Le Seigneurs des Seigneurs

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Le Seigneur des Seigneurs

Andrej Koymasky
Roman de 417 000 caractères, 73 300 mots
Dans un univers de fantasy, peuplé de dragons et de magie, Masu, le beau guerrier, est chassé du royaume pour avoir déplu à la reine. Commence alors pour lui une quête en territoire inconnu, pleine de rencontres, de monstres et de beaux garçons. Sans jamais perdre son sens de la chevalerie, il démasque et tue les monstres, il remarque et séduit les beaux garçons.

Mais jusqu’’où ce chemin semé d’’embûches pourra-t-il le conduire ?
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Publié le : vendredi 27 novembre 2015
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EAN13 : 9791029401039
Nombre de pages : non-communiqué
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Le Seigneur des Seigneurs Andrej Koymasky Traduit par Christophe Introduction, Plan des territoires et des voyages Chapitre 1 : Une injuste sentence
Chapitre 2 : Les malédictions d’une sorcière repoussée
Chapitre 3 : Une générosité remboursée de cinq mystérieuses bénédictions
Chapitre 4 : Une rencontre bien agréable et la courtoisie d’un seigneur
Chapitre 5 : Hospitalité, lutte et l’amitié avec Toma
Chapitre 6 : Un masque défait et un charmant esclave
Chapitre 7 : La tempête et un marchand trop sûr de lui
Chapitre 8 : Dragon rouge, incendie et multiplication par deux
Chapitre 9 : Le petit paysan et le vieil artisan
Chapitre 10 : Un guerrier autoritaire et le barde aveugle
Chapitre 11 : L’épreuve du vent et de l’air et la marche dans le désert
Chapitre 12 : Quatre énigmes résolues et le retour à la vie
Chapitre 13 : Le tour des territoires. Substitutions et confirmations.
Chapitre 14 : Le Taota trouve ses guerriers et refonde la capitale de Chuma
Introduction, Plan des territoires et des voyages Dans l'hémisphère sud de la planète que ses habitan ts appellent « la Bille des Dieux », se trouve un continent particulier appelé « Z'uyoote » dont la signification dans la Langue ancienne signifie « la Forte Main ». Ce continent a en effet la forme d'une main aux doigts bien écartés. Tout le monde sait qu'il existe, même si les habitants des autres cont inents n'y ont jamais mis les pieds. En fait, sur Z'uyoote, personne n'a jamais vu d'autre terre que celle sur laquelle il est né. En effet, le Grand Océan qui borde le continent de Z'uyoote l'isole totaleme nt du reste de la planète à cause des fortes tempêtes, des courants, des violents remous et des volcans sous-marins qui forment tout autour une frontière infranchissable. De mémoire d'homme, aucun des bateaux qui avait ten té de rejoindre Z'uyoote n'était jamais revenu ni n'avait franchi cette limite, comme aucun bateau parti de Z'uyoote n'avait réussi à franchir l'océan pour ensuite revenir à son port d'attache. La théogonie enseigne que le continent de Z'uyoote est la main de Kaoka, le Dieu des Dieux, lequel tient sous l'eau les quatre demi-dieux négatifs, c'est-à-dire les quatre Ke appelés, Le Fou, La Double, Le Noir et la Sorcière, pour qu'ils ne puissent enfanter. Mais comme ce sont des Demi-dieux, ils sont également immortels et continuent à remuer sans jamais mourir, provoquant ainsi sur l'océan des tempêtes terribles et des courants mortels. Les remous sont leurs inspirations et les éruptions volcaniques leurs exhalaisons toxiques. L'anthropogonie ajoute même que tous ceux qui viven t sur la main du Dieu des Dieux ont, à un degré plus ou moins abouti, des pouvoirs magiques. Z'uyoote est divisé en huit provinces qui correspon dent approximativement aux cinq doigts, à la paume et aux deux côtés de la main. C'est dans la province de la paume que vivait aux temps anciens le Seigneur des Seigneurs, mais après que le dernie r ait été traitreusement assassiné il y a cinq cent douze ans à la suite d'une conspiration de ses huit grands Seigneurs, la contrée qui était luxuriante et agréable, était devenue un vaste désert, terrible et mortel où règnent des dragons rouges, verts, bleus, jaunes, oranges et violets, fils de la terre et des eaux, et des harpies noires et blanches, filles de l'air et du feu. Ce territoire désert se nomme Chuma-Hirosawa ou Vaste Plaine (8).
