Retour à Athènes

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Retour à Athènes.
Andrej Koymasky
Roman de 285 000 caractères, 49 500 mots.
Dans l'Athènes antique, Thimoklès, jeune homme cultivé, est à la recherche d'un "éroménos", un garçon dont il serait "l'érastès", le tuteur, pour le guider sur la route de l'âge adulte, de la maturité.

Mais la conquête de l'éphèbe gracieux ne se fera pas sans de nombreuses péripéties avant que le dieu de l'amour ne les foudroie d'une flèche unique.

Malgré la tolérance de l'époque pour les amours masculines, rien n'est simple pour nos deux héros...

Détente, sexe et un brin de culture dans cet ouvrage. On sait que l'homosexualité était courante et acceptée chez les Grecs anciens, mais seuls ceux qui se sont penchés sur leur culture connaissent les rituels et les limites de cette homosexualité. Au travers d'une histoire palpitante, Andrej a su nous apprendre les réalités de l'amour charnel entre hommes à Athènes.


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Publié le : vendredi 12 février 2016
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EAN13 : 9791029401275
Nombre de pages : non-communiqué
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Retour à Athènes Andrej Koymasky Traduit par Eric Ami lecteur, L'histoire qui suit se déroule dans la Grèce antique. Nous avons fait le choix de reprendre un certain nombre de termes grecs plutôt que d'utiliser leur transcription usuelle française, souvent lourdement déformée. Néanmoins, tous les termes grecs utilisés sont expliqués dans le roman. Par ailleurs, pour mieux situer l'intrigue de cette histoire d'amour homosexuel, nous avons tenté de dépeindre la société grecque, sa culture et son organisation, société où l'homosexualité n'était pas condamnée d'emblée, mais cependant fortement codifiée. Mais ne vous en faites pas, il y a aussi du sexe… Bonne lecture. Chapitre 1 :Un voyage à Pylos Chapitre 2 : De Pylos à Athènes
Chapitre 3 : Le retour à la maison
Chapitre 4 : Le choix d'un bon érastès
Chapitre 5 : Un concours de séduction
Chapitre 6 : L’enlèvement rituel
Chapitre 7 : Le thalamos et les discussions
Chapitre 8 : De dévots adeptes d'Antéros
Chapitre 9 : D’obscures manœuvres dans l'ombre
Chapitre 10 : La protection d'Antéros
Chapitre 11 : Le retour
Chapitre 12 : Hybris et Némésis
Chapitre 1 :Un voyage à Pylos Thimoklès, fils de Théodotos, marchand d'amphores à vin et huile, à l'âge de vingt-quatre ans, fut envoyé par son père avec Egésandros, son esclave de dix-sept ans, à Pylos, où l'on disait qu'il se faisait de beaux vases de style mycénien que son père aurait bien voulu importer. Egésandros était beau garçon, il avait été acheté à quinze ans par Théodotos qui l'avait affecté à son fils Thimoklès, lequel s'en était épris au point que, dès le premier jour, il l'avait pris dans son lit et s'était délecté de ses grâces. Alors quand, deux ans plus tard, il était parti en voyage, il avait voulu qu'il l'accompagne pour continuer à jouir de ses excellents services, de jour comme de nuit. Lorsqu'ils furent à Pylos, il se sentit comme sur une île, en fait c'était une petite cité bâtie en amphithéâtre sur deux collines au sud d'un beau golfe, avec de pittoresques rues, des escaliers en pierre, des arcades, de grands platanes centenaires et de