Rachel - roman lesbien

De
Publié par

Rachel

Laura Syrenka
Roman de 245 000 caractères, 42 500 mots
Quand Rachel meurt, Clarisse se retrouve seule, sans logement, sans rêves, sans personne à aimer. Puis, elle rencontre Rose, mais a-t-elle le droit d’oublier Rachel ? Son cœur balance, sa mémoire oscille entre flashs back et envie d’avenir à deux.

Une nouvelle fois, Laura Syrenka brosse un roman érotique, parfois cru, mais amoureux et passionné où les préférences sexuelles des couples de femmes s’affichent et s’entremêlent.


Publié le : mercredi 18 novembre 2015
Lecture(s) : 40
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EAN13 : 9791029401015
Nombre de pages : non-communiqué
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Rachel

 

 

Laura Syrenka

 

 

 

 

 

 

À ma douce Debbie, qui n’est plus de ce monde.

 

 

 

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Épilogue

 

 

 

 

Chapitre 1

 

 

Tu me manques mon amour. Je promène deux doigts tremblants sur ta photo. Sais-tu ce qui est pour moi le plus dur ? Je perds la mémoire du parfum de tes cheveux. Rachel ! Je ne suis rien sans toi. Ma belle, ma douce, ma tendre Rachel, ma douce aimée, ma vaillante.

Ma voix résonne dans notre appart vide. Je finis de rassembler mes dernières affaires. Tu n’es plus là pour me dire : « On finit et on va manger un morceau ? »

Je souris à l’évocation de ta voix qui s’estompe. Malgré moi, quelques larmes s’échappent et glissent mollement sur la moquette usée. Marmotte, ta chatte grise achève de trépaner les boucles de la tapisserie murale.

— Allez, Marmotte, il faut partir.

Bien agacée par cet ordre qu’elle semble trouver déplacé, ta chatte s’étire et me regarde de travers. Quelques croquettes dans le fond du panier de portage ont raison de sa réticence. Décidément, les chats sont de sacrés gourmands.

Jeanne m’attend en double file. Je prends mon dernier carton sous le bras et le panier de la féline. Au moment de fermer la porte, mon regard s’attarde une dernière fois sur l’hier de notre amour. En descendant l’escalier, comme à regret, je songe à l’insoutenable injustice de la vie. Mon trésor, pourquoi me laisses-tu seule. Mon amour n’était-il pas suffisamment fort pour te garder ?

Jeanne, le cigare à la bouche, s’impatiente. Les coups de klaxons derrière elle signalent avec insistance qu’elle est bien mal garée.

— Oui, ça vient, ça vient, s’exclame ma copine Jeanne en jurant comme un charretier.

J’engouffre le carton et le panier à l’arrière de la corsa et m’assois à côté de Jeanne. Elle me coule son regard de basset artésien avec un traînant :

— C’est bon ?

Elle enclenche la première avant d’entendre une évasive réponse étranglée par l’émotion.

— Tu fumes toujours autant les cubains ?

— Oui, mon cancer et moi, on ne change pas une équipe qui gagne !

Jeanne, de sa voix encombrée, s’esclaffe de sa répartie. Moi, je la regarde, émue. Quand j’ai perdu Rachel, Jeanne a été la seule de nos amies à m’entourer. Pourquoi la communauté Lez a-t-elle si peur de la mort ? Gros point d’interrogation. Ma souffrance ? Tout le monde la fuyait. Comme si le malheur était amicalement transmissible ! Stupide !

— Ah non, tu ne vas pas encore recommencer à chialer, P… t’es lourde !

Jeanne gesticule sur son siège. Je lui souris à travers mes larmes.

— C’est bon, j’arrête. Tu es contente ?

— Hum, tu peux franchement mieux faire, bougonne ma copine en roulant à tombeau ouvert.

— Où m’emmènes-tu ? On ne va pas chez toi ?

— Non, Odile me prendrait la tête. Pas envie d’une scène de ménage, surtout si je ne suis pas impliquée. Tu la connais : un vrai hérisson.

