Lueur d'espoir (pulp gay)

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Lueur d'espoir

Diablotin
Pulp long de 552 000 car.
Morgan, cherche à s’émanciper de l’emprise de ses parents. Il devient saisonnier dans le sud de la France durant les deux mois d'été. Dans l’exploitation, il rencontre Nathan, un jeune homme au charme fascinant, mais atteint de cécité depuis l’âge de dix ans. Il a su composer avec son handicap en développant ses autres sens. Il possède une sensibilité hors du commun et grâce à lui, Morgan va découvrir une nouvelle façon d’utiliser sa perception du monde qui l’entoure. Morgan va se battre pour Nathan afin de lui rendre la vie plus agréable.

Diablotin est un auteur spécialiste de la tendresse et ... du sexe.
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Publié le : mardi 6 mai 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782363079633
Nombre de pages : non-communiqué
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Lueur d’espoir

(552 000 caractères)

 

 

Diablotin

 

 

 

 

 

 

Lueur d’espoir

 

 

Nota : le chapitrage a été réalisé par l’éditeur, vous en excuserez son caractère parfois aléatoire.

 

 

Chapitre 1

 

 

Enfin la liberté, celle qui vous permet de quitter le cocon familial pour une durée de deux mois. Depuis déjà six mois j’attendais avec impatience ce moment précieux où j’allais partir à l’aventure en solitaire.

En ce début de juillet, j’ai eu les dernières recommandations de mes parents, j’ai chargé mes sacs de voyage dans ma Clio et j’ai mis le moteur en marche.

— N’oublie pas Morgan, dès que tu arrives à destination, tu nous appelles.

— Je te promets Maman. Si vous continuez à me retarder, ce n’est pas ce soir que je vous appelle, mais cette nuit.

— Sois prudent sur la route et ne ramasse pas d’auto-stoppeurs !

— Tu me l’as répété cent fois ces derniers jours.

— Chérie, laisse-le partir maintenant.

— Merci papa.

Avant qu’elle me recommande encore quelque chose, j’ai passé la première et j’ai démarré. J’ai regardé dans le rétroviseur, les mains de mes parents s’agitaient et quand j’ai tourné dans l’avenue, j’ai lâché un grand OUF de soulagement.

Pour moi, c’était une première que de partir seul en vacances. J’allais voler de mes propres ailes pendant 60 jours. J’avais calculé de visiter une région de France afin de faire des récoltes de fruits chez des paysans.

Si ce n’est pas malheureux d’attendre sa vingtième année pour se séparer de ses parents ! Fils unique, enfant de vieux, mes parents ne s’étant rencontrés qu’à la trentaine, j’ai été couvé par ma mère comme une mère poule protège ses poussins.

J’oublie de me présenter. Je m’appelle Morgan et je viens d’avoir 20 ans, je suis brun avec des cheveux assez longs et j’ai les yeux verts. Je ne suis pas très grand, 1,70 mètre environ pour 60 kilos. Oui, je sais, je ne suis pas très épais, pas très musclé non plus et de surcroit je suis gay !

Je dis cela bien que je n’ai aucune expérience dans ce domaine, car je ne suis jamais sorti avec personne ! J’ai bien eu quelques aventures avec des filles pour faire croire que j’étais un pur hétéro, mais je sais une chose, ce ne sont pas les filles que je mate la plupart du temps, ce sont les garçons et ce sont des sites gays que je visualise sur mon ordinateur.

J’ai passé toute ma jeunesse dans les jupons de ma mère qui ne me laissait rien entreprendre tout seul. Elle appréhendait toujours quoi que je fasse et où que j’aille qu’il m’arrive quelque chose. Alors, vous ne pouvez pas imaginer, ce départ loin de chez moi, de Lille pour venir en Provence à Cavaillon pour faire le ramassage de melons !

La route allait être longue et pénible, mais je savais qu’au bout je serais récompensé d’être en compagnie de nouvelles fréquentations, de nouvelles habitudes et d’un nouveau climat.

Deux heures trente que je roulais et je venais de passer Paris, la capitale dans laquelle je n’avais jamais mis un pied. Mais je ne pouvais pas m’attarder, car je devais poursuivre ma route afin d’arriver le soir vers 18 heures où j’étais attendu dans un domaine à Cavaillon.

Aux alentours de midi, je me suis arrêté sur une aire afin de me dégourdir les jambes et manger un sandwich au thon que ma mère m’avait préparé, puis j’ai repris la route pour ne pas perdre de temps.

Ce n’est qu’à 15 heures, que j’ai passé Lyon et d’après le GPS que mon père m’avait prêté, il ne me restait que trois heures de route. Je me suis arrêté encore une fois dans une station afin de faire le plein et j’ai mangé un second sandwich au fromage et j’ai bu un café.

