Papa et maman

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Papa et Maman

Andrej Koymasky
Roman de 232 800 caractères, 41 100 mots.
Gaetano, père divorcé d'un fils unique un peu taciturne, croise Franca, la mère permissive d'un fils unique mais assez turbulent . Ils se marient, mais les deux garçons soudain contraints de cohabiter, ont bien du mal à se supporter...

Mais la vie recèle bien des surprises et chacun va découvrir chez l'autre des qualités qu'il ne soupçonnait pas !
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Publié le : vendredi 4 mars 2016
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EAN13 : 9791029401299
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Papa et Maman

 

 

 

Andrej Koymasky

 

 

 

Chapitre 1 : Comment en faire un homme

Chapitre 2 : Un fils difficile

Chapitre 3 : Une rencontre fortuite

Chapitre 4 : Une nouvelle famille

Chapitre 5 : Crise et blâme

Chapitre 6 : Quand les digues se rompent…

Chapitre 7 : Le frère de mon frère

Chapitre 8 : Une visite inattendue

Chapitre 9 : Amour et succès

 

 

 

 

Traduit par Christophe

 

 

 

Chapitre 1 : Comment en faire un homme

 

 

Gaetano Trotta était un homme au caractère énergique. Rien que la façon dont il s'en était sorti avec son fils Ivan le prouvait.

Sa femme les avait abandonnés tous les deux, lorsqu'il avait trente-cinq ans et Ivan six, pour s'en aller avec un prêtre défroqué. Un an après ils avaient demandé la séparation et trois ans plus tard, un divorce par consentement mutuel. Et, seul, Gaetano avait élevé son fils. Ça n'avait pas été facile, il devait le conduire en vitesse à l'école, foncer à son boulot, passer l'après-midi pour le reprendre, toujours en vitesse, et rentrer à la maison.

Faire les courses, aller parler aux professeurs de son fils, faire le ménage, à manger, la lessive… Il n'avait voulu personne chez lui, pas même une femme de ménage. Non. Comme s'il voulait montrer à sa femme, ou peut-être à lui-même, qu'il pouvait s'en sortir, il avait voulu tout faire, tout seul.

Il travaillait comme géomètre à la Région. La paye était passable, mais pour l'arrondir, Gaetano s'était trouvé un second travail à faire à la maison, principalement quand Ivan dormait. Il n'en avait pas réellement besoin, mais il voulait que son fils ne manque de rien. Il ne le gâtait pas, bien au contraire. Par certains aspects c'était un père sévère. Mais, inconsciemment, vu qu'Ivan n'avait plus vraiment de mère, il voulait d'une certaine façon que rien de ce qu'avaient les garçons de son âge ne lui manque.

Il n'avait plus de mère parce que, si, la première année, elle passait un week-end par mois avec lui, elle avait ensuite déménagé avec son nouveau compagnon à huit cents kilomètres, alors ils ne se voyaient quasiment plus. D'ailleurs Ivan, passé une première période où il avait ressenti de façon aiguë l'absence de sa mère, en était graduellement arrivé à ne presque plus vouloir la voir.

Gaetano n'avait rien fait pour éloigner, séparer le fils de sa mère, au contraire, il avait beaucoup insisté pour qu'elle fasse en sorte de le voir le plus souvent possible… Mais sans succès. Et plus sa mère s'éloignait d'Ivan, plus son père comblait de son affection, de ses attentions la place vide laissée en lui. Une affection virile, bien sûr, comme doit l'être celle d'un père, et surtout envers un fils.

Il ne pouvait être mécontent, Gaetano, de la façon dont poussait son fils, même s'il n'était pas complètement satisfait. Il lui semblait trop délicat, timide, introverti, et selon lui, ce n'était pas souhaitable. Alors, quand Ivan eut dix ans, il l'inscrivit dans l'équipe de football du quartier, chez les poussins, et il allait voir tous les matchs, qu'il pleuve ou qu'il vente. Il l'incitait, l'encourageait, l'éperonnait, en espérant qu'il en tire un peu plus de mordant.

Le football, en plus de lui faire du bien physiquement, était excellent pour le rendre plus sociable, lui apprendre l'esprit d'équipe, qui lui serait utile plus tard. Il ne voulait pas, comme d'autres pères, faire d'Ivan un « grand joueur ». Lorsque l'entraîneur lui avait dit qu'Ivan n'avait pas l'étoffe d'un footballeur, il avait tranquillement accepté le verdict, mais il lui avait demandé de continuer à le faire jouer.

