Les Mémoires d'un fétichiste

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Didier Denier ne savait toujours pas pourquoi il avait accepté d’entamer cette analyse avec le docteur Livia Massari. La première réponse qui lui vint fut : probablement pour sauver son couple.   Au fil des séances, ses souvenirs ressurgissent avec leur cortège d’émotions intactes, de désirs brûlants et cet attachement à toutes ces femmes qui ont contribué à faire de lui ce qu’il est aujourd’hui, un fétichiste des pieds et des bas nylon. 
Publié le : mardi 22 mars 2016
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EAN13 : 9791026204497
Nombre de pages : non-communiqué
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Dix Den
Les Mémoires d'un fétichiste Premiers souvenirs
© Dix Den, 2016
ISBN numérique : 979-10-262-0449-7
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« Les jambes de femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie. »
François Truffaut
Chapitre I Première séance
La salle d’attente grande comme un mouchoir de poche, un fauteuil spartiate d’un confort rudimentaire, une plante verte dont il était difficile de dire si elle était vraie ou fausse, une table basse vide, pas même une revue obsolète pour vous faire patienter comme chez le coiffeur et sur le mur, une gravure vaguement libertine. Le patient se retrouvait seul, face à lui-même. Ce jour-là justement, Didier Denier attendait sa première séance ; un rendez-vous qu’il avait pris, il y a deux semaines sur la demande insistante de sa femme. Didier venait d’avoir cinquante-quatre ans, directeur d’une galerie d’art dans le quartier du Marais à Paris, marié, deux enfants, bon père et bon mari, on pouvait le classer dans la catégorie homme heureux qui a réussi. Pas très grand, juste dans la moyenne, un mètre soixante-quatorze, toujours habillé avec classe, aujourd’hui, costume noir Kenzo, chemise grise à motifs géométriques Paul Smith et bottines sur mesure. Son pêché mignon, justement, des modèles italiens qu’il faisait fabriquer à Milan. Leur particularité : un cuir d’une incroyable souplesse et un style d’une élégance parfaite. Didier savait que les femmes étaient sensibles à ce genre de détail, un peu comme ses mains toujours impeccablement manucurées, pas très grandes, mais nerveuses et très mobiles. Elles avaient acquis une douceur et une agilité incomparable, malaxer de l’argile durant de nombreuses années leur donnait cette souplesse et ce toucher soyeux appréciés par une majorité de femmes, à commencer par celles qu’il avait croisées et aimées. Pendant dix ans, Didier avait été modeleur.
Livia Massari le fit entrer dans son cabinet. Une jolie brune, qui devait approcher les trente cinq ans, les cheveux aux boucles épaisses tombant en cascade sur des épaules assez étroites. Des yeux, marrons clairs, presque dorés avec des nuances vertes, qui vous observaient avec douceur. Un maquillage léger rehaussait ses traits harmonieux et réguliers. Elle était habillée d’un tailleur pantalon marron glacé et d’un corsage vert amande, agrémenté d’un collier de perles. Elle vint s’assoir, en face de Didier, sur un fauteuil au design moderne, soigneusement choisi pour être légèrement plus haut que celui du patient, de forme plus classique, une variante du Chesterfield.
Le docteur Massari croisa ses jambes qu’elle avait longues, laissant apparaître une cheville élégante prolongée par un pied menu chaussé de ballerines vernies, surmontées d’un noeud en tissu. Didier remarqua tout de suite la texture finement voilée et élégante de ce qu’il imaginait être un collant. De couleur claire, il permettait d’admirer la cambrure du pied et la naissance ombrée des orteils. Didier tenta vainement de voir un début de démarcation plus opaque annonçant la pointe renforcée, mais le docteur Massari avait pris soin de bien l’ajuster. Il put néanmoins se concentrer sur cette partie des doigts de pied qu’il affectionnait tant. Quand la jambe de la psychiatre se mit à se balancer d’un rythme régulier, et que le soulier glissa légèrement, laissant apparaître un talon parfaitement dessiné, Didier sut qu’il avait trouvé le médecin qui lui convenait.
Chapitre II L’anniversaire
Nous étions en mars, le 21 mars exactement, date de mon anniversaire. Ce jour-là, j’avais rendez-vous à la station de métro Trocadero avec Annie. Annie était ma petite amie, même si ce mot sonnait bizarre. Nous sortions ensemble depuis maintenant six mois. Notre histoire était sérieuse, autant que peut l’être une histoire entre un jeune homme de 18 ans et une jeune fille de dix sept ans. Annie m’attendait en haut des marches de la station. Ce jour là, elle portait une long manteau en laine beige, une longue écharpe rouge, un béret assorti et des bottines à talons hauts, en daim de couleur caramel que je ne lui connaissais pas. Le style parfait d’une étudiante parisienne issue d’un lycée chic. Son sac débordait de livres, comme à chaque fois, et de mille autres choses qui font le mystère des filles. J’admirais ses longs cheveux raides, châtain clair, soigneusement coiffés, qui dépassaient de son béret et qu’elle portait jusqu’aux épaules.
Ce que je préférais chez elle, c’étaient ses jambes. Son manteau les cachait en partie, mais je pouvais néanmoins admirer ses mollets joliment dessinés qu’un collant gris transparent, aux nuances bleutés, mettait en valeur.
