Un amour explosif

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Un amour explosif

Jesse Devereau
Roman de 240 460 caractères, 41 800 mots.
Esteban a beau n’avoir que 19 ans, il sait ce qu’il veut dans la vie : un métier pour l’extraire d’un quotidien qui ne laisse aucune place au rêve.

L’entretien d’embauche que lui fait passer le très strict, mais ô combien séduisant Damian Milton lui redonne confiance. Et si la chance se présentait enfin ? Cet emploi dans le tourisme est une occasion en or de gagner sa vie en voyageant dans le monde entier. À sa grande surprise, il est engagé !

Lors de son premier jour de travail, son employeur fait montre d’un comportement très agressif, à la limite du sadisme. Le jeune homme va faire son possible pour être à la hauteur.

Dans le secret de sa chambre, le soir, il s’imagine dans les bras de Damian. Car il le sait, il a trouvé l’homme de ses rêves ! Celui-ci est pourtant marié et a deux jeunes enfants...
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Publié le : jeudi 26 mai 2016
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EAN13 : 9791029401534
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Un amour explosif

 

 

Jesse Devereau

 

 

 

 

Chapitre 1 : L’embauche

Chapitre 2 : Déshabillez-vous !

Chapitre 3 : L’objet de tous ses fantasmes

Chapitre 4 : La relation

Chapitre 5 : Resserrez mon nœud !

Chapitre 6 : Week-end en famille

Chapitre 6 : Nus dans la piscine

Chapitre 7 : La disparition

Chapitre 8 : Je te parle de « nous » !

Chapitre 9 : Je ne veux pas de pédés à la maison !

Chapitre 10 : Esteban s’envoie en l’air pour la première fois

Chapitre 11 : Pénis à Tunis

Chapitre 12 : Retour à Paris en urgence

Chapitre 13 : L’attentat

Chapitre 14 : Êtes-vous amoureux de mon mari ?

Chapitre 15 : La vie doit reprendre

 

 

 

 

Chapitre 1 : L’embauche

 

 

Un grand vestibule sobrement décoré, un long miroir sur un mur et une plante verte, de toute évidence un yucca d’au moins un mètre cinquante de haut. Dans l’angle, un somptueux Chesterfied en cuir marron, un canapé qu’Esteban verrait bien dans son salon, mais qu’il n’a pas les moyens de s’offrir. Au milieu de ce décor dénotant un sacré bon goût pour l’aménagement d’intérieur, Esteban attend, caressant machinalement la peau tannée et douce du Chesterfied.

Il est nerveux. Cela fait une bonne demi-heure qu’il attend.

Soudain, la porte du bureau s’ouvre. Un jeune homme en sort avant de la refermer violemment. Il a l’air très énervé. Voyant Esteban, il lui lance : « Si j’étais toi, je n’entrerais pas là dedans ! »

Esteban le regarde s’en aller, interloqué. Un peu inquiet. Mais non, il ne partira pas. Il restera. Après tout, il le veut, ce job. Il le mérite même ! Et si ça se trouve, l’autre bluffe pour l’effrayer, l’inciter à abandonner. Non, impossible : il a claqué la porte avec rage. Si l’employeur est derrière, ainsi qu’il le suppose, ce dernier ne devrait pas goûter ce départ quelque peu hystérique. Oui, il vaut mieux attendre, se faire soi-même une idée de la situation.

Assister le directeur chargé de créer des séjours touristiques, telle serait sa mission. Tour opérateur ou voyagiste. Il préfère ce dernier terme, plus glamour. En suivant ses études, il pensait s’orienter vers l’import-export, jongler avec des chiffres, noircir des papiers dont il ne comprendrait pas la finalité, mais dont il aurait appris la méthode et la reproduirait de façon mécanique. En s’engageant dans cette voie, c’est ce qu’il souhaitait : un travail prenant, dans le sens « fatigant ». Ne pas avoir à réfléchir. Ne pas laisser son cerveau libre trop longtemps. Voilà qu’il s’orientait vers l’ailleurs, le rêve, qu’il s’apprêtait à dépasser les frontières !

