Que ça n'aille jamais plus mal...!

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Dans l'Aude, sous Napoléon III, au travers du récit malicieux et truffé d'anecdotes d'un jeune garçon ; l'histoire des préparatifs du mariage de sa sœur aînée. Mouvementé mais,... que ça n'aille jamais plus mal…!
Tiré de l’histoire personnelle de ses arrières grands-parents et grand-oncle paternels, c'est à partir de sa devise familiale que l'auteur nous livre un roman picaresque et jubilatoire, inscrit sur fond de vignobles, au cœur de la petite bourgeoisie de province de la fin du XIXe siècle.
Frais et distrayant !
Publié le : vendredi 5 décembre 2014
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– CHAPITRE 3 – Ainsi donc, ma sœur avait rencontré chez son amie Pauline, un jeune lieutenant fort bien tourné de sa personne. Calixte RAVEL était grand, beau bref, séduisant. Il s’agissait en fait d’un cousin éloigné de ladite amie, qui séjournait pour un temps en permission. En passe de devenir médecin-militaire, il effectuait une pause avant de rejoindre Paris. Cette bonne amie, que ma sœur chérissait, était de deux ans son aînée et avait déjà un promis en la personne d’Auguste CANTALOU, le fils d’un riche propriétaire de la région. Les fiançailles avaient été célébrées en juin dernier et avaient occasionné des réjouissances pour presque tout le village et ses environs. Habits de fêtes, cotillons et ripailles furent exhibés à profusion durant cette mémorable journée. Et pourquoi donc mémorable ? Patience... Monsieur et Madame THIRY, les parents de Pauline, n’avaient pas lésiné à la dépense. Ainsi, on pouvait voir Rose THIRY se pavaner en grand ruché, un peu exagéré, parmi jambons, saucissons, confits et cochonnailles disposés sur des tables à tréteaux qui avaient été dressées pour la circonstance dans la grande cour de leur propriété. La liesse était générale et quelques heures après, les trognes s’affichaient plutôt rougeaudes. Ce repas de fête avait été précédé d’une messe de bénédiction solennelle au cours de laquelle Monsieur le Curé avait prononcé un sermon dithyrambique sur les valeurs sacrées attachées aux liens des fiançailles, s’était à moitié étranglé, sous l’œil rougissant de Pauline et le regard congestionné d’Auguste, lorsqu’il avait abordé l’aspect de cette période qui devait demeurer chaste, avait houspillé discrètement l’un des enfants de chœur qui commençait à s’endormir tout en tenant son
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chandelier et s’en était difficilement sorti, lorsque accompagné d’un geste large, il nous avait béni en toussant lamentablement ; ce qui avait faillit lui ôter toute la dignité attachée à son sacerdoce. Au bout d’une heure de cette messe tragi-comique, je me retrouvais à gambader sur le parvis de notre église pendant que les grands s’échangeaient force compliments de rigueur. Chacun s’était efforcé de s’apprêter au mieux, même les plus humbles d’entre nous. Pour certains, les costumes du dimanche avaient été nettoyés, voire même reprisés et repassés ; les galoches avaient été troquées contre des bottines qui meurtrissaient les pieds inhabitués mais rutilaient au soleil d’avoir été tant astiquées à grands jets de crachats, le cirage étant denrée rare à l’époque. Les Messieurs étaient rasés de frais, barbes, favoris et mouches taillés. Certains affichaient parfois un petit morceau de papier cicatrisant oublié sur une joue coupée. Les Dames, loin d’être en reste, se noyaient presque dans une débauche de crinolines affriolantes ou alors, se retrouvaient en simple jupe de sortie, mais sanglées dans un chemisier pimpant, à la dentelle craquante d’amidon. Les coiffures étaient selon, sagement rangées sous le bonnet, ou bien débordantes de boucles qui avaient généré quelques cris matinaux en retirant leurs papillotes-chrysalides. D’ailleurs, mes oreilles en savaient quelque chose pour avoir entendu Joséphine beugler pendant près d’une demi-heure. Mes parents avaient bien sûr été conviés et mon père, la moustache retroussée au fer à frisé, avait cette fois revêtu de fin souliers en échange de ses bottes d’ogre. Ma mère était toute de bleu-lavande vêtue. Elle s’éventait avec frénésie à l’aide d’un éventail arachnéen de peur de voir virer son léger maquillage menacé par l’émotion de la cérémonie et les premières chaleurs de juin. Cadeau de sa mère Émilia, que j’appelais grand-mère Lilia, ce petit objet précieux, constitué d’une fine dentelle crème, menaçait de se briser à chaque battement tant elle l’agitait avec vigueur. Ma sœur était aussi rose que sa toilette, les yeux brillants comme ses boutons de
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bottines ; quant à moi, on m’avait déguisé avec une sorte de costume qui oscillait entre le ridicule d’une marinière et le trop court d’une culotte qui n’arrivait pas à masquer mes genoux sempiternellement estafilés. Engoncé comme un pingouin, j’arrivais quand même à galoper avec mes camarades, malgré des bottines neuves qui me comprimaient affreusement les pieds. Pauline, tel un bonbon, émergeait de sa robe tuyautée en inclinant gracilement la tête qui, a un compliment, ou une félicitation. De temps à autres, elle portait la main à son cou pour s’assurer de la présence d’un triple rang de perles fines que son fiancé lui avait fait porter le matin même, assorti d’un doux billet. Auguste, presque au “garde à vous”, se tenait prêt d’elle en lui serrant précieusement le coude et n’arrivait pas à détacher son regard de l’image céleste qu’elle offrait. Perdus dans cette foule bigarrée, il émanait de ces deux êtres une aura lumineuse, et les regards énamourés qu’ils échangeaient laissaient augurer du succès de leur futur couple. Cette joyeuse troupe, parfumée à souhait, mais au charme et à l’élégance toute provinciale, se dirigeait nonchalamment vers la ferme des THIRY, l’œil brillant et les babines fendues à l’idée du festin qui l’attendait, lorsque le second incident de la journée intervint. Hors d’haleine et braillant comme un écorché vif, le commis des THIRY arriva en galopant à notre rencontre. Les mouvements désordonnés de ses bras et de sa tête lui donnaient un air de pantin hagard et désarticulé. Armand THIRY en fit d’ailleurs les frais car il reçut ce pauvre Ernest de plein fouet dans ses bras pourtant puissants. Le choc fut si violent que les deux hommes tombèrent à terre. Après quelques minutes et se retrouvant tous deux sur pieds, il était encore difficile de comprendre le sabir mêlé de grands gestes d’un Ernest au bord de l’hystérie. Armand THIRY l’attrapa alors par les épaules en le secouant comme un mirabellier.
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