Les sept autres territoires sont chacun gouvernés p ar un Grand Seigneur, et correspondaient grossièrement au petit doigt, appelé Mashi-Sanisu' ou Trois-Iles (1), à l'annulaire appelé Mari-Yoonisu' ou Quatre-Iles (2), au majeur, appelé Makhi-Kimigas u' ou Mille-Iles (3), à l'index appelé Mab-Hane'nisuu ou Péninsule (4), au pouce, appelé Tuwan i'su' ou Deux-Iles (5), la partie sous le pouce, appelée Mafu-Ooreeve' ou Hauterive (6) et enfin celle sous le petit doigt, appelé, Mashi-Hikureeve' ou Basse Rive (7). Et c'est de ce continent, qui est en fait un monde à part, que nous voulons à présent narrer quelques faits admirables qui se sont produits il y a moins d'une génération… Dans la province de Sanisu', dont la capitale est évidemment Sanisu'-Wachi, le Grand Seigneur vit dans le château de Zachi-Saya. Et c'est précisément dans les jardins de ce château que commence notre histoire.
Chapitre 1 : Une injuste sentence Le Su Masu-Yari, plongé dans d'agréables pensées se promenait le long d'un des sentiers du jardin, au début de l'après-midi. Ce soir même, Jule-Dee, son amant, rentrerait de sa mission et ils pourraient enfin se serrer de nouveau dans les bras l'un de l'autre. Pendant qu'il se promenait ainsi, insouciant, tout en cherchant à retirer du bout de la langue un filament de viande grillée coincé entre deux dents, il croisa un groupe de demoiselles de la Grande Dame qui le regardèrent et se mirent à ricaner. Il s'aperçut que les acrobaties qu'il faisait avec sa langue dans sa bouche en essayant de se débarrasser de son bout de viande lui faisaient certainement faire d'horribles grimaces et leur fit un sourire. Il se pencha pour attraper un brin d'herbe, long et solide, et il réussit enfin, en le passant entre ses dents, à résoudre ce petit problème. Il n'avait pas l'habitude d'être ainsi la risée des autres. En effet, Masu était un des plus beaux guerriers au service de la cour. Grand et fort, une physionomie ouverte et avenante, le caractère aimable, élégant, mais aux mouvements mesurés, agile et prêt à bondir au premier danger, à la moindre menace. Hommes et femmes le regardaient souvent avec des yeux admiratifs et parfois un désir évident. Masu, à vingt-quatre ans, était effectivement fort, vigoureux, infatigable et déterminé. Il avait des cheveux noirs et la peau bronzée parce que, comme le voulait la tradition pour tous les Su, les guerriers, il était d'usage de s'entraîner et de combattre complètement nu. Mais à cet instant, à la cour, il était vêtu d'un justaucorps et d'un pantalon de cuir noir, d'une chemise et d'une cape de satin bleu et d'une armure d'acier bruni. Sa belle épée, longue et puissante, sa fidèle compagne était placée en bandoulière dans son dos. Un dicton fameux dit qu’« Un Seigneur prend une femme pour amante, l'or comme compagnon et le pouvoir pour passion. Un guerrier a son épée comme compagne, un homme comme amant et le combat comme passion… » De la même façon, « un Producteur a comme amant l'outil avec lequel il travaille et pour compagne la mère de ses fils, un Artisan a pour compagnons ses ustensiles et pour amant la beauté, un marchand prend pour amant et compagnon le profit… et un Esclave n'a ni amant ni compagnon ». Masu regarda un groupe d'esclaves qui soignaient les plantations et les pelouses parfaites qui ornaient le jardin, chacune ornée d'un massif de fleurs disposé de façon à dessiner les histoires colorées de la lignée du Grand Seigneur. Parmi les esclaves, il y avait aussi un gamin qui ne devait pas avoir plus de treize ou quatorze ans et qui, tout en travaillant activement, penché sur la pelouse avec son sécateur, son sarcloir et son heptagriffe, lançait par moment des regards admiratifs à Masu. Le guerrier sourit et le garçon lui renvoya un sourire timide, puis il se replongea dans son travail en rougissant. Masu le dépassa puis il vit la Grande Dame qui venait dans sa direction avec sa cour habituelle de Seigneurs et de Dames, Demi-Seigneurs et Demi-Dames. Elle tenait en laisse un petit dragon bleu, sa dernière et coûteuse passion. La laisse et le collier, ornés de joyaux, brillaient au soleil. L'horrible petit monstre grognait sourdement et faisait claquer ses longs crocs tranchants à un rythme sec. Une bave toxique coulait de ses lèvres cornées. Masu se demanda comment une telle horreur de la nature pouvait bien plaire à quelqu'un… Les petits dragons bleus étaient rares, coûteux. C'étaient les plus petits et les moins féroces des dragons qui vivaient dans le Grand Désert. Mais la plupart d'entre eux étaient cependant très chers. En posséder un était devenu un des symboles du pouvoir et de la richesse de son propriétaire. La Shiti Woke-Yaine, la Grande Dame, était la première épouse du Grand Seigneur Shiti Reko-Senoo et faisait tout ce qu'elle pouvait pour faire resplendir sa position. Par instant, Woke-Yaine faisait un petit geste à une des dames de compagnie qui prenait un morceau de viande sanguinolent dans un panier et le jetait devant le petit monstre bleu. La