— Que tu caresses dans le bon sens du poil.

— Ouaip ! Pas touche !

— T’inquiète ! Odile n’est pas mon genre. Bon, où m’emmènes-tu Castro ?

— Dans ma piaule d’été.

— Ah ?

— Oui, là tu ne seras pas gênée par les touristes et tu pourras marasmer tranquille.

La voiture s’arrête devant un couvent à la façade évidemment austère. Je suis suffoquée.

— Attends, tu te fiches de moi ?

— Non, pourquoi ? C’est là que je passe mes vacances d’été.

Jeanne est visiblement vexée par mon manque d’enthousiasme. J’essaie de rattraper le coup.

— Excuse-moi, je ne m’attendais pas à…

— Attends d’entrer pour te faire une petite idée. Je prends tes affaires.

Jeanne tousse gras tout en prenant mes affaires. Elle m’incite d’un mouvement du nez à sonner. Je m’attends à voir arriver une nonne aux allures ampoulées, mais c’est une mignonne rouquine au sourire charmeur qui m’ouvre la porte. Ma stupeur la fait rire aux éclats.

— Mère Ursule ! S’écrie Castro à travers une quinte de toux qui secoue le sac de Marmotte.

— Révérende, s’exclame la rousse, visiblement amusée.

— C’est un petit jeu entre nous. Entre, elle ne va pas te confesser.

— Tant mieux ! Quoique… Dis-je en m’attardant sur les petits seins rosés qui percent l’étoffe de la robe légère d’Ursule.

— Entre ! Ursule n’est pas mon prénom, ici on m’appelle Rose, mais tu peux m’appeler comme tu veux.

— Rose me va parfaitement.

Je la regarde m’ouvrir la route. Bien malgré moi, le balancement de ses hanches attire mon regard. Je me sens coupable… Rachel.

Jeanne suit bientôt rattrapée par un grand gaillard à la voix douce.

— Attends que je t’aide, s’indigne-t-il ! Pourquoi refuses-tu à chaque fois que je t’aide ? C’est la veuve ?

— Chut ! Tiens Gillou, prends la chatte, elle est lourde l’air de rien.

L’ensemble architectural extérieur est très austère, mais l’intérieur est totalement différent. En y regardant de plus près, tous ceux que je vois déambuler dans la cour ont des allures d’artistes et aucune défroque religieuse n’est en vue. La rousse me donne quelques explications lorsque nous pénétrons dans le corps du bâtiment.

— Le couvent tombait en ruine depuis des années et la ville l’a racheté à l’évêché pour une bouchée de pain. Seules cinq vieilles religieuses l’occupaient, c’était dommage. Maintenant, la ville en a fait une cité d’artistes et tu verras que tes voisins ont des domaines d’activité très différents. J’espère que tu te sentiras bien chez nous.

— Quelles sont les conditions de location d’une chambre ?

— Modiques. En fait, tu verras cela demain avec l’adjointe du Maire. Elle viendra collecter les loyers et vous en parlerez ensemble.

— Bien. Merci.

Tout en devisant, nous avons emprunté l’escalier central et sommes arrivées au premier étage. Rose est essoufflée. Une goutte de sueur perle le long d’une mèche reposant sur son cou. Sa carotide bat, rythmée, elle soulève sa peau que j’imagine veloutée. Amusée de me voir ainsi hypnotisée, Rose émet un petit bruit de gorge, juste histoire de me ramener un peu à la réalité, nous sommes dans un couloir aux murs blanc cassé bordé de portes étroites et alignées. Rose détourne le regard et m’indique la troisième porte à droite.

— Voilà ta chambre !

Joignant le geste à la parole, la rousse ouvre la porte et s’appuie contre le mur pour me laisser passer. L’étroitesse du chambranle crée de nouveau la magie d’un contact furtif lorsque son souffle chaud s’éparpille un instant sur ma gorge. Nous avons approximativement la même taille, elle et moi. Je suis de nouveau troublée. Je n’ose plus la regarder. Faussement affairée, je regarde l’armoire, puis la chaise, le bureau et réplique le regard fuyant :

— Ça ira. Merci.

