Nat me l’a proposé samedi. Je voulais vous le dire en personne. Je vais envoyer des e-mails aux autres. J’ai envie que tout le monde soit au courant.

— Toutes mes félicitations ! s’exclama Azora en me prenant dans ses bras. C’est super !

— Et bien ça… fit mon frère, c’est une très bonne nouvelle !

Il me prit aussi dans ses bras, à ma plus grande surprise.

— Je vous souhaite tout le bonheur du monde, ajouta-t-il. C’est bien le romantisme de Nat, ça, de concrétiser votre lien par un pacte civil. Mais je n’en reviens pas, mon frère pacsé avant que je ne sois marié. Ma chérie, il faut qu’on se rattrape ! Toi, la corde au cou… Qui l’aurait cru ?! »

Il continua comme ça encore un peu, visiblement sous le choc – positif – de la nouvelle. Je le remerciai une fois de plus de m’avoir fait rencontrer l’homme de ma vie, mon âme sœur. Il était un peu l’artisan de mon bonheur.

Après le café, je rentrai chez moi. Nathaniel m’appela et nous rédigeâmes l’e-mail à destination de nos amis. Puis nous nous mîmes d’accord pour téléphoner à Marc et à Nils en même temps. Les deux répondirent. Marc était chez lui, Nils dans le bus qui le ramenait après son travail.

J’annonçai la nouvelle à Nils qui me félicita à son tour, visiblement heureux pour nous. Peut-être que ça lui donnerait des idées.

Enfin, j’allai me coucher. J’étais bien content de retrouver mon lit, même si j’y étais seul. Ce fut l’occasion pour moi de réfléchir. Je n’avais pas repensé à la proposition de Nathaniel, heureux que j’étais d’être avec lui. Mais ce qu’avait dit Tom m’avait interpellé. « Qui l’aurait cru ? ». Je n’avais jamais voulu me marier auparavant, j’y étais même opposé, car je ne croyais pas à l’amour éternel. Je n’avais jamais envisagé que Nathaniel voudrait plus qu’une simple vie en concubinage. Et puis je n’avais jamais pensé au pacs. Je profitais de l’existence sans me projeter dans l’avenir, enfin pas au point de vouloir officialiser notre union. Et là, Nathaniel m’avait proposé de nous pacser. Moi, j’avais dit oui sans même réfléchir aux conséquences. Pour moi, c’était une évidence. L’amour éternel, avec lui… je signe où ? Oui, j’y croyais parce que c’était lui. Il rendait tout possible. Pour lui c’était très important, ça le rassurait de savoir que notre amour était fort et solide. Pour moi… et bien… j’étais fier et heureux d’être son… son quoi d’ailleurs ? Sa moitié, ça m’allait bien. Son conjoint. Étonnamment, ça ne me faisait pas peur. C’était une étape de plus dans ce que nous construisions. Ça contrebalançait l’éloignement. Loin, mais en même temps plus liés que jamais.

 

*

* *

 

Trois semaines. Trois longues semaines. Si je disais à Nathaniel de ne pas compter les jours, je ne pouvais pas l’appliquer. Tous les matins je me disais plus que vingt, dix-neuf, dix-huit jours… Nos conversations par internet, nos coups de téléphone, ne me suffisaient plus. Nathaniel, lui, remontait la pente. Jérôme, le prof de karaté, lui avait proposé de l’assister le lundi et le jeudi soir, pour les groupes des enfants. Le samedi, il s’entraînait avec les adultes. Du coup, nous avions un peu moins de temps pour nous parler, mais ça valait la peine, car il était plus épanoui en pratiquant le karaté. Cela faisait partie intégrante de sa personnalité. Il évacuait la pression accumulée dans ses cours ainsi que celle due à notre séparation. Et il se sentait utile. La peur d’être abandonné et celle de décevoir l’avaient conduit à ce désir d’être utile afin qu’on reconnaisse son importance.

