Sous le soleil de Charly 1

De
Publié par

Charly Smith arrive à Sunnytown avec ses deux meilleurs amis, Tony et Liz. Elle vient rejoindre sa mère et ses deux sœurs. Elle espère prendre un nouveau départ et si possible s'installer définitivement cette fois et surtout éviter l'amour qui ne provoque que des catastrophes dans sa vie.
Mick Drew arrive à Sunnytown pour prendre la place du chef de famille après le décès de ses parents. Il va être le tuteur de son frère Ronnie, 10 ans et surveiller Keith, son autre frère, majeur mais irresponsable. Sa petite amie Karen n'est pas prête pour la vie de famille et le quitte après trois ans de relation.
Mick et Charly vont se rencontrer et tout ne va pas être simple entre eux, loin de là.
Publié le : mercredi 23 mars 2016
Lecture(s) : 6
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782368921265
Nombre de pages : 109
Prix de location à la page : 0,0002€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois
Sons le soleil de Charly, tome 1 CariNe C. IllnstratioN : Vael Cat La RomaNce, coll. dirigée par L.S. ANge ÉditioNs L’ivre-Book
Chapitre 1 Charly La pancarte indique « BIENVENUE À SUNNYTOWN, la ville qui réalise vos rêves » ! Je sais depuis longtemps que les rêves sont là pour nous permettre d'imaginer un monde meilleur, une vie plus belle. Un peu comme l'amour. Notre périple touche à sa fin, et tant mieux ! Je lève les yeux vers Tony qui est au volant. Il est beau avec ses cheveux mi-longs, son teint mat, son grain de beauté sur la joue, sa bouche gourmande. Il fait tellement mauvais garçon comme ça, avec son allure décontractée, sa nonchalance, son t-shirt et son jean moulant, juste comme il faut. Difficile de croire comme ça qu'il peut en une heure devenir une magnifique jeune fille. Et pourtant c'est vrai ! Tony, c'est le seul garçon que je n’ai jamais aimé sans que ça ne me fasse peur, mais c'est un amour particulier ! Lui non plus ne croit plus aux rêves, plus depuis que ses parents l'ont renié à cause de son incertitude d'identité et sa bisexualité. Il me fait un clin d’œil et sourit. Je tourne la tête pour regarder Liz dormir, elle semble si paisible et si douce dans ces moments-là. On dirait une vraie poupée de porcelaine avec son teint laiteux et ses cheveux blonds crépus. Mais éveillée, ce n'est pas la même. Elle non plus, elle ne croit plus aux rêves, sûrement depuis le jour de sa naissance quand elle a été abandonnée. Ces deux-là sont ma vie et ils pourraient me suffire si je n'avais pas eu besoin d'un boulot pour avoir un toit au-dessus de nos têtes ainsi qu'un frigo plein, de l'eau chaude etc. On s'est connus au lycée et ça a tout de suite fonctionné entre {1} nous. On a toujours été là les uns pour les autres, des BFF . Alors quand je leur ai dit que je voulais quitter New York pour aller vivre près de chez ma mère, ils ont dit bingo ! La ville a été refaite à peine un an auparavant et offre des possibilités d'études qui débouchent directement sur un emploi dans la grande multinationale locale Black Corp (celui qui a créé cette société non plus ne doit pas croire aux rêves sinon il aurait appelé sa compagnie White Corp ou Yellow Corp ou encore Sunny Corp à la rigueur !). C'est sans doute ça le rêve dont parle la pancarte, l'avenir. Je reporte mon attention sur la route, on accède au boulevard principal et me demande encore si on a pris la bonne décision. C'est alors que je sens les doigts de Tony enlacer les miens avant de les serrer. Et bientôt la main de Liz se pose sur mon épaule. Je ferme les yeux pour tenter de me détendre. Dans quelques minutes, je verrai ma mère et mes sœurs. J'aurai tous les gens que j'aime autour de moi. Un