— On mange tous ensemble à la fortune du pot vers 20h, si tu as envie de connaître toute la bande. Salut.

La porte s’est refermée derrière Rose et j’attends, le cœur battant, que ses pas se soient éloignés avant de relever la tête. Son parfum est resté dans la pièce : Mûre sauvage. Elle aime les senteurs sucrées, moi je porte du boisé… Pourquoi m’attarder à ce genre de détails ?

Jeanne, ma fumeuse invétérée, toque à la porte.

— Ils ne pouvaient pas t’installer plus haut encore ?

— Attends, je prends les affaires. Viens t’assoir, tu es toute essoufflée.

Tandis que Jeanne s’effondre sur le lit, je rentre le panier et libère Marmotte qui s’acharne sur la fenêtre de plastique à coups de griffes et de dents.

— Tu vas te plaire ici, ma puce, tu verras, m’assure Jeanne.

— Oui, c’est possible. En tous cas, je te remercie de m’avoir trouvé un pied-à-terre. Franchement, sans toi…

Ma voix se brise et Jeanne reprend la conversation un instant suspendue.

— Il faut dire que le père de Rachel a été vache avec toi. Il ne t’a même pas laissé le temps de te retourner après le décès de sa fille.

J’éclate en sanglots.

— Excuse-moi.

— Non, je comprends. Tu sais, je l’aimais bien Rachel. C’est moche qu’elle ne soit plus là. Vous formiez un beau couple toutes les deux.

Je préfère couper court à la conversation en souriant à Jeanne. Elle sait que je ne veux plus parler. Ma bouillonnante copine essaie toutefois une autre porte où s’engouffrer.

— Tu devrais donner à boire à Marmotte. Elle a l’air d’avoir soif.

— Oui, tu as raison, je vais sortir sa gamelle. Où se trouve la salle de bains collective ?

— Près de l’escalier.

— C’est bon, j’y vais.

Le temps d’aller chercher à boire pour Marmotte m’est salutaire. Je n’aime pas pleurer devant Jeanne. Lorsque je reviens, elle prend congé.

— Bon, moi je vais y aller…

— Attends, comment as-tu connu cet endroit ?

— Je suis amie avec le frère de l’adjointe au Maire. C’est lui qui m’en a parlé en 2002. Depuis, tous les ans, je profite du calme de cette maison pour écrire mon roman de hall de gare annuel.

— J’aime bien tes romans.

— Moi aussi ! Bon, il faut que je parte. Ma dulcinée va trouver le temps long. Je file.

Jeanne dépose un baiser maternel sur mon front et dévale l’escalier en me faisant un signe de la main sans regarder en arrière. Sacrée Jeanne ! Elle est bouillonnante de vie ! 69 ans, un entrain incroyable et surtout une force vitale et morale peu commune. Elle est tout ce que je voudrais être.

Le nez collé à la vitre, je regarde ma copine rallumer son cigare avant de reprendre sa voiture. Je lui fais un signe qu’elle capte avec un grand sourire.

Le vroum du moteur et l’accélérateur mal modulé de la corsa me font sourire, on dirait que Jeanne conduit un pur-sang et qu’elle le fait cabrer !

Dans la pièce, le miroir placé au-dessus du bureau me renvoie une bien sinistre image. Le constat est affligeant. À force de pleurer, j’ai les yeux bouffis, je ressemble à un poisson pas frais. Marmotte est d’ailleurs bien d’accord avec moi. Elle tourne autour de moi et me gratifie d’une parade de chat affamé particulièrement insistante. Ses ronronnements sont si forts que j’en perds le fil de mes pensées.

Où en étais-je ? Oui, j’ai les yeux bouffis, ou du moins les paupières, car cela ne change rien à mes yeux. Ils sont bleus.