petites forêts de pins. Théodotos l'avait envoyé chez un de ses vieux amis, Néléos, qui l'accueillit chez lui avec plaisir. Néléos avait deux fils et deux filles. Le benjamin s'appelait Krémilos et il avait un an de plus que Thimoklès. Les deux jeunes gens, presque du même âge, s'étaient d'emblée bien entendus et trouvés sympathiques. Peu après son arrivée à Pylos, Krémilos défia un jour Thimoklès à la course, ils étaient allés hors murs, avaient trouvé un coin où s'arrêter avec leurs deux esclaves qui portaient dans des paniers de l'eau, du vin et de quoi manger, ils s'étaient déshabillés, avaient confié leurs habits à leurs esclaves et ils étaient partis au pas de course en suivant la côte irrégulière vers le sud. Tantôt l'un, tantôt l'autre dépassait son compagnon et lui adressait des piques avec un rire joyeux. — Et bien, tu es loin de pouvoir concourir à Olympie, toi ! cria Krémilos en dépassant Thimoklès. — Mais tu ne dépasserais même pas un éphèbe boiteux ! lui rétorqua Thimoklès en le dépassant à son tour. Mais finalement, haletants et en sueur, ils s'arrêtèrent sur une petite plage de sable, presque ensemble. Ils se regardèrent et rirent à nouveau, insouciants et heureux. — Avant de rentrer, reposons-nous un peu, proposa Krémilos. — Allons nager ! — Plus tard, avant de rentrer. Pour l'instant, arrêtons-nous sous ce pin et reprenons haleine. — Tu es plus poussif qu'un cheval poussif ! se moqua amicalement Thimoklès. — Et toi… tu as le souffle plus court qu'un vieil asthmatique ! rétorqua Krémilos en s'asseyant sur le sable, à l'ombre d'un pin. Ils se regardèrent et rirent à nouveau. — Il est comment, au lit, ton esclave Egésandros ? lui demanda alors Krémilos. — Plus chaud qu'un piment, plus doux qu'un vase de miel ou qu'une peau de mouton, plus vif qu'un poulain… répondit Thimoklès. Tu aimerais l'essayer, une de ces nuits ? Je peux lui ordonner de venir égayer ton lit, si ça te fait plaisir. — Pourquoi pas ? Mais je préfèrerais qu'il m'égaie moi, et pas juste mon lit ! Même si, à vrai dire, il est un peu trop jeune à mon goût… Je préfèrerais de loin t'avoir toi, dans mon lit, au lieu de lui ! lui dit son ami en laissant courir de haut en bas son regard sur sa nudité, les yeux pleins d'un évident désir. — Ohé, mon frère, je pourrais me sentir offensé ! Ou risquer de t'offenser toi ! rit Thimoklès. — Offensé ? M'offenser ? Et pourquoi donc ? lui demanda-t-il avec un sourire malicieux. — Allons, nous sommes deux hommes libres, presque adultes et… je devrais me sentir offensé si tu tentais de jouir de mon cul et moi je t'offenserais si j'essayais de jouir du tien ! lui
dit-il avec un regard amusé. Tout le monde sait qu'un homme peut jouir d'un éphèbe ou d'un esclave s'il aime chevaucher un adulte ! Mais aucun homme libre ne peut chevaucher un adulte libre sans l'avilir ! — Tout le monde dit ça, mais bien des gens savent que c'est faux. — Oh, allons donc ! Qu'est-ce que tu racontes ! répliqua Thimoklès, convaincu que son ami plaisantait encore. Depuis quand deux adultes libres… — Et que dis-tu du couple le plus célèbre, Achille et Patrocle ? N'as-tu jamais entendu, au gymnasion ou pendant les banquets, les interminables discussions sur leurs amours tant chantées ? Lequel était l'érastès et lequel l'éroménos ? D'aucuns disent que l'actif était