Ivan marchait bien à l'école, il la fréquentait volontiers et il aimait beaucoup lire. Il dévorait littéralement les livres, à tel point que le père avait dû lui imposer une limite. « Tu finiras par t'y abimer les yeux ! » le mettait-il en garde. Et pour élargir son horizon, il l'avait poussé à développer des activités manuelles. Il ne lui avait pas acheté de Playstation, mais des jeux éducatifs, bien qu'ils soient chers. Et à quatorze ans, il lui avait acheté un ordinateur et l'avait relié à Internet.

Il savait bien, Gaetano, qu'Internet peut aussi être « dangereux » pour un gamin, surtout par la grande quantité des sites pornographiques, mais il avait abordé le problème avec Ivan, lui expliquant les choses de sorte qu'il développe un esprit critique et qu'il évite de les visiter. Puisque l'ordinateur était dans le séjour, quand Ivan dormait, il allait contrôler, par prudence, quels sites il avait visités…

Il l'avait même mis en garde contre les chats et du danger que s'y cachent des pédophiles. D’ailleurs, il n'avait jamais évité avec Ivan les discussions concernant la sexualité, à laquelle, en s'approchant de la puberté, le gamin se serait tôt ou tard intéressé.

Mais Ivan était un garçon réfléchi, obéissant, donc il ne visitait ni les sites pornographiques ni les chats. D'un côté, Gaetano était fier d'Ivan, de l'autre il le trouvait trop obéissant, mais il se disait qu'avec l'adolescence, arriverait une « saine » rébellion.

La seule chose qu'Ivan faisait en cachette de son père, c'était lire et écrire. Il avait commencé à écrire lorsqu'il avait quatorze ans, c'est-à-dire en seconde, au lycée scientifique. Ivan aurait voulu être dans une section lettres, mais son père l'avait convaincu, en le raisonnant, que la voie scientifique était meilleure, alors Ivan l’avait accepté.

Gaetano n'imposait jamais rien à son fils. Il l'avait toujours traité en adulte, discutant avec lui, l'écoutant, argumentant. Le plus souvent Ivan faisait comme le lui conseillait le père, mais parfois Gaetano acceptait son point de vue et ses décisions.

Quand Ivan avait atteint quinze ans, son père lui avait offert son premier portable. Mais il l'avait averti qu'il devrait se payer ses communications avec l'argent de poche qu'il lui donnait chaque mois. En effet il voulait qu'il comprenne la valeur de l'argent, qu'il apprenne à le gérer.

Les professeurs étaient satisfaits d'Ivan. Quand Gaetano allait aux rencontres parents - professeurs, tous en parlaient en bien, surtout le professeur de matières littéraires. Celui de mathématiques disait que selon lui, il pourrait en faire plus, bien qu'il ne s'en plaigne pas. D'ailleurs Ivan avait une moyenne de quatorze, en mathématiques, avec peu de hauts et de bas.

La « rébellion » que Gaetano attendait de la part d'Ivan avec l'arrivée de la puberté prit une forme qu'il n'attendait pas. Il découvrit que son fils lisait et écrivait en cachette. Un dimanche où Ivan était à parti à l'entraînement, Gaetano était arrivé à débusquer la cachette de son fils. Il n'y avait pas trouvé de revues pornographiques ou de photos osées, mais des pages et des pages de récits.

Il les avait lus… Ils lui semblèrent naïfs, même s'il devait admettre qu'ils étaient écrits en bon italien. Cela allait du texte fantastique au récit historique, de la science-fiction à la pure narration, des chroniques d'événements inventés à la relation de choses réellement arrivées. Il sourit et remit tout en place, de sorte qu'Ivan ne s'aperçoive pas de son intrusion.

À vrai dire, lorsque Gaetano « espionnait » son fils, il éprouvait un vague sentiment de culpabilité, mais il se disait que c'était son devoir de le surveiller, pour son bien. Il avait aussi toujours fait très attention à ce que son fils ne fume pas de cigarettes et encore moins d'herbe, et sans en avoir l'air, il vérifiait qu'il n'avait jamais la pupille dilatée ou l'air hébété, déprimé, ni de marques de piqûres.

Évidemment, comme il avait parlé de sexualité avec Ivan, il lui avait aussi parlé de drogue. Ils regardaient presque toujours la télé ensemble, et commentaient les nouvelles et les émissions. Et de toute façon, chez les Trotta, la télé était rarement allumée plus de quelques heures. Et puis Ivan préférait la radio en musique de fond pendant qu'il était chez lui.

Il avait découvert qu'Ivan avait commencé à se masturber. Quand il faisait la lessive, il avait remarqué certaines taches révélatrices, jaune pâle, tant sur les slips que sur les mouchoirs, à l'odeur ténue, mais immanquable… Il en avait évidemment souri et n'avait rien dit à son fils, tant il savait qu'il était important respecter son intimité et qu'il était naturel qu'il se masturbe.

Alors qu'Ivan n'avait encore que quinze ans, un jour qu'ils étaient allés ensemble au centre-ville, il avait remarqué qu'il s'arrêtait fasciné pour regarder un magasin de trains électriques, il lui avait demandé s'il aimerait se construire une maquette de train.

— Non, Papa, mais construire des petits paysages, ça oui, ça me plairait… On les appelle des dioramas, n'est-ce pas ? Un coin de rue dans un village, un chemin de campagne ou un sentier en montagne… en utilisant les personnages, la végétation et les maisons des maquettes de train…

— D'accord, avait immédiatement dit Gaetano, veux-tu que j'augmente ton argent de poche ? Comme ça, tu pourras progressivement en acheter et faire tes dioramas.

— C'est vrai, Papa ? Super ! avait dit Ivan, radieux.

Sitôt dit, sitôt fait, et Ivan avait ainsi donné cours à son nouveau hobby… tout en continuant, en cachette de son père, à écrire et à lire. En effet le souhait caché d'Ivan était de devenir écrivain. Mais, comme il avait l'impression que son père pensait que les écrivains étaient avant tout des crève-la-faim, il n'en avait jamais plus parlé avec lui et il continuait à cultiver son rêve en cachette.

Mais lorsque Ivan eut seize ans, une nouvelle préoccupation se fit jour dans la tête de Gaetano. Non seulement son fils ne lui parlait jamais de filles, de ses amies, mais il ne semblait même pas les regarder. Il se dit que c'était peut-être dû à une excessive timidité, un manque de confiance en soi…

D'ailleurs il se rappelait bien à quel point lui-même, avant de réussir à avoir à un rapport sexuel, était tourmenté par la crainte de « ne pas savoir le faire bien ». Mais lui, de caractère plus extraverti, s'était lancé et des premiers baisers aux premiers pelotages, il en était graduellement arrivé à la première baise… Ivan semblait totalement bloqué.

Alors, pour faire d'Ivan un homme, Gaetano décida qu'il devait lui payer une prostituée. Jeune, jolie, mignonne, même s'il savait qu'elles étaient une denrée rare. Et pour une première, il valait mieux qu'elle ne soit pas étrangère. Il ne prit pas sa décision à la légère, il y réfléchit même longuement, mais aussi parce qu'il ne savait pas où trouver la « bonne » prostituée pour son fils.

Ce n'était plus comme autrefois, quand existaient encore les maisons closes, où fréquemment les pères ou les grands frères conduisaient leurs fils ou frères mineurs pour être déniaisés. Dans un certain sens, les maisons closes étaient une garantie. Son père lui avait raconté que sa première expérience avec une femme s'était justement passée dans une de ces maisons. Mais on parlait des années 40…

Ce qui le poussa à prendre sa décision fut une conversation qu'il avait entendue, et à laquelle il avait pris part, au travail, pendant une pause café dans les bureaux de la région. Un collègue parlait de « masseuses » qui recevaient leurs clients chez elles ou qui se déplaçaient chez le client… et qui, de toute façon, se prêtaient à des massages plus ou moins érotiques, jusqu'à l'acte complet. Ce n'était qu'une question de tarif…

Gaetano, d'un air indifférent, se mêla à la conversation et comprit qu'un jeune collègue, bien qu'il soit marié, s'accordait parfois un extra avec une fille de dix-neuf ans, une certaine Gigliola, en allant chez elle. Lorsqu'il le vit seul, il lui dit qu'il aimerait bien l'essayer lui aussi… Le collègue lui fournit avec un petit sourire le numéro de portable de la fille en lui conseillant de dire qu'il appelait de sa part, ou la fille risquait de ne pas le recevoir.