Régulièrement, il regarde l’heure sur son téléphone portable, en profite pour lire les notifications sur Facebook, jeter un œil sur Instagram et Snapchat. Il se prend en photo devant un poster représentant une plage de sable blanc entourée de cocotiers et la poste illico avec ce commentaire : « Mon avenir va se décider dans quelques minutes ! »

Cinq nouvelles minutes passent, puis dix, puis quinze, et toujours rien. L’aurait-on recalé d’office ? En ce cas, pourquoi ne pas venir le lui dire ? Il se lève avec l’idée d’aller frapper à la porte du bureau. Le cuir grince au moment où le jean se décolle de son assise. Avant d’arriver devant la porte, il croise son reflet dans la grande glace. Esteban en profite pour vérifier si la coiffure qu’il a sculptée avec soin après la douche n’a pas bougé : pas de souci. Il faut dire qu’il a mis la dose de gel ! Un ouragan le décoifferait à peine ! Sa coiffure, c’est une œuvre d’art. Coupés très court autour des oreilles et au niveau de la nuque, ses cheveux ont du volume, ils forment une vague sombre partant de l’avant de son visage, un peu au-dessus de sa tempe gauche, pour se perdre aux antipodes, un peu après l’oreille droite.

Il humecte le bout de son pouce afin de lisser ses sourcils épais qui lui donnent un air ténébreux en dépit d’un regard clair, comme si le noir des cheveux et des sourcils annulaient la clarté émeraude blottie sous ses paupières. Et ses cils, que l’on aurait dit enduits de mascara, ne font que renforcer cette impression. Un nez légèrement en trompette et une bouche aux lèvres pulpeuses lui confèrent un charme auquel ni les hommes ni les femmes ne sont insensibles. Esteban n’a pas la beauté classique des canons qu’il dévore des yeux dans les magazines, mais il a néanmoins ce petit quelque chose qui le rend attirant.

Toujours face au miroir, son regard descend. Sa veste n’est-elle pas froissée ? Et son tee-shirt, sent-il encore le propre alors qu’il transpire comme un fou depuis trois quarts d’heure dans ce vestibule surchauffé ? Esteban retire sa veste afin de vérifier qu’il n’a pas d’auréoles sous les aisselles. Hé zut, quelques petites traces d’humidités sont apparues, rien de grave toutefois ! Il gardera sa veste. Mais il attend quelques instants avant de la remettre. Est-ce la moiteur qui fait adhérer le tissu à la peau, il a l’impression d’être serré dans son tee-shirt ? Non, ce sont ses muscles qui emplissent le vêtement. Des muscles fins. Esteban n’a rien du type bodybuildé qui passe ses soirées dans les salles de sport. Son pantalon, à force de rester assis dans cette chaleur, épouse la forme de son entrejambe de façon quelque peu indécente. Que penserait la recruteuse de cette tenue ? Il pince les coutures du jean et les tire vers le bas pour remettre les choses en ordre. Il se sent de suite mieux, aussitôt ses bijoux de famille moins à l’étroit !

Mentalement, Esteban récite le discours bien rodé qu’il a prévu de faire pour être engagé. Il tente de sourire, mais le miroir reflète une grimace. Et puis, soudain, sa vue se brouille, et c’est un petit garçon qui lui fait face : lui dix ans plus tôt, alors âgé de huit ans. Un petit garçon en train de pleurer. Sa maman s’approche de lui et l’enlace pour le réconforter. Esteban sent sous ses paupières l’amertume des larmes. Il secoue la tête, comme si ce geste allait suffire à évacuer ses tristes souvenirs.

C’est à ce moment que s’ouvre la porte du bureau. Un homme d’environ vingt-cinq ans en sort, portant un costume anthracite très élégant, un manteau posé dans le creux de son bras, absorbé par ses pensées, à mille lieues de s’attendre à se retrouver nez à nez avec qui que ce soit.

— Que faites-vous là ? Qui êtes-vous ? demande le jeune homme, surpris.

