Le Trèfle Noir

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Le Trèfle noir

Andrej Koymasky
Roman de 353 500 caractères, 61 700 mots.
Au soir de sa vie, Nadim relate sur des rouleaux le fil de son existence. Fils d'un ânier, il est d'abord le garde, puis le confident et enfin l'amour de son Prince.

Dans les décors somptueux de l'orient médiéval, une longue histoire d'amour, d'aventures et de dangers avec son prince Amin le conduit des confins d'Arabie au palais du Sultan à Istanbul.

Sans rien nous cacher, il en détaille les difficultés mais aussi les aspects les plus intimes...
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Publié le : mercredi 23 mars 2016
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EAN13 : 9791029401398
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Le Trèfle Noir

 

 

 

Andrej Koymasky

 

 

 

Traduit par Eric

 

 

 

Glossaire

BA'

TA'

Rouleau 2 - THA'

Rouleau 2 - JIM

Rouleau 3 - HA'

Rouleau 4 - KHA'

Rouleau 5 - DAL

Rouleau 5 - RA'

Rouleau 6 - ZAY

Rouleau 7 - SIN

Rouleau 7 - SHIN

Rouleau 8 - SAD

Rouleau 8 - DHAD

Rouleau 9 - TA'

Rouleau 10 - ZA'

Rouleau 11 - 'AYN

Rouleau 12 - GHAYN

Rouleau 12 - FA'

Rouleau 13 - QAF

Rouleau 14 - KAF

Rouleau 14 - LAM

Rouleau 15 - MIM

Rouleau 16 - NOUN

Rouleau 17 - HA'

Rouleau 17 - WAW

Rouleau 18 - YA'

 

 

 

 

Glossaire

 

 

Note de la traduction : (Le lecteur pressé peut bien sûr passer directement au texte !)

L'auteur de ce récit, l'excellent Andrej, s'est heurté au problème qu'il y a, en italien, plusieurs façons de transcrire l'arabe en caractères romains. Le traducteur en français n'est pas arrivé à entrer dans ces nuances. Aussi a-t-il utilisé ce qu'il trouvait sur Internet sans se poser de questions.

Le texte italien se fonde sur le système du professeur Penacchini, un expert italien en arabe classique. Les Arabes utilisaient souvent les lettres pour ordonner les chapitres, plutôt que les nombres.

 

 

L'alphabet arabe :

Alif, Ba', Ta', Tha', Jim, Ha', Kha', Dal, Zhal, Ra', Zay, Sin, Chin, shin, Sad, Dad, Dhad, Ta', Za', 'Ayn, Ghayn, Fa', Qaf, Kaf, Lam, Mim, Noun, Ha', Waw, Ya'

Les précisions ci-dessous ne concernent que rarement le texte en français. Néanmoins, elles permettent de mieux comprendre certains termes arabes.

Les noms de gens :

Le gens importants étaient souvent appelés : --- ibn --- el ---, et IBN signifie fils de et EL (parfois aussi AL, et en Turquie UL) est un article qui précède le lieu de naissance ou le lieu où la personne a vécu ou encore un attribut tel que : le grand, le sévère, le fort ou autre. Donc, par exemple, Nadim ibn Yussuf el Saum est :_Nadim : son nom ; ibn Yussuf : fils de Jussuf (Joseph) ; el Saum : (né dans les montagnes du) Saum.

Les dates :

Les musulmans comptent les années depuis l'hégire, la fuite de Mahomet (le prophète) de la Mecque pour Médine, le 16 juillet 622 dans le calendrier Julien. Pour calculer la correspondance entre les dates, il faut employer la formule suivante :

 

Donc l'an 1102 de l'hégire est environ l'an 1684 après Jésus-Christ.

 

 

Bédouin :

Badaawin : Badaawi = habitant du désert. Badaawin au pluriel. Les hommes de toutes les tribus nomades des déserts d'Arabie, de Syrie et d'Afrique du Nord.

Bazar :

Bazaar = Marché. Des marchés de rue, avec des boutiques et des étals, surtout au proche orient.

Calife :

Khalifa = Successeur. Maître suprême. Titre pris par les successeurs de Mohamed comme chefs temporels et religieux de l'islam.

Caravansérail :

Karuan Saraai : auberge pour caravanes. Un genre d'auberge d'habitude loin des villes où les caravanes s'arrêtent pour la nuit. En général une grande cour entourée de portiques pour les animaux et, à l'étage, des chambres pour les voyageurs. Parfois il y a aussi une petite mosquée au centre.

Le Coran :

Al Qur'an : est le livre sacré de l'islam, dans la foi musulmane il contient les révélations faites par Allah à Mahomet.

Dhimmi :

Conseiller. Titre honorifique accordé par le calife aux gens d'importance.

Divan :

Diwaan = Rouleau de papier. Salle de conseil ou d'audience d'usage dans l'Empire ottoman. Un exemple magnifique et très célèbre est le "Petit Diwaan" du palais Topkapy à Istanbul.