nouveau départ, encore un ! Enfin, si la voiture le permet ! On a vendu tout ce dont on pouvait se passer pour acheter cette voiture et le vendeur nous a assuré que c'était une bonne affaire. Ne jamais faire confiance à un vendeur de voitures d'occasion ! Mais on n'avait pas le choix, vu nos maigres économies, la Le Baron de 1998 était pour une aubaine, une aubaine de 1000 dollars. J'en peux plus de cette voiture ! Entre les sièges défoncés dont on sent chaque ressort, l'absence de radio et les vibrations du plastique un peu partout, le trajet m'a paru trop long ! Notre aubaine tousse et fume de plus en plus et ne veut presque plus avancer. Si Sunnytown avait pu tenir sa promesse, nous serions déjà en train de nous garer dans l'allée du jardin de ma mère, et pas en panne au milieu de la ville. Je ne sais pas si elle peut réaliser mes rêves, mais elle n'est pas très accueillante, on dirait une ville fantôme avec des papiers qui courent sur les trottoirs poussés par le vent ! Tony réussit quand même à se garer pour analyser la situation. — Alors ? demandais-je en le rejoignant. — Je crois qu'on va pouvoir aller jusqu'à chez ta mère. Amène-moi la bouteille d'eau. Il continue de sourire malgré tout. Tony, c'est mon rayon de soleil.
— Avoue que ça te fait fantasmer un mec penché au-dessus d'un moteur ! dit il en se caressant le torse. — Si t'étais torse nu avec un jean plein de cambouis, peut-être. — Ça peut se faire, tu sais, rajoute-t-il en attrapant le bas de son t-shirt. — J'aimerais faire une arrivée discrète dans cette nouvelle ville alors on va s'en passer. — Se passer de quoi ? bredouille Liz en s'étirant, à peine sortie de la voiture. — De Tony qui veut me faire vivre un fantasme. — Celui du mécanicien, précise-t-il. — Moi, si tu te mets à me courir après avec une clé à molette dans la main... — Tes fantasmes sont bizarres, lui répond Tony en secouant la tête. — Je suis une fille bizarre, conclut Liz en haussant les épaules. {2} — Et c'est pour ça que je t'aime, guimauve Tony. Elle se frotte à lui en ronronnant comme un chat. Cinq minutes plus tard, on repart faire les cinq kilomètres qui nous séparent de maman. On quitte l’artère principale pour rejoindre le quartier dit « populaire », soit un lotissement de maisons entassées bon marché. Je me demande si maman est rentrée. Tony me reprend la main, tandis que celles de Liz recouvrent les nôtres. C'est notre signe, Tony va chanter. Il entame les premières notes de « Hallelujah » et je sens des frissons traverser mon corps. Sa voix est envoûtante et terriblement érotique. Le seul problème de Tony, c'est qu'il manque de confiance en lui quand il chante. Alors avec Liz, on lui tient la main. On est ses piliers. Ils sont les miens. Il enchaîne avec « Happy » et je sens la joie regagner mon cœur. En plus, nous sommes enfin arrivés. Maman se précipite dehors et nous prend dans ses bras. — Mes enfants ! Vous voilà enfin ! Vous avez fait bonne route ? Vous avez faim ? Vous... — Ça va maman. — Bonjour Rose, toujours aussi fraîche que la rosée du matin ! la complimente Tony. — Charmeur ! Bonjour Liz. Liz répond d'un mouvement de tête. Maman n'a jamais été très à l'aise avec Liz, surtout avec son côté lugubre. Elle qui déborde de vie, a du mal à comprendre comment on peut être fasciné par la mort. Mais Liz est mon amie alors maman la tolère. Je lève les yeux vers la maison. Maman n'a pas menti, elle est petite et enclavée entre deux autres, mais en bon état. À l'intérieur, il n'y a que cinq pièces, une cuisine/salon, trois chambres et une salle de bain. Déjà limite pour trois personnes, alors pour six ! On a un plan avec Tony et Liz. Dès demain, on