Patrocle, puisqu'il était un peu plus âgé, et qu'Achille était le passif. Mais d'autres, en analysant les récits d'Homère, et les lamentations d'Achille à sa mort, affirment le contraire… — Bah… peut-être qu'Achille était l'érastès de Patrocle quand il était éphèbe… et qu'après leur amitié perdura, mais sans sexe… — Achille était gamin quand Patrocle était éphèbe, il ne pouvait pas être son érastès ! Il ne pouvait qu'être son éroménos. Achille était plus beau non seulement que Patrocle, mais aussi que tous les autres héros, c'était un garçon, il n'avait pas encore de barbe et il était donc bien plus jeune que Patrocle, affirme Homère. — Et alors ? demanda Thimoklès, songeur, mais convaincu. — Et alors…ils étaient tour à tour l'érastès et l'éroménos, et tour à tour ils se faisaient mettre pour le plus grand plaisir de leur amant… — Tu crois ? Je n'avais jamais rien entendu de tel ni songé à une telle possibilité… — Et veux-tu une preuve plus récente, mais non moins flagrante de ce que j'affirme ? Alors, que dis-tu d'Alexandre et de son amant Héphestion ? Là c'est encore plus clair : les deux jeunes ont grandi ensemble, Héphestion était un peu plus âgé, mais il ne s'agit pas moins d'une relation entre gens du même âge, où d'ailleurs certains affirment qu'Héphestion était l'érastès du couple, donc l'actif. Mais crois-tu possible qu'un roi se laisse soumettre, fût-ce par un ami ? Alexandre, c'est connu, prenait souvent le couple d'Achille et Patrocle comme modèle, certain qu'il était d'être le nouvel Achille. Dans ce cas, aurait-il soumis son meilleur ami ? L'aurait-il avili de la sorte ? Non, assurément eux aussi c'était à tour de rôle… et pour leur plaisir mutuel… — Alors d'après toi, entre deux vrais amis… il se pourrait donc… sans qu'aucun ne manque de respect ni n'avilisse l'autre… — C'est ce que je crois. Et que dis-tu de la Phalange Sacrée de Thèbes qui, conduite par Pélopidas et Epaminondas, un autre couple d'égaux, combattit si valeureusement, certains au prix de leur vie, pour prendre Kéronéa il y a près de quarante ans ? Ils se mettaient tous en couples d'adultes pour être formés aux arts de l'amour et des armes. C'étaient de libres citoyens, des professionnels de la guerre, entretenus aux frais de la cité et chacun d'eux était enrôlé avec son aimé. — Et puisque c'étaient des guerriers, il n'y avait certainement pas d'éphèbes parmi eux. Les vertus guerrières de la légion sacrée firent merveille lors des conflits contre Sparte et Thessalonique et elle devint un splendide exemple de la puissance de l'amour entre hommes lorsqu'il enflamme les cœurs d'un couple d'adultes. En fait chacun voulait briller aux yeux de son aimé qui l'accompagnait et se battait donc avec audace et sans merci contre les ennemis, avec une fureur sacrée. — Tout ça m'a l'air de tenir debout… lui dit Thimoklès, de plus en plus songeur. — Alors… et pourquoi pas toi et moi ? insista Krémilos avec un petit sourire charmeur et il tendit la main et caressa doucement la belle et large poitrine de son ami. Le phallus de Thimoklès commença lentement à répondre à cette caresse experte. — Quand j'étais éphèbe, j'aimais bien quand mon érastès me faisait goûter aux joies que son sexe savait éveiller en moi… insista Krémilos d'une voix enjôleuse. N'en était-il pas de même pour toi ?
