Même pas mal

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Même pas mal

Loïc Ober
Roman de 163 000 caractères, 27 000 mots.
Même pas mal raconte l'histoire de L. et de son âme en déroute.

Sur la route sinueuse de sa propre vie, il rencontre Luca, Grégory, Thierry entre autres vices d'éphèbes.

Un seul homme, Patrick, le poussera dans l'ultime retranchement de l'écriture.

Grâce à sa plume, L. peut enfin demander pardon. Il constate, décrie et questionne. Il écrit les mots qu'il ne peut pas crier, puis hurle les maux d'une douleur à laquelle il peine à s'accoutumer. Il écrit. Il erre. Ça et là. Il erre. Il écrit. Aussi voyage-t-il d'un bout à l'autre de la Terre, en quête de réponses que son monde principalement masculin l'aide à trouver.
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Publié le : vendredi 22 avril 2016
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EAN13 : 9791029401473
Nombre de pages : non-communiqué
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Même pas mal

 

 

Loïc Ober

 

 

Prologue

Instant fragile

Le temps d'aimer

Compagnon de voyage

De la Bête et du Beau

Brillant

En mal de vivre

Sans lendemain

Vague à l'âme

Californie

Personne

Confidences à la rive

Même pas mal

 

 

 

À toi, celui que je n'ai jamais cessé d'aimer.

 

 

 

 

Il fallait fuir.

Mais d'abord, on ne pense pas spontanément à la fuite parce qu'on ignore qu'il existe un ailleurs. On ne sait pas que la fuite est une possibilité. On essaye dans un premier temps d'être comme les autres, et j'ai essayé d'être comme tout le monde.

Édouard Louis,

En finir avec Eddy Bellegueule

 

 

 

 

Prologue

 

 

Par une matinée pluvieuse et triste et fraîche, je me réveillai métamorphosé en un écrivain inexpérimenté que la nuit avait conditionné. Depuis peu, je m'interrogeais grandement sur les valeurs d'un bon récit littéraire dont je ne connaissais rien de rien. Jour et nuit. Une histoire, des mystères et des secrets encore inconnus que je voulais dompter par caprice, par envie. Cette envie qui se passe toujours de l'esprit et de la tête pour n'en faire qu'à la sienne. L'envie aura été ma motivation. Instrument de l'agir, avec des idées comme sources du faire. Face à mon ordinateur à peine enclenché, je me retrouvais d'emblée dans une forêt de lettres, une forêt obscure, prêt à emprunter la route d'une destinée jusqu'alors infléchie. Je ne voulais plus de cette dernière – un chemin droit, trop paisible, sans couleur. Une forêt féroce et âpre et forte qui allait animer ma muse, et en compagnie de laquelle il fallait trouver un cadre, un début, un incident et une fin justifiant les moyens.

J'étais donc gravement occupé à réfléchir face à mon écran d'ordinateur, à regarder trembler les lamelles de mon store au joran d'orage, écouter cheminer lentement l'aiguille d'une pendule, et subitement entendre l'ondée. Je trouvais enfin une raison valable pour expliquer mon fervent désir d'écrire. Vouloir écrire, pour savoir comment les choses se termineront. Encore faut-il savoir écrire, et si je l'avais su, j'imagine que je serais déjà devenu quelqu'un. L'écriture a toujours été, selon moi, le breuvage du peuple manipulateur. Utiliser des personnes et des événements du réel pour les romancer à ma sauce. Écrire est mon rêve. Depuis longtemps, j'avais l'intime conviction d'être en ce monde pour laisser derrière moi une trace autre que la vie. Très rapidement, dès lors, je me suis mis à vivre pour écrire, à écrire pour exister, pour combler ma soif d'ailleurs et d'absolu. Alors je choisis de me lancer dans une anthologie, de mettre des mots sur des moments puisés, choisis pêle-mêle dans ma vie. Il faut choisir. Face à la pléthore de mes péripéties erratiques de ces dernières années, faire des choix m'est devenu difficile. Mais il faut choisir.

Aussi, mon livre est la chair de ma propre chair. D'abord des maux qui ont fait naître des mots liés les uns aux autres, des mots que j'ai fait naître et que j'ai élevés, à portée de vue. Un projet comme une progéniture. Ce recueil m'a longtemps privé de ma solitude, sans pour autant qu'il m'ait servi de compagnon. Ces lignes ont été ma douce habitude, mon but. Je compris après les premiers mots que le but n'était pas d'écrire vite, ni de gagner le respect, mais de trouver pour moi un confort éthéré. Ces lignes m'ont fait vibrer, souvent. Des lignes que j'ai tant bien que mal accolées à ma vie. Le point final sera mon accomplissement, sans fausse note, sans regret.