La dernière ligne droite avant ma sortie pour Cavaillon allait être la plus laborieuse, car je n’en voyais plus la fin. Malgré la radio Skyrock que j’écoutais à fond dans la voiture pour éviter de m’endormir, j’étais littéralement épuisé, car ma dernière nuit avait été mouvementée par le stress du départ.

Enfin aux alentours de 17h45, je vis le panneau qui annonçait la sortie Cavaillon à 20 km. Encore un petit quart d’heure et j’arriverai à destination.

J’ai fini par franchir le péage de Cavaillon et j’ai suivi scrupuleusement les indications du GPS. Dix minutes plus tard, je pénétrais dans le domaine où j’étais attendu.

Après avoir garé la voiture, le propriétaire m’accueillit et me montra une bâtisse où les employés passaient la nuit. Il y avait plusieurs chambres, pas très grandes je dois l’avouer, mais je supposais qu’après une journée de labeur, le petit lit qui s’offrait à moi devait suffire pour me reposer. Nous étions une douzaine de pensionnaires dans cette bâtisse, les plus nombreuses étaient des femmes toutes âgées entre 20 et 30 ans. Nous étions quatre hommes et j’étais le plus jeune et le plus frêle.

Après avoir rangé mes affaires dans un minuscule placard, j’ai téléphoné à mes parents pour leur dire que j’étais bien arrivé et j’ai rapidement pris une douche. N’ayant pas de climatisation dans ma Clio, j’avais pas mal transpiré pendant le trajet. Je me suis aspergé de déodorant Azzaro et j’ai rejoint le reste du groupe à l’extérieur pour faire connaissance. Personne n’a compris pourquoi je venais de si loin pour faire le ramassage de melons, mais après leur avoir expliqué qu’après ce travail avec eux au mois de juillet, je comptais prolonger mes vacances dans la région, ils ont fini par admettre que c’était judicieux.

À 20 heures, le propriétaire nous convia à passer à table ce que je fis avec plaisir, car j’avais l’estomac dans les talons. Puis vers 22 heures, nous avons regagné nos chambres. Le lendemain matin, il faudrait se lever tôt pour travailler à la fraiche.

Ce soir-là, je n’avais guère sommeil et, une demi-heure après, alors que le soleil venait de se coucher, je suis sorti afin d’avoir un peu de fraîcheur. Les chambres n’ayant qu’une toute petite fenêtre, je crevais littéralement de chaleur.

Je me suis promené autour du domaine, la lune était pleine et je pouvais admirer devant la villa du proprio les parterres de fleurs, les massifs qui ornaient les allées.

Alors que je décidais de regagner ma chambre, j’entendis une voix m’interpeller.

— Qui est là ?

— Je me suis approché d’un banc en fer forgé et j’ai vu un jeune homme de mon âge assis qui prenait le frais.

— Bonsoir, je suis un ouvrier, je m’appelle Morgan, je prends un peu le frais.

— Je te comprends, par ces grosses chaleurs, tu as du mal à t’endormir.

— Tu es un ouvrier toi aussi ?

— Non pas du tout, je suis le fils de celui qui t’emploie, mais ne reste pas debout, tu peux t’assoir, je ne mords pas. Tu as quel âge ?

— 20 ans et toi ?

— Désolé, je suis un peu curieux. J’ai bientôt 21 ans et je m’appelle Nathan.

Je n’osais pas le regarder en face, d’ailleurs lui, fixait un point bien précis à l’horizon. Il avait l’air serein et je m’aperçus qu’il avait une espèce de harnais dans ses mains. Je ne pus m’empêcher de lui demander :

— À quoi sert ce harnais ?

— Il me sert à me guider grâce à Aldo.

— Qui est Aldo

— C’est mon chien. Je suis atteint de cécité et Aldo me guide dans mes déplacements.

— Tu veux dire que tu es…

— Aveugle, n’aie pas peur de dire les mots.

— Je suis désolé.

— Tu n’as pas à être désolé et je ne veux surtout pas de pitié. Je veux être traité comme tout le monde.

— C’est entendu, je m’en souviendrais. Tu viens souvent le soir prendre le frais ?

— Tous les soirs quand tout le monde est couché.

— Je peux repasser demain soir pour te tenir compagnie ?

— Je t’ai dit il y a cinq minutes que je ne voulais pas de pitié.

— Je te rassure de suite, ce n’est pas de la pitié, mais j’ai besoin de parler avec quelqu’un de mon âge.

— Alors, tu seras le bienvenu, de la compagnie n’est pas pour me déplaire.