Fedayin :

Fallahin : Fallah = paysan. Fallahin au pluriel.

Fakir :

Faqir = pauvre. Un membre d'une sainte secte musulmane vivant de la charité. Également un mendiant itinérant musulman, souvent réputé faire des miracles.

Hadj :

Hajj : Le pèlerinage à la Mecque, un devoir que tout musulman mâle doit accomplir une fois dans sa vie.

Hamman :

Bain turc. Un lieu de bain où le client, après un moment de grande transpiration dans une salle de vapeurs chaudes, est lavé, massé et rafraîchi par d'autres clients ou du personnel spécialisé de l'établissement.

Harem :

Interdit. La partie des maisons musulmanes où vivent les femmes, souvent gardées par un eunuque (homme castré) où, hors le maître de maison, les mâles adultes ne peuvent pas entrer.

Imam :

Marcher devant, précéder. Guide, leader. Celui qui guide la prière dans une mosquée. Équivaut à l'évêque chrétien.

Khan :

Synonyme de caravansérail. Voir ce mot.

Meddah :

Conteur ambulant. Il récite, et souvent chante des contes en vers.

Minaret :

Une tour haute et fine, attachée à une mosquée, avec un ou plusieurs balcons adjacents, souvent en anneau, d'où le muezzin invite les croyants à la prière. Les mosquées importantes peuvent avoir plusieurs minarets.

Mollah :

Mullah = Maître. Professeur musulman ou interpréteur de la loi religieuse. Équivalent d'un théologien moral ou d'un prêtre catholique.

Mosquée:

Masjid = le lieu d'adoration, le temple. Contient souvent un grand luminaire, en forme d'anneau, surmonté de dizaines de lanternes, suspendu au dôme central par des chaînes.

Muezzin :

Muazzim = le proclamateur. Le crieur qui appelle les gens à la prière cinq fois par jour. Il prend aussi soin de la mosquée, son équivalent catholique est le sacristain.

'Omar :

Nom masculin. Omar (sans apostrophe) veut dire « âne », ce qui donne souvent lieu en arabe à jeux de mots entre les deux termes. Nadim n'en use pas très souvent, mais les jeux de mots arabes peuvent être très subtils…

Oued :

Waadi = lit de la rivière. Cours d'eau à sec en dehors de la saison des pluies.

Shah :

Gouverneur. Le titre équivaut à roi. Le Shah de perse était appelé Shaniinshah, c'est-à-dire roi des rois ou empereur.

Scheik :

Shaikh = vieil homme. Chef de famille arabe, ou chef de tribu, de village. Seigneur local.

Sultan :

Gouverneur. Gouverneur musulman. Titre du souverain turc.

Ouléma :

Ulama = Homme sage. Désigne dans le monde islamique un juge ou un docteur en théologie et jurisprudence religieuse. Équivaut chez les catholiques à un juge de la sainte inquisition.

Vizir :

Visir = porteur de poids. Ministre d'État. Le grand vizir est comme un Premier ministre.

Janissaire :

Yenicheri. En turc, yeni = nouveau et cheri = soldat : les nouvelles troupes. Soldat (ex-esclave, presque toujours étranger) dans le corps des gardes du corps du sultan turc. Ce corps, fondé au 14e siècle, a été aboli en 1862.

Mais à présent, place à notre histoire !

Rouleau 1 - ALIF - BA' - TA'

ALIF

Ma vie désormais est sereine comme un jardin au printemps et mon âme attend seulement qu'Allah la rappelle.

Mon Seigneur et Maître m'a demandé d'écrire ces pages pour qu'il reste trace de mon humble vie de bon serviteur obéissant, j'écoute et j'obéis, j'écris. Bien que pour narrer ce qui me concerne je ne peux éviter de parler aussi de mon Seigneur et Maître, qu'Allah le bénisse à jamais.

Mon Seigneur jugera si ce que je vais écrire doit être gardé secret, brûlé ou conservé. En écrivant ces pages, je dirai avec l'esprit de la vérité tout ce qui me concerne et tout ce qui, je le crois, a distingué mon Maître au cours des longues années qu'Allah m'a donné la grâce de passer à ses côtés, à son service.

 

 

 

BA'

 

 

Mon nom est Nadim ibn Yussuf el Saum, Grand Vizir du Sheikh Amin ibn Hassam el Salil, cinquième souverain de cette douce et forte terre bénie d'Allah.

Je suis né pendant le Mulud de l'an 1102 de l'hégire, septième fils de Yussuf, ânier dans la montagne d'El Saum, où l'on dit que le prophète a passé une nuit à l'époque du jeûne.

Dès l'enfance, j'emmenais paître les ânes de mon père, aussi passais-je de longues heures avec ces humbles, mais précieux animaux sur les pentes de la montagne, en complète solitude.