Depuis un mois, je mets ce qui passe sous ma main, autant dire que je ne suis plus que l’ombre de la femme que j’étais. Pour Rachel, je savais déployer des trésors de coquetterie, maintenant je traîne en jogging et en chaussures de sport. Ma chérie, si tu me voyais…

Et voilà, c’est reparti ! J’écrase une larme d’un index vengeur. Je ne pensais pas que les canaux lacrymaux pouvaient contenir autant d’eau ! D’un œil morne, j’inspecte mon nouvel univers. Ce n’est pas si mal au fond. Je crois que je vais me sentir bien ici. Je n’avais pas envie de me retrouver perdue dans un grand appartement, toute seule. La solution d’une chambre au sein d’une collectivité va m’aider à reprendre pied. Décidément, Jeanne a eu là une brillante idée.

Marmotte me regarde d’un air sournois. Elle vient de s’affaler sur le matelas nu. J’ouvre la valise que Jeanne avait laissée ici la veille de mon arrivée. Il me faudrait des draps pour faire le lit. Riche idée de ma fumeuse de cigares invétérée. Je l’entends encore me dire : « Comme ça, tu seras au moins accueillie par quelque chose ».

Sacrée copine. J’ai connu Jeanne au café déflore, il y a huit ans. À l’époque, elle ne fréquentait même pas, mais elle fumait déjà autant… Non ! J’exagère, elle a diminué ! Bref, je venais d’arriver de Nantes, ma ville natale. Sorte d’oisillon tombé du nid, grande bécasse posée sur des jambes grêles, le teint un rien maladif, je venais de rentrer dans le café lorsque Neige, la patronne me salua et m’invita à entrer. Dans mon magazine préféré, j’avais vu l’annonce de ce café parisien où les femmes aimaient à se rencontrer. Paris pouvait se permettre d’afficher une telle détente, alors que moi, dans ma province, je ne pouvais même pas me promener en tenant la main d’une amie sans me faire gifler par des abruties. Oui, à l’époque je m’étais juré de passer ma première soirée parisienne dans le café qui m’avait fait rêver à des espaces de liberté.

Prune, ma copine du moment, avait regardé d’un mauvais œil mon désir d’émancipation. J’avais eu beau lui promettre que cela ne changerait rien entre nous, il fallait se rendre à l’évidence, la distance faisait son œuvre et au bout d’une quinzaine de jours, l’évocation de son corps alangui sur mon lit d’étudiante, ne produisait plus de tiraillements délicieux dans mon vagin.

Neige m’avait accueillie en m’embrassant sur les lèvres. Devant ma stupeur, elle s’est excusée en riant : « Une jeune recrue ? Désolée, c’est un peu ma marque de fabrique, je ne résiste pas souvent à l’appel de jolies lèvres entrouvertes ! »

L’ambiance était posée. Devant mes joues en feu, Neige meuble mon silence éberlué en souriant : « Je te sers quoi, ma belle ? C’est ma tournée. »

— Un cola, s’il vous plaît, puis-je à peine articuler.

Jeanne a été témoin de la scène.

— C’est comme ça chez nous… Tu viens d’où ?

— Euh, de Nantes.

— Lesbienne à Nantes, tu seras mieux à Paris.

Devant mon fou rire nerveux, Jeanne engage la conversation.

— Tu viens d’arriver ?

— Oui, je suis là depuis hier.

— Tu connais déjà le café Déflore ? C’est un record. Moi je n’ai connu Neige que 5 ans après l’ouverture de son respectable établissement. Tiens, regarde…

C’est en tournant la tête que je vois que Neige accueille la femme qui vient d’entrer par un baiser sur la bouche identique à celui qu’elle venait de me donner.

— Tu vois ? C’est l’heureuse coutume de la maison. Mais, chez Neige, rien de plus, ne t’imagine pas monts et merveilles, c’est une vraie moniale !