bête se précipitait pour l'engloutir dans un immonde gargouillement satisfait. Masu détourna le regard, dégoûté par ce spectacle qu'il trouva vulgaire. Alors qu'il s'approchait lentement de ce petit cortège, il entendit un chœur d'exclamations étouffées. Il releva les yeux et vit que la bête avait arraché sa laisse et gambadait en grognant librement sur la pelouse. Masu se demanda s'il devait courir à sa poursuite. Cela aurait certainement fait plaisir à la Grande Dame… Mais il se dit que l'un des suivants avait le sifflet magique pour immobiliser la bête. Alors il ne fit pas un geste. Mais le Demi-Seigneur dont c'était le rôle s'excitait en vain sur la chaîne qui l'accrochait à son cou, emmêlé dans ses trop nombreux ornements en essayant sans résultat de le décrocher et de le porter à ses lèvres. Masu sourit en regardant ses efforts maladroits, mais à cet instant, il entendit un cri déchirant. Il se retourna pour voir que le petit dragon avait mordu au mollet un des esclaves, précisément le gamin avec lequel il avait échangé un sourire l'instant d'avant. Le garçon était couché dans l'herbe et se débattait vainement alors que tous restaient immobiles et le sang coulait déjà de sa jambe blessée… Alors, tout en se débarrassant de sa cape, Masu se rua à travers la pelouse, dégaina son épée et coupa net la tête de la bête d'un seul coup, sec et précis. Puis il se pencha sur le garçon et écarta les mâchoires de la bête morte, libérant la jambe blessée. Le garçon était secoué de sanglots. Tout de suite, Masu se baissa pour sucer les plaies et retirer au plus vite la salive toxique du dragon, dans l'espoir de le faire assez vite pour sauver la vie du gamin. Masu était resté indifférent aux cris qui les environnaient, lui et l'esclave, jusqu'à ce qu'il entende derrière lui une voix altérée, sèche, dure, aigüe et incroyablement irritée, la voix de Woke-Yaine. — Comment as-tu osé, comment as-tu osé, misérable ! Tu as tué mon petit dragon adoré… — Shiti Yaine, ce n'était qu'un animal, il me fallait sauver la vie de ce garçon, je n'avais pas d'autre moyen… lui répondit Masu en se relevant pour faire face à la femme. — Malotru, infâme, assassin ! Tu as tué mon dragon bleu bien aimé ! Et pour sauver un esclave ! Un de plus, un de moins, quelle importance cela a-t-il, il y en a déjà trop… Mon dragon, lui, était unique… Ne le comprends-tu pas ? — Shiti, la vie du plus insignifiant des esclaves vaut plus que celle de l'animal le plus précieux… protesta le beau guerrier d'une voix égale, mais respectueuse et assurée. — Su-Masu, tu me le paieras, tu le paieras de ta tête. Tu as lésé ta Shiti et tu le payeras ! Si mon Dodo avait faim, il pouvait bien l'assouvir avec la viande de cet… être insignifiant. Ils sont dans la même classe, oui ou non ? répliqua avec colère la femme outragée. — Oui, selon l'anthropogonie, ils sont de la même classe, mais un Di, un demi-esclave comme ce gamin vaut toujours le double d'un Du, un animal ! — Il vaut ? Il vaut ? Mais il ne vaut rien, alors que j'ai dû donner de nombreux bijoux et de l'or pour mon Dodo ! Les esclaves ne coûtent rien. Il en naît même bien trop ! — Très bien, Shiti, si c'est ce que tu penses… Je subirai les conséquences de ta colère, répondit d'un ton sec le guerrier nullement intimidé qui se repencha sur le jeune garçon toujours couché dans l'herbe, secoué de sanglots, résolu à ignorer cette femme superbe, mais cruelle et bornée. La Grande Dame ordonna à son cortège qui était resté sidéré de rentrer dans le château et s'éloigna d'un pas rapide, hautaine et toujours furieuse. — Comment te sens-tu, mon garçon ? demanda Masu au petit esclave d'une voix douce et prévenante. — Je te dois la vie, Su Masu-Yari… répondit le garçon en essayant courageusement de surmonter sa terreur. Toute ma vie, je te serai reconnaissant et je prierai pour toi chaque jour et chaque nuit parce que je ne veux pas que tu aies des problèmes à cause de moi… — Mais tu connais mon nom, garçon ? Et toi, comment t'appelles-tu ? lui demanda le guerrier, un peu étonné en lui passant la main sur la tête.
