Les huit livres du collier d'or

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Les huit livres du collier d’or

Andrej Koymaski
Roman de 240 000 caractères
Au cœœur des Andes pré-colombiennes, le jeune Ami de la Lune quitte son village natal pour étudier dans la capitale.

Arrivé dans l’École Impériale, son cœœur est écartelé entre Ciel, le jeune et beau noble qui l'a pris sous sa protection et la fascination amoureuse que lui inspire l'Empereur. Mais Ciel ne se déclare pas et l'Empereur lui semble tellement inaccessible.

Ami de la Lune se plonge dans ses études, incapable de trouver la sortie de ce labyrinthe...
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Publié le : vendredi 22 mai 2015
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EAN13 : 9791029400698
Nombre de pages : non-communiqué
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Traduit par Christophe
Les huit livres du collier d’or
Andrej Koymasky
Premier livre où on parle du long voyage d’Ami vers la capitale
Le fleuve Poissonneux, après avoir suivi son cours tumultueux vers le nord-ouest, tourne à l'ouest dans un coude vaste et majestueux puis se jette placidement dans l'océan et ses eaux douces semblent hésiter à se mélanger avec les eaux salées de la mer, de sorte que sur une certaine distance on distingue encore le flux clair du Poissonneux des eaux ouvertes plus sombres.
Là où le Poissonneux forme le coude, le petit fleuve Rude offre ses eaux à son grand frère dans une haute chute écumante. Spécialement à cette époque, où le printemps a fait sa percée même sur les hauts sommets, le Rude est plein et généreux et la chute gronde d'une voix puissante sa chanson solennelle et éternelle. Le haut voile de fines gouttelettes qui s'élève des eaux grondantes brille au soleil.
Entre les rochers qui font face à la chute, là où les éclaboussures ne viennent pas, il y a un bâton, un sac, et quelques vêtements qui paraissent abandonnés en hâte. Un peu plus loin, dans l'eau, un jeune homme de dix-neuf ans du nom Bel Homme au Charmant Regard, s'ébroue en chantant joyeusement, il se lave de la poussière et de la saleté du long voyage qui l'a mené de la haute vallée du Poissonneux jusque là. Son corps ferme et fort brille au soleil, montrant des muscles pleins, pendant qu'il frotte avec vigueur sa peau dorée.
Beau Charmant, comme on l'appelle, a décidé de quitter son village natal au milieu des montagnes. Il veut se rendre à la capitale pour devenir un soldat de l'Empereur. Sa force, sa taille, son agilité sont de bons atouts. Mais il doit s'arrêter d'abord à Port Étroit, où un ami du chef de son village lui donnera une lettre de recommandation pour se présenter au recrutement.
Pendant ce temps, descendu de la vallée du Rude, Le Dernier Ami de la Lune, appelé Ami, élancé pour ses seize ans, mais dont le corps montre déjà clairement les premiers signes de la virilité, descend avec circonspection de rocher en rocher le long de la chute et il s'arrête pour regarder Beau Charmant. Il se demande comment ce jeune homme peut tenir dans ces eaux glacées, mais il admire sa belle silhouette pendant que ce dernier, inconscient d'avoir un admirateur, continue à frotter avec vigueur son corps séduisant.
Ami descend encore, s'arrête à nouveau pour contempler la scène avec une vague sensation de plaisir. Le vent léger qui arrive des montagnes disperse le bouillard liquide et un demi arc-en-ciel monte dans le ciel puis s'évanouit, comme un arc de triomphe au-dessus du corps sensuel de Beau Charmant. Ami retient son souffle et rêve un instant d'être à côté du jeune homme et de pouvoir effleurer de ses mains son corps ferme.
Beau Charmant finit par l'apercevoir et lui crie quelque chose, mais sa voix se perd dans le grondement des eaux. Levant le bras, il le salue et lui fait signe d'approcher. Ami répond à ce salut et, comme il reprend sa descente, il voit un beau sourire éclairer la face de Beau Charmant. Arrivé en bas de la chute, auprès des habits et des affaires de Beau Charmant, il s'arrête. Celui-ci, mettant les mains en porte-voix, lui crie :
— Viens, on est bien ici !
— L'eau n'est pas trop froide ?
— Glaciale, alors c'est parfait ! crie l'autre.
Ami hésite, puis il pose son bâton et son sac, délie la jupe formée de deux carrés bleus bordés de jaune, les couleurs de son peuple et de son village, puis le nouveau pagne blanc que sa mère lui a cousu pour l'occasion, plie le tout avec soin et trempe un pied dans l'eau. Beau Charmant s'approche.