Et c'est ainsi qu'un jour Gaetano l'appela, et organisa une rencontre avec la fille. Il se rendit chez elle. Elle habitait dans un immeuble respectable en proche banlieue, un appartement meublé avec goût, à l'aspect parfaitement normal où elle vivait seule. La fille avait un charme discret, pas vulgaire. Il découvrit qu'elle était étudiante en administration d'entreprise et arrondissait ses fins de mois en fournissant ce service.

Gaetano lui expliqua son problème et il lui dit qu'il voulait essayer avec elle et que, s'il était satisfait, il reviendrait avec son fils… La fille sourit et accepta, puis conduisit Gaetano dans sa chambre et il lui montra concrètement son savoir-faire… Lorsque Gaetano ressortit de la chambre, il avait l'air satisfait. Il la paya, et il lui dit qu'il lui ferait bientôt signe et lui amènerait son fils. Il posa cependant comme condition qu'il resterait dans le séjour à attendre pendant qu'elle ferait son travail avec son Ivan. La fille accepta.

Rentré chez lui, Gaetano parla avec son fils.

— Tu n'as pas de copine, n'est-ce pas ? lui demanda-t-il d'un air dégagé.

— Non, Papa, pas encore.

— Mais comment ça se fait ? À ton âge… j'avais déjà fait mes… expériences, lui dit-il en le regardant préparer le plateau pour un nouveau diorama.

— Ben… je ne sais pas… Je ne peux quand même pas aller trouver les filles et leur demander si elles veulent baiser avec moi…

— Bien sûr que non… tu dois leur faire la cour… tu sais… et un mot après l'autre… un bisou, un pelotage…

— Oui… Papa, j'y ai pensé, mais… peut-être que… Je me sens gêné… Je… j'ai peur… de pas faire comme il faut… murmura-t-il en rougissant légèrement, sans le regarder, se penchant au contraire encore plus sur ce qu'il faisait.

— Oui, je te comprends, tu sais ? Tu devrais essayer avec une fille qui… qui a de l'expérience et qui saurait… te guider, en quelque sorte.

— Mais où je la trouve ? C'est-à-dire… certaines camarades, je crois… qu'elles ont de l'expérience, mais… elles ne regardent pas les gars comme moi, en fait… elles vont avec les grands et puis… je ne suis pas… C'est-à-dire, si je ne sais pas… comment faire… et bien… et puis elles risquent de se moquer de moi avec les copains et… et puis je… je n'ai jamais vu de fille nue, Papa… Et puis… imagine si…

Tous ces « Et puis » d'Ivan attendrirent son père et lui firent comprendre à quel point le garçon se sentait incertain et confus.

— Mais tu ne préfèrerais pas essayer plutôt que de… te soulager tout seul ?

Ivan rougit délicieusement.

— Ben… oui, Papa, mais…

— Tu sais, je connais une fille qui… qui t'apprendrait volontiers comme on fait avec les femmes. Elle est jolie et elle sait faire… Elle a dix-neuf ans, elle s'appelle Gigliola et elle est en première année d'université… Qu'est-ce que tu en dis ?

— Mais… je ne sais pas… je ne… C'est-à-dire… peut-être… Mais… bégaya le garçon.

— Si tu veux, je te la présente et… tu verras que tout ira bien.

— Tu… c'est ta petite amie, Papa ?

— Mais non. C'est une fille qui reçoit parfois des gens chez elle…

— Une putain ? lui demanda Ivan en le regardant, un peu étonné. Mais toi, Papa… tu y es allé ?

— Juste une fois, pour… Mais tu sais, elle n'est pas du tout comme celles que tu vois sur le trottoir. Elle est mignonne, charmante, gentille… et elle sait faire.

— Mais… Il faut payer, non ? demanda Ivan.

— Oui, bien sûr. Je lui ai parlé de toi et elle m'a dit qu'elle était disposée à te montrer comment on fait, à te faire essayer.

— Tu lui as parlé de moi ? demanda le garçon en regardant de nouveau son père d'un air effaré.

— Et bien, Ivan… vu que j'avais l'impression que tu… que tu n'avais pas encore fait ton expérience… Tu as seize ans, maintenant et… J'ai toujours parlé avec toi de ces choses, de comment un homme et une femme… Mais c'est une chose d'en parler, et autre chose de le faire. Certaines choses ne peuvent pas s'expliquer avec des mots, n'est-ce pas ?

— Et ainsi cette demoiselle… m'expliquerait… concrètement ? demanda Ivan, un peu surpris.

— Elle te ferait essayer,… te guiderait, t'enseignerait comment on fait… Alors ? Je téléphone et je prends rendez-vous, d'accord ?

