Rien qu'une vie plus tard

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Rien qu’une vie plus tard

Alain Meyer
Roman de 147 000 car.
Moi, c’est Alex. J’ai seize ans. La seule chose me concernant, qui ait de l’intérêt, c’est que je suis amoureux. Follement amoureux. L’objet de mon affection c’est... Émile. Je trouve ce prénom h.o.r.r.i.b.l.e ! Le jour de notre première rencontre, après nos ébats, quand, le corps reposé, j’ai voulu le connaître un peu mieux, je lui ai demandé :

— Comment t’appelles-tu ?

Il a rougi légèrement, baissé les yeux, avant de lâcher, dans un murmure presque inaudible :

— Émile... Moi, c’est Émile.
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Publié le : vendredi 24 avril 2015
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EAN13 : 9791029400544
Nombre de pages : non-communiqué
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Rien qu’une vie plus tard

 

 

Alain Meyer

 

 

 

Roman

 

 

 

À Julien, avec toute mon affection.

 

 

 

 

 

 

 

Note au lecteur

 

 

 

Le récit qui va suivre est totalement imaginaire. Lecteur, tu constateras rapidement qu’il ne peut être qu’imaginaire. Inutile donc de préciser que toute ressemblance… J’avoue m’être beaucoup amusé en écrivant cette fiction. Je reconnais m’être, souvent, laissé aller dans l’invraisemblance. Ami lecteur, avant d’entrer dans mon histoire, tu es prié de laisser au vestiaire ta logique et ton rationalisme. Rêve que tout est possible, que tout peut arriver. Crois, surtout, que l’amour peut faire bien des miracles.

 

 

 

Préambule

 

 

La vie, c’est la mort. C’est inéluctablement la mort. Quoi que nous fassions, nous ne pourrons y échapper. Dès notre premier jour, nous y allons tous, tout droit. Nous aspirons vainement à l’éternité. Hélas, elles sont toujours là, les trois Parques de la mythologie grecque. Elles tissent notre destinée. Clotho tient la quenouille. Lachésis travaille le fil sur le fuseau. Atropos donne le coup de ciseau final qui tranche la vie.

Il se peut, pourtant, qu’à force de servir, le ciseau, émoussé, ne coupe pas du premier coup. Le deuxième sera fatal. Mais, entre les deux, il existe une fraction de seconde où l’âme va pouvoir choisir son chemin futur. Elle a très peu de temps. Il faut qu’elle se hâte. Il se peut qu’un lien très fort la rattache à ce monde des vivants qui s’éloigne. Il se peut que ce lien soit si fort qu’elle ose vaincre la mort pour qu’il perdure. Dans un ultime sursaut de désespoir, elle s’échappe avant que la lame ne la conduise définitivement au néant. Seule, aban­donnée, elle cherche la lumière qui a fait dévier le cours des choses. Elle la trouve. Elle y entre. Elle sait que cette lumière ce n’est pas la haine, ce n’est pas le remords. Elle n’a rien de négatif. Elle est éblouissante, mais elle ne blesse pas la vue. Elle est chaude, mais elle ne brûle pas. Pourtant, elle consume tous ceux qu’elle touche. Cette lumière… c’est l’Amour.

Au même moment, quelque part, n’importe où, un bébé qui vient de sortir du ventre de sa mère pousse son premier cri. Il renaît à la vie. Il sait déjà l’avenir qui s’ouvre devant lui.

 

 

 

Chapitre 1 – Une rencontre piquante

 

 

Moi, c’est Alex. J’ai seize ans. La seule chose me concernant, qui ait de l’intérêt, c’est que je suis amoureux. Follement amoureux. L’objet de mon affection c’est… Émile. Je trouve ce prénom h.o.r.r.i.b.l.e ! Le jour de notre première rencontre, après nos ébats, quand, le corps reposé, j’ai voulu le connaître un peu mieux, je lui ai demandé :

— Comment t’appelles-tu ?

Il a rougi légèrement, baissé les yeux, avant de lâcher, dans un murmure presque inaudible :

— Émile… Moi, c’est Émile.

J’ai été pris d’une crise de fou rire qui l’a profondément vexé. Entre deux hoquets, j’ai rajouté :

— Heureux de t’avoir rencontré, pépé.