Je passais mon temps à observer les mille merveilleuses créatures dont Allah a peuplé ma terre, de l'inépuisable fourmi à l'astucieux souriceau de montagne, du puissant faucon au regard perçant aux herbes multiformes et aux fleurs rares au parfum parfois délicat et parfois intense et enivrant, jusqu'aux couleurs changeantes du ciel où les génies volaient, invisibles. De tout cela je tirais des enseignements inconscients qui nourrissaient mon âme.

D'autres fois par contre, pour passer le temps, je m'amusais à siffler dans de frustres pipeaux que je fabriquais, en inventant des airs ou jouant certains, issus des coutumes de mon peuple. J'aimais beaucoup jouer, surtout là où il y avait un faible et lointain écho. C'était alors pour moi un peu comme faire un duo avec un fidèle compagnon qui reprenait mes notes et me les renvoyait dans un jeu délicat et bienveillant.

Ou encore je m'asseyais ou m'étendais sur l'herbe et me perdais dans mille pensées… Ou alors parfois, j'en parlais à mes ânes, surtout à un que j'aimais beaucoup. Peut-être était-il le plus vieux du groupe, mais je me surprenais parfois à penser que cette bête pourrait avoir une âme, une intelligence et qu'il écoute et comprenne vraiment mes discours.

Ainsi passa mon enfance et, en y repensant maintenant, je dois dire qu'elle ne fut ni bonne ni mauvaise, mais sereine, sans aucun doute.

Quand je rentrais au village, je rejoignais rarement les autres garçons pour jouer ou plaisanter : en général je préférais aller à la mosquée où le muezzin, qui avait été aussi un bon meddah, me racontait des histoires et me lisait des passages du Coran et peu à peu m'apprenait à lire et à comprendre.

Toute mon instruction, toute ma culture, me vinrent ces années-là tant de la nature que du muezzin. Vers douze ans je savais déjà assez bien lire, je savais par cœur plusieurs sourates du Coran et je connaissais toutes les plantes et tous les animaux vivants sur ma terre.

'Omar, le muezzin, s'était pris d'affection pour moi et parfois, à ma demande, il me chantait une des si nombreuses et merveilleuses histoires qu'il connaissait, vu le métier de meddah qu'il avait fait si jeune, alors j'écoutais ses récits fascinants, mystérieux, stupéfiants qui me laissaient rêver les yeux ouverts.

Peu à peu je me mis à rêver de villes aux fiers minarets, plus nombreux que les arbres du village, et aux coupoles d'or pur avec de magnifiques palais de marbre blanc où vivaient de sages shah avec leur vizir et leur harem que gardaient de puissants eunuques, et je rêvais à des bazars grands et animés, bruyants et pleins d'odeurs, où se croisaient larrons et marchands, sages et fakirs, soldats et ulamas.

Ces rêves eurent tôt fait d'éveiller en moi un désir, de ce désir se développa un rejet de ma vie, et de ce rejet le projet de tout abandonner, ânes, village et famille, pour aller en ville, dans la ville de mes rêves. Pour quoi y faire ? Je l'ignorais, mais assurément des choses aussi merveilleuses que celles qui arrivaient aux protagonistes des histoires de 'Omar.

 

Ainsi un jour, à l'âge de quatorze ans, je dis à mon père que je voulais partir de la maison et du village pour aller à la capitale. Contrairement à mes craintes, il ne s'y opposa pas, il me dit de demander d'abord conseil à notre mollah et m'offrit un peu d'argent, invoqua sur moi la bénédiction d'Allah et me dit au revoir. Ma mère, par contre, pleura et sa voix aiguë me poursuivit pendant que je m'éloignais de la maison pour aller à la mosquée, elle s'estompa peu à peu, mais elle resta dans mon cœur.

Le mollah m'écouta et acquiesça lentement de la tête, puis il dit :

— Mon garçon, tu veux partir pour la ville, et il en sera ainsi, si telle est aussi la volonté d'Allah. La ville est belle et redoutable, comme la femme. Elle peut tout te donner ou être extrêmement jalouse, elle peut t'ignorer ou te trahir, t'enchanter ou te faire souffrir. C'est à toi de savoir bien la prendre, de la dominer sans te laisser dominer par elle.

» Quand tu arriveras à la capitale, rends-toi tout de suite à la Grande Mosquée devant le palais de notre Scheik, qu'Allah le bénisse, et demande à être reçu par l'Imam Abbas el Kuds. Dis-lui que tu viens de ma part, il a été mon maître, peut-être pourra-t-il t'aider à trouver un travail digne et honnête.

» N'oublie jamais tes prières quotidiennes et ne manque jamais les prières communes du vendredi à la mosquée et Allah ne t'abandonnera jamais. Va, maintenant, et qu'Allah t'accompagne, mon garçon.

Telle fut, plus ou moins, sa réponse.

 

Je partis donc à pied et je me sentais plein de bonheur et d'espérances. De nouveaux temps et de nouveaux cieux m'attendaient, l'avenir m'appartenait.