— Mais bien sûr que si. Mon érastès était très expérimenté, et pour ça aussi il était doué… J'aimais lui donner du plaisir pendant qu'il m'en donnait avec son beau sexe dressé… Mais à présent j'aime soumettre un bel éphèbe… comme je le fais avec mon doux et chaud esclave Egésandros. — Et ne crois-tu pas que tu pourrais éprouver un tel plaisir, voire un plus grand, avec moi ? lui dit Krémilos, tentateur. Thimoklès hésitait encore, bien que les savantes caresses de Krémilos mettent ses membres en feu. — Et le sage Aristoklès Platon à Athènes… dit-il alors. Avec son mythe des anciens hommes coupés en deux par Zeus… s'ils avaient été coupés en deux, il est certain qu'ils avaient le même âge… — Tout à fait ! Autrefois notre nature n'était pas ce qu'elle est aujourd'hui, elle était très différente. Il existait alors trois genres humains. En plus des deux actuels, les hommes et les femmes, il y en avait un troisième doté des caractéristiques des deux autres. Nous savons encore leur nom, mais leur genre a disparu, lui rappela Krémilos. Et nous, grâce au pouvoir du dieu Éros… nous sommes à l'évidence attirés l'un par l'autre, parce que nous sommes tous deux les moitiés d'un homme. En disant ça, Krémilos l'attira vers lui tout en s'approchant jusqu'à ce que leurs membres soient enlacés. Thimoklès lui opposa d'abord une faible résistance, intellectuellement peu convaincu, mais physiquement bien persuadé que ce serait une bonne chose de reconstruire l'antique unité avec le beau Krémilos… Ce contact, ces caresses l'excitaient rapidement. — Tu seras mon érastès et moi ton éroménos, puis je serai ton érastès et toi mon éroménos, mon beau Thimoklès… lui dit-il d'une voix basse et chaude de désir en l'attirant contre son corps puis il le serra contre lui. — Oui… soupira Thimoklès en capitulant complètement, tandis que son ami écartait grand les cuisses pour lui faire place et il passa les jambes autour de sa taille. Il se mit à pousser son membre si dur et frémissant entre les fesses fermes de son ami qui lui sourit avec joie. Il trouva à l'aveuglette l'entrée de l'Île des Bienheureux et il poussa plus fort. Il la sentit s'ouvrir et l'accueillir et il y pénétra lentement. Il fut presque surpris de voir la joie qui brillait et enflammait les yeux de son ami pendant qu'il l'accueillait en lui. Très heureux lui aussi, Thimoklès commença alors à bouger d'avant en arrière, en pénétrant plus profond à chaque poussée, tandis que son ami caressait les muscles glissants de son dos. Aucun doute, c'était encore plus agréable que quand il prenait son esclave Egésandros. Serait-ce parce que Krémilos était plus expérimenté ? se demanda-t-il. Ou parce que lui aussi était aussi adulte et libre, et non esclave ? Ou était-ce simplement parce qu'ils faisaient quelque chose de mal vu, même si ce n'était pas vraiment interdit ? Il cessa de se poser des questions et se dédia pleinement aux fortes et agréables sensations que cette union lui donnait. Oui, le mâle avait le Soleil pour origine, se dit-il en sentant les doux rayons de l'astre caresser son corps et faire concurrence aux mains de son ami. Ils s'embrassaient, se serraient l'un contre l'autre et ne désiraient rien d'autre que former à nouveau un seul être, le mâle primaire. Il avait toujours été très agréable de coucher avec Egésandros, mais cette expérience-là surpassait de loin ce plaisir. Quand le discret, mais solide filet du plaisir s'empara complètement de son être, Thimoklès lança le cri du guerrier victorieux à la bataille, de l'athlète victorieux au gymnase, et son arc se tendit et lâcha dans la joie toutes ses flèches chaudes et fortes dans sa cible cachée. Il s'effondra sur son ami, heureux et le souffle lourd. — Alors ? Qu'en dis-tu ? lui demanda Krémilos d'une voix ravie, pendant qu'ils se détendaient. — Merveilleux ! soupira le jeune et bel Athénien. — Qu'est-ce que je te disais ! — Mais à présent… tu vas vouloir ta revanche, dit-il, un peu appréhensif.