— C'est seulement un peu dur de se mettre à l'eau. Jette-toi !
Ami sourit en hésitant, mais il voit l'autre tendre les bras vers de lui et alors, prenant une profonde inspiration, il saute à pieds joints en frissonnant. Beau Charmant le rattrape et se met à le frictionner.
— Tu vas vite t'y faire, lui dit-il avec un large sourire.
Ami grelotte, il est tenté de sortir immédiatement, mais la sensation des mains de l'autre sur son corps est trop agréable pour renoncer.
— Ça va mieux ? lui demande l'autre en continuant à lui frictionner vigoureusement la peau.
— Oui, un peu
— Je m'appelle Beau Charmant, et toi ?
— Ami.
— Où vas-tu ?
— À la capitale.
— Moi aussi, pour devenir soldat. Et toi ?
— Pour entrer à l'école impériale.
— Ah, je me disais bien, tu n'as pas la carrure d'un soldat. Mais tu es beau, ajoute-t-il en commençant à le caresser d'une manière plus intime.
Ami ferme les yeux en frissonnant sous la caresse. Beau Charmant lui passe un doigt sur les lèvres.
— Tu me plais, et il le serre contre lui.
Ami s'abandonne entre ses bras et caresse légèrement ce corps ferme et ces muscles puissants.
— Viens, lui dit Beau Charmant en le poussant hors de l'eau vers le rivage, jusqu'à une petite plage d'herbe entre les rochers.
Il le couche là. Ami regarde les jambes solides et bien galbées, les hanches étroites, le ventre ferme, la poitrine musclée couverte de fins poils noirs, les épaules larges et il se sent plein de désir.
— Je te veux, lui dit Beau Charmant en le regardant avec des yeux pleins de luxure, et il se couche sur son corps.
Ami est satisfait d'avoir su exciter ce jeune et beau mâle et il est heureux d'être désirable à ses yeux.
Les deux corps nus se serrent avec un désir impatient et Ami accueille l'autre en lui. Ce dernier lui caresse les points les plus sensibles d'une main experte, lui donnant un fort plaisir pendant qu'il jouit en lui avec entrain. Ami est presque étonné de la façon dont c'est arrivé, avec une totale spontanéité, presque sans mots, comme si tous deux avaient su depuis toujours que ça devait arriver. Deux inconnus, unis comme deux amants. Deux inconnus qui ont allumé le désir l'un en l'autre. Ils se sont reconnus, acceptés et maintenant, plein de passion ils l'accomplissent sous le chaud soleil printanier.
Lorsque plus tard leurs corps repus se détachent, Ami se sent étrangement plein d'émotions contrastées. Il est content, mais en même temps, il est étonné de ce qui vient de se passer, qu'il l'ait fait avec un parfait inconnu et il a envie de fuir. Par contre, Beau Charmant semble pleinement heureux. En le caressant entre les jambes avec un sentiment de possession, il lui dit :
— On va voyager ensemble. Je m'arrête à Port Étroit, et puis on va ensemble à la capitale.
— Je ne peux pas, je dois arriver rapidement, je n'ai pas beaucoup de temps, ment Ami, un peu mal à l'aise.
— Dommage. Mais on se reverra à la capitale. Moi dans la garde impériale, et toi à l'école impériale, ça ne devrait pas être difficile de se retrouver.
— La capitale est énorme, ce n'est pas un de nos petits villages où tout le monde se connaît, répond Ami en se rhabillant.
— Mais je te veux encore, Ami, alors nous nous reverrons, répond Beau Charmant sûr de lui en se rhabillant à son tour.
Ils descendent la vallée ensemble, en silence. Ami cherche à analyser ce qu'il éprouve pour Beau Charmant. Il l'attire fortement, mais en même temps il le sent étranger, lointain. Il a un beau corps, sensuel, il fait l'amour de façon extrêmement agréable, et pourtant Ami sent qu'il n'en veut pas comme amant. Non, décide-t-il en lui-même, il n'ira pas le chercher, à la capitale. Il a bien aimé, mais ça s'arrête là. Ce n'est pas comme avec son ami Roche, plus vieux que lui d'un an, là-bas au village. Il avait de l'affection pour Roche et c'est pour ça qu'il avait longtemps hésité quand le prêtre avait dit à la famille d'Ami qu'ils devaient l'envoyer à l'école impériale. Il aurait voulu ne pas se séparer de Roche. Mais celui-ci avait insisté pour qu'il y aille.