— Je suis Esteban Nadal, je viens pour le poste…

— Nous avions rendez-vous ?

— Oui, Monsieur.

— Vous n’étiez pas noté… Bon, entrez !

Le bureau, situé au cinquième étage d’un immeuble récent, est lui-même moderne et, surtout, spacieux, il semble gigantesque à Esteban – cette impression étant renforcée par la large baie vitrée donnant sur le parc de Bercy. Les murs blancs sont tapissés de masques provenant de tous les continents, ce qui donne au jeune homme l’inquiétante sensation d’être observé de toute part. Le sol, quant à lui, est recouvert d’une moquette d’un parme éclatant sur laquelle on n’ose à peine marcher de peur de la salir !

Tout en se dirigeant vers un large fauteuil en cuir accolé à un impressionnant bureau en bois recouvert d’une tablette en verre, l’homme se présente :

— Je suis Damian Milton, directeur de la société du même nom, créée par mon père il y a quinze ans de cela. Votre nom ?

— Nadal. Esteban Nadal.

Esteban est sur le coup de l’étonnement, il ne pensait pas avoir affaire à un homme. Cette pensée était stupide : aucun indice ne lui avait été fourni. Il avait simplement eu une femme au téléphone qui lui avait fixé ce rendez-vous. Tout en le regardant, il prend place sur la chaise face à lui.

— Asseyez-vous, dit Damian Milton, les yeux plantés dans les siens.

— Oh… pardon, balbutie Esteban en se relevant.

— Ne vous excusez pas, assumez votre côté rebelle !

— Non, ce n’est pas ça… je…

— Ah, ce n’est donc qu’un manque d’éducation ? réplique Damian Milton avec dédain.

Le jeune homme se dit que l’entretien ne commence vraiment pas sous les meilleurs auspices.

— C’est juste que je suis un peu stressé, bredouille-t-il.

— Pour ce type de travail, il faut un minimum de sang-froid. D’ailleurs, il ne me semble pas inutile de vous rappeler en quelques lignes ce que j’attends de la personne que je souhaite embaucher : sachez que je cherche davantage un homme de confiance qu’un homme hautement qualifié. Un homme sur lequel je pourrai m’appuyer. Je ne veux pas d’un simple assistant. Il doit être disponible à cent pour cent.

En disant cela, Damian Milton fixe son interlocuteur. Son regard sonde celui d’Esteban, comme si, à la simple évocation de ces mots, il cherchait à cerner sa personnalité. Va-t-il tressaillir ? Les iris vont-ils se contracter, les pupilles se dilater ? Mais Damian Milton est bien en peine, le garçon face à lui l’écoute sans ciller. Il reprend :

— Je peux avoir besoin de lui n’importe quand, en journée, en soirée, le week-end parfois. Bien évidemment, le salaire sera en conséquence !

Esteban écoute avec attention, mais, au bout d’un moment, il se rend compte que ses yeux sont passés du visage à l’entrejambe du recruteur, non dissimulé par le bureau en verre. Celui-ci, bien que droit dans son fauteuil, a les jambes légèrement écartées, en tout cas suffisamment pour qu’une paire d’yeux puisse s’y glisser. Cet entrejambe, ceci dit, est somme toute assez banal. Pourquoi, en ce cas, est-il si… visible ? Peut-être est-ce le tissu fin du pantalon qui dessine la sensualité d’un sexe posé sur des bourses bien calées dans leur écrin de coton. Quoi qu’il en soit, tout cela est très perturbant. Esteban se ressaisit vite, il ne faudrait surtout pas que Damian Milton se rende compte de ce regard !

— Vous êtes Espagnol ?

Hélas, les yeux d’Esteban se sont à nouveau posés sous le bureau. Face à la soudaine absence de son interlocuteur, Damian Milton reformule la question, non sans une pointe d’agacement dans la voix :

— Esteban Nadal, c’est espagnol, je me trompe ?

— Euh… non, enfin, oui : c’est espagnol !

Intrigué par le regard qu’il ne parvient pas à situer, Damian Milton cherche sur son bureau ce qui peut à ce point aimanter le jeune homme.