La voix de Jeanne se perd dans un rire truculent qui se prolonge en quinte de toux.

— Excuse… Poumons foutus.

— Ça ne vous empêche pas de rire en tous cas.

— Il ne manquerait plus que ça ! Tu permets ?

Jeanne me désigne la chaise en face de moi. Je lui fais signe de venir.

— Merci, ce sera plus facile pour bavarder que de se parler avec un porte-voix !

Jeanne me serre la main avec douceur.

— Tu es si douce… J’effleure à peine ta main, et j’ai peur de te voir t’envoler ! Comment t’appelles-tu ?

— Clarisse et toi ?

— Jeanne, mais mes amies m’appellent affectueusement Castro… Vu les barreaux de chaise que je fume !

Je ne l’écoute plus, mes yeux parcourent la salle avec des lueurs envieuses. Ici, les femmes sont en couple, je ne sais si beaucoup entrent à deux au café, mais c’est un fait que la plupart des clientes sont en train de se bécoter tendrement. Une boule de chaleur douce envahit mon ventre. Si Prune était là, je ne déparerai pas du lot ! J’adore la regarder et la toucher des yeux. Elle est ma petite porcelaine de Chine. Jolie Asiatique à la sueur poivrée, presque masculine, des seins inexistants qu’il fait happer pour les faire sortir, jolis boutons bruns virant au carmin sous la succion. De dos, Prune ressemble à un jeune gars imberbe, mais le balancement de ses hanches d’androgyne est malgré tout sans équivoque. J’aime la prendre de face, debout, contre le mur. Tandis que mes baisers affolent ses lèvres, je baisse son jean à mi-cuisses et glisse une main autoritaire dans son string. Alors, la belle agite lentement son bassin sur ma main et j’écarte à deux doigts sa vulve chiffonnée de désir. Elle aime que je la prenne ainsi, sans brutalité, mais sans romantisme non plus. Elle halète dans mon cou, déjà perdue, lâchée dans un monde de sensations, lorsque je rentre en elle avec toute l’énergie de mon désir. Sa chatte est chaude, douce, mouillée. Prune achève d’ôter son string que je lui arrache à demi et gigote pour faire descendre son jean. Pas facile à enlever, surtout que je tiens la belle, deux doigts dans son intimité et que je n’entends pas la lâcher.

Je ris de sa confusion, je râle de plaisir de sentir son vagin se contracter sous la pression de ma main qui commence à faire son chemin. Une fois libérée de l’entrave de son jean, Prune relève sa jambe gauche jusqu’à mes reins, m’indiquant qu’elle est prête pour son fist. Un cri de plaisir déchire le silence jusque-là haletant. Prune aime ça ! Mes râlements rauques la grisent, j’aime l’avoir toute à moi, sa sueur poivrée m’entraîne et bientôt je ne suis plus qu’une machine à plaisir, mon bassin ondule dans le vide, seul mon pubis étroitement serré contre sa jambe droite reçoit un peu de chaleur. La belle crie, jouit si fort qu’on pourrait croire que son extase n’aura pas de fin. Elle saisit mon chemisier, s’agrippe si fort qu’elle déchire l’étoffe légère et enfonce ses ongles dans la chair de mes épaules rosées.

— Aïe !

— Encore !

Sa chatte épouse ma main, les bruits vaginaux qu’elle produit me grisent, je ne peux m’arrêter ! Seul le relâchement des muscles de ma belle m’intime l’ordre silencieux de cesser de la torturer d’amour. Prune se love dans mes bras, elle dépose, avec la grâce d’un cygne, sa jolie tête brune sur mon épaule, me susurrant des mots d’amour à l’infini. Je reste encore un peu en elle, émerveillée du mystère du plaisir qui nous unit si fort, avant de retirer doucement ma main et de la serrer tendrement contre moi.

— Ma petite violette, tu as aimé ?

— Oh oui ! J’adore quand tu joues au mec, tu me fais fondre !