— Nous sommes égaux, n'est-ce pas ? — Oui, bien sûr… Mais ça fait près de cinq ans que je n'ai pas accueilli en moi un membre viril, et… — Fais-moi confiance, mon ami, lui dit Krémilos et, encore enlacés dans une étreinte virile, il fit rouler leurs corps de façon à se mettre sur lui. — Oui… j'ai confiance, mais… vas-y tout doux, s'il te plaît… — Je sais que, contrairement à moi, tu n'as pas l'habitude… N'aie pas peur, je te donnerai du plaisir maintenant encore… lui dit Krémilos de Pylos. Il lui fit écarter les cuisses et Krémilos prépara le trou de son ami, avec adresse et beaucoup de salive issue de ses lèvres de la couleur du corail clair, de ses doigts experts il s'appliqua à rendre bien glissant tout le tour, mais aussi l'intérieur. Thimoklès fut surpris de sentir à quel point la légère gêne initiale fut vite remplacée par un plaisir vague et inattendu. Insuffisant toutefois pour rendre sa vigueur à son sexe épuisé. Krémilos avait aussi abondamment couvert son sexe de salive et, quand il jugea son ami Athénien assez prêt, il lui releva les jambes et les lui plaça aux bords de la poitrine, il garda les mains posées à l'arrière de ses cuisses. Alors, à genoux sur le sable, il avança jusqu'à ce que son sexe dur et dressé atteigne la rosette de chair frémissante. Quand il commença à pousser et l'ouvrir, Thimoklès eut un instant de panique. Quand il le sentit s'enfoncer en lui, il rougit de honte en réalisant qu'il permettait à son ami de l'utiliser comme un éphèbe voire un esclave. Quand il le sentit pénétrer encore plus profondément, il dut faire un effort pour ne pas essayer de se dérober et de fuir. Il supporta la gêne croissante, il le devait à son ami qui venait d'accepter la même chose de sa part. Mais soudain le sexe puissant et chaud frotta doucement sur quelque chose de caché sous la paroi supérieure de son canal et Thimoklès éprouva un plaisir inattendu et fort, et son sexe, lorsque ce frottement interne se poursuivit, retrouva vite vie et trahit le plaisir croissant que cela lui procurait. Il regarda le fort Krémilos dans les yeux, l'air stupéfait. Son ami lui sourit, il savait bien ce qu'il faisait en stimulant ce point caché qui a le pouvoir de donner du plaisir aussi à celui qui joue le rôle du passif. Peu d'hommes le savent et rares sont ceux qui s'en soucient. C'était un prêtre d'Apollon, de passage à Pylos, qui lui avait révélé ce détail et qui lui avait appris comment même un homme adulte, adéquatement stimulé en ce point, pouvait aussi jouir en tenant le rôle du passif… — Oh… mais que me fais-tu ? demanda Thimoklès, surpris. — Je te rends le plaisir que tu m'as donné. Quand Krémilos fut tout en lui, il s'arrêta un moment, se contentant de laisser son sexe palpiter, pour que son ami puisse s'habituer à son imposante présence. Puis il lui passa les bras sous les aisselles, le saisit par les épaules et commença à bouger en lui avec des poussées vigoureuses, mais calibrées, tout en guettant dans ses yeux sa réaction. Thimoklès sentit à nouveau le plaisir surgir en lui et s'étendre à tous ses membres, et peu à peu un sourire radieux s'ouvrit sur son visage, il se dit que son voyage à Pylos se révélait bien plus fructueux et plaisant qu'il ne l'aurait cru, au début. Le jeune Athénien découvrait qu'un adulte aussi peut prendre grand plaisir autant à prendre qu'à être pris, lors d'un aussi doux et fort rapport avec l'un de ses pairs. Enfin Krémilos déchargea à son tour en lui et il s'en fallut de peu que Thimoklès ait lui aussi un autre orgasme, sans même s'être touché ! — Allons nous baigner un peu pour nous rafraîchir, puis prenons le chemin du retour, avant que nos esclaves ne nous croient disparus ! lui proposa Krémilos quand ils se détachèrent. Ils coururent dans l'eau et rirent en s'y ébrouant un peu et en s'aspergeant l'un l'autre. — Alors, qu'en dis-tu ? demanda Krémilos. — Que j'espère que tu me permettras de revivre une telle expérience… et pas trop rarement !