Je marchais et marchais, et le paysage commença à m'être moins familier. Jusqu’à ce jour, je n'avais jamais poussé aussi loin du village. La vallée s'élargissait devant moi et s'ouvrait sur une vaste plaine qui semblait m'attendre dans une étreinte sans limites.

'Omar m'avait expliqué la route à suivre en traçant par terre avec un bâton une espèce de carte simplifiée et à présent ses explications, soignées et précises, pleine de détails que j'avais bien mémorisés, m'aidaient à chaque bifurcation à choisir la bonne route et à me sentir un peu moins perdu, étranger dans ces terres qui m'étaient absolument inconnues.

Longtemps je ne vis personne le long de mon chemin, mais le deuxième jour je croisais une caravane, aux enseignes je compris qu'elle était composée de pèlerins qui faisaient le hadj à la Mecque. Aussi les saluais-je du traditionnel : « Salla'llah alaih ua sallama » et je poursuivis ma route, sous les bénédictions que les pèlerins envoyaient dans mon dos.

La route était maintenant plus plate, large et droite, et je compris que la capitale ne devait plus être trop loin, mais je ne voyais rien encore à l'horizon. Je continuais à marcher à bonne allure, la fatigue commençait à se faire sentir bien que je me sois arrêté chaque nuit pour dormir en quelque endroit, à l'abri d'un buisson ou d'un mur. Mais mon désir de ne pas perdre de temps, d'atteindre vite mon but, me donnait des ailes. Je ne faisais pas grand cas de l'engourdissement qui commençait à peser sur mes jambes et je continuais à marcher avec détermination. Mon cœur plein de rêves allégeait la fatigue de mon jeune corps.

Enfin, à l'aube du quatrième jour, j'ai commencé à entrevoir quelque chose à l'horizon, un certain profil que j'imaginais être les bâtiments de la capitale. Cela me donna de nouvelles forces. Les yeux fixés sur cette forme, j'avançais vite à grands pas et à mesure que j'approchais, je commençais à distinguer le mur d'enceinte. Je le voyais de plus en plus distinctement et je commençais à en appréhender la grandeur, la puissance, la rude beauté. Puis, au-dessus de la masse compacte du vieux mur, je me mis à distinguer nettement, et je pus même les compter, les sept minarets érigés, fins et droits comme les tiges de fleurs prêtes à fleurir. J'en vis deux qui semblaient jumeaux, très hauts, blancs, leurs pointes brillaient aux premiers rayons du soleil. Ce devaient être ceux de la grande mosquée qu'avait fait construire l'arrière-grand-père du Scheik, le fondateur de la dynastie, le grand Ali ibn el Ghazi, Dhimmi du Calife de Bagdad.

La route était aussi plus encombrée, maintenant, un va-et-vient incessant de gens de tous types, de tous âges, de toutes conditions sociales, de gens habillés de façon jamais vue avant, de riches seigneurs aux somptueux et élégants habits, mais aussi de pauvres gueux à l'allure misérable comme je n'aurais jamais imaginé qu'il pût en exister.

J'arrivais enfin à l'une des portes de la ville, celle appelée « La Tordue ». Elle n'existe plus aujourd'hui, elle a été démolie quand a été refait le tronçon de mur qui ferme la ville au nord. Elle était grande ouverte, mais plusieurs soldats du Sheik la gardaient et observaient attentivement tous ceux qui entraient et sortaient. Parfois ils saluaient d'un signe quelqu'un qu'ils connaissaient, parfois ils arrêtaient quelque passant et contrôlaient ce qu'il transportait, mais la plupart du temps, ils semblaient indifférents au trafic. Seuls leurs yeux attentifs, vifs et mobiles, trahissaient le soin avec lequel ils accomplissaient leur devoir pour protéger la ville et ceux qu'elle abritait.

Je passais sous l'arche de cette énorme porte, presque intimidé, et j'eus comme l'impression de pénétrer dans la gueule d'un géant, que j'espérais gentil, pour m'enfoncer dans son corps.

Cette porte était appelée "La Tordue" parce que la route qui y entrait faisait deux virages serrés, si bien qu'il était impossible de voir tant la ville depuis la rue que l'extérieur depuis la ville. Je crois que cette disposition était voulue pour raison défensive, mais à l'époque je ne sentis qu'un sens de mystère qui, mêlé à mon désir de « découvrir » la ville, fit battre fort mon cœur alors que je franchissais la porte.

Je tournais dans les rues de la ville. Que d'énormes maisons, que de superbes bâtiments, que de choses étranges et merveilleuses et surtout, que d'animation ! Que de monde ! Que de bruits, d'odeurs, de couleurs ! J'étais comme étourdi.

J'arrivais au Bazar et fus déconcerté par la confusion, par la foule qui se pressait presque au coude à coude, vociférait, par les appels chantants des vendeurs, par les mille marchandises exposées à profusion, par les odeurs pénétrantes des nourritures et marchandises, des odeurs qui changeaient à chaque traverse du bazar. Je le parcourais de long en large, les yeux écarquillés d'émerveillement, jusqu'à perdre tout sens de l'orientation et de l'heure.