— Nous connaissons tous ton nom, Su. Moi, je m'appelle Di-Sho… À cet instant, un homme et une femme, deux esclaves, s'approchèrent de Masu et Sho. C'est la femme qui commença d'un ton pleurnichard. — Qu'as-tu fait guerrier ? Et pourquoi ? À présent, mon homme et moi, nous risquons de payer pour ce que tu as fait ! Tu aurais dû laisser notre fils mourir et ne pas t'en mêler, ne pas te dresser contre notre Shiti… — Vous êtes ses parents ? demanda Masu en se relevant. Il les regarda d'un air un peu étonné et indigné. — Oui, hélas, c'est nous… gémit l'homme en se tordant les mains. — Et vous dites que j'aurais dû le laisser mourir ? Mais quels parents êtes-vous ? demanda le jeune guerrier à présent écœuré. — Nous en aurions fait un autre… gémit de nouveau l'homme. — Un autre ! Un autre n'aurait pas été Sho ! De toute façon, si c'était à refaire, je recommencerais. Et j'en subirais les conséquences, ajouta sèchement le fier Masu. — Toi, tu peux disposer de ta vie comme tu l'entends, mais comme ça, tu as aussi mis la nôtre en danger. Tu crois que la Shiti ne va pas vouloir se venger aussi sur Sho ? Tu te trompes ! Nous ne voulons avoir aucun rapport avec toi… Ni avec lui ! dit l'esclave en secouant la tête. Elle prit la main de son homme et elle s'éloigna sans même daigner regarder son fils blessé. Masu en resta effaré. Même si les guerriers n'avaient pas de famille, puisqu'ils ne se mariaient pas et faisaient l'amour entre eux, instinctivement ils éprouvaient un sentiment protecteur envers tous les enfants, que ce soit ceux d'esclaves ou de Seigneurs. Il se retourna pour regarder le demi-esclave. — Comment te sens-tu, mon garçon ? lui demanda-t-il doucement. — Mieux, Su Masu… Mais tu n'aurais pas dû venir à mon secours pour t'occuper d'un bon à rien comme moi… répondit-il en le regardant avec de grands yeux pleins de larmes. — Mais il le fallait ! Oui, c'était mon devoir… murmura Masu, plus pour lui-même que pour le gamin. Puis il reprit d'une voix normale, peux-tu te relever ? Le garçon se leva et fit quelques pas, puis il s'approcha du guerrier, lui prit la main et y déposa un baiser. — Je te suis reconnaissant, et je le serai toujours, Su Masu. Et je prierai pour toi. — Très bien, si tu bouges, ça veut dire que le poison n'a pas eu le temps d'agir… Et que tes blessures vont guérir. Tu deviendras grand et fort, même si tu garderas des cicatrices sur la jambe… lui dit le guerrier en regardant des filets de sang qui coulaient encore de son mollet blessé. Mais un groupe de guerriers s'approcha de Masu, guidé par le Shisi Kuge. — Masu, par ordre de notre Shiti, Reko-Senoo, nous devons t'arrêter, dans l'attente de ton jugement pour cette… action irréfléchie. Tu dois nous rendre ton épée et nous suivre… J'en suis désolé. — Kuge, fais ce que tu as à faire et ne soit pas désolé. Voici mon épée, allons-y, répondit fièrement Masu. Il remit son épée au Shisi et suivit ses compagnons. Derrière lui, le petit esclave lui cria de nouveau : — Je prierai pour toi, Su Masu ! Je prierai pour toi jour et nuit. — Et moi pour toi, Di-Sho… lui répondit Masu en lui souriant de nouveau et il reprit la suite de ses compagnons d'armes. Ils pénétrèrent dans le château et Masu fut conduit dans les appartements de leur Wisa, Le Suprême Guerrier Date-R'éke et après que ce dernier ait pris en consigne l'épée de Masu, on les laissa seuls. — Assieds-toi, Masu. J'ai entendu ce que tu as fait… La Shiti est vraiment furieuse contre toi… Elle a demandé ta tête au Shiti. Je vais voir ce que je peux faire pour toi… Même si je