ira s'inscrire à la fac et Liz fera une demande pour une chambre. Étant orpheline, elle est prioritaire et aurait droit à une bourse spéciale. Ensuite, on vivra tous les trois dans sa chambre. On vient de passer une année dans un studio insalubre à New York alors une chambre universitaire ça va être le grand luxe ! Dans le salon sommaire, je trouve mes sœurs devant la télévision. Sally, la petite me saute au cou, ravie de me retrouver. Donna par contre fait une drôle de tête et je crois savoir pourquoi. Quand j'ai appelé pour annoncer à maman que je venais, elle m'a appris que Donna avait un copain et qu'elle ne la voyait plus que pour dormir. Je souris en regardant ma sœur. Elle a déjà quinze ans et est vraiment belle. Elle ne peut avoir que du succès auprès des garçons avec ses yeux en forme d'amande, vert émeraude et son sourire contagieux. Ses cheveux longs bruns descendent en milieu de son dos, mais un dégradé encadre son visage. Maman est passée par là pour la couleur et la brillance. Elle a hérité du charme de papa et moi de celui de maman. Mais elle n'a pas pu connaître assez longtemps papa pour s'en rendre compte par elle-même. Il était un magicien : un jour, il était sorti faire une course et hop ! Il avait disparu, nous laissant maman, Donna et moi dans la misère. À cette époque, j'avais sept ans, Donna en avait deux et maman était shampouineuse dans un petit salon de coiffure.
Grâce à sa patronne très compréhensive, elle avait appris le métier. Trois ans plus tard, après une nuit de débauche, Sally avait rejoint notre galère. Aujourd'hui, maman est à son compte et a développé ses compétences. Elle s'en sort tout juste. Malgré ça, dès que je lui ai dit que j'avais des ennuis, elle m'a dit de la rejoindre. Elle est comme ça ma mère, généreuse. Et c'est la seule chose qu'elle a transmise à Sally. La petite dernière est le portrait craché de son père, dixit ma mère même si quelquefois je doute qu'elle se souvienne de lui. Sally a les yeux bleus saphir et des cheveux blonds tout ondulés. — Vive l'adolescence ! lance Tony en regardant Donna. — C'est ça, lui répond-elle. Et toi, t'as fini ta crise ? — Oulà ! j'interviens avant qu'il ne réponde. Temps mort tous les deux, on se calme. — Maman, je peux... ? demande Donna d'un air entendu. — Allez, file ! Donna se lève et embrasse maman sur la joue en la remerciant, puis elle file dans sa chambre avant de ressortir quelques minutes plus tard. — Désolée, s'excuse maman — Pas grave ! Les parricides sont plus fréquents qu'on ne croit surtout lorsque l'enfant est un adolescent perturbé par les hormones.... — Merci Liz pour cette information capitale ! dis-je. — Si je peux rendre service. — Charly, ma puce, tu viens avec moi chercher quelques pizzas ? — Bien sûr maman. — Tony, je te laisse prendre soin de Sally. — Pas de problème, j'adore les babygirls, répond-il avec un clin d’œil. Je rassure ma mère du regard, je sais qu'elle s’inquiète par rapport à Liz et quelques minutes plus tard dans la voiture, une Honda Civic un peu plus récente que la notre, mais qui roule, elle, ma mère commence son interrogatoire. — Alors ma puce, qu'est-ce qu'il se passe ? T'es pas enceinte au moins ? — Non maman, riais-je. Rassure-toi, je ne gâcherai pas ma jeunesse comme j'ai gâché la tienne.... — Je n'ai jamais dit ça ! — Mais tomber enceinte à quinze ans n'a pas été… — Non c'est de me retrouver seule avec trois enfants à vingt-cinq ans et en aucun cas, je ne vous juge responsables ! Le seul responsable, c'est .. — Je sais ! je soupire, j'ai entendu ce refrain trop de fois. — Alors ? Pourquoi tu devais quitter New York aussi rapidement ? — J'ai eu quelques ennuis là bