Une Nuit fanatique

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Dans son sixième roman, Guillaume Perrotte nous entraîne dans la folie d'une fan de littérature érotique qui ne veut pas perdre celui qui l'a fait tant fantasmer.





Nu, les membres solidement attachés aux barreaux du lit par des ceintures en cuir souple et des bas noirs... Voilà comment j'ai repris connaissance après avoir bu un pot avec Aurore dans une taverne de Brive, située à moins de cent mètres de la salle des fêtes avant de perdre la tête, sans doute à cause de l'alcool, vu ma bouche pâteuse et mon début de migraine.
– Alors comme ça, vous n'êtes plus inspiré pour écrire des romans érotiques ; vous auriez pondu le premier jet d'un polar tout public ? m'a-t-elle lâchement provoqué d'une voix suave, tout en se mettant à me caresser le ventre de sa main bouillante.
– Vous avez mis quoi exactement dans mon verre, quand je suis allé pisser ? Un somnifère ? Du GHB ?
Elle a souri voluptueusement, les yeux malicieux. Puis elle a approché son visage du mien, ses lèvres de mon oreille gauche et m'a susurré :
– N'ayez crainte, Guillaume : je vais vous aider à retrouver toute votre inspiration.


Tout dégénère pour Guillaume Perrotte le jour où il se retrouve à la Foire du livre de Brive-la-Gaillarde et qu'une jeune et jolie jeune femme, grande fanatique de ses textes licencieux, se présente à lui pour une dédicace.


Plus que ses longs cheveux blonds bouclés en mouvement dans l'air, comme si sa chevelure dense était chargée d'électricité statique dans cette bruyante foire littéraire, c'est son regard bleu-noir, habité d'une sensualité abyssale, qui m'a aussitôt frappé en plein dans le mille. Moins un coup de foudre qu'un coup de fouet, ai-je ressenti à cette seconde en la voyant m'adresser un sourire pâle, éclairé d'un terrible romantisme. Si je la voyais pour la première fois en chair et en os, je connaissais précisément sa date de naissance : le 21 septembre 1982. Ainsi que son prénom et son nom de famille : Aurore Lavigne. Je connaissais encore deux ou trois choses d'elle d'assez personnelles grâce à Facebook.



Dans cette mise en abyme entre l'écrivain et sa lectrice, Perrotte transcende cette histoire excitante et noire, tout en adressant un clin d'œil amusé à Stephen King.





Publié le : jeudi 28 mai 2015
Lecture(s) : 31
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782846285322
Nombre de pages : 125
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DU MÊME AUTEUR AUX ÉDITIONS BLANCHE :

Proposition perverse, 2005 (Pocket, 2010)

 

Vengeance conjugale, 2007

 

Sex addict, 2008

 

Un amour trop mortel, 2009

 

Femmes de pub, 2010 (J’ai Lu, 2012)

AUX ÉDITIONS BLANCHE
SOUS LE PSEUDONYME DE
NICK TAMMER :

Harry Peloteur et la braguette magique, 2007

À cette jolie jeune lectrice, qui m’a inspiré
cette histoire de dingue…

L’Auteur

1.

Tout a dégénéré pour moi le jour où je me suis retrouvé en ce début novembre à la Foire du livre de Brive-la-Gaillarde à la demande de mon éditeur Franck Spengler, pape de la littérature érotique hexagonale. Si j’avais dans ma tête définitivement coupé le cordon ombilical avec le roman libidinal – je venais d’écrire le premier jet d’un polar tout public –, j’étais toujours contractuellement prié d’assurer la promotion de mon dernier ouvrage érotique intitulé Septième ciel. Plus terre à terre, Spengler était devenu pour moi bien davantage qu’un éditeur : un ami réel, avec lequel je parlais de tout, sauf de contrat ou d’à-valoir. Me sachant lecteur inconditionnel, il lui arrivait parfois de me demander mon avis sur certains textes intéressants qui lui arrivaient par la poste ou sur d’autres qu’il hésitait à publier, et sur lesquels il s’interrogeait encore.