Quant à moi, je me plongeai dans mon travail. Deux frères de quatorze ans étaient arrivés totalement en crise et c’était à moi de les prendre en charge. J’étais le plus à même de leur imposer des limites en douceur. Les premiers jours avaient été rudes, ils n’avaient pas cessé de me provoquer, de me défier, mais j’avais été le plus fort lors d’un duel à mains nues. Depuis, ils me respectaient, mais j’avais encore du mal à les tenir. Je devais parfois revenir pendant mes jours de libre lorsque les collègues n’en arrivaient pas à bout. Ils terrorisaient les autres enfants en plus. Je parlais d’eux à Nathaniel qui prenait des notes pour un devoir à rendre sur les adolescents violents. Nous le peaufinerions lors de sa venue pour les vacances de la Toussaint. J’avais hâte.

 

Trois jours.

Deux jours.

Demain.

 

Samedi. Nathaniel avait pris le premier train et il arrivait à midi. Je devais aller le chercher à la gare. La voix dans le haut-parleur annonça l’arrivée du TGV en provenance de Paris. J’attendis sur le quai que le train s’arrête et que les passagers en sortent. Et puis un beau jeune homme aux cheveux rouges émergea. Je ne vis plus que lui. Un gros sac à la main, un autre sur l’épaule, il me cherchait. Je lui fis signe de la main et le laissait venir à moi. Il posa ses sacs par terre et prit mon visage entre ses mains avant de m’embrasser. Je passai mon bras libre – celui qui ne tenait pas ma canne – autour de sa taille.

« Sois le bienvenu à la maison, dis-je ensuite.

— J’ai hâte de rentrer.

— Allons-y. Donne-moi un sac si tu veux.

— Tu rêves ! » rit-il.

Vingt minutes plus tard, nous étions chez nous.

« Ah, ça fait du bien ! s’exclama mon amoureux en déposant ses affaires dans notre chambre.

— Tu as mangé ? demandai-je.

— Non.

— Je nous prépare une salade.

— Attends, je viens t’aider. »

Nathaniel me rejoignit dans la cuisine et noua ses bras autour de ma taille, posant sa tête sur mon épaule. Je sentais sa chaleur dans mon dos. C’était bon. Trois semaines sans le toucher, trois semaines dans le voir réellement, sans entendre sa vraie voix. Je savourai ce contact, ses bras puissants autour de mon torse. Et puis ses douces mains s’insinuèrent sous ma chemise. Elles étaient brûlantes, comme d’habitude. Je me surpris à gémir tandis que je frissonnai.

« Je t’aime, murmura-t-il à mon oreille.

— Moi aussi je t’aime.

— Tu en es où des démarches ?

— J’ai la liste des papiers à fournir, j’ai fait la demande de ceux que nous n’avons pas comme les actes de naissance. Tout sera prêt dans un mois et demi, lui assurai-je.

— Je suis impatient.

— Moi aussi. Il faut aussi que nous achetions de beaux costumes, tu ne crois pas ? Histoire d’avoir l’air beau… même si tu es toujours beau.

Il m’embrassa dans le cou.

— Tu as prévu quoi pour cette semaine ? demanda mon amoureux.

— Ce soir, Tom, Azora, Nils et Marc viennent manger à la maison. Demain je travaille, mais je crois que Marc a prévu quelque chose ?

— Oui, il veut que nous passions la journée et la soirée ensemble. Il viendra dormir ici si ça ne te dérange pas.

— Pas du tout, de toute façon je serai au foyer.

— Quant au reste de la semaine… je ne suis qu’à toi.

Il resserra son étreinte autour de mon ventre. J’avais du mal à me concentrer sur la salade que j’étais en train de nettoyer.

— Nous nous sommes arrangés, je ne travaille que trois jours cette semaine, mardi, mercredi non stop et vendredi en journée. Tu peux venir si tu veux, ça ne pose pas de problème. Et puis tu verras les deux frères rebelles.

— OK. Ian, je t’aime.

Je souris. J’adorais qu’il me le dise.

— Moi aussi. Mais est-ce que...

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