De son côté, Esteban sent la sueur dégouliner le long de sa colonne vertébrale. Voyant l’autre à la recherche de ce qui peut ainsi le perturber, il décide de capter son attention :

— En fait, mes parents sont Espagnols, ils sont nés à Valencia, mais moi je suis né en France, à Mantes-la-Jolie exactement, et aujourd’hui je vis toujours chez eux à Courbevoie, j’espère avoir cet emploi pour pouvoir prendre mon indépendance et...

— Très bien, merci. Et donc, la disponibilité demandée n’est pas un problème ?

— Pas du tout.

— Vous venez de commencer votre deuxième année de BTS Assistant de manager, vous avez 18 ans.

— Bientôt 19 !

— Certes. Mais ne pensez-vous pas être un peu jeune et surtout manquer de maturité pour vous lancer dans la vie active ?

— Je ne veux plus faire de stages, j’ai vraiment besoin de travailler. Il faut que je quitte Courbevoie et ma vie actuelle, je n’en peux plus, je…

Esteban s’arrête net, se rendant compte que se montrer sous les traits d’un candidat désespéré n’est sûrement pas l’idée du siècle. Un employeur a besoin d’une personne motivée par le poste sollicité, pas d’un type cherchant à faire vibrer la corde sensible pour attendrir et décrocher le job.

— J’ai appris beaucoup au cours de ma première année de BTS, reprend-il, plus calme. Et d’une manière générale j’apprends vite. J’ai effectué un stage dans une société comme la vôtre l’été dernier, ça a été une très bonne expérience. Voici une lettre…

Esteban se penche pour se saisir de son cartable, son attention est alors attirée par les chaussures du recruteur, de belles chaussures en cuir, impeccablement vernies, ce qui lui fait dire que cet homme sait prendre soin de lui et qu’il considère comme important d’être irréprochable de la tête aux pieds. Il a toujours trouvé ça sexy un homme habillé avec goût et soucieux du moindre détail. Esteban sent son cœur s’emballer, il se dit qu’il aimerait beaucoup travailler pour lui, oh oui, il adorerait cela !

— …de recommandation, poursuit-il en tendant le document à Damian Milton.

— Merci. Nous vous tiendrons rapidement informés de notre décision.

Esteban se lève et se dirige vers l’homme pour lui serrer la main avant de sortir. Il se retrouve dans le vestibule et, passant, devant la glace, se rend compte que ses cheveux ne sont plus aussi bien alignés qu’en entrant. En outre, il est complètement trempé et ne rêve que d’une chose : une bonne douche. Néanmoins, le sourire qu’il s’adresse ne ressemble plus à une grimace, mais réellement à un sourire.

 

*

* *

 

Durant tout le trajet en RER jusqu’à La Défense, Esteban a arboré ce sourire qui lui a d’ailleurs valu quelques œillades suspicieuses. Quel est donc cet extra-terrestre non absorbé par son smartphone, le rictus aux lèvres, dans un univers où faire la tronche est la norme ? Du reste, comment leur en vouloir ? Qui y a-t-il de moins sexy qu’une rame de RER en banlieue parisienne ? Rien !

Au pied de la Grande Arche, minuscule parmi les gratte-ciels, il se sent empli d’une force et d’une rage qu’il ne soupçonnait pas ! Les hommes en noir le bousculent, des attachés-cases heurtent ses genoux. Peu importe, il est heureux ! Pourquoi ce sentiment alors qu’il n’a pas la certitude d’avoir fait l’affaire face à Monsieur Milton ? La réalité est que le jeune homme est pour la première fois de sa vie confiant. Confiant en lui, en ses capacités, en sa force. Lui qui, jusqu’à présent, ne pouvait s’empêcher de se déprécier, avait eu la sensation, face au féroce et charmant recruteur, qu’il pouvait faire face, qu’il avait son mot à dire, sa place à prendre.