Je me suis levé et je lui ai fait face pour le regarder. La lune éclairait sa bouille d’ange. J’ai pu pour la première fois détailler son visage angélique. Il me regardait fixement tout en souriant, un sourire à vous faire craquer, sa dentition était parfaite et ses lèvres sensuelles me laissaient rêveur. Quand je lui pris la main pour lui dire bonsoir, j’ai senti comme un frisson me parcourir le corps. Il avait les yeux de la même couleur que moi, vert, mais d’un vert éclatant. Ses cheveux longs châtain clair retombant à hauteur de ses épaules étaient légèrement ondulés.

Tout en me serrant la main, il siffla et je vis un labrador arriver et s’assoir à ses pieds. Il accrocha le harnais au chien et lui donna l’ordre de retourner à la maison.

— Bonne nuit, Nathan, à demain.

— Bonne nuit, Morgan, je suis heureux d’avoir fait ta connaissance.

Ce soir-là, j’ai regagné ma chambre le cœur léger en me languissant du lendemain soir afin d’être à nouveau en compagnie de Nathan. Jamais je n’aurai pu espérer une telle rencontre. Je désirais le connaître davantage. Apprendre pourquoi et comment il avait perdu la vue, savoir si c’était de naissance ou bien un accident. Je me devais de ne pas le bousculer pour ne pas le brusquer. Je me suis couché en imaginant ce bel éphèbe enlacé à moi et j’ai vite trouvé le sommeil.

Mon portable se mit à sonner à 5 heures du matin, je me suis levé péniblement et j’ai rejoint les autres ouvriers pour déjeuner. Pendant que nous déjeunions, le patron nous expliqua rapidement, la marche à suivre pour ramasser un melon à maturité et il nous recommanda de faire très attention à ne pas cogner les fruits afin qu’ils ne s’abiment pas, car ils seraient invendables.

Il nous donna nos horaires de travail pour ne pas que l’on souffre de la canicule. Le matin, c’était le plus fatigant, car il fallait commencer dès 5h30 pour finir à 10h30 et l’après-midi, on reprenait de 16h30 à 19h30 ce qui nous laissait une pause importante pendant les heures où le soleil cognait le plus fort.

Sur le moment, j’ai trouvé agréable le ramassage des melons, mais au bout de quelques heures, n’étant pas habitué, j’étais éreinté. D’ailleurs, je n’étais pas le seul, car en regardant autour de moi, je m’aperçus très vite que les autres n’étaient pas plus en forme que moi.

Aux alentours de 9 heures, j’aperçus Nathan guidé par son chien qui venait dans notre direction avec de petites bouteilles d’eau fraîche. Dieu qu’il était mignon dans son short blanc et son débardeur ! J’ai attendu que tous se servent et je suis allé à mon tour prendre une bouteille afin de me désaltérer.

— Salut, Morgan, tu n’es pas trop fatigué.

— Bonjour Nathan, si un peu, mais comment as-tu fait pour me reconnaître.

— Mon odorat est très développé, je t’ai reconnu grâce à ton déodorant.

— Tu m’en bouches un coin.

— Ce soir, si tu t’ennuies, après souper, je serais au même endroit qu’hier soir.

— C’est très volontiers que je viendrais te retrouver.

— À ce soir alors.

Je l’ai vu rebrousser chemin avec son chien et je m’en suis retourné travailler pour éviter de me faire remarquer.

À 10h30 comme convenu, nous avons regagné notre logement et après avoir pris une bonne douche nous sommes passés à table. J’ai englouti mon repas et je suis allé directement me reposer dans ma chambre et je me suis endormi comme une masse.

À 16 heures 30, nous avons repris la récolte et après deux heures d’activité, j’ai commencé à me poser des questions sur mon état de faiblesse.

Le travail était plus fatigant que je le pensais. Passer de longues heures le dos courbé, finissait par briser le plus aguerri des ouvriers. Quand arrivait le soir, j’étais éreinté, mais la perspective de retrouver Nathan, agissait sur moi comme une sorte d’élixir de jeunesse.

Soir après soir, nous avions appris à mieux nous connaître. J’étais troublé par ce garçon à la beauté sculpturale, comme attiré, envouté.

À chaque fois, que je me trouvais auprès de lui, je le regardais sans rien dire. Je suis sûr qu’il le sentait, mais n’en laissait rien paraître.

Au début, nos conversations étaient d’une banalité à faire peur. Puis petit à petit, elles ont dérivé vers Aldo et enfin son handicap.

— J’aurais une question très personnelle à te poser, Nathan. Je comprendrais que tu ne veuilles pas y répondre.

— Je t’écoute que veux-tu savoir ?

— Ton handicap, c’est de naissance ?