crains de ne pouvoir faire grand-chose. Et dire que je pensais aller demain demander à notre Shiti de t'élever au rang de Shisi… En effet, tu es le meilleur guerrier de cette contrée… Mais à présent… Tu as manqué cette possibilité, je le crains. — Veux-tu dire que je vais être rétrogradé au rang de Seha, de Demi-guerrier… répondit Masu avec un sourire en haussant les épaules. — Je crains que ça ne soit pas tout. La Shiti a demandé ta tête en échange de celle de sa bête… — Masu eut un sourire ironique. — Très bien, comme ça, on pourra dire qu'un guerrier a perdu la tête pour une femme ! railla-t-il, nullement inquiet. Le Wisa se mit à rire. — Tu m'as toujours plu, Masu, tu le sais, mais tu me plais encore plus qu'avant. Rien ne te fait peur, hein ? Tu aurais fait un Shisi parfait, mais à présent… Et sache que je ferai tout ce qui est en mon pourvoir pour toi. — Je le sais, Date, je le sais. Mais ne t'inquiète pas. Vous choisirez un autre Su à ma place, un nouveau Seha à élever et à entraîner… Et tout reviendra comme avant. — Pour moi, tu as toujours été comme un fils, et un frère pour les autres Su… Depuis que je t'ai choisi parmi les Ro de notre nation, après avoir remarqué ta force, ton agilité, ta fierté et ta beauté… — Ce qui est fait est fait… C'était bien, même le jour où tu m'as conduit dans ton lit et où tu as pris ma virginité… Tu n'étais alors qu'un Shisi… — Et toi, tu aurais pu être un jour un grand Wisa, tu aurais pu prétendre à mon poste… Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour toi… lui dit l'homme en masquant adroitement sa tristesse. De toute façon, pour le moment, prends les arrêts dans mes appartements. Tu ne pourras pas en sortir, mais au moins tu y seras à ton aise. — Jule-Dee est-il déjà de retour ? — Ton amant ? Pas encore. Mais dès qu'il rentrera, je te l'enverrai. À présent, il faut que j'y aille, je dois réunir tous les Su présents dans le château, pour établir avec eux notre ligne de conduite pour ton affaire, lui dit l'homme en sortant. Puis il eut un regard pour l'épée de Masu. — Je laisse là ton épée… — Je n'y toucherai pas et je ne partirai pas, tu le sais bien, répondit le guerrier. — Je le sais parfaitement, répliqua le Grand Guerrier en s'éloignant. Masu s'assit. Il n'était pas inquiet de ces événements et si la situation se représentait, il agirait certainement de la même manière. Les esclaves étaient avant tout des êtres humains, même si un demi-esclave était juste avant une bête… Il n'avait pas le moindre doute, il le referait de la même façon. Plus tard, son amant pénétra dans les appartements du grand guerrier. Ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre et s'embrassèrent. Masu se sentit immédiatement excité. — Te voilà enfin, Jule-Dee… murmura-t-il. — J'ai appris… Je ne t'abandonnerai pas, je sais qu'aucun d'entre nous ne t'abandonnera, à commencer par notre Wisa jusqu'au dernier Seha… lui dit son amant. — J'ai envie de toi… lui dit Masu. — Tu m'as manqué… mais ce n'est pas le bon moment… répondit Jule avec un sourire. — C'est toujours le moment… répliqua Masu en frottant son bassin contre son amant pour lui faire sentir son érection. — Mais comment peux-tu penser à faire l'amour… en ce moment ? lui demanda son amant avec un sourire, mais en le caressant entre les jambes. Il sentait et appréciait la forte érection. — Comment fais-tu pour ne pas y penser alors que c'est la meilleure chose que nous offre la vie ? insista Masu à son tour en touchant intimement son amant.