Ils avaient été amants pendant deux ans, Roche et lui. La première fois c'était en hiver, quand une soudaine tempête de neige avait bloqué les deux amis pendant cinq jours dans une
cabane de montagne avec leurs moutons. Ils avaient dormi sous la même couverture, se collant l'un à l'autre pour atténuer le froid et se tenir chaud mutuellement. Roche l'avait alors embrassé, caressé, l'avait fait s'exciter peu à peu puis lui avait appris à faire l'amour. C'était très bon. Leur ancienne amitié en était sortie renforcée. Roche n'était pas beau comme Beau Charmant, et pourtant il lui avait donné, dès le début, des choses que Beau Charmant ne semblait même pas connaître : la tendresse, l'affection, et pas seulement le plaisir.
Avec Roche ils avaient aussi de très belles, longues conversations. Beau Charmant par contre, semble n'avoir rien à dire et il répond par des monosyllabes aux tentatives de conversation d'Ami. Bien sûr, à présent, en marchant à ses côtés, Ami sent la sensualité qui émane de son corps et réveille son désir.
Quand ils arrivent aux portes de la ville, ils se séparent. L'endroit est désert, alors Beau Charmant le prend dans ses bras.
— Tu viens me chercher, à la capitale ? demande-t-il d'une voix chaude, en passant une main sous la jupe du garçon et fouillant dans son pagne.
— Oui… bien sûr… ment Ami bien qu'il se sente excité.
Et voilà, là, Roche l'aurait embrassé, mais Beau Charmant se recule et lui dit : J'y compte bien, et il entre dans la ville d'un pas rapide, sans se retourner pour le regarder.
Ami reprend la route de la côte vers le nord, vers la capitale.
Somme toute, Ami est content d'entrer à l'école impériale. Au village, à l'école du temple, il a toujours été le meilleur et le prêtre lui a donné une lettre de recommandation pleine de compliments. Seuls les meilleurs des meilleurs sont envoyés à l'école impériale et Ami est le premier de son village, depuis de longues années. Au village, on avait fait une grande fête avant le départ, avec une joute verbale en son honneur. Ses compagnons, sa famille et Roche étaient fiers. Sa mère lui avait cousu en hâte les deux carrés de la jupe et le pagne blanc que seuls les élèves de l'école impériale et les nobles peuvent porter, comme l'avait expliqué le prêtre.
Ami marche d'un pas rapide. Au coucher du soleil, il arrive dans un village de pêcheurs. Il s'assied sur la place comme il est de coutume que les voyageurs fassent. Peu après une femme s'approche avec une tasse d'eau qu'elle lui tend, et elle lui demande :
— D'où viens-tu, mon garçon ?
— Du village de Sonore.
— Ah… et où vas-tu ?
— À la capitale.
— Un long voyage… Mais pourquoi vas-tu à la capitale ?
— Je dois entrer à l'école impériale.
La femme fait un grand geste d'étonnement et pousse un grand cri, puis, lui laissant la
tasse, elle court vers les maisons du village et annonce la nouvelle. Les villageois se rassemblent vite autour d'Ami, à distance respectueuse, en l'observant. Puis la femme qui l'a accueilli lui dit :
— Le voyage sera long et toi, noble étudiant, tu as besoin de repos pour cette nuit. Si tu veux venir dans mon humble maison…
— Viens dans la mienne, noble étudiant, elle est plus grande et plus confortable et je te donnerai mon lit… lui dit un homme. Et tous font assaut d'hospitalité.
Ami, un peu étonné, se lève et les regarde. Il ne s'attendait pas un accueil aussi chaleureux. Il cherche alors à décider quelle invitation accepter quand le chef du village qu'il reconnaît à son bâton richement orné et au collier de cuivre fait un pas en avant.
— Tu viendras dans ma maison, noble étudiant. J'ai déjà fait préparer le repas. Viens.
Ami le suit en le remerciant. Entré dans la maison on le fait asseoir à la table et la femme du chef met devant lui abondance de nourriture.
— Mange autant qu'il te plaira, noble étudiant…
Ami ne se fait pas prier. Il a faim. Il remercie et commence à manger. Peu à peu, les enfants du chef entrent dans la pièce et se placent de l'autre côté de la table en l'observant. Ami les regarde. Ils sont cinq, l'aîné a son âge, la plus jeune doit avoir cinq ans. Lorsque la petite voit qu'il la regarde, elle lui demande timidement :
— Comment tu t'appelles ?