Quand mon corps commença à protester de fatigue, je me rappelais mon but, je dus demander plusieurs fois mon chemin pour aller à la Grande Mosquée

 

 

 

TA'

 

 

Je sortis du bazar et les rues, par contraste, me semblèrent presque vides et silencieuses. Je suivis la route indiquée qui montait un peu et soudain je débouchais sur une vaste étendue au centre de laquelle se dressait la mosquée. Bien qu'étant arrivé sur sa partie arrière, elle me coupa le souffle. Elle était toute bâtie en pierres très blanches travaillées en bas-reliefs aux motifs géométriques et décorée de carreaux en céramique d'un bleu très intense avec des motifs noirs, rouges et or. Elle avait une fenêtre longue et étroite aux verres colorés. J'entrai dans l'enceinte et regardai autour de moi, bouche bée, les yeux écarquillés, rempli de crainte et de déférent respect.

J'allai à la fontaine faire la purification rituelle de rigueur, puis je montai les marches, laissai mes sandales et entrai dans la pénombre fraîche et mystique du lieu saint, le sol était entièrement recouvert de tapis moelleux et magnifiques.

Ce n'était pas l'heure de la prière, aussi n'y avait-il que quelques hommes priant ça et là. Je m'assis sur un tapis et je récitai dans mon cœur toutes les prières que je connaissais.

Après un long moment, enfin réconforté par l'atmosphère qui régnait en ce merveilleux endroit, le corps revigoré de la fatigue de mon long voyage, l'âme exaltée par les prières récitées, je me levai pour aller chercher le muezzin. Je le trouvai, je lui dis respectueusement qui j'étais et de la part de qui je venais et lui demandai s'il pouvait me faire recevoir par l'Imam.

L'homme m'écouta avec patience, puis il me dit d'attendre. Il revint peu après, me dit de le suivre et m'amena devant le saint homme, un vieil homme à la barbe flottante et fournie de la couleur de l'argent tout juste fondu, au grand nez aquilin, aux sourcils étonnement noirs et fournis et aux yeux pénétrants. Il portait une ample cape d'une étoffe souple, noire comme le charbon, et un turban de la même couleur. Il égrenait un chapelet et ses lèvres bougeaient à peine en récitant, sans un son, les quatre-vingt-dix-neuf perfections d'Allah.

Le muezzin me présenta et me laissa seul devant le vénérable imam. Lequel, semblant ne même pas avoir écouté ce que mon guide venait de lui dire, me fit peu après signe de m'asseoir à côté de lui.

— Oui, je me souviens bien de ton mollah, il a été mon élève, il y a treize ans, me dit-il.

Puis il se tut de nouveau, seuls ses yeux me scrutaient avec attention, comme s'il lisait au plus profond de mon âme, puis il se mit à me poser des questions.

Certaines étaient directes et pertinentes : « Quel âge as-tu… Que viens-tu faire en ville… Que sais-tu faire… », mais d'autres me laissaient perplexe : « De quelle couleur est la fleur du figuier… Combien de poils y a-t-il dans l'oreille d'un âne… Combien de dattes peut manger un homme après huit jours de jeûne… »

Je répondais comme je pouvais, avec respect, mais je commençais à me demander si l'âge n'aurait pas joué quelque tour à son esprit.

— C'est bien, mon garçon, me dit enfin l'Imam. Tu peux venir à l'école de cette mosquée pour étudier et devenir un bon mollah. Va maintenant trouver le muezzin et dis-lui de t'installer à l'école, avec les autres étudiants de première année.

Après quoi, il parut m'oublier et se remit à prier en silence, bougeant à peine les lèvres, le regard perdu dans le vide.

Ainsi commença ma vie à l'école du saint homme. Son esprit fonctionnait à la perfection et il avait une immense culture, une profonde sagesse et il était surtout très bon et très patient.

Ma vie était agréable, à l'école, j'apprenais énormément de choses et les maîtres me complimentaient souvent.

Mais mon caractère agité fut source de nombreux problèmes. Une des choses qu'ils durent m'interdire fut de grimper. Je grimpais partout, je fus vu un jour suspendu au grand luminaire de la mosquée et le pauvre muezzin s'évanouit presque de peur, ne comprenant pas comment j'avais pu arriver là-haut, craignant que je puisse tomber à tout moment, peut-être même avec tout le luminaire. Une autre fois j'ai été surpris à escalader le minaret par l'extérieur, j'avais déjà atteint le tiers de sa hauteur quand j'ai entendu un de mes maîtres crier pour m'ordonner de redescendre tout de suite.

Autre chose qui, je crois, causa bien des soucis à mes maîtres : les réponses peu sérieuses que je donnais aux problèmes qu'ils me posaient. Un jour, on nous avait demandé pourquoi les femmes devaient toujours porter le voile. Aucun des garçons n'arrivait à trouver la bonne réponse.