Douche froide en arrivant dans son quartier aux grandes barres d’immeubles et leurs murs défraîchis. Noyade en pénétrant dans la cage d’escalier du sien et en entrant chez ses parents, les narines agressées par des odeurs de sardines grillées.

— Purée, ça schlingue ici ! s’exclame-t-il en passant devant la cuisine dans laquelle son père est en train de fumer.

— La clope ? Ah oui, j’ai oublié d’ouvrir la fenêtre, lui répond le paternel en traînant ses charentaises jusqu’à la fenêtre.

— Non, le poisson !

— Ben quoi ?

— Il est 10h30 !

— Et ?

— Nan, rien.

Esteban entre dans sa chambre. Elle aussi empeste la sardine. Intenable ! Il décide de sortir prendre l’air. Le bon air pollué de la banlieue. Un projectile lui frôle l’oreille. Un caillou ? Il ne voit personne. Peut-être était-ce simplement un oiseau ? Il quitte la cité et sort son téléphone pour envoyer un SMS à son amie, Morgane : « ça te dit 1 kfé now ? » La réponse est immédiate : « OK ».

Morgane habite la cité d’à côté. Ainsi, à peine cinq minutes plus tard, Esteban fait face à l’interphone de son immeuble, ou du moins à ce qu’il en reste ; du boîtier métallique jaillissent des fils de toutes les couleurs lui conférant l’allure d’un monstre éventré. Seule solution pour la joindre, le téléphone. « Je descends », répond-elle aussitôt. Quelques minutes après, la voilà qui claque deux bises sonores sur les joues fraîches du garçon.

Le printemps commence à peine. Le soleil réchauffe tout juste les peaux. Néanmoins, les arbres annoncent déjà les beaux jours avec leurs frêles bourgeons, qui côtoient les fleurs blanches et roses perlant au bout des branches squelettiques. Cette explosion pastel qui mène au centre-ville fait un cortège joyeux aux deux amis qui, dès qu’ils le peuvent, fuient les barres et les tours d’immeubles, univers claustrophobe, impersonnel et triste. Ils ont l’habitude de se retrouver au McDo à défaut de mieux et aussi parce que le café n’y est pas cher.

Bien sûr, l’entretien d’Esteban est au centre de la conversation.

— Il y a quelque chose de déplaisant chez lui. Peut-être son côté autoritaire, mais c’est sûrement un rôle qu’il se donne en tant que patron. Et puis, il y a d’autres choses qui font oublier ce contact un peu froid.

— Comme quoi ?

— C’est un homme élégant à tout point de vue. Tu vois, il a beau avoir une coiffure plutôt austère, avec la raie bien marquée sur le côté, ses cheveux sont super blonds et ont l’air tout doux, ça lui donne un air enfantin. Je jurerai qu’il a des origines scandinaves ou germaniques ! Il a des yeux très clairs, bleus-gris, un visage fin, mais une mâchoire plutôt carrée et il était super sexy dans son costard gris. Sous sa veste, j’ai remarqué des pectoraux bien dessinés. Et vu la forme au niveau de l’entrejambe, quelque chose me dit qu’il doit être bien monté !

— C’est un peu étrange, je n’ai pas l’impression que tu parles de ton futur boss, là ! lui fait remarquer Morgane, l’air moqueur.

— Ah bon ?

— « Ah bon ? » dit-il ! Ben, je ne sais pas, moi, tu ne m’as pas dit s’il semblait être un homme de confiance, sérieux, honnête, professionnel… Je n’ai entendu que des descriptions physiques. Tu ne serais pas en train de tomber in love, toi ?

— N’importe quoi !

— « N’importe quoi ! » répète-t-elle, en prenant une voix de petite fille.

Esteban semble un peu vexé, mais prend le parti d’en rire. Après tout, la situation s’y prête : elle a raison, Morgane, c’est d’un entretien d’embauche dont il était question, pas d’un rendez-vous galant !

— De toute façon, il est hétéro, reprend-il, faussement détaché du sujet.

— Ah ouais, t’as mis en marche ton gaydar ?