— Le Dernier Ami De La Lune.
— Et on t'appelle Dernier ?
— Non, Ami. Et toi ?
— Je suis Fleur du Champ de Mai et ils m'appellent Mai, lui c'est Pierre, elle Puits, lui Roseau et lui Faucille, la petite présente ses frères et sœurs par ordre d'âge.
— Faucille ? demande Ami au plus grand.
— Oui, noble étudiant, mon nom est Rayon Du Soleil Sur La Faucille.
— Et quel âge as-tu ?
— Seize ans.
— Comme moi.
Quand il a fini de manger, les enfants commencent à couvrir Ami de questions. Seul Faucille écoute silencieusement. Faucille a un corps de nageur, mince et ferme, et une expression sérieuse. Il lui plaît beaucoup et Ami pense que s'ils avaient été du même village, ils seraient sûrement devenus amis. Le soleil se couche et on allume des lanternes. Les
grands envoient les petits au lit et, autour de la table, restent seuls avec Ami le chef, la femme et Faucille.
Le chef pose encore d'autres questions à Ami, puis, un peu plus tard, il dit à son fils :
— Montre à notre hôte où il dormira, il est temps qu'il se repose.
— Oui père. Suis-moi, noble étudiant.
Ami le suit jusqu'à une chambrette.
— Voilà, c'est mon lit, tu peux dormir là.
— Mais… et toi ?
— Je dormirai ici, par terre.
— Non, ce n'est pas juste. Le lit est assez grand pour qu'on y dorme à deux.
— Je ne voudrais pas te déranger, pendant la nuit, en bougeant.
— Non, vraiment, je ne veux pas te priver de ton lit.
— Mais, ce n'est que pour une nuit, et toi, tu dois voyager, tu as besoin d'un bon repos.
— Non, j'insiste, dit Ami en retirant sa jupe et en s'étendant sur le lit de façon à n'en occuper que la moitié.
Faucille s'étend alors sur l'espace laissé libre.
— Merci, tu es très gentil.
— C'est gentil à toi de m'avoir offert ton lit, répond Ami.
Faucille souffle la lanterne. Ami sent sa tiédeur à ses côtés, et ça l'excite légèrement, mais il n'ose pas lui faire avances.
— J'aimerais aller à la capitale, je ne suis jamais allé si loin, chuchote Faucille.
— Moi non plus. Ils disent qu'elle est très belle.
— En effet, ils l'appellent même la Belle, et la Grande et même Ville d'Or, dit Faucille d'une voix rêveuse. Mais c'est loin, ils disent que d'ici il faut vingt jours de marche et même plus, ajoute-t-il ensuite.
— Oui, un long voyage, dit Ami.
— Tu dois être très bon s'ils t'ont envoyé à l'école impériale, murmure Faucille.
Ami ne répond pas.
— Tu as un pagne blanc comme les nobles, chuchote Faucille, au bout d'un moment.
— Oui, les élèves de l'école impériale doivent en avoir un, répond Ami.
— Et le tissu est doux, ajoute Faucille en passant une main légère dessus.
Ami frémit excité. L'autre s'en rend compte et le caresse avec plus de force. Ami pousse un léger gémissement de plaisir. L'autre passe alors la main dessous et saisit son membre durci, palpitant. Ami écarte les jambes en gémissant de nouveau attendant anxieusement.
— Enlève-le… murmure Faucille en se penchant entre ses jambes.
Et il prend entre ses lèvres le membre de son hôte. Il le suce avec un plaisir évident et bouge les lèvres et la langue de cette façon particulière qui fait ressentir à son hôte un plaisir intense. Pendant qu'il le suce, Ami lui caresse tout le corps, et peu à peu, éprouve un plaisir de plus en plus intense qui culmine dans l'explosion finale. Le garçon boit presque avidement, et à la fin il se détache avec un soupir.
— Tu as très bon goût, merci, murmure-t-il.
Étrangement Faucille ne veut pas qu'il le touche, et il n'a pas dénoué son pagne. Pendant qu'Ami remet le sien, il pense que son voyage commence d'une façon bien agréable. Deux aventures avec des inconnus, dès le premier jour.