— Non. Jusqu’à l’âge de 10 ans, je voyais très bien. Mon père, qui était fonctionnaire au ministère de l’Agriculture, a été envoyé en Guadeloupe pendant deux ans pour apporter une aide aux planteurs de bananes. Maman, et moi-même l’avons suivi.

— Si cela réveille de trop mauvais souvenirs, Nathan, on peut changer de sujet.

— Non. Il n’y a aucune raison. Donc, pendant les deux années sous les tropiques, j’ai attrapé des conjonctivites à répétitions, dites : « kératoconjonctivite printanière».

— C’est un nom barbare.

— Il n’y a pas que le nom qui est barbare, les lésions qu’elles font à la cornée sont irrémédiables. De plus, ce que l’on a découvert plus tard, c’était que j’avais une grosse déficience en provitamine A. La combinaison des deux a provoqué ma cécité.

— Et c’est irrémédiable ?

— Dans l’état actuel de la médecine, les progrès sont infimes, mais tout de même significatifs... Il y a les greffes de cornée, mais jusqu’à présent, on n'a trouvé aucun donneur compatible et l’opération coûte très cher. Il y a aussi la pose de cornée artificielle, mais pas encore bien maîtrisée et le coût est aussi exorbitant pour mes parents. Une ferme, cela ne rapporte pas beaucoup au regard du travail demandé.

— Oui, je comprends.

Nathan semblait délivré, plus serein en ayant parlé de son handicap. Nous parlions comme si nous étions de vieux amis, ou plus exactement, comme deux personnes qui viennent de se rencontrer, mais qui savent qu’elles vont passer du temps ensemble.

— Ce n’est pas trop dur, d’évoluer dans une ferme avec ton handicap.

— Non. À force, j’ai appris à composer avec mon handicap en développant une sensibilité hors du commun, comme si mes autres sens étaient devenus mes accès vers ton monde. On pourrait appeler cela un sixième sens.

— J’ai du mal à me faire une idée, de la manière dont un non-voyant peut se représenter un inconnu.

— C’est très facile. Viens, je vais te montrer.

Délicatement, Nathan fit courir ses doigts à la peau douce sur le visage de Morgan. Celui-ci frissonna de plaisir.

— Oh ! fit de plaisir Nathan.

— Qu’est-ce qui se passe ? demanda inquiet Morgan.

— Rien. Tu es un cas à part, Morgan. Quelqu’un qui a été comblé par la vie.

— Pour l’instant, je ne vais pas te dire le contraire.

— Mais tu as envie d’autre chose, de te confronter à la vie. Tes traits sont fins, mais on sent une certaine beauté qui doit faire baver plus d’une fille.

— Ah !... Euh… Tu crois !

— Oui, tu as la beauté du diable.

À ces mots, Morgan se raidit.

— On dirait que tu caches un secret, mon cher Morgan. J’ai senti une certaine nervosité.

— À ce point ? répondit troublé Morgan.

— Le corps est le reflet de l’âme pour qui sait en interpréter les signes. Mais rassure-toi, je ne te demanderai pas de me confier ton secret. Pourtant, cela semble avoir un rapport avec la sexualité, sans que j’arrive à définir la cause exacte.

Morgan, face à ces déclarations, était en train de perdre pied et s’apprêtait à révéler son secret quand il réussit à botter en touche.

— Et toi, Nathan, comment gères-tu tes besoins… euh ?

— Sexuel ?

— Oui, répondit gêné Morgan.

— Comme une bonne partie de la population masculine, avec la veuve à cinq doigts. L'amour peut-être doux, l'amour peut-être bête, l'amour peut-être aussi, aveugle parfois... Trouver sa place dans ce monde n'est pas chose facile pour des gens qui ont une bonne vue, mais quand on est aveugle, c’est encore plus difficile ? La "vision" des non-voyants est souvent pure et essentielle, et très souvent pleine d'esprit. Elle fait découvrir de nouvelles dimensions sur le sens du bonheur, mais très peu de gens osent aller au-delà du handicap. Pour être sincère, je dirais… euh… que je suis puceau.

— Rassure-toi, je le suis aussi !

— Hein !... Là tu te fiches de moi ?

— Non. J’ai peur de tomber très amoureux et je veux que la première fois soit un moment privilégié. Je me tiens prêt au cas où mon prince viendrait frapper à ma porte.

— Ton prince ? dit interloqué Nathan.

— Enfin, je veux dire ma princesse. Avec la fatigue, je ne sais plus trop ce que je dis.

— Tu veux mon avis, Morgan. C’est la chose la plus débile que je n’ai jamais entendue. Moi je pense plutôt que le sexe te fait peur.

— En fait, pour être franc, je ne veux pas faire cela avec n’importe qui et c’est vrai que je n’ai aucune idée de comment faut s’y prendre avec les filles. Finalement dans ce domaine, je suis aussi handicapé que toi.