— Mais… je… Je crois que j'aurais honte d'aller chez cette demoiselle… Je ne la connais pas et…

— Je t'accompagne, Ivan. On y va ensemble.

— Mais non… Papa, merde, tu ne comprends pas ? J'aurais encore plus honte de faire ça si tu… Si tu étais aussi là.

Gaetano rit gentiment.

— Mais non, à quoi tu penses ? Je t'accompagne et puis je t'attends dans une autre pièce. Bien sûr que je ne viendrai pas dans le lit avec vous deux !

Ils discutèrent encore un peu et à la fin, comme il arrivait en général, Ivan accepta que son père fixe un rendez-vous.

Comme il se préparait à se rendre chez la fille, Ivan lui demanda :

— Comment… je dois m'habiller, Papa ?

— Comme tous les jours, sourit Gaetano, comme quand tu vas à l'école ou faire un tour avec tes amis… Juste… je pense que tu ferais peut-être bien de mettre des sous-vêtements propres, je pense.

— Ah, oui, évidemment…

Pendant que Gaetano le conduisait en voiture, il se rendit compte qu'Ivan était de plus en plus tendu et nerveux.

— Allez, Ivan. Tu verras que ça va bien se passer, qu'elle te plaira… Tu y entreras comme un gamin et tu en sortiras comme un homme.

— Et… je dois lui dire tu ou vous ?

— Tu… vu que je crois que ce sera une rencontre plutôt intime, lui répondit le père en souriant en lui-même, mais en gardant un air sérieux.

— Et… qu'est-ce que je dois faire quand…

— Gigliola te le dira, ne t'inquiète pas. Allez, détends-toi ! On est tous passés par là, non ? N'est-ce pas une chose naturelle ?

Ils arrivèrent enfin à destination. Gaetano se gara, sonna à l'interphone, ils prirent l'ascenseur et montèrent jusqu'à l'appartement de la fille. Elle les attendait à la porte, avec un léger sourire sur les lèvres. Ivan remarqua qu'elle avait une figure saine et pensa qu'elle n'avait pas l'air d'une putain.

— Nous voici. Voilà mon fils Ivan, et voilà Gigliola.

— Enchanté, mademoiselle… chuchota le garçon.

La fille les fit entrer et s'asseoir dans le séjour. Ivan regardait nerveusement autour de lui. C'était une pièce ordinaire, avec une bibliothèque pleine de livres, une télévision dans un angle, une petite vitrine avec des bibelots accrochée à un mur, des vases avec des plantes de chaque côté de la porte-fenêtre qui donnait sur le balcon.

— Puis-je vous offrir quelque chose ? Liqueur, café, coca-cola, jus d'orange… demanda Gigliola.

Gaetano apprécia l'attention. La fois précédente, elle ne lui avait rien offert et il comprit qu'elle le faisait pour mettre Ivan à son aise.

— Un café pour moi, merci, et un jus d'orange pour Ivan.

— Une seconde, alors, dit la fille en allant dans la cuisine.

— Elle te plaît, Ivan ? N'est-elle pas jolie ? lui demanda son père à voix basse.

— Hum ! répondit le garçon en frottant ses mains posées sur ses genoux.

— Détends-toi, ne te tiens pas comme si tu avais avalé un parapluie…

Ivan lança à son père un bref coup d'œil dans lequel on lisait un mélange d'inquiétude pour le mystère qui lui serait bientôt dévoilé, d'incertitude sur ce qui allait lui arriver, et une envie de se sauver tant qu'il en était encore temps…

Gigliola rentra dans la pièce et servit le café à Gaetano, et le jus d'orange à Ivan. Elle-même se servit aussi un verre de jus d'orange.

— Tu es vraiment un beau garçon, Ivan… dit la fille. Tu ressembles à ton père.

— Merci… Vous aussi, vous êtes… belle.

— Tu es gentil. Mais tu ne préfèrerais pas me dire tu ?

— Comme vous voudrez.

La fille lui demanda à quelle école il allait, quel hobby il avait, quel sport il pratiquait… De temps en temps il lançait un coup d'œil à Gaetano, qui hochait la tête, et appréciait la façon dont la fille cherchait de mettre son fils à l'aise.

Et enfin… Gigliola entraîna Ivan vers sa chambre.