— Tu parles de la course ou du bain de mer ? lui demanda son ami, malicieux. Thimoklès l'éclaboussa des deux mains. — Mais non, idiot ! Je parlais de ce que nous avons fait sous les pins ! — Ah… et quoi donc ? fit son ami en riant. Ah, tu parles du jeu du lièvre qui se cache dans son terrier ? Ah… je vais y penser… — Ah non, tu ne peux pas me faire une si sale blague ! Fais gaffe, j'irai voir une magicienne, et je te ferai jeter un sort, au cas où tu me dirais non ! — Un sort ? Et quel sort ? — Je te ferais aimer les femmes ! dit Thimoklès en riant. — Oh non, pas ça ! Il faudra déjà que j'en épouse une pour donner des héritiers à la famille, c'est un sacrifice suffisant. Mais j'aurai au moins un concubin et deux esclaves complaisants ! — Un concubin ? Je n'ai jamais entendu ça ! s'amusa Thimoklès. — Ah bon ? Alors je lancerai la mode. — Mais aucun adulte n'acceptera de devenir ton concubin… — Mais qui le saura ? — Ce serait un scandale dans toute la ville ! — On verra… Mais ça pourrait en valoir la peine, vu ce que j'aime faire avec un de mes pairs. Il suffirait d'en trouver un prêt à courir le même risque… Avec la discrétion qu'il faut, bien entendu. Et de plus tu seras l'érastès de… — Non. Je ne prends même pas plaisir à le faire avec un éphèbe ! — Moi si. J'ai hâte d'avoir l'âge adulte pour être choisi comme érastès. J'ai adoré le faire avec toi, mais j'aime aussi le faire avec mon esclave Egésandros. Sais-tu que j'ai été le premier homme à jouir de lui ? — Tu l'as acheté pour ça ? — C'est mon père, Théodotos, qui l'a acheté pour moi… mais officiellement pas seulement pour ça, dit Thimoklès en souriant pendant qu'ils sortaient de l'eau, ruisselants. — Tu as un très beau sexe, pas trop grand, doux… À l'adolescence, l'attachais-tu avec un kynodesme ? lui demanda Krémilos sur le chemin du retour. — Non, il est naturellement comme ça. Je n'ai jamais mis de laisse à mon chien… C'est vrai, tu le trouves beau ? — Un trop gros sexe est vulgaire. Et le tien est fuselé, parfait, bien couvert par son long prépuce, au repos… le mien est un peu plus grand que je ne voudrais… — Mais il m'a semblé juste de la bonne taille, quand tu le bougeais en moi… lui dit joyeusement Thimoklès. Krémilos rit. — C'est très gentil de ta part de dire ça. Moi aussi j'ai beaucoup aimé ta façon de faire se promener ton beau chien dans… ma niche. Arrivés là où leurs esclaves les attendaient, ils commencèrent par manger et boire joyeusement, puis ils remirent leurs chitons de lin blanc et leurs pédilles, leurs confortables sandales à lanières en cuir, mais ils laissèrent les deux esclaves porter leurs manteaux bien repliés dans des paniers. Ce fut le début, pour Thimoklès, d'une nouvelle et agréable expérience. Il partagea assez souvent et avec grand plaisir, la nuit, la chambre de Krémilos. — Pardonne mon audace, maître, mais deux choses m'inquiètent lui dit un jour Egésandros, son esclave. — Vraiment ! Et de quoi s'agit-il donc ? — D'abord, je me demande si mon petit cul ne te satisfait plus. On peut dire qu'avant il ne se passait pas de nuit sans que tu ne lui rendes une visite appréciée… À présent, ça n'arrive plus que rarement. Ne suis-je plus capable de te plaire, maître ? — Mais si, Egésandros ! Tu me plais tout autant qu'avant. Toi et ton beau petit cul. C'est juste que je prends parfois plaisir à passer la nuit avec mon ami Krémilos.