Et je suis reparti à rire. Là, il était mortifié. Il n’y avait pas de quoi. « Pépé Émile » était le plus adorable garçon que j’avais jamais rencontré. Il est vrai que je n’en avais pas fréquenté beaucoup. Il avait dix-sept ans. Un corps harmonieux et puissant dont je venais de découvrir les détails les plus intimes. Un corps dont il savait merveilleusement se servir. Malgré ma crise d’hilarité, je me sentais déjà prêt pour une nouvelle exploration de son anatomie. La beauté de son visage me fascinait. Une cascade de cheveux aussi noirs que ses yeux immenses ; de l’encre de Chine. Un long nez, rectiligne, à peine retroussé au-dessus d’une bouche naturellement faite pour des baisers. À damner un saint ! Le menton un peu autoritaire, creusé d’une minuscule fossette, terminait l’ovale du visage. J’arrête cette description. Elle est en train de provoquer un émoi que je ne peux plus contrôler… comme à chaque fois que je pense à lui.

— Je t’appellerai « Mimile ».

À l’instant même, j’ai trouvé le diminutif encore plus bouffon que le prénom. Il était rigide d’humiliation quand je l’ai pris dans mes bras, de nouveau secoué par les rires. J’ai pressé ses lèvres. Il n’a pas répondu à mon baiser. J’ai eu peur de l’avoir blessé à jamais. Ma crise s’est arrêtée nette. Je l’ai serré très fort en murmurant :

— Je t’aime… je crois bien que je t’aime. Alors, si tu veux bien tu seras « Milou ». Oui, c’est ça… Milou, tu seras mon Milou à moi. Tant pis pour Tintin et Hergé, tu es mon Milou.

Il m’a quand même fallu dix minutes pour réparer ma connerie et que Milou consente enfin à s’abandonner de nouveau.

 

*

* *

 

Quelques heures plus tôt…

J’étais à la maison, mes parents étaient absents. On a sonné à la porte. J’ai abandonné mon cahier de vacan­ces et ses laborieux exercices de maths pour aller ouvrir. Je suis resté tout bête en découvrant ce jeune garçon qui se tenait gauchement sur le pas de la porte. Il portait un short et un tee-shirt maculés de terre. J’ai baissé les yeux. À ses pieds, des chaussures à crampons complétaient la tenue du parfait footballeur.

— Excusez-moi. Je jouais sur le terrain à côté, mon ballon est passé chez vous. Sans vous déranger, j’aimerais le récupérer.

Je n’ai pas pu répondre immédiatement. Inconscient de mon incorrection, je le dévisageais avec une insistance mal venue. Quelque chose se passait en moi. C’était incontrôlable. Je me suis senti oppressé et j’ai respiré plus vite. Il était magnifique. Des gouttes de sueur perlaient sur son front. L’une d’elles coulait, lentement, sur sa tempe. Dedans, quelque chose s’est mis à battre très fort, trop fort. Complètement perdu, j’ai pris conscience que j’attendais ce gars depuis toujours. Cela n’avait plus rien à voir avec les innocents jeux de main, ou de bouche, du collège. Surpris par mon trop long silence, il me regardait à son tour mi interrogateur, mi-inquiet, mi-intéressé. Ça fait trois « mi ». C’est pas grave.

— Heu… je disais… mon ballon.

J’ai secoué la tête pour m’arracher à mon indécente contemplation. Avec un sourire niais, j’ai répondu :

— Ton ballon ? Quel ballon ? Ah, oui ! Ton ballon. Dans le jardin ? Quel jardin ?

Il a éclaté de rire. Il n’aurait pas dû. Il venait d’emballer définitivement le colis. J’ai senti mes jambes pren­dre la consistance de la guimauve. J’ai attendu qu’il me demande de partir au pôle Sud avec lui. Le con ! Il n’a pas osé. J’étais pourtant prêt à le suivre.

— Tu m’aides à le chercher ? Tu connais mieux ton jardin que moi.

Il s’est écarté pour me laisser passer. Il a posé sa main sur mon dos pour me pousser à descendre les trois marches du perron. Il n’était pas finaud. Son geste a eu exactement le résultat inverse de celui qu’il espérait. J’ai stoppé net sur la première marche. Il n’a pu faire autrement que de sentir le grand frisson qui, partant de ses doigts, a parcouru tout mon corps. Sa main est remontée vers ma nuque qu’il a effleurée.