— Bah oui, rétorque-t-il en lui tirant la langue, à la manière d’un sale gosse. Mais non, c’est plus simple que ça : il y avait des photos de sa femme et de ses deux enfants sur son bureau.

— En effet, c’est quand même un sacré marqueur d’hétérosexualité, fait-elle, toujours moqueuse.

Esteban lui détaille alors les missions dont il aurait la charge.

— En gros, tu serais son homme à tout faire !

— Ouais. Mais, à vrai dire, ça ne me dérange pas. Je préfère de loin ça à un métier plus complexe avec un type infâme et moche comme un pou !

— L’argument se défend. Mais un boulot super passionnant avec un mec canon, ce ne serait pas encore mieux ?

— Ben, évidemment !

Il lui sourit avant de se laisser happer par toutes sortes de réflexions. Comme s’il passait en revue les combinaisons possibles : il aurait aussi pu tomber sur un patron moche lui proposant un boulot pénible ou ennuyeux.

— Tu sais, le job est loin d’être naze ! Le côté polyvalent du poste est une super opportunité, je vais être obligé de m’adapter et de me débrouiller, ça sera certainement très formateur pour moi.

— Rassure-moi, Esté, tu vas mettre en application tous les jolis cours que tu as suivis ?

— Sois sans crainte ! dit-il en prenant un air excessivement sérieux. Il y aura des chiffres, beaucoup de chiffres, et des papiers à classer, des courriers à taper, tout ça. Ça va, tu es rassurée ?

— Un peu, répond-elle, la main sur le cœur.

De retour chez lui, Esteban est heureux de constater que sa mère était rentrée et avait aéré l’appartement : l’air y était redevenu respirable. Assise dans le salon, elle l’apostrophe en le voyant passer :

— Y a eu un appel pour toi.

— Ah ouais, qui ?

— Un type qui s’appelle Hilton, réplique-t-elle en allumant une cigarette. Enfin, un nom comme ça.

— Milton ?

— Peut-être, oui...

— Et ?

— Je l’ai d’abord pris pour le type qui voulait nous refourguer Canal +. Trop poli pour être honnête !

— M’man, c’est l’employeur que j’ai rencontré ce matin ! Tu lui as dit quoi ?

— Mais rien, te bile pas ! Il veut que tu le rappelles. « Dès que possible », il a dit.

Dans sa chambre, fébrile, Esteban compose le numéro du secrétariat de la société Milton. Au bout de quelques secondes d’attente musicale, il est mis en relation avec l’employeur.

— Monsieur Milton ?

— Oui ?

— Je suis Esteban Nadal, j’ai eu votre message.

— J’espère que vous serez plus prompt à répondre à l’avenir, mes clients ont souvent besoin d’avoir une réponse dans les minutes qui suivent la question.

— Cela veut dire que… que ma candidature est retenue ?

— Excellente déduction. Néanmoins, j’avais prévu une période d’essai d’un mois, il vaut mieux tabler sur deux. Pouvez-vous être au bureau lundi à 8h30 précises ?

— Oui, bien sûr !

 

 

 

Chapitre 2 : Déshabillez-vous !

 

 

La nuit qui a précédé ledit lundi a été très agitée. Rien d’étonnant ! Esteban a dû attendre – en d’autres termes : tourner et retourner dans son lit – une bonne heure avant de s’endormir. Lorsqu’enfin Morphée a fini par l’accepter dans ses bras, il s’est mis à faire des rêves très perturbants. Ainsi dans l’un d’eux s’est-il vu arriver en pyjama sur son nouveau lieu de travail ! Dans un autre, c’est son boss qui était dans une tenue particulière : un uniforme militaire et une cravache à la main lui ordonnant de taper une interminable lettre ! Autant dire que, quand vient le moment de s’extirper du lit – il a mis son réveil très en avance pour ne pas risquer un retard –, il n’est pas très frais ! Sa première réaction est d’envoyer ce boulot au diable, lui et son patron. Est-ce son admission pour entrer au bagne qu’il va signer ? Il est six heures, et le jour pointe à peine. Le silence de la ville l’invite à rabattre la couette sur lui, à disparaître sous le tissu, à se lover dans la chaleur de la nuit et à oublier cette vie qui les oblige, lui et ses congénères, à se lever aux aurores pour un salaire misérable !