En fait, mon inspiration est venue au monde au moment où s'est terminée mon existence, cette nuit-là. Un cauchemar dans lequel ma vie s'est vue achevée par une mort résolument réfléchie, que je voulais transcrire sur papier. Somme toute, une fin triste, mais belle, nourrie par un passé intense, mais lourd. Le tout transformé en errances narratives. Ma mort était donc ma destination littéraire. Mais finalement, la destination n'a aucun sens ; seul le voyage en est lourd. C'est précisément ce voyage encore insaisissable qui me procure des inquiétudes face au papier blanc. Des inquiétudes et des envies croisées, l'âme nostalgique. C'est précisément ce voyage que je vais narrer. Ce voyage, c'est une vie, racontée avec l'exactitude de mon imaginaire. Parfois authentique fiction, souvent factuelle invention, mais toujours littéraire. Peut-être serait-ce aussi un oracle. Cette œuvre est une visite des rivages du désespoir, des berges du bonheur, où éclate la vie jusqu'à frôler la mort. La ressentir. La vie. La mort. Voici mes multiples itinéraires. Avec au fond de moi, une seule voie. Une seule voix.

Je veux faire partie de ces hommes qui donnent à pleurer, et qui prêtent à porter. Porter le rêve, la joie, le sourire, et un lien affectif qui ne dureront que le temps de ces pages, jusqu'à la dernière. Quelques pages qui auront eu ce merveilleux goût de l'infini. Quelque part. Ici. Ailleurs. Hier. Aujourd'hui et demain. Je mentionne également un éventuel besoin d'attention, pour n'avoir été souvent que l'ombre de moi-même. Ton ombre. Son ombre. Vos ombres. Sombres décombres. Il me faut ne serait-ce qu'une infime reconnaissance pour une totale résilience. Cette histoire a été mon conflit de conscience, entre frustration et extravagance, reconversions et résolutions. Il a été mes briques, solides, pour résister aux provocations du réel. Il a été ma masse aussi, pour descendre le barrage qu'avait parfois dressé la réalité face à mes volontés. Nombreuses ont été les difficultés, pénible s'est parfois révélé le voyage, tout comme un certain perfectionnisme inébranlable.

 

 

 

Instant fragile

 

 

Ses yeux, des saphirs. Des mystères en transparence. Côté fenêtre, l'azur. Quoique sombre et inhabituellement orageux ainsi que pluvieux pour un soir d'avril. Il était bientôt minuit. Nous attendions à notre manière les douze coups. Après, c'était l'heure pour cet être prétendant au trône de mon cœur de s'en aller au volant de son grand carrosse moderne et rejoindre Morphée dans un battement de cœur. Son cœur qui battait l'ennui, mon cœur qui combattait sa routine, son refoulement. Il devait rejoindre Morphée, certes, mais les siens surtout. Son trio familial. Sa femme revendiquée et ses enfants. Il s'appelait Grégory. Je m'appelais L***. Grégory était légèrement plus âgé, et semblait tellement détaché de tout. Notre romance mélodieuse était marquée par le rythme cadencé de la musique – l'un de nos points communs – et donc aussi par un échange régulier de disques en harmonie avec l'humeur du moment. Des chansons douces pour les instants de torture spirituelle. Ou du rock pour les jours fastes et les nuits d'excentricité. D'ailleurs, notre relation rapprochée avait véritablement commencé un soir de mars, dans une ville lémanique suisse. Cette cité était devenue notre « Laus Angeles », là où un ange avait vidé son carquois et fait valoir ses flèches ardentes sur nous, dans un club rétro. On y buvait des bières jaunasses, en dansant, en s'oubliant. Suivant le tempo de la musique, au rythme des battements de nos délirants caprices. En mouvement. Enivrés par un malt euphorisant. Excitant. Plus tard dans la même soirée, Grégory et moi nous dirigions à brûle-pourpoint au sous-sol, aveuglément. Dans le noir quasi total où l'incandescence bleutée et sombre d'un néon suffisait à nous guider. Puis les yeux fermés, nous nous heurtâmes l'un contre l'autre avec un désir d'autant plus exacerbé que notre cécité était intégrale. Les yeux fermés. Une passion aveugle qui n'apercevait guère les défauts de l'être embrassé. À faire l'amour sur déraison. Consommation consentie ! Débouchant somme toute sur des cris de délice. À faire la moue sur un adultère. Clameur charnelle.

Trêve de souvenirs. Bientôt minuit. Des vitres teintées, sous la pluie. De quoi se laisser submerger par une tendre et douce lascivité que personne n'aurait vu venir. Un fantasme que tout individu doit un jour avoir à l'égard de celui ou celle qui lui enseigne une branche. En l'occurrence, le français. Mauvaises conjugaisons ? Imparfaits ? Singuliers ? Peu nous importait finalement, à dire vrai. L'être humain est le seul à pouvoir se permettre de courir plusieurs plaisirs à la fois. Autant que Grégory en profitât.