— Tu as la chair de poule, tu es tout hérissé.

J’ai regardé mes bras. Tous les poils étaient dressés. J’ai rougi en constatant brusquement qu’il n’y avait pas que les poils. Gênant, très gênant comme situation. J’ai tourné la tête en levant les yeux vers lui. Il me dominait de toute sa stature.

— J’ai un peu froid.

— C’est vrai, nous sommes au mois d’août. Il ne doit faire que trente-cinq degrés. Tu aurais dû mettre un anorak avant de sortir. Mais… je t’aime mieux sans. Et puis, un anorak, sur un maillot et un bermuda, bonjour le look …

J’ai répondu à sa plaisanterie par un sourire qui devait être une affreuse grimace. Il a passé ses doigts dans mes cheveux.

— Allez ! D’abord mon ballon. C’est un vrai ballon de foot. J’y tiens.

Nous nous sommes mis à fouiller le jardin. Ce putain de ballon était introuvable. J’en étais ravi. Plus de temps nous mettrions à le découvrir, plus long serait le moment passé avec lui. Les pelouses étaient vierges de tout objet. Nous avons exploré les massifs un à un. En vain. Nous avons fini par le dénicher, au beau milieu de la haie de rosiers rugosa bordant l’arrière de la maison. Vous ne connaissez pas les rosiers rugosa ? Il vaut mieux. Cette increvable saleté, utilisée pour la décoration florale des autoroutes, se résume en un mot : épines. N’en approchez jamais. Il vaut mieux faire l’amour avec un hérisson que de frôler cette plante-là.

Inconscient, mon jeune footballeur s’est précipité pour récupérer son bien. Aïe ! Aïe ! Aïe ! Ça n’a pas manqué. Il a plongé corps, mains et bras dans les arbustes. Sous les belles feuilles vertes qui dissimulaient le danger, il venait de se transformer en pelote d’aiguilles. Il est devenu cramoisi, mais vraiment d’un rouge intense. Ça, c’était pour la couleur. Pour le son, un hurlement de douleur m’a fait vibrer les tympans. Je l’ai attrapé par la taille afin de l’arracher au piège végétal. Entre deux cris d’agonie, j’ai pu souffler :

— Ne bouge pas. Surtout ne bouge pas. Ne te frotte pas la peau. Tu vas aggraver les choses.

Tiens ! J’avais pas remarqué qu’il était barbu. Ah ! Non, c’était des épines qui s’étaient fichées dans son menton. Que dire du cou, des bras, des jambes et… du reste.

— T’es fou, tu ne m’as pas laissé le temps de t’avertir.

— Ouille, Ouh ! Ouille, Ouh ! Ouille ! Ça fait mal.

— Viens. Suis-moi sans t’agiter. Je vais réparer ça.

— Mon ballon, ouille ! Mon ballon.

— Mais quel con tu fais ! Il n’est pas perdu ton ballon. Je le ramasserai tout à l’heure. Allez ! Viens avec moi.

En raison de la suite des événements, Milou et moi n’avons pensé à récupérer le sacré ballon qu’une bonne quinzaine de jours plus tard. Pour l’heure, claudicant, grimaçant, raide comme un bâton, souffrant le martyre, mon sportif, transformé en cactus, m’a suivi péniblement jusqu’à la maison.

 

*

* *

 

Je me suis précipité dans la salle de bains pour y récupérer le seul outil susceptible d’abréger les souffran­ces de mon compagnon : la pince à épiler de maman. Triomphant, je l’ai rejoint, en brandissant ma trouvaille. Immobile, au milieu du salon, mon jeune costaud m’a regardé sans aménité. Nul doute, à ses yeux, je tenais un épouvantable instrument de torture.

— Laisse-moi faire, y a beaucoup de boulot. Ça va être long, mais tu ne sentiras rien.

— Tu vas me faire mal !

— Ne sois pas douille douille. Si je n’enlève pas, un à un, tes dizaines de piquants, tu ne pourras même pas te glisser dans ton lit ce soir. Alors, laisse-toi faire. Encore heureux que tu n’en aies pas plein le dos et les fesses. Allonge-toi sur le canapé. Je te promets une intervention chirurgicale indolore.