Alors, incapable de retenir plus longtemps l'idée qui m'avait fusé en tête, je m'exclamais :

— Ce doit être parce qu'Allah, après avoir créé la femme, s'aperçut qu'elle était trop laide, alors il lui dit : dorénavant tu cacheras ton visage, sinon…

Je ne pus pas achever parce que je reçus une très forte taloche et le maître m'enjoignit de ne pas dire de bêtises.

Un autre jour, un maître nous interrogea sur le sens du jeûne, j'ai répondu, triomphant :

— Mais c'est évident ! Sans le jeûne, on deviendrait gras et laid, ce qui ruinerait l'œuvre d'Allah…

L'Imam me défendit un temps, et tout en me faisant d'amicaux reproches, il me garda à l'école. Mais à la fin, je crois que pas même lui ne put plus rien faire : tous les maîtres finirent par affirmer qu'on n'obtiendrait jamais rien de moi, pas même un mollah médiocre.

Aussi l'Imam me convoqua-t-il un jour pour me dire :

— Nadim, tu es un garçon agile et fort, ton intelligence est vive et rapide, Allah t'a béni de nombreux dons, mais tu es bien trop vif, agité et tu manques parfois de respect. J'ai sans doute fait une erreur en pensant faire de toi un mollah, peut-être n'est-ce pas ta voie. Et pourtant, je le sens, tu feras beaucoup de chemin. Je regrette de ne pas pouvoir te garder dans notre école… Mais là où je t'envoie, ils sauront comment utiliser l'exubérance de ton énergie sans pour autant y mettre un frein et ils sauront aussi t'apprendre la discipline qui te manque. Aussi, puisque notre Scheik enrôle de nouveaux gardes pour le Prince, j'ai décidé de t'envoyer au Palais pour y apprendre le métier de soldat. Tu as un fort sens de l'honneur et je crois que, au moins pour cela, tu y seras apprécié. J'ai déjà parlé au Chef de la Garde et il t'enverra bientôt chercher. Adieu, mon fils.

À dire vrai, sur le moment j'en fus désespéré. Je croyais avoir dépassé toutes les bornes et que l'Imam ne pouvait plus rien faire d'autre. Je retournai à la chambre où je dormais, fis un ballot de mes affaires, dis au revoir à mes compagnons et j'allai voir le muezzin en attendant qu'on vienne me chercher.

Au fond, ce ne devait pas être mal d'être soldat à la garde du prince Amin, il avait alors autour de dix ans. À sa naissance, les astrologues lui avaient prédit un fabuleux avenir, en fait, on disait qu'il portait le signe de la fortune sur le corps, trois grains de beautés grands comme des lentilles au niveau du foie, proches, presque contigus pour former comme un trèfle noir.

Il fut aussi prédit que la mort le frôlerait souvent, mais qu'elle ne l'atteindrait qu'à un âge avancé.

J'étais content à l'idée de pouvoir devenir un garde du Prince, ne serait-ce que pour les riches habits, beaux et colorés des gardes du Palais, pour leurs épées brillantes et parce que tout le monde les admirait et les respectait. Et c'était le plus beau et le plus important qui sautait aux yeux du gamin que j'étais. Tous comptes faits, pensais-je en attendant qu'on vienne me chercher, ce changement n'était pas mal. Et même, je me souviens avoir alors pensé que c'était sans doute une vraie chance pour moi qu'ils aient décidé de ne pas me garder à l'école.

En fait, comme le montrera la suite de mon récit, ma vraie fortune commença ce jour-là.

 

 

 

Rouleau 2 - THA'

 

 

Un soldat du Scheik vint me chercher, un homme imposant et je me suis senti tout petit, apeuré. On est sortis de la mosquée, on a traversé l'esplanade devant et, guidé par cet homme à l'air bourru, je fus introduit dans les murs du Palais du Scheik et conduit à la cour de la caserne des gardes. J'y fus confié à un fonctionnaire qui nota mes références dans un grand registre, puis on m'accompagna à la chambrée où on m'assigna un endroit pour dormir. Puis on me confia à un autre garde, chargé de m'enseigner les premiers rudiments du maniement des armes et de m'expliquer les ordres et signaux auxquels je devrais dorénavant obéir.

Dans l'année, m'expliqua ce soldat, le Prince serait conduit à la grande mosquée pour sa circoncision qui ferait pleinement de lui un homme et il serait déclaré prince héritier. Il lui faudrait alors un noyau de gardes choisis dévoués à sa personne, qui devaient tous être jeunes, mais experts et fidèles.

Bien d'autres jeunes, à part moi, étaient entraînés pour qu'un choix puisse être fait, seuls les meilleurs constitueraient la garde du prince, les médiocres deviendraient gardes ordinaires pour la garde sur l'enceinte et les autres seraient écartés et deviendraient au mieux des serviteurs de bas niveau.