Mais il n’en fait rien. Il écarte la couette et pose un pied à terre. Une phrase lui revient : « Je peux avoir besoin de lui n’importe quand, en journée, en soirée, le week-end parfois. Bien évidemment, le salaire sera en conséquence ! » Certes. Toutefois, la question du montant n’avait pas été posée. Ce n’est pas qu’il n’avait pas osé la poser, non, il n’y avait tout simplement pas pensé. Ce job était une chance. Il savait qu’il ne trouverait pas un emploi si facilement. De nos jours, c’était aussi facile à dégoter qu’une pépite d’or dans les eaux fraîches du Klondike !

Dans la salle de bains, il allume le soufflant, seule source de chaleur de la pièce. En attendant, il file dans la cuisine mettre son bol à chauffer – au saut du lit, il ne peut avaler que du chocolat au lait – tout en se préparant des tartines de beurre. Il se force à manger, car, en réalité, il a l’estomac noué par l’appréhension. Le ventre semi-plein, il se glisse dans la cabine de douche, tendu à l’idée de perdre du temps à régler la température de l’eau – le mitigeur rend des services pour le moins mitigés : soit c’est trop chaud, soit trop froid, il n’y a guère de demi-mesure !

La peau rougie par le jet brûlant, Esteban enfile un tee-shirt minutieusement repassé la veille, et le recouvre d’un gilet. Des chaussettes, un boxer et le jean de l’entretien suffisent à parfaire sa tenue. Vient le moment du coiffage qui prend en général autant de temps que la douche elle-même ! Fin prêt, il s’empare de son attaché-case dans lequel se trouvent un cahier à spirales pour noter, le cas échéant, des informations à savoir ou des conseils à retenir, des stylos, des crayons ainsi que des surligneurs jaune, rose, orange et bleu. Il prend soin de vérifier qu’il ne manque rien avant de le refermer. Quelles chaussures mettre ? Il opte pour les Converse montantes achetées lors des soldes. En fermant la porte de l’appartement, il réfléchit à ce qu’il pourrait oublier, il tâte sa poitrine, le portefeuille logé dans son blouson est là. Il peut partir !

8h25. Esteban frappe à la porte de son employeur, le cœur battant.

— Oui, entrez ! crache une voix derrière la porte.

— Bonjour Monsieur Milton.

— Ah, c’est vous ! s’exclame le boss en scrutant son employé de la tête aux pieds.

Esteban retient son souffle, il comprend, voyant les sourcils froncés, que quelque chose ne va pas.

— Déshabillez-vous ! commande Damian Milton.

— Pardon ?

— Êtes-vous sourd en plus ?

— Non… mais…

— Je vous demande d’ôter votre pantalon et le haut aussi, dit-il en ouvrant une commode en bois blanc à peine visible dans ce décor d’hôpital. Je dois avoir quelque chose pour vous…

Esteban ne sait que faire. Il hésite entre rester immobile et risquer d’éveiller le courroux de son patron, ou bien s’exécuter tel un obéissant toutou face à un maître très sévère.

Quand il se retourne, muni d’une chemise et d’un pantalon noirs, Esteban est en train de retirer son blouson.

— Eh bien, on ne peut pas dire que vous soyez une flèche !

À ces mots, Esteban se hâte, enlève tee-shirt et gilet d’un seul geste, puis le jean ; ce faisant, il manque de tomber et se retient au bureau.

— Pouvez-vous retirer vos doigts du verre ?

— Euh… ah oui ! Pardon.

— Enfilez ça !

Un peu honteux de se trouver en sous-vêtements devant son boss, le garçon ne traîne pas pour sauter dans le pantalon en toile. Il ne veut pas non plus essuyer une nouvelle remarque désagréable ! Il enfile la chemise qu’il boutonne tellement vite qu’il se trompe de boutons. Ses yeux se lèvent furtivement vers Milton...

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