Ils s'embrassaient de nouveau, toujours plus excités et pleins de désir quand la porte s'ouvrit et que le Wisa rentra dans ses appartements. Il regarda en souriant les deux beaux jeunes hommes enlacés dans une étreinte étroite et leur signala sa présence par une toux discrète. Sans se séparer complètement, mais en relâchant un peu leur étreinte, les deux beaux jeunes hommes se tournèrent pour le regarder en souriant. — Désolé de vous interrompre, mes garçons, mais le Shiti m'a donné l'ordre de conduire immédiatement Masu devant lui. J'espère que vous aurez tout le temps que vous voudrez… mais plus tard. Les deux guerriers se séparèrent et Masu s'approcha du Grand Guerrier. — Allons-y. Mais avant… Jule, j'ai une prière pour toi… — Laquelle ? — Va chercher un gamin, il doit avoir treize ou quatorze ans. Il a la jambe blessée et il s'appelle Di-Sho. Il court plus de risques que moi. Garde-le avec toi et protège-le… Au moins autant que tu le ferais pour moi. Promets-moi qu'on ne lui fera aucun mal… — Bien sûr. Ça serait absurde qu'après ce que tu as fait, des risques que tu as pris pour lui. Je le demanderai à son Da comme esclave personnel, comme ça personne ne pourra rien lui faire sans passer d'abord par moi. — Merci, Jule. On peut y aller, à présent, dit Masu à son Wisa. Ils traversèrent des couloirs et des salles et furent introduits dans la salle des audiences privées. Le Shiti et la Shiti étaient assis sur un petit canapé, avec derrière eux trois des quatre Tu présents à cet instant dans le château. Les trois Seigneurs étaient assis sur leurs sièges respectifs. — Voilà, nobles To, le Su Masu-Yari… commença le Grand Guerrier. Le Shiti le regarda avec un air courroucé en remettant en place sur sa tête la marque de son rang, la couronne avec le trapèze azur renversé. — Te rends-tu compte, Su, de ce que tu as fait ? demanda-t-il en cherchant à prendre un ton sévère. — Oui, Shiti, j'ai fait ce que j'ai cru devoir faire, et s'il le fallait, je le referais encore, répondit d'une voix nette et forte le guerrier en accompagnant ses paroles d'une brève inclinaison de la tête comme l'étiquette le lui commandait. — L'entends-tu ? L'entends-tu ? s'exclama la Shiti d'une voix aiguë, vexée. Il n'essaie même pas de s'excuser, l'impudent ! Il te défie ! Il me défie ! Et même après ce qu'il a osé faire… D'un petit mouvement sec de la main, le Shiti lui imposa le silence et arrangea de nouveau la couronne sur sa tête. — Qu'as-tu à dire pour ta défense, Su Masu-Yari ? lui demanda le Grand Seigneur. — Pour ma défense ? Rien, puisque je n'ai rien fait de mal. Je t'ai toujours servi avec loyauté et prompt dévouement. Je n'ai jamais manqué à mon devoir. — Tu l'entends ? Tu l'entends ! répéta la Shiti à plusieurs reprises. Agacé, le Grand Seigneur lui répondit sans la regarder. — Je ne suis pas sourd, je l'entends ! Puis il se retourna de nouveau vers le guerrier. Ne considères-tu pas comme une faute d'avoir privé mon épouse, ta Grande Dame, de son dragon favori ? demanda-t-il en fronçant les sourcils. — Compte tenu de la situation, non. Une vie pour une vie, et selon l'anthropogonie, j'ai sauvé une vie de valeur double au prix d'une vie de valeur simple. Tout autre que moi, dans cette situation, en aurait fait autant. La Shiti se dressa, excédée, furieuse, et tapa du pied sur le sol. — C'est un rustre, quelqu'un d'abominable ! Il me manque de respect… mais aussi à toi, Reko-Senoo ! Je veux sa tête ! Tu me dois sa tête ! — Grande Dame… Il me semble que ta demande est bien exagérée… commença le Grand Guerrier. — Tais-toi, Wisa ! Personne ne t'a demandé ton avis ! hurla la femme d'une voix stridente.
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