Nous sommes partis dans un fou rire, réel et chaleureux. Pourtant, J’avais des dizaines de questions qui me traversaient l’esprit.

— Quelque chose te tourmente Morgan ?

— Je me demande comment un gosse de dix a pu réagir devant toutes ses épreuves.

— Tu veux vraiment le savoir ?

— Oui je veux bien, mais je ne veux pas te gêner.

— J’ai dépassé depuis très longtemps ce stade, puis cela me fait du bien d’en parler. Cela faisait des mois que je ne voyais plus rien et je ne voulais pas le concevoir. Tu peux m’imaginer à 10 ans et demi, devant une glace pendant des heures attendant que celle-ci reflète mon visage. J’étais englouti de crainte et d’angoisse quand je me présentais devant un miroir.

— Je m’imagine que tout cela a dû être horrible.

— À chaque réveil le matin, à chaque instant de la journée, je me disais que ma vue allait peut-être revenir. J’espérais de toutes mes forces, de toute mon âme, puis un jour je me suis résigné, je me suis fait une raison. J’ai fini par comprendre que je ne verrais qu’un trou noir pour le reste de ma vie, le néant en quelque sorte.

J’imaginais ce petit être d’une dizaine d’années se battre contre les démons de la nuit, j’en avais des frissons qui me parcouraient le corps. J’ai préféré couper court à mes questionnements pour ne plus qu’il se remémore de mauvais souvenirs. Mais Nathan continua sur sa lancée.

— Quelques mois après, nous sommes revenus en France et mes parents m’ont placé dans une école d’aveugle. Au début, je croyais qu’ils voulaient se débarrasser de moi, que j’étais devenu gênant. Je me suis senti abandonné, mais aujourd’hui, je sais qu’ils ont pris la bonne décision.

— Mais tu auras toujours besoin de quelqu’un à tes côtés ?

— Pas du tout. Je sais cuisiner, faire des courses, faire mon lit et ma toilette, je suis autonome.

— Il est près de minuit, je pense que je vais aller me coucher, car demain le réveil sonne à 5 heures tapantes.

— Que fais-tu après-demain ? Ton père nous a dit qu’on ne travaillait pas.

— Comme d’habitude, je vais me balader avec Aldo.

— Je voulais aller prendre un bain dans la méditerranée, car je ne l’ai jamais vu et je me demandais si tu serais d’accord pour m’accompagner.

— Je veux bien t’accompagner, mais je ne veux pas te bouffer le seul jour de congé que tu as dans la semaine. Puis la mer est à 80 km. Tu as un moyen de locomotion ?

— Oui j’ai une Clio et cela me ferait énormément plaisir que tu m’accompagnes, je me sentirais moins seul.

— OK. J’en informe mes parents, et demain et je te donne la réponse.

— Super. Je te dis bonne nuit et à demain.

— Bonne nuit Morgan.

 

 

 

Chapitre 2

 

 

J’ai regagné rapidement ma chambre afin de dormir un peu. Il ne restait plus que le lendemain à travailler et j’espérais de tout cœur que Nathan m’accompagnerait le dimanche à la plage.

En me couchant, j’ai imaginé ce corps de rêve dénudé sur le sable chaud. De plus, je pouvais me permettre de le mater à volonté sans qu’il ne s’en aperçoive. J’espérais même prendre le bain avec lui et pourquoi ne pas faire une bataille dans l’eau et enlacer nos corps afin de sentir sa peau douce contre la mienne.

Il fallait que je dorme et que j’arrête de penser. Il fallait surtout que je ne me fasse pas d’illusion sur un éventuel rapprochement avec Nathan, car dans trois semaines nous ne serions plus ensemble et il ne resterait de lui que de bons souvenirs.

J’ai fini par m’endormir l’esprit torturé et, le matin, quand le réveil a sonné, j’étais dans un état lamentable.

J’ai déjeuné avec mes compagnons de travail et je suis allé travailler. Aux alentours de 9h30, j’ai vu Nathan arriver avec ses petites bouteilles d’eau fraîche et je suis allé dans sa direction pour en prendre une. Nous avions de l’eau à volonté dans un grand distributeur, mais celle-ci était à température ambiante.

J’ai ralenti ma marche afin que tout le monde prenne son rafraîchissement et je suis bien sûr arrivé le dernier.

— Pas trop fatigué Morgan ?

— Je te mentirais si je disais le contraire, je suis éreinté.

— Ça te dit une petite pause ?

— Il ne reste qu’une heure de travail et je n’ai pas envie de me faire renvoyer.

— Quand je vais partir, je vais trébucher et me faire mal à la cheville. Tu sais ce qui te reste à faire.