Je décidai aussitôt que je devais me faire honneur, je voulais à tout prix entrer dans la garde personnelle du jeune Prince. Je ne me contenterai pas d'être serviteur et moins encore de me retrouver à la rue sans métier ni abri.

Là, je n'ai pas passé mon temps à lire, écrire, discuter du Coran ou ergoter sur les lois, je faisais surtout de l'exercice physique, ce qui me plaisait. Dans le peu de temps libre que nous avions, nous pouvions plaisanter et nous amuser. Cette nouvelle vie, bien qu'un peu rude, me plut tout de suite beaucoup. Mon habilité à grimper et mon agilité furent très appréciées et louées, je fus même poussé à les développer de plus en plus. J'appris aussi à manier le sabre, l'arc et la lance, on m'apprit à monter à cheval, et j'aimais faire des acrobaties sur un cheval lancé au galop. J'appris vite toutes les astuces et les règles du combat au corps à corps, de l'équitation et du maniement des armes.

Quand le Chef des Gardes vint voir les progrès des derniers garçons arrivés et faire une première sélection, je fis partie des deux tiers qui restèrent pour poursuivre l'entraînement.

On nous donna notre premier uniforme et nous avons commencé à faire aussi quelques tours de garde, on commençait par les plus simples, les moins honorables, je n'avais encore jamais pu mettre le pied sur la seconde enceinte, celle du Palais officiel, et moins encore sur la troisième, celle de la résidence privée de la famille du Scheik. Il pourra surprendre que je n'aie alors toujours pas vu le jeune Prince, mais il était encore gardé au harem avec sa mère et les concubines de son père, aussi nous était-il virtuellement impossible de le voir. Mais nous en parlions beaucoup entre les jeunes gardes, un peu parce que nous espérions tous passer le second tour d'épreuves et faire partie des sélectionnés.

Il y avait parmi les gardes du Scheik un certain Ismaël, un homme fort et valeureux, qui me prit en affection et fut pour moi un maître et un guide plus qu'un simple ami plus âgé. Chacun des jeunes s'était peu à peu trouvé un protecteur et un guide parmi les gardes attitrés. Ces derniers, en plus de nous enseigner bien des choses, nous emmenaient souvent avec eux quand ils étaient de garde, comme entraînement, mais surtout pour nous instiller le sens de l'honneur, la fierté de notre tâche, l'esprit de corps. Nous, en échange, leur donnions mille petits services pendant notre temps libre pour compenser au moins en partie le soin qu'ils prenaient de nous. J'étais fier d'avoir été choisi par Ismaël qui devint vite pour moi le modèle à imiter. Je rêvais de devenir un jour comme lui, grand et puissant, sûr de lui, fort et beau, fier et passionné. Parfois, quand je l'accompagnais au hammam pour le bain, ou le soir quand nous étions au lit, il me racontait ses aventures et j'étais littéralement pendu à ses lèvres.

— Souviens-toi, Nadim, tu dois toujours être prêt à donner ta vie pour ton Seigneur. Sa vie sera pour toi plus précieuse que ce que tu as de plus précieux, que ta propre vie. Ton Seigneur sera pour toi plus que ton père et que ta mère, plus qu'une épouse, il sera comme Allah en personne. Tu devras l'honorer et le servir toute ta vie, en faisant toujours de ton mieux, et même plus, me répétait-il souvent.

Je me souviens aussi qu'un jour, il me donna un ordre que j'ai essayé de discuter parce que je le trouvais injuste, il m'a repris avec une certaine dureté et sévérité.

— Je te le dirai une fois, je ne te le répèterai plus, Nadim, un soldait obéit d'abord aux ordres et puis, s'il en a le temps et les moyens, il les discute éventuellement. En guerre, dans le danger, il n'y a pire ennemi que la discussion, l'hésitation ou la réflexion. Et celui qui te donne un ordre, en principe, sait des choses que tu ignores et qu'il n'a ni le temps ni le devoir de t'expliquer. N'oublie jamais ça. Et maintenant, obéis !

Ces enseignements m'ont été précieux, je ne les ai jamais oubliés, comme je n'oublierai jamais le mélange de tendresse et de dureté avec lequel me traitait Ismaël. C'est assurément à lui que je dois que, lors de la dernière sélection des gardes du jeune Prince, je fus parmi les élus, pas dans les premiers, mais pas non plus dans les derniers.

Nous restions vingt-quatre qui fûmes divisés en quatre groupes de six, chaque groupe avait son chef et un garde d'élite fut choisi à la tête de tous. J'avais espéré que notre chef, choisi parmi les anciens gardes, âgés d'à peine dix ans de plus que nous qui avions de quinze à dix-sept ans, serait Ismaël, mais Ali el Ramad fut choisi, qui était le protecteur de mon chef de groupe Habib, un garçon deux ans plus vieux que moi, fils d'un écrivain de la cour.