Le matin suivant, lorsqu'il reprend son chemin, le chef du village lui conseille, après avoir traversé le village suivant, de prendre la route de droite, une nouvelle route que l'Empereur a fait construire, qui passe un peu plus par l'intérieur et évite tous les détours de la côte. Ami le remercie et s'éloigne d'un bon pas. En milieu de matinée il arrive au village et prend la route de droite à la bifurcation.
Au début ce n'est qu'un étroit sentier et il se demande s'il ne s'est pas trompé, mais peu après, il débouche sur une large route pavée et Ami voit, dans la direction opposée à celle dans laquelle il doit partir, c'est-à-dire au sud, des équipes d'hommes qui travaillent pour la poursuivre. Au bout d'un moment, il voit de chaque côté de la route, une autre équipe d'hommes qui plante de petits arbres. Dans quelques années, pense Ami, cette route sera splendide.
Il marche longtemps. Le paysage printanier, au fur et à mesure qu'il s'éloigne vers le nord, est d'une beauté douce, pleine de parfums et de couleurs. Sur sa gauche, un peu plus bas, le grand océan baigne la côte découpée. Dans le ciel serein, des oiseaux volent hauts dans une sorte de danse fluide et solennelle. Au soir il arrive dans une espèce d'auberge, récemment construite au bord de la route pour les voyageurs. Pendant qu'il passe devant, une fille debout à côté de la porte s'adresse à lui avec un grand sourire.
— Jeune voyageur, la nuit tombe, pourquoi ne t'arrêtes-tu pas manger et te reposer chez nous ?
— Oui, je m'arrêterais volontiers.
— Ce n'est pas cher, ici. On mange et on dort pour deux piastres seulement.
— Deux piastres ? Mais je n'en ai que dix et je dois voyager vingt jours. Je ne peux pas faire une telle dépense.
— Ah, alors, je suis désolée, dit la fille tout à coup renfrognée.
À cet instant un homme paraît à la porte.
— Où vas-tu, mon garçon, en vingt jours ? À la capitale ?
— C'est cela. Je dois entrer à l'école impériale.
— Ah, alors tu dois avoir la lettre d'introduction.
— Bien sûr, la voilà, dit Ami en la sortant de son baluchon et en la montrant.
L'homme la prend et la lit.
— Bien, dit-il en la lui rendant. Si c'est ça, je t'offre la nuit dans cette auberge. Entre. Tu es mon invité.
— Je te remercie. Qui es-tu ?
— Le fonctionnaire des routes impériales. Je viens contrôler les travaux de cette route. Viens, nous mangerons et nous parlerons ensemble.
L'homme est d'agréable compagnie. Il dit à Ami qu'il a un fils de vingt ans dans la garde impériale et qu'il habite dans une nouvelle maison en périphérie de la capitale, il l'invite à le retrouver là-bas et lui explique comment trouver sa maison. Puis, plus tard, après lui avoir fait donner un lit dans la chambre commune, il le salue et se retire dans sa chambre. Ami est frappé par la générosité désintéressée du fonctionnaire, la gentillesse de ses manières et son élégant parler.
Évidemment le fonctionnaire parle la « langue fleurie » c'est-à-dire la langue franche officielle de l'empire qu'Ami a appris à l'école du temple. Alors qu'Ami est du peuple de la Montagne Blanche, le fonctionnaire est du peuple du Jaguar. Ça se remarque à la couleur plus sombre de sa peau, à ses yeux plus ronds, son menton carré, son nez aquilin. On dit qu'autrefois le peuple du Jaguar dominait toute la partie nord de l'empire, bien avant que le peuple du Soleil ne fonde l'empire actuel. On disait que les hommes du peuple du Soleil étaient les plus beaux et forts de l'empire et ceux du Jaguar plus raffinés et décadents. Ce fonctionnaire a donné à Ami l'impression d'être un homme raffiné, mais certainement pas décadent.
Au matin, Ami remercie le fonctionnaire, et reprend son chemin vers le nord. À l'approche de l'équateur, il fait plus chaud de jour en jour, si bien que parfois Ami passe sans problèmes la nuit à la belle étoile. En approchant de la capitale, la route est de plus en plus encombrée, courriers de l'empereur, marchands, riches et pauvres, de peuples différents. Ami observe, très curieux, les mille types qu'il croise. Parfois il fait aussi un bout de chemin avec quelqu'un, parce que le temps passe plus vite quand on discute.
Le onzième jour du voyage, d'un chemin de traverse, débouche sur la route impériale un couple de jeunes gens qu'Ami pense être mari et femme. Ils se saluent, marchent un moment
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