C’est alors qu’elle s’est approchée timidement du stand des Éditions Blanche, celles de Spengler, un exemplaire déjà fatigué de Septième ciel entre ses longs doigts fins et opalins, genre spécimen déterré chez un obscur soldeur, alors que le livre était paru le mois dernier. Plus que ses longs cheveux blonds bouclés en mouvement dans l’air, comme si sa chevelure dense était chargée d’électricité statique dans cette bruyante foire littéraire, c’est son regard bleu noir, habité d’une sensualité abyssale, qui m’a aussitôt frappé en plein dans le mille. Moins un coup de foudre qu’un coup de fouet, ai-je ressenti à cette seconde en la voyant m’adresser un sourire pâle, éclairé d’un terrible romantisme. Si je la voyais pour la première fois en chair et en os, je connaissais précisément sa date de naissance : le 21 septembre 1982. Ainsi que son prénom et son nom de famille : Aurore Lavigne. Je connaissais encore deux ou trois choses d’elle assez personnelles grâce à Facebook. Je savais qu’elle était assistante de direction, qu’elle adorait lire et qu’elle était en couple. Son sourire s’est affirmé quand elle m’a tendu son exemplaire d’une main fébrile.

– J’ai eu peur d’arriver trop tard, m’a-t-elle dit d’une voix cristalline, un peu essoufflée, comme si elle avait craint de louper le rendez-vous de sa vie.

– Vous ne venez pas de Paris, tout de même ? lui ai-je demandé avec bienveillance, en ouvrant son exemplaire défraîchi à la page du titre.

– Non. Mes parents ont une maison à Ussac. C’est à environ cinq kilomètres d’ici, m’a-t-elle appris, toujours un peu essoufflée. (L’émotion ? Certainement.) Quand j’ai appris que vous étiez cet après-midi à Brive, j’ai été folle de joie. Vos dédicaces sont si rares…

J’ai eu un petit rictus dépité ; je me faisais rare dans ce genre de manifestations publiques simplement parce que je n’y étais pas convié, la littérature érotique étant toujours considérée par le gotha littéraire et les médias comme un sous-genre.

– Votre prénom est Aurore, n’est-ce pas ?

Mon interrogation l’a déstabilisée.

– Je ne pensais pas que vous vous en souviendriez, depuis tout ce temps.

Il ne fallait rien exagérer : elle m’avait contacté il y a quelques mois par le biais de Facebook, et je n’avais pas eu le cynisme de jouer les indifférents. D’autant qu’elle avait été la première (et l’unique) lectrice à m’envoyer un message de félicitations. Et quand elle m’avait demandé si j’avais un autre livre en route, je lui avais répondu qu’il était déjà terminé et qu’il sortirait en octobre. Elle m’avait remercié pour cette info exclusive et m’avait promis d’être l’une des premières à l’acheter. Aurore avait tenu promesse.

Aussi ai-je dégainé mon gros Montblanc (cadeau de Laure pour mes quarante ans, six ans déjà…). Ma dédicace : Pour Aurore, la plus belle de mes fans. Qui illumine de son regard de flamme cette triste journée automnale. Amitiés sincères, Guillaume Perrotte. Puis j’ai refermé le livre et lui ai tendu l’exemplaire avec un sourire professionnel ; elle s’est mise à rougir en le serrant fort.

– J’imagine que vous êtes très pris et sollicité, mais je vous aurais bien offert un verre. (Elle s’est nerveusement frotté le front.) Non, oubliez ça, je délire complètement.

Elle m’a gauchement tendu la main, que j’ai ignorée pour lui dire :

– J’accepte, à condition que vous me laissiez vous inviter.

Elle a ouvert de grands yeux sidérés.

– Vraiment ?

Son désarroi m’a touché.

– Absolument. C’est assez calme, depuis un moment. Même plus que calme, ai-je concédé. (Cette fois, c’est mon propre désarroi qui l’a touchée.) Nous pourrions nous retrouver à l’extérieur du hall dans une heure. Vous m’emmèneriez dans un endroit un peu plus fun, ai-je eu la faiblesse – et l’inconscience – de lui proposer.