On nous donna de nouveaux uniformes qui nous distinguaient comme gardes du Prince et nous fûmes présentés au Vizir. Ce dernier, après nous avoir fait un long discours et nous avoir à nouveau examinés un à un, nous emmena en présence du Scheik. C'était la première fois que je le voyais de près, c'était un homme dans la force de l'âge, grand et fin, à la courte barbe bien soignée et aux yeux perçants de faucon. Il portait des habits en brocard, et au flanc, un cimeterre au fourreau orné de belles gemmes.

Le Scheik nous dit qu'il confiait la vie de son fils à nos épées et à nos vies et nous ordonna de le défendre toujours et partout, toute notre vie, au prix de la nôtre. Nous avons tous juré, puis on nous a emmenés dans une autre partie du palais qui serait bientôt affectée au prince comme sa résidence privée. Il y avait des pièces tout juste refaites, très belles, aux marbres et faïences luisantes, ornées de bois rares et parfumés, disposées autour d'un jardin avec une fontaine de marbre très blanc dont jaillissait une eau fraîche et cristalline qui coulait dans un doux murmure, jour et nuit sans jamais s'arrêter. Il y avait aussi deux petites cours, une pour les serviteurs et une autre, plus grande, pour nous, le corps de garde. On nous fit soigneusement visiter toute cette aile du palais pour que chacun de nous sache exactement où menait chaque porte et quels étaient les endroits où veiller à la sécurité de notre Prince. On nous présenta tous les gens qui avaient libre accès aux quartiers du Prince, des serviteurs aux dignitaires. Enfin, nous fûmes reçus par le Prince qui, d'ici quelques jours, serait circoncis et prendrait alors son rang et sa place dans ses appartements.

Le prince Amin, qu'Allah le bénisse, comme j'ai dit, avait alors presque onze ans. C'était un garçon fier, fin et élégant, très beau et aux traits de vrai seigneur. Son regard était franc et direct, sa voix assurée et on devinait en lui l'abondance de dons dont Allah l'avait comblé. J'étais très fier d'être au service d'un tel prince et je jurai dans mon cœur que je donnerais vraiment ma vie pour lui, si le besoin s'en présentait.

Nous prîmes notre service dans l'attente de l'arrivée du Prince. Ces premiers jours, nous veillions sur des pièces encore vides et silencieuses, hormis le va-et-vient des serviteurs qui installaient dans les pièces les dernières choses pour que tout soit prêt à l'heure prévue. Nous disposions de quatre chambres pour dormir, à six par chambre, d'une salle à manger et de loisir, d'une armurerie, d'une écurie pour les chevaux et d'un petit hammam, toutes pièces qui donnaient sur la cour d'exercice. Dans ma chambre, à part la grande estrade avec les six paillasses, il y avait aussi le lit de El Ramad, notre chef.

 

 

 

Rouleau 2 - JIM

 

 

Un jour enfin, nous fûmes appelés. On nous fit endosser les nouveaux uniformes de parade et nous nous rendîmes en formation devant la grande mosquée où serait bientôt conduit le Prince pour la cérémonie. Il arriva tout de blanc vêtu, portant de merveilleuses pierres précieuses, émeraudes et diamants, vert et blanc comme son drapeau, et de légères plumes d'aigrette blanches au turban, fixées par une émeraude. Son visage était sérieux, et même un peu préoccupé par la cérémonie imminente et je me souvins alors de mon émotion lors de la cérémonie de ma circoncision et je compris qu'il devait éprouver les mêmes émotions que moi alors. Mais il avançait, fier, à côté de son père, escorté par la garde du Scheik, entre les deux murs de la foule.

Quand tout fut fini et que le Prince sortit, nous l'avons entouré pour l'escorter, tandis que de la foule rassemblée devant la mosquée s'élevait une longue et enthousiaste ovation. Puis, nous l'avons escorté jusqu'au Palais, dans la salle du trône où son père lui donna les décorations du royaume et le proclama devant tous son héritier. Enfin, nous l'avons escorté jusqu'à ses nouveaux appartements. Avant de se retirer dans sa chambre, le Prince nous donna à tous quelques pièces d'or.

J'avais le premier tour de garde, aussi fus-je mis avec Habib de garde à la porte de la chambre du Prince. J'étais là, raide et solennel, tout saisi par mon devoir. Notre tâche consistait principalement à être de garde à la porte, à contrôler qui entrait et sortait et à escorter le Prince pendant ses déplacements.

Il advint peu à peu une certaine familiarité et même une amitié avec les autres gardes. Habib surtout me plaisait, c'était un garçon beau et fort, intelligent et éveillé et en tant que chef il était vraiment habile et capable. Je dois avouer que j'étais un peu jaloux de son intimité avec El Ramad, mais ça ne m'empêchait ni de l'admirer ni de l'apprécier. Aussi d'ailleurs parce qu'il était loin d'en profiter.

De toutes les tâches, ma préférée était de faire du cheval avec le prince Amin. Il apprenait à monter et je dois dire...

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