— Non ne fait pas ça.

Il était trop tard, il avait déjà tourné les talons. Je l’ai entendu chuchoter à son chien qui est parti comme une fusée faisant tomber Nathan au sol. Je me suis précipité auprès de lui afin de l’aider à se redresser et quand ce fut fait, il s’est mis à boiter. Il a posé son bras sur mon épaule afin qu’il soulage sa cheville et j’ai entendu son père.

— Tu veux bien l’aider à regagner la maison ?

— Oui monsieur, je me dépêche et je reviens vite.

— Prends ton temps, vu l’heure qu’il est ce n’est pas la peine de revenir.

— Ouah la chance ! brama un ouvrier.

La maison était à 700 mètres, le temps de le reconduire et de revenir, le temps de travail serait écoulé. Il a joué le rôle du blessé une centaine de mètres, puis il s’est mis à rire.

— Qu’as-tu dit au chien pour qu’il parte ?

— Tout simplement, file à la maison.

— Maintenant, que tu as soi-disant ta cheville blessée, pour demain que vas-tu dire ?

— Pour demain, c’est d’accord, j’en ai parlé à ma mère et elle est super contente que tu m’aies proposé de me mener à la plage. Elle a même ajouté, tu inviteras ton ami à manger la semaine prochaine.

— Heuu ! Et ton père, il va dire quoi.

— Je suis sur que mon père a déjà deviné le stratagème que j’ai exécuté tout à l’heure en tombant au sol.

— Tu te moques de moi là ?

— Pas du tout. Tu sais quand nous sommes à table, nous discutons mes parents et moi.

— Ils savent que tous les soirs nous parlons très tard sur le banc.

— Toi tu es un cachotier.

— Je n’ai rien à cacher à mes parents, puis j’ai le droit de fréquenter qui je veux.

— En attendant, je vais passer pour qui, si ton père pense que je suis dans la combine.

— Arrête un peu de te faire du souci, mon père au travail avec vous et à la maison, ce sont deux personnes complètement différentes.

— Tu as l’air si sûr de toi.

— Si je te dis que cet après-midi, tu ne travailles pas et que tu m’accompagnes au centre-ville pour acheter un maillot.

— Que va dire ton père ?

— Ce sont eux qui ont eu l’idée quand j’ai dit que je n’avais pas de maillot et comme maman n’a pas de permis de conduire et que papa est occupé avec les ouvriers, il ne reste plus que Morgan.

— Bon j’abdique, je ferai ce que tu voudras.

— À la bonne heure. Va vite prendre une douche et tu me rejoins à la maison.

— OK !

Ce fut la douche la plus rapide de l’Ouest. « Mouillé c’est lavé, sec c’est propre ! » comme disait souvent mon grand-père. Je n’avais qu’une envie me retrouver à côté de Nathan et j’étais pratiquement sûr qu’il allait m’inviter à partager son repas, ce qui me changerait de l’ordinaire.

Je m’habillais légèrement vu la chaleur qu’il faisait, et je gagnais en toute hâte la maison des parents de Nathan. Après avoir toqué à la porte, ce fut ce dernier qui m’ouvrit.

— Whoa ! c’était rapide comme douche !

— Je ne voulais pas te faire attendre.

— Maman ! voilà Morgan, hurla Nathan à l’adresse de sa mère. Allez ! entre !

La mère de Nathan fut la première à m’accueillir :

— Maman, je te présente Morgan.

— Bonsoir, Morgan. Enchanté de faire votre connaissance ! Depuis quelques jours, Nathan n’a que votre prénom à la bouche. Venez vous assoir dans le salon prendre un rafraîchissement en attendant mon mari. Vous resterez avec nous pour manger.

— Merci, Madame ! Et merci aussi de m’accepter parmi vous pour ce repas.

— Nous sommes ravis de vous avoir à déjeuner et Nathan piaille d’impatience.

— Maman, s'il te plaît ! dit Nathan rouge comme une pivoine.

Le repas fut un véritable enchantement. Je fus le centre d’intérêt de cette famille extraordinaire, pendant plus d’une heure, au grand ravissement de Nathan.

Depuis le début de la semaine, c’était la première fois que je le voyais si heureux. Il riait, de bon cœur, aux blagues vaseuses de son père et aux imitations de Johnny Hallyday. On aurait dit un enfant qui redécouvrait l’émerveillement de la vie.

Sa mère avait les larmes aux yeux, car elle retrouvait dans les rires de ce jeune homme, les malices et la spontanéité du petit garçon de dix ans avant que la maladie ne l’isole des autres.

Et ce fut à regret que je dus prendre congé de mes hôtes vers 14 heures. Avant de partir, Nathan sorti avec moi sur la véranda.