Son appréhension était palpable. Il m’a néanmoins obéi. Quand il s’est couché, en grimaçant, j’ai compris que c’était moi qui partais au supplice. La vache ! Qu’il était beau et désirable ainsi offert à mon exploration. J’ai levé les yeux au ciel en aspirant une grande goulée d’oxygène avant de me pencher sur mon magnifique oursin.

J’ai attaqué l’ouvrage par le menton, descendant vers le cou et les épaules. Je serrais les pinces sur une épine fichée dans la peau. Clac ! Je tirais d’un coup sec pour la retirer.

— Aïe !

Avec précaution, je passais un doigt sur l’emplacement soulagé pour m’assurer du bon résultat de mes efforts. Insensiblement, sans que je le veuille, au fur et à mesure que la surface soignée s’élargissait, ma froide vérification s’est transformée en une douce caresse sur ses joues, sa gorge, ses épaules, ses bras… C’était curieux, plus je progressais laborieusement, moins j’obtenais de « ouille » ou de « aïe ». Rapidement, je n’en ai plus eu du tout. Je continuais à tirer sur les épines avec pour résultat des soupirs et des petits gémissements.

— Tu… tu as toujours mal ?

— Oui ! Il en reste. Sous mon tee-shirt, continue.

Oh ! Putain, putain, putain ! J’étais mal barré. J’ai fait un effort surhumain pour garder sur mon visage l’expression la plus désinvolte possible, pendant que je remontais son maillot pour dégager son torse. J’ai pensé : « Je bande, je bande… oouh la la, il va s’en apercevoir. Bon Dieu ! Pourvu qu’il ne voie rien ». J’ai commencé à transpirer. Pour me donner une contenance, je me suis mis à siffloter Le Cactus de Jacques Dutronc. C’était la connerie à ne pas faire. Euh ! Excusez-moi. Tout bien pesé et compte tenu des conséquences, et du clip de la chanson, c’était la connerie à faire.

Il avait maintenant le souffle court et la voix un peu rauque. La pince à épiler ne devait pas y être pour grand-chose, par contre, mes doigts, je ne sais pas.

— Je crois que là aussi, j’en ai.

J’ai dégluti difficilement.

— Où, là ?

Je ne peux pas vous dire ses yeux et son sourire quand il m’a répondu.

— Ben… plus bas… dans mon slip.

J’étais tourneboulé. Lentement, j’ai osé baisser mon regard vers le lieu dit. Oh ! Ça oui, il en avait, une épine. Même que, sous le short, elle ressemblait plus à une défense d’éléphant qu’au dard d’un moustique. L’air con, j’ai bredouillé en devenant tout rouge :

— Je ne pense pas que je pourrai te soulager avec ma pince à épiler.

— Tu peux faire preuve d’imagination parce que c’est… assez urgent.

J’ai posé ma main sur son short tandis qu’il attirait ma tête vers sa bouche.

— Aïe !

J’avais oublié une épine dans la fossette de son menton. C’était, je peux vous l’assurer, la seule qui restait.

Le canapé du salon n’en a probablement jamais tant vu. Du moins, je l’espère. Nous sommes partis à la découverte l’un de l’autre avec une curiosité dévorante. J’ai admiré des sites d’un exceptionnel intérêt. Certains avaient besoin d’un entretien immédiat. Je m’y suis activé sans plus attendre. Lui a voulu effectuer des fouilles plus approfondies. Je n’ai trouvé aucune raison de l’en empêcher. J’ai même pris un énorme plaisir à le voir besogner activement. Il convient de préciser qu’il était merveilleusement outillé. Aux cris de joie qu’il a poussés, j’ai su que le résultat de ses recherches l’avait comblé au-delà de toute espérance. Mes trouvailles furent du même acabit et, outre ma profonde satisfaction, j’ai pu enrichir mes connaissances d’une semence nouvelle.

Épuisés par tant d’efforts communs, nous avons estimé qu’un bouche-à-bouche était indispensable pour nous redonner force et vigueur. Cette thérapie est remarqua­ble d’efficacité. En quelques minutes, nous étions fins prêts pour pousser encore plus loin nos investigations. Nous les avons menées à leur terme avec méticulosité, en prenant tout notre temps.

Que la science est belle et bonne, surtout quand elle récompense le chercheur. Ce jour-là, j’ai fait la plus mer­veilleuse découverte de ma vie : je suis tombé amoureux. Encore mieux : Milou partageait mes sentiments.

 

 

 

 

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