2.

Complètement immobile, nu, les membres solidement attachés aux barreaux du lit par des ceintures en cuir souple et des bas noirs… Voilà comment j’ai repris connaissance après avoir bu un pot (voire deux ou trois) avec Aurore dans une taverne de Brive, située à moins de cent mètres de la salle des fêtes, avant de perdre la tête, sans doute à cause de l’alcool, vu ma bouche pâteuse et mon début de migraine. Mais comment avais-je pu me saouler à ce point et en aussi peu de temps ? J’ai alors repensé aux puissants anti-inflammatoires que m’avait prescrits mon toubib la semaine précédente suite à une lombalgie aiguë, le mal classique des romanciers. « Une chance que vous n’étiez pas occupé à tester une nouvelle position acrobatique avec votre épouse, sans quoi vous auriez été, en plus, victime d’un priapisme ! », s’est permis de plaisanter notre bon médecin de famille. Docteur que je me suis pris à haïr à cause de ses médocs hyper forts, incompatibles avec la prise d’alcool et à cause desquels j’avais perdu pied avec la réalité. L’espace d’un flash surréaliste, j’ai eu la sensation grotesque de me retrouver propulsé dans un antique nanar érotique de Jess Franco, ou encore dans une émission contemporaine de sexe-réalité. Dans ce cas, où étaient les caméras ? Nulle part, a priori. Non, ça ne tenait pas franchement debout. Quant à moi, j’étais bel et bien à terre, aussi sonné qu’un pugiliste ayant reçu un coup trop bas.

La vérité était plus simple et terrifiante : j’étais chez Aurore. Ou plus exactement dans la maison de ses parents, actuellement en voyage à Miami. C’est elle-même qui me l’a révélé lorsque je lui ai demandé où j’étais, des marteaux-piqueurs dans le crâne, l’haleine médicamenteuse et alcoolisée – je ne me souvenais pas d’avoir bu plus de deux babies ; cette faible quantité de whisky avait-elle pu suffire à me conduire au seuil d’un coma éthylique ? Là encore, j’en doutais fort.

– Bienvenue dans mon ancienne chambre d’adolescente, a-t-elle ajouté en me contemplant telle une œuvre d’art, mais d’un œil critique. Votre corps est exactement comme je l’imaginais, a-t-elle fini par m’avouer en fixant son regard bleu noir intense sur mon pénis en berne, comme si elle mourait d’envie de l’enfourner tout entier dans sa jolie bouche sensuelle.

J’ai ricané de dépit, soudain halluciné.

– Vous allez me violer ? C’est ça ?!

Elle a paru choquée.

– Pour qui me prenez-vous ? Pour une nympho hystérique ?

– Oui. Sauf si vous me détachez sagement.

Elle m’a adressé un petit sourire indulgent.

– Cessez de vous mentir. Au fond, cette situation vous excite au plus haut point. Mieux : elle vous inspire.

– J’ai l’air d’être excité ? ai-je demandé en lui désignant du menton ma verge flasque.

– Votre excitation est davantage cérébrale, vu les machins tordus que vous écrivez depuis des années dans vos bouquins. (Son sourire s’est affirmé dans le mutin.) Vous êtes plutôt bien monté, même au repos, mais je m’attendais à mieux, étant donné les sexes démesurés que possèdent généralement tous vos héros.

J’ai saisi cette occasion pour plaider ma cause pathétique :

– Démesuré est le mot exact. Et je vais encore vous décevoir : contrairement à mes doubles virils, je ferraille beaucoup moins longtemps qu’eux. Comme on dit, ce sont toujours les cordonniers les plus mal chaussés.

Après avoir volontairement amoindri mes performances viriles, elle est venue s’asseoir à mes côtés sur le lit. Si j’étais nu comme un ver, elle était vêtue d’un ravissant kimono bleu clair, et ses tétons saillaient sous l’étoffe fine. De plus, elle sentait bon la pomme, la biblique, celle de la tentation vénéneuse ; un frisson a parcouru mon pénis endormi. Pourvu qu’il ne se réveille pas subitement, ai-je pensé à ce moment-là. Car j’étais passablement fiévreux et alcoolisé, deux états qui déclenchaient chez moi une érection trouble.