— Morgan, merci !

— De quoi ? demandai-je intrigué.

— De m’avoir redonné mon âme d’enfant. Tu es vraiment quelqu’un de bien.

— Toi aussi.

Puis il m’enveloppa de ses bras et me dit doucement à l’oreille :

— Ami pour la vie !

— Ami pour la vie ! lui répondis-je à mon tour.

Je crus voir passer, dans ses yeux sans vie, un voile de nostalgie, peut-être était-ce le reflet de la lune.

— Je viens te chercher vers 16 heures pour aller en ville te prendre le maillot, je vais juste me reposer une heure ou deux, je manque de sommeil.

— D’accord pas de problème. Repose-toi bien.

Une fois dans ma chambre, j’eus beaucoup de mal à trouver le sommeil. Mes sentiments envers Nathan étaient confus. Je n’arrivais pas à savoir si c’était seulement de l’amitié ou quelque chose de plus profond. De plus, je redoutais sa réaction, s’il venait à savoir que j’étais gay, au fond, je savais que je risquais de perdre à jamais son amitié.

Et finalement, Morphée m’ouvrit ses bras et je pus m’endormir. Malgré la fatigue accumulée, je me suis réveillé vers 15 heures pour faire un petit footing, car je savais que je ne travaillais pas l’après-midi. Un corps sain dans un esprit sain !

Alors que je courais le long de la propriété, je croisais le père de Nathan qui s’apprêtait à aller au champ avec son tracteur. En me voyant, il s’arrêta à ma hauteur et coupa le moteur. Puis il descendit calmement de l’engin et vint à ma rencontre.

— Bonjour, Morgan.

— Bonjour, monsieur. Vous voulez me voir ?

— Oui. Je voudrais te parler d’homme à homme, si cela ne te gêne pas.

— Non, au contraire.

— D’accord, marchons un peu.

Et nous allâmes rejoindre l’étang où s’ébattaient des canards.

— La nature est belle, par son innocence et son insouciance. Tu ne trouves pas Morgan.

— Oui, monsieur. Mais je ne pense pas que la raison de cette discussion soit les canards.

— Non. Tu as raison. Tu es direct et j’aime ça. Je voulais te voir tout d’abord pour te présenter mes excuses. J’ai fortement douté de toi et j’ai eu l’impression que tu agissais envers Nathan, plus par pitié que par amitié. Mais le repas de ce midi m’a ouvert les yeux. Nathan est le seul enfant que nous avons et jusqu’à présent nous avons réussi à le préserver de la bêtise humaine. Même si nous avons favorisé son indépendance, vis-à-vis de la nature humaine, il manque encore cruellement de repères et nous avons peur qu’il ne tombe sur des gens peu scrupuleux.

— Croyez-moi, Nathan est la dernière personne à qui je voudrais faire du mal.

— Nous le savons. Il y a autre chose.

— Je vous écoute.

— J’aurais une proposition à te faire. Je veux que tu me promettes de prendre le temps d’y réfléchir, Morgan.

— Je vous écoute.

— J’ai vu que malgré ta morphologie, tu te débrouillais pas trop mal et que tu semblais prendre goût aux travaux des champs et j’ai vu que tu avais une certaine complicité avec les animaux, tout comme Nathan.

— Oui, j’aime bien la nature.

— Cela m’a amené à réfléchir. J’ai fait beaucoup de choses dans ma vie, mais cette exploitation, ma femme et moi, nous l’avons bâti comme un empire, en partant de rien ou presque. Cela ne veut pas dire grand-chose, mais nous voudrions un jour la léguer à Nathan.

— C’est une très bonne idée.

— Oui, mais Nathan tout seul, n’arrivera jamais à faire marcher cette exploitation et je cherche quelqu’un pour l’aider le temps qu’il fonde une famille.

— Vous ne pensez pas tout de même à moi.

— Nathan est heureux avec toi et c’est la première fois depuis toutes ces années que nous le voyons ainsi.

— Je suis très honoré, monsieur, mais je suis désolé, je ne peux pas accepter. Je regrette que vous n’ayez pas un autre fils pour pouvoir aider Nathan. Quelqu’un qui aurait envie de s’occuper de l’entreprise familiale et de la faire prospérer. Mais ce n’est pas moi ! Je ne suis qu’un saisonnier qui partira à la fin du mois et surtout je ne pense pas avoir les reins assez solides pour ça.

— Prends le temps de réfléchir. Pour l’instant, je n’ai rien d’autre à ajouter et je ne veux pas te mettre de pression.

— Merci, monsieur. Bon je vais rentrer prendre ma douche et récupérer Nathan pour aller acheter son maillot de bain.

— Merci de m’avoir écouté et passez une bonne journée.