— Je suis une bonne amante dans un lit aussi, tu sais.

— Oui, mais c’est comme ça que je te veux !

Prune, la femme aux allures d’ado, est ainsi. C’est elle qui jouit, c’est elle qui fixe les règles, car sous ses allures boudeuses et mal dégrossie, Madame sait très bien ce qu’elle veut. Elle m’a placée dans un schéma de sensualité dès notre rencontre et maintenant, plus question de me laisser faire preuve d’inventivité ou de lui demander des caresses. Elle est l’Alpha, moi je suis la louve asservie. Elle se fait saillir, mais pas question d’avoir un plaisir avec elle autre que de la voir jouir si fort. Elle est comme ça !

Au début de notre relation, je trouvais cela très excitant. Elle inventait à chacune de nos rencontres des histoires qui donnaient lieu à des mises en scène, parfois baroques. J’aimais son côté fantasque, ses jambes écartées, sa chatte défendue ou offerte. Mais si notre histoire me permettait d’assouvir des fantasmes, il n’est était pas moins clair que je me sentais frustrée. La situation unilatérale imposée par Prune me gênait de plus en plus.

— Prune, Prune ! Pourquoi ne veux-tu pas me brouter ?

— Parce… que !

La belle est déjà rhabillée. Elle fait un raccord de maquillage lorsque ma question tombe un peu comme les cheveux sur la soupe. Pour toute explication, Prune dessine avec son rouge à lèvres un cœur sur mon décolleté, me mordille la lèvre inférieure et sort.

C’est en partie pour sortir de cette relation de dépendance affective que j’ai quitté Nantes. Je sens bien que si je reste là, je ne peux pas me séparer d’elle. J’ai envie d’une vraie relation amoureuse, je veux aimer et être aimée.

Pendant que mon esprit s’est échappé dans cette digression, Jeanne a continué son bavardage. Confuse de ne pas l’avoir écoutée, je sors de mon état apathique :

— Un autre verre ?

— Non merci, il faut que je rentre. Merci, ce sera pour une autre fois. Tu permets que je t’embrasse ? On est copines maintenant !

Sans attendre ma réponse, Jeanne me saute au cou et dépose sur ma joue un formidable bisou qui résonne à travers toute la pièce. C’est à peine si j’ai eu le temps de lui dire bonsoir qu’elle a pris congé, peut-être consciente de mon regard absent.

Lorsque Jeanne quitte le café, je reste à méditer sur l’étrangeté de notre rencontre lorsque des éclats de voix se font entendre dans le fond de la salle et quasi instantanément le sifflement d’une claque attire mon attention.

Une jeune fille, le visage cramoisi, vient de se lever. Elle se tient la joue laissant deviner la violence de l’impact. Elle s’extirpe vivement de la banquette où elle était installée et se précipite à l’autre bout de la salle vers les toilettes. Face à l’espace que la fille vient de laisser vacant, une femme très sophistiquée remet en place sa coiffure. Ses gestes lents ne trahissent pas la colère qui a généré la gifle. Elle se lève, impassible, se dirige vers le comptoir et dépose, sans attendre la monnaie, un billet de 50 euros. Neige n’a pas le temps d’ouvrir sa caisse que la cliente est déjà sortie sans un regard en arrière.

Au bout de dix minutes, la fille n’est pas encore ressortie des lavabos. Intriguée, je la rejoins. Pelotonnée sur le carrelage, elle est là. Petite loque mouillée de larmes, elle lève les yeux vers moi et rassemble encore plus étroitement ses jambes contre sa poitrine. Elle porte une robe légère, courte, à fines bretelles. Ses jambes ainsi repliées laissent voir contre ses talons un petit bout de triangle blanc que je devine être son slip de lycéenne. Pauvre petite ! Le spectacle de son désespoir me prend aux tripes et lâchement, je fais demi-tour. Mais une petite voix éraillée par les sanglots m’arrête :

— Non, restez, s’il vous plaît !

— Je…

— S’il vous plaît.