— Et bien, justement, c'est ça le deuxième point, maître, qui m'inquiète beaucoup. — Qu'est-ce à dire ? — Tout comme le fils du maître de cette maison, bien que tu ne sois pas encore pleinement adulte, tu n'es plus un éphèbe. Et tu sais dans quel mépris sont tenus deux hommes libres de haut niveau social qui… qui font entre eux ce que tu fais avec moi. — Toi, un esclave, tu voudrais m'apprendre à moi comment je dois me comporter ? lui demanda-t-il, un peu ironique. — Un mot n'est pas bien ou mal selon qu'il est dit par un homme libre ou par un esclave, maître, et tu le sais très bien. — Mais il peut être opportun ou inopportun… répliqua Thimoklès, amusé par cette discussion. Il avait de l'estime pour son jeune esclave, pour son intelligence et sa franchise, au moins autant que pour sa dévotion et sa prompte disponibilité, au lit. — Si tu ne veux pas m'écouter, maître, tu n'as qu'à m'ordonner de me taire, lui dit l'adolescent, soudain boudeur. — Mais quoi, te voilà jaloux, maintenant ? Parce que je m'amuse à passer la nuit dans la chambre de Krémilos ? — Ça t'amuse de faire semblant de ne pas comprendre, Thimoklès ? Je te dis ça pour ton bien, parce que je te suis dévoué, et je crois te l'avoir prouvé. Nul n'aurait rien à redire à ce que tu utilises mon cul pour ton plaisir, et il en serait de même si j'étais plus âgé que toi, puisque je ne suis qu'un esclave. Mais tu sais bien à quel point on désapprouve, et pas uniquement à Pylos, mais aussi à Athènes, une relation comme la tienne, entre pairs et qui plus est du même âge. — Oui, mon fidèle Egésandros. Je sais que tu dis vrai. Mais… Pourquoi devrais-je renoncer à un si grand plaisir, quand mon ami en jouit autant que moi ? Et nous ne baisons jamais dans l'agora, mais dans le secret de sa chambre. Grâce à Krémilos, j'ai découvert le plaisir qu'il peut y avoir, et sa force, entre deux hommes adultes… ou presque, comme nous. Le bonheur qu'il y a d'être tour à tour érastès et éroménos pour son ami… Egésandros écarquilla les yeux. — Tu veux dire, maître… qu'entre vous… que toi et lui, que lui et toi… — Oui, c'est ça, et les deux choses, bien faites, donnent un grand plaisir, Krémilos me l'a prouvé. — Mais maître, par Apollon ! À Théra d'où je viens, pour la fête d'Apollon Kourostrophos on célébrait la gymnopédie, un rite très intéressant et très beau, interdit aux femmes, seuls les hommes mariés pouvaient y assister, les éphèbes y faisaient des concours de gymnastique, de danse et de chant et la cérémonie culminait la dernière nuit, celle de la pleine lune, par de frénétiques rapports sexuels entre les éphèbes participants, sous le regard ravi et amusé des adultes… Que je sache, c'est la seule occasion où deux personnes du même âge aient des relations… où chacun pouvait être actif ou passif… Mais toi, maître, et ton ami Krémilos, vous n'êtes plus ni des adolescents, ni des éphèbes. — Egésandros, Egésandros… nous ne sommes pas spartiates, ni de Théra. Allons, pourquoi es-tu si sévère envers moi ? — Moi, sévère avec toi, maître ? Apollon m'en soit témoin… je te suis dévoué et j'ai ton renom à cœur. Mais tu sais bien combien un homme libre comme toi qui se soumet à un autre homme est méprisé par tout le monde… — Mais si, à tour de rôle, il soumet son ami et se soumet à lui… il sera à moitié honoré et à moitié méprisé… plaisanta Thimoklès. Et puis, assez, j'invoquerai la protection de ton Apollon Kourostrophos, pour qu'il m'accorde toujours la jeunesse, au moins par rapport à ces choses que tu condamnes si fort… Ainsi, malgré les mots de son jeune esclave, Thimoklès continua à prendre ce plaisir spécial avec son ami Krémilos. Cela dura trois ans, puis il finit par devoir lui dire adieu et reprendre le
chemin d'Athènes, toujours en compagnie de son fidèle Egésandros. Contrairement à l'aller, il ne rentra pas en bateau, mais se décida pour la route terrestre, malgré l'inconfort du voyage, pour pouvoir visiter certaines villes en chemin. Ainsi, après avoir chargé Egésandros de leur léger bagage et de quelques provisions, son pétasos sur la tête pour s'abriter du soleil et de la pluie, il dit au revoir à Néléos et à son fils Krémilos et ils se mirent en route.