Comment était-il ? Grégory portait le galbe parfait d'une figurine de vinyle. Une silhouette de mannequin, svelte, un corps athlétique dont le bronzage se rapportait à son plumage. Il m'apparaissait toujours immense et sublime. Grégory était mon magnifique. Son visage s'accordait tant avec son être. Des traits mutins et un regard angélique. Des pupilles comme des olives s'accordant parfaitement avec mes yeux menthe à l'eau. Il portait souvent du denim de chez Esprit, une blanche innocence et une naïveté opaline. En fait, Grégory était simplement la personne avec qui j'avais sympathisé, un peu, beaucoup, passionnément, dans la folie. Un style résolument actuel, une prestance débridée, une humanité débordante et un dynamisme à tout vent. Une allure prompte à me dépraver tout entier.

Bientôt minuit. Les larmes de ce ciel damné et torve lançaient à l'emporte-pièce des lueurs cisaillant le paysage nocturne. Il faisait gronder sur nos têtes une mise en garde à laquelle notre attention ne se portait pas. Les gouttes de pluie ruisselaient à l'extérieur, tandis que d'autres perles de bonheur filaient à l'intérieur. La chaleur. La sueur. La condensation. Toutes ces gouttelettes avaient tracé un chemin surprenant sur chacune de nos lignes de vie. Dans nos paumes. Ma main moite sur sa cuisse ardente, sa tête effervescente sur mon épaule chaleureuse. Dans la douceur exquise d'une infinie pudeur. Quand nos regards avivés, délicatement, se croisèrent enfin, les cloches, au loin, retentirent. Minuit. C'était l'heure. Mais un doute joliment cocasse demeura entre lui et moi. Devait-il m'éconduire ? Devions-nous esquiver le temps et nous laisser conduire par le moment présent ? Devais-je simplement partir ? Raisonnablement, on laissa alors la voie de la sagesse, impénétrable, me faire disposer hors du véhicule. Avec évidemment un salut bien particulier. Un baiser qui déploya dans nos bouches un goût d'amertume et de regret à venir. Un baiser insatiable. Affable. Sur ma main. Dans son cou. Sur ma bouche. Sur ses lèvres. Ce genre de baiser d'adieux qu'on tente de faire s'éterniser par tous les moyens.

Adieu, me dit Grégory, rejoins-moi plus tard, sous mes draps, dans la région des songes et des tentations, là où tout est permis. Au pays de Cocagne. Dire adieu dans l'espoir d'un au revoir. Voilà tout.

J'ouvris la portière avec une langueur rêveuse, qui trahissait mon envie de ne plus partir. Les tentations. Ces tentacules qui nous acculent sans nous lâcher. Ces tentations ne nous lâchèrent donc point. D'ailleurs, étions-nous peut-être lâchement forts, de façon fort lâche. En tout cas, je sortis de la voiture pour éviter les folles intentions de nos idées luxurieuses. J'avais soudainement froid. Horriblement froid. Je voulais retourner dans la voiture. Me précipiter sur Grégory. Ma modération m'en empêcha un instant. Puis, inconsciemment, je suivis mon désir licencieux, et allai rouvrir, sourire innocent, sa portière. Je pris cet être qui est devenu ma muse dans mes bras et l'embrassa dans un semblant de fougue. Nos visages devinrent soudainement rouges. Couleur de la passion, de la honte aussi. Âpre bourgogne !

Je m'en vais maintenant, vraiment, finis-je par proclamer. Non sans réticences. Grégory tourna la clé de son âme, de son cœur et de son attelage devant lequel je me tenais au final. Enclencha les phares, éclairant son horizon. Ce qu'il y avait droit devant, à l'insu de notre plein gré, c'était moi... Grégory remarqua sur mon visage la pluie se disperser. Le crachin, ou mon chagrin. Mystère. Puis une seule envie lui vint, celle de me renverser, et de me secourir après coup. Mais évidemment, il repoussa ce fantasme pétulant à jamais, sortit de la voiture dans la fureur endiablée d'un instant d'éclair, et revint vers moi. M'embrassa. Puis l'orage. Comme la colère arrachée d'une force céleste refusant clairement ce tandem hors pair. Rien d'étonnant en fait. Qui aurait accepté telle aventure ? Égoïstement, de toute manière, nous ne pensions guère aux autres, seulement à nous seuls, ici et maintenant. Nous profitions du temps consumé ensemble sans envisager les lendemains. Sans penser aux autres. Sans penser, tout naturellement.