3.

– Alors comme ça, vous n’êtes plus inspiré pour écrire des romans érotiques ; vous auriez pondu le premier jet d’un polar tout public ? m’a-t-elle lâchement provoqué d’une voix suave, tout en se mettant à me caresser le ventre de sa main bouillante – je me souviens de lui avoir révélé ce scoop très personnel entre deux gorgées de scotch ; j’étais déjà un peu schlass, anormalement sonné.

– Vous avez mis quoi exactement dans mon verre, quand je suis allé pisser ? Un somnifère ? Du GHB ?

Elle a souri voluptueusement, les yeux malicieux. Puis elle a approché son visage du mien, ses lèvres de mon oreille gauche, et m’a susurré :

– N’ayez crainte, Guillaume : je vais vous aider à retrouver toute votre inspiration.

4.

Elle a posé ses lèvres fraîches sur mes lèvres sèches, puis sa petite langue humide et mentholée s’est enroulée autour de ma langue rêche et déshydratée. Conséquence immédiate : mon cœur s’est mis à propulser du sang vers mon bas-ventre. Mon premier baiser extraconjugal. Vingt ans que je n’avais pas goûté à une autre bouche que celle de Laure ! Cette diablesse d’Aurore a ensuite empoigné ma raideur avant de me dire, histoire de bien continuer à m’enfoncer la tête dans le sac :

– J’étais certaine qu’une simple petite séance de bouche-à-bouche suffirait à ranimer la libido du grand auteur érotique, celui qui m’a tant chauffée avec ses histoires luxurieuses ; l’homme inspiré qui a décuplé mes orgasmes rien qu’avec ses phrases obscènes ; qui m’a transformée en louve affamée, certaines nuits de pleine lune…

Houlà ! me suis-je exclamé intérieurement. Elle a accéléré sa caresse manuelle et mon plaisir est monté aussi vite que la mer durant une forte marée d’équinoxe. Je n’allais tout de même pas avoir une éjaculation de puceau ! Et hors de question que cette garce foldingue me prenne en plus pour un éjaculateur précoce : j’avais tout de même une certaine dignité à conserver, même si la sagesse aurait voulu que je jouisse à cet instant ; elle aurait estimé avoir gagné la partie et m’aurait libéré de mes liens grotesques. Je me serais alors rhabillé aussi vite qu’un mari sur le point d’être surpris en flagrant délit d’adultère, et j’aurais couru jusqu’à la gare pour attraper mon TGV. D’ailleurs, quelle heure était-il ? Ne l’avais-je pas déjà loupé, mon train ? Impossible, vu ma triste position christique, de lire l’heure à ma montre. J’ai juste pu constater, en jetant un regard inquiet vers la fenêtre, qu’il faisait nuit noire au dehors, mais la nuit commençait à tomber vite en cette période de l’année. J’ai noté qu’elle n’avait pas pris soin de tirer les rideaux ou de fermer les volets et qu’aucune lumière extérieure n’était visible, preuves que la maison était vraiment isolée. Elle a enregistré mon désarroi :

– Ici, personne ne vous entendra hurler de plaisir, monsieur l’érotomane, m’a-t-elle assuré en prenant volontairement une voix grandiloquente de film d’horreur, avant de ricaner de son petit effet.

J’ai frémi d’angoisse. Point positif : j’avais ramolli entre ses doigts chauds et fins ; mon honneur était donc sauf. De nouveau maître de mes émotions les plus instinctives, je lui ai dit sans plaisanter, moi-même un peu halluciné par mes propres paroles :

– Si vous me libérez maintenant, je ne porterai pas plainte contre vous pour enlèvement et séquestration.

Elle s’est renfrognée, m’a douloureusement comprimé le membre et a rétorqué sans rire :

– Si vous ne m’obéissez pas, c’est pour castration que vous irez porter plainte demain matin. Si du moins vous survivez jusque-là.

J’étais vraiment dans de très, très sales draps…

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