Inconsciemment Gaetano regarda sa montre, il était cinq heures vingt-deux… L'appartement était plongé dans le silence. Il souhaita que le « rite d'initiation » de son fils se passe bien. Il pensa qu'il avait eu de la chance de trouver une professionnelle comme Gigliola. Elle était propre et ne pratiquait que le safe sex, ce qu'il appréciait. Elle avait un corps féminin et sensuel, avec de jolies courbes, ni trop charnues ni trop maigres. Une fille normale.

Il se détendit dans le fauteuil, se demandant comment et pourquoi elle avait choisi ce métier. Pour arrondir ses fins de mois, avait-elle dit… De toute façon, que ce soit sa nature ou juste son métier, il avait l'impression qu'elle aimait faire l'amour. C'est ce qui l'avait convaincu qu'elle était la bonne personne pour la première fois d'Ivan.

Il regarda de nouveau sa montre. Il était six heures moins une… et ils ne ressortaient pas encore de la chambre de la fille. Bien, se dit-il avec un sourire. Il y avait un porte-journaux à côté du fauteuil. Il en prit un. C'était un mensuel d'art. Il le feuilleta distraitement, pour passer le temps.

Lorsqu'il entendit la porte de la chambre s'ouvrir, il regarda encore sa montre, il était six heures trente et une… bien, une bonne durée. Lorsqu'ils rentrèrent tous deux dans le séjour, la fille avait un léger sourire et Ivan le visage légèrement rouge et les cheveux un peu en désordre.

Gaetano se leva.

— Bien. On y va, Ivan ? lui demanda-t-il en lui passant la main dans les cheveux pour y mettre de l'ordre.

Le garçon hocha la tête. Gaetano paya la fille qui, laissant l'argent sur la petite table, les raccompagna à la porte.

— Merci… lui dit Ivan à mi-voix, quand ils se saluèrent.

Sans un mot, ils entrèrent dans l'ascenseur. Gaetano aurait voulu lui demander mille choses, mais il préféra attendre qu'Ivan commence à parler. Ils montèrent dans la voiture et il démarra. Ils n'avaient pas encore échangé un mot. Gaetano ne résistait plus…

— Bon, alors ? C'était bien ? lui demanda-t-il presque à voix basse, sans le regarder.

— Oui…

De nouveau le silence. Ils étaient arrêtés à un feu en attendant le vert.

— C'est pas… difficile… chuchota Ivan.

— Bien sûr que non sourit, Gaetano. Et c'était… agréable, non ?

— Oui… mieux que… tout seul…

— Sûr. Bien meilleur.

— Mais elle… Gigliola… m'a dit qu'elle avait aimé le faire avec moi, mais… peut-être qu'elle l'a seulement dit… parce qu'elle le dit à tout le monde…

— Pas sûr. Elle ne m'a rien dit, à moi.

— Mais toi, Papa… tu sais bien mieux le faire que moi…

— Oui, mais à moi, elle ne l'a pas dit, alors… évidemment, elle a aimé. Mais toi ? Tu as aimé… tout ce que vous avez fait ?

Du coin de l'œil, il vit qu'Ivan rougissait de nouveau.

— Oui… tout…

— Et…… elle t'a tout montré ?

— Heu…

— Vous êtes restés ensemble plus d'une heure… lui fit remarquer son père.

— Ah. Je ne savais pas… J'aurais cru moins.

— C'est bon signe. Et maintenant, tu es enfin un homme.

— Mais toi, Papa… tu y vas souvent ?

— Non, avec Gigliola ça a été la première et unique fois, après que ta mère… nous ait laissés.

— Et ça ne te manque pas, une femme ?

— Un peu…

— Alors pourquoi tu ne te remaries pas ?

— Bof… À toi, ça ne ferait pas… ça ne t'embêterait pas d'avoir une autre… que j'aie une autre femme ?

— Pourquoi ? Il suffit qu'elle soit… qu'elle te plaise et que… qu'elle me traite correctement. Tu n'as jamais pensé à te remarier ?

— Non.

— Tu n'as que quarante-cinq ans et… et tu es encore bel homme. Alors… si tu veux te refaire une famille…

Gaetano comprit qu'avec ce sujet, Ivan voulait surtout parler d'autre chose que de ses affaires.

— Disons que je… que je n'y ai pas encore pensé…

— Tu n'en connais aucune qui… Je veux dire… Si tu te trouvais une femme qui… une qui te plaît et que… C'est-à-dire, moi, ça ne me dérangerait pas que tu te remaries.

— Ben, on verra.

— C'est-à-dire… Tu ne dois pas seulement...

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