Passée cette soirée voluptueuse – la dernière – dans les bras l'un de l'autre, je devais prendre congé de sa présence et réciproquement. Mais quelques minutes suivirent et nous nous rencontrèrent à nouveau. Où ? Dans les confins des rêves. Le lieu idéal pour parfaire et pourvoir à notre liaison. Les rêves. Là où les plus belles retrouvailles se forment et se déforment. L'un sur l'autre. L'un pour l'autre. L'un contre l'autre. S'aimait-on ? L'aimais-je ? Un fil ténu nous tenait toujours à la limite. Dans tous les cas, la situation emporta ce doute un moment pour réapparaître davantage ambiguë dans la réalité. Là-bas dans l'imaginaire, nous nous laissions porter par le vent chaud et sensuel qui lui caressait le nez en catimini et s'entremêlait à ma concupiscence. Les rayons mielleux du soleil sucraient ce rêve plus encore. Malheureusement, ce genre de liaison n'est qu'un mirage. Le mirage n'est qu'un passage. Nous aurions aspiré à des minutes éternelles. J'aurais tant aimé conjuguer ce stupre à tous les temps.

L'alarme de mon téléphone me réveilla. L'alarme imitait une sirène d'alerte. Il devait être très tôt le matin. Trop tôt. Je me rendormis. Mais soudain, mon portable sonna. Je n'attendais aucun message en particulier. Qui sabotait ma solitude dominicale et mes pensées vagabondes ? Je n'en fis rien. Ne daignai le lire. La tête sous l'oreiller. Puis mon téléphone mobile sonna encore, vibra encore, dansant sur la table de nuit. Grégory. C'était sûrement Grégory, contenu dans ce cellulaire tactile. Sans hésitation aucune, je me propulsais vers la table de nuit pour lire son message. Peut-être veut-il me voir. Mais le message me laissa pantois, dans un état de profonde stupéfaction à laquelle j'aurais sans doute pu m'attendre un jour ou l'autre. Jolie petite chose, je sais que rien n'aura pu nous préparer à cette rupture pourtant imparable. Ce message, je le crains, risque de nous frapper fort d'un seul battement. L'amour comme une saison qui vient et s'en va. Point de retour possible, j'imagine. Ton cœur dur s'en remettra. Pour moi, on verra. Avec affection. La teneur du message aurait pu faire mon cœur s'arrêter.

Grégory aurait à cet instant pu voir dans mes yeux givrés mon assentiment complètement feint. Une œillade humide et fourbe de fausse compréhension. Une rupture par message. C'est sûrement cela le progrès des relations humaines. Une finalité – comme un poing final – péremptoire et brutale. Inévitable peut-être. Irrémédiable. L'irrémédiable n'est-il d'ailleurs pas forcément inéluctable ?

Grégory. Quelle beauté malgré tout ! Son texte était éthéré. Pure. Révélant sa légèreté spirituelle. Ses impulsions obsessionnelles pour moi, l'adulte en devenir, subitement, semblaient venir de son caractère bariolé, irrésolu, tantôt d'artichaut, ici de marbre. J'en avais été fasciné. Aimant. Amant. J'avais découvert, malheureusement bien trop tard, que Grégory rêvait un peu trop, se déconnectant complètement de la réalité, en mal d'amour. D'amour-propre essentiellement. Je me rendis aussitôt compte qu'il avait juste été dans ma vie un point de repère, une virgule entre deux périodes de mon existence, sinon une parenthèse. Jamais n'avais-je pu l'effacer de ma mémoire. Quelle créature étourdissante. Éblouissante. À voile et à vapeur.

Depuis cette dernière nuit entre nous, une nuit qui n'était donc pas isolée et, somme toute, la plus intense, tant de choses ont été dites sur Grégory. Des rumeurs basées sur des vérités justifiées et blessantes, mais que chacun de nos entourages se refusait à croire. Anguille sous roche. L'opprobre, c'est les autres. Finalement, ce n'était pas la décennie nous séparant qui leur importait. Mais l'amour indéfinissable – surtout furtif – que nous portions à l'égard l'un de l'autre. Grégory m'avait naguère enseigné certaines notions concrètes. Ensemble, nous avions appris à manier les couleurs. Notre idylle avait donc officiellement duré deux petits mois, d'une nuit de mars à un matin d'avril. Comme si elle ne s'était étendue que sur une seule nuit. Comme si cette histoire n'avait été qu'un rêve. Les matins tuent les rêves.

Nous avions trouvé au fil du temps l'astuce pour dissimuler cette aventure : rester fidèles à nous-mêmes. Grégory craignait désormais que le temps ne nous séparât. Craignait tout autant de me mettre indirectement son monde à dos. Que son entourage proche ne me haïsse. Rassure-toi : le mâle que l'on abhorre est un mal que l'on adore. De...

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