— Bon, mais levez-vous alors.

Je lui tends la main pour l’aider à se relever. Elle cherche un peu de papier toilette pour s’éponger les yeux. Je lui tends un mouchoir.

— Merci, dit-elle poliment en élevant vers moi ses yeux couleur pervenche.

— Excusez-moi, vos yeux ? Portez-vous des lentilles de couleur ?

— Non pourquoi ?

— Ils sont fascinants.

— Ah ?

N’attendant pas qu’elle réponde davantage, je sors pour rejoindre mon siège dans le bar. La petite est bouleversée, il est hors de question de profiter de la situation.

Neige fait mine de nettoyer ma table et me glisse dans le creux de l’oreille :

— La petite qui vient de filer aux toilettes s’appelle Rachel. Elle est lycéenne, elle drague les panthères pour se faire un peu d’argent. Je crois qu’elle fume pour décoller un peu et s’enfermer dans sa bulle. Elle vient souvent.

La confidence de Neige me bouleverse. Une vague de nausée me renverse l’estomac. Rachel a l’air si candide. L’imaginer avec des vieilles à la recherche de sensations juvéniles me dégoûte. La petite arrivant, je choisis de légitimer la présence de Neige en lui commandant un café crème. La patronne me sourit et dessert mon verre vide de cola.

Rachel, les yeux rouges, choisit de s’assoir devant moi. Après la brève introduction faite par Neige, je n’en suis pas vraiment étonnée. Elle ouvre la conversation par un timide bonjour auquel je réponds avec un sourire.

— Tu veux boire quelque chose ?

— Bof ! Un thé, s’il vous plaît.

— Madame, un thé pour mademoiselle, s’il vous plaît.

— Tout de suite !

Rachel a ramené ses mains sur la table et tortille ses doigts. Elle me fait penser à une petite fille sage qui n’a pas le droit de bouger, mais qui voudrait bien le faire. Son attitude gênée fait écho à la mienne. Je lui souris. Elle paraît soulagée et me rend mon sourire, laissant apparaître une rangée de dents blanches, petites et chaotiquement agencées dans sa mâchoire d’adolescente.

— Quel âge as-tu ?

La question était sortie de ma bouche naturellement, mais la belle la reçoit comme une autre gifle. Elle se raidit et me répond en fourrageant dans son sac.

— 18 ans, vous voulez voir ? Tenez, voilà ma carte d’identité : majeure ! Et vous ?

Elle m’annonce cela comme un signe d’émancipation notable, mais son comportement en lui-même trahit toute son immaturité.

— Moi ? 24 ans. Pourquoi ?

— Pourquoi me l’avez-vous demandé en premier ?

Le silence s’installe et je suis soulagée de voir arriver Neige. J’entreprends de mettre du sucre dans ma tasse pour me donner une contenance.

Rachel n’ouvre pas la bouche avant l’arrivée de son thé. Elle entreprend à son tour de verser sa dosette de sucre. Autour de nous, les babillages vont bon train. Notre bulle à nous est plongée dans le silence. Ce n’est pas désagréable en fin de compte. Le mutisme de la jeune adulte n’est pas hostile. On dirait qu’elle cherche désespérément un sujet de conversation. Les sourcils froncés donnent à son visage une apparente concentration. Soudain, son visage se détend, elle me regarde triomphalement dans les yeux.

— 24 ans, c’est pas vieux ! Nous n’avons que 6 ans d’écart !

— Euh, oui, c’est vrai, dis-je sans trop savoir où elle veut en venir.

Cette constatation presque enfantine ne m’étonne qu’à demi. Drôle de petit bout de femme ! Au bout d’un long moment, elle lève son joli nez et me dévisage.

— Je ne t’ai jamais vue ici.

— Normal, je viens d’arriver sur Paris.

— Ah !

Ma réponse semble lui suffire, car elle ne desserre pas les dents durant le reste de la soirée. Rachel ne dit rien et moi, malgré tout...

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