À 16 heures, je récupérais Nathan ; et direction le centre-ville. Tout le long du trajet, nous avons chanté à tue-tête les derniers morceaux à la mode. Nous étions de vrais gosses.

Après nous êtes garés, nous avons rejoint le centre commercial. Nous sommes entrés dans une boutique de sport et la vendeuse nous conduisit au rayon maillot de bain. Comme Aldo ne pouvait pas être accepté dans les lieux publics, Nathan avait pris sa canne d’aveugle.

Je fus subjugué de voir avec quelle aisance, il évoluait dans ce monde qui aurait pu constituer pour lui un parcours du combattant.

— Morgan, je te fais confiance. Je veux que tu me choisisses un beau maillot de bain, mais surtout pas avec des couleurs flashy.

— J’en ai repéré deux, mais il faudra que tu les essayes pour voir ce que cela donne sur toi. Mais normalement nous n’avons pas le droit d’essayer les sous-vêtements. Nous allons prendre des shorts en même temps, comme ça ils n’y verront que du feu.

— D’accord, mais tu m’accompagnes et ainsi tu pourras voir sur place.

— OK.

Rien qu’à l’idée de voir son corps, simplement vêtu de ce bout d’étoffe, je fus pris d’une violente érection que j’eus beaucoup de mal à dissimuler. Je le conduisis dans une cabine d’essayage, la plus au fond.

Après avoir mis le premier maillot de bain, il ouvrit discrètement le rideau et me montra le résultat.

« La vache ! » me dis-je ne me mordant les doigts pour éviter de lui sauter dessus. Le bougre était bien équipé, à moins que le maillot fût trop près du corps.

— Euh… je pense qu’il vaut mieux que tu essayes l’autre. Celui-ci est trop moulant.

— Et cela te pose un problème, Morgan.

— Euh… Non… Mais c’est pour les gens à la plage, je ne voudrais pas qu’ils aient des complexes en te voyant.

— Tu es con ! dit-il en rigolant. OK je vais essayer l’autre.

Puis il referma la porte de la cabine, avant de l’ouvrir quelques secondes plus tard.

— Tiens, reprends le premier maillot, car j’ai peur de le confondre avec mon boxer.

— Oh bon sang ! hurlai-je en découvrant le spectacle. Bon sang ! tu es tout nu ! dis-je à voix basse

— Ben quoi, tu n’as jamais vu un autre garçon nu ?

— Je ne comprends pas pourquoi tu as ouvert le rideau à poil ! dis-je rouge de honte, tout en maintenant mon regard vers l’objet de mes désirs.

Finalement, le premier maillot n’était pas si moulant du tout, il y avait simplement de la matière.

— Je suis désolé, dit-il en prenant un air peiné. C’est une habitude que j’ai prise depuis tout petit. Ne voyant rien, je n’ai aucun complexe à montrer ou non mon sexe. Je ne voulais pas te mettre mal à l’aise. Tu m’en veux ?

— Euh… Non… Mais cela m’a surpris ! Je ne suis pas aussi à l’aise que toi.

— D’accord, je ferais plus attention dorénavant.

Puis il mit le deuxième maillot de bain qui montrait juste ce qu’il fallait sans trop en dévoiler. Ce fut celui-ci qui fut retenu et nous remîmes les shorts et l’autre maillot dans les rayons. Puis nous nous dirigeâmes vers les caisses où je me proposais de lui offrir le maillot de bain choisi.

À ce moment-là, Nathan se braqua et refusa tout net.

— Je t’ai déjà dit Morgan, que je ne voulais pas de ta pitié. Il est hors de question que tu paies ce maillot. J’ai de l’argent, tu sais.

— Oui, je le sais. Ce n’est pas de la pitié. Essaye de me comprendre. À la fin du mois, mon travail sera fini et je voudrais te laisser un souvenir de mon passage. C’est la première fois, depuis que je suis parti de Lille, que j’ai l’impression de vivre, que je me sens exister par moi-même et c’est à toi que je le dois. Au nom de notre amitié, je voudrais que tu prennes cela pour une marque d’estime.

— D’accord, mais je te le redevrais. C’est bien parce que je ne veux pas te blesser.

— Si tu veux.

Nous sommes allés faire un tour dans le centre-ville, où je décrivais du mieux que je le pouvais les monuments, les lieux dont certaines odeurs éveillaient en lui des réactions. Et puis soudain, Nathan me regarda, doux euphémisme, avec les yeux pétillants de malice.

— Morgan, peux-tu me trouver un parc ?

— Il y en a un pas très loin.

— Alors, allons-y ! me dit-il.

Une fois rendu sur place, il me dit :

— Nous allons jouer à un jeu. Ce...

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