Quand elle me vit, le visage d’Annie s’éclaira d’un petit sourire avant qu’elle ne baisse la tête. Je m’approchai d’elle et lui effleurai le bras. Nous étions convenus de ne pas nous embrasser en public, une sorte de pudeur mêlée à la peur de croiser ses amies. A l’époque, je venais d’être admis dans une école d’art de la ville de Paris, Annie poursuivait ses études littéraires dans un lycée prestigieux du XVIe arrondissement. Nous avions prévu d’aller voir une exposition au Palais de Tokyo, mais ce jour-là, un vent glacial soufflait sur la place du Trocadero, et quand la pluie se mit de la partie, nous décidâmes de nous réfugier dans un café. Assis l’un à côté de l’autre, nos mains s’enlacèrent sous la table attendant que nos chocolats chauds refroidissent. Le manteau d’Annie ouvert, laissait apparaître une robe en laine assez courte qui me permit d’admirer ses genoux parfaitement lisses et ronds. Je posai doucement ma main, le contact du nylon de son collant m’électrisa. D’une infinie douceur, la texture très fine brillait légèrement, et mes doigts s’égarèrent sur les petits plis de la pliure du genou. Annie prit doucement ma main et la reposa plus haut sur sa robe. Je n’osais plus bouger, prenant ce geste pour une sorte de rappel à l’ordre gentil. L’épaisseur de la laine provoquait une douce chaleur sur la paume de ma main, je sentais sa jambe frémissante et en profitai pour serrer subrepticement mes doigts sur sa cuisse, je jouais à frotter lentement le tissus laineux de la robe contre le voile de nylon de son collant. Annie s’aperçut de mon petit jeu, me regarda en souriant et repoussa ma main délicatement. Pas assez vite pour que je n’ai eu le temps de sentir sous mes doigts un renflement curieux au niveau supérieur de sa cuisse. Je tentai de remettre ma main, mais ce fut peine perdue. Annie était maintenant parfaitement attentive à tous mes gestes et je dus abandonner, pour un temps mon enquête sur cette forme mystérieuse sous sa robe.
Le temps ne s’arrangeait pas, les derniers téméraires couraient s’abriter, la place du Trocadero était maintenant presque déserte sous les trombes d’eau, il ne restait plus que les voitures et les cars de touristes pour oser affronter les bourrasques de pluie. Nous décidâmes d’aller chez moi, mes parents, par chance, étaient partis en weekend, ce qui me convenait plutôt bien. Annie n’y vit aucune objection, et je pus même voir un sourire malicieux passer. Devant une telle perspective, j’engloutis mon chocolat encore bouillant et me levai, j’en oubliai presque la bienséance et je ne compris pas pourquoi mon amie mettait autant de temps à quitter la banquette, boutonnant soigneusement son manteau. Elle marchait bizarrement, à petits pas, et me fit signe qu’elle devait passer aux toilettes. Je dus l’attendre sous l’auvent de la brasserie, me serrant contre le panneau du menu, restant de longues minutes immobile, en tentant vainement de ne pas me faire mouiller. Quand enfin Annie me rejoignit, elle semblait soulagée et beaucoup plus à l’aise. Elle prit même mon bras, ce qui me surpris. J’espérai qu’elle n’ait pas changé d’avis et que nous allions bien chez moi, poursuivre l’après-midi
comme convenu. Heureusement, mes parents habitaient à trois stations de métro et Annie ne changea pas d’idée. Je lui parlai de mes dernières acquisitions musicales que j’avais hâte de lui faire découvrir, mais mon amie était rêveuse, presque absente.
Fébrile, j’ouvris la lourde porte de l’immeuble et lui proposai de prendre l’escalier. J’adorais passer derrière elle, Annie m’offrait un point vue magnifique sur ses jambes quand elle portait une jupe, et je n’aurais manqué ce moment pour tout l’or du monde. Contrairement à d’habitude, elle insista pour que je passe devant elle. Déçu, j’obtempérai, songeant que ce n’était que partie remise, nous allions bientôt être seuls dans ma chambre et Annie aurait bien du mal à se refuser à mes caresses. Une dernière appréhension en ouvrant la porte, qui sait, si mes parents avaient changé d’avis et seraient revenus à l’improviste. Heureusement, l’appartement était silencieux et nous traversâmes le long couloir désert, nous tenant par la main en chuchotant. J’aidai Annie à poser son manteau, lui faisant des compliments sur sa robe qui mettait sa silhouette en valeur. Mon amie rougit comme à chaque fois que je la regardais de façon trop appuyée. Elle s’assit sur le bord du lit, jambes serrées, le buste bien droit et les mains à plat sur ses genoux. Je mis un disque, Crime of the century de Supertramp. Assis enfin, tout près d’elle, sentant sa cuisse contre la mienne et ne pouvant résister plus longtemps, je mis mon bras autour de ses épaules et l’attirai vers moi. D’un baiser fougueux, je lui signifiai ainsi mon impatience et mon désir. Elle me rendit mon baiser et chercha ma langue qu’elle aspira doucement, caressant de ses délicates mains mon visage. Nous basculâmes en arrière sur le lit, nos lèvres soudées dans un des baisers interminable dont nous avions le secret. Je retrouvai enfin Annie, ma désirable amie. Reprenant son souffle, elle me repoussa doucement.
— Ne serait-ce pas ton anniversaire aujourd’hui?
Je n’avais pas osé le lui rappeler, trop content de l’avoir pour moi seul dans l’intimité de ma chambre pour l’après-midi entier. Je crois que j’avais même oublié.
— Mon cadeau, c’est toi Annie.
Elle rit, flattée.
— Alors, j’ai un second cadeau pour toi, je ne sais pas si tu vas aimer, j’ai bien cru que tu l’avais découvert tout à l’heure au café.
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