Chapitre2 : De Pylos à Athènes
Ils avaient passé Spartes où ils ne s'étaient arrêtés que peu de temps. Thimoklès n'avait aimé ni l'austère cité ni sa nourriture bien peu agréable, et il avait détesté le terrible bouillon noir, une soupe d'abats de cochons cuits dans le sang et le vinaigre !
Après y avoir goûté, Egésandros dit à Thimoklès :
— Ah, c'est pour ça qu'on dit que les guerriers spartiates ne craignent pas la mort. Plutôt mourir que continuer à manger ce bouillon noir !
Thimoklès rit et lui donna pleinement raison.
Ils virent qu'à Sparte, la seule des cités grecques encore dépourvue de monnaie, le commerce se faisait encore à l'agora par l'ancien système du troc. De plus, lors de leur passage, ils remarquèrent que les spartiates faisaient construire, pour la première fois, une enceinte autour des quatre villages et de l'Acropole.
À Sparte, les garçons étaient envoyés à l'école militaire dès l'âge de six ou sept ans. Ils vivaient, s'entraînaient et dormaient dans les locaux de leur fraternité. À l'école, on leur apprenait les techniques de survie et toute autre aptitude nécessaire au bon soldat. Les cours étaient très durs et souvent douloureux. Et bien qu'ils apprennent aussi à lire et à écrire, ces aptitudes n'avaient pas la même importance qu'à Athènes. Seule comptait la guerre.
Les garçons étaient encore plus mal nourris que les adultes et on leur disait que c'était bien de voler, pour autant qu'ils ne soient pas pris en flagrant délit. S'ils étaient pris, ils étaient punis, non d'avoir volé, mais de s'être fait prendre. Pour s'endurcir, ils allaient toujours tête et pieds nus, ils portaient la même veste été comme hiver et ils dormaient sur d'inconfortables paillasses de roseaux.
Les hommes de Sparte, vers dix-huit ou vingt ans, devaient survivre à une dure épreuve de capacité d'adaptation, d'adresse militaire et d'aptitude au commandement. Le spartiate qui ne réussissait pas cette épreuve devenait périoikos, il pouvait avoir des propriétés, faire du commerce, mais il perdait tout droit politique et n'était plus considéré comme un citoyen à part entière.
S'il surmontait l'épreuve, il devenait citoyen de plein droit et soldat de Sparte. Les soldats de Sparte passaient la plus grande partie de leur vie avec leurs compagnons d'armes. Ils mangeaient, dormaient et continuaient à s'entraîner dans les locaux de leur fraternité. Même s'ils se mariaient, ils ne vivaient pas avec leur femme et leurs enfants, mais tous ensemble dans des logements communs. Ils achevaient leur service militaire à l'âge de soixante ans, alors seulement un soldat pouvait vivre chez lui en famille.
— Athènes est le centre de la vraie civilisation ! Je n'habiterais pas Spartes même si on me proposait le trône d'un des deux rois ! commenta Thimoklès quand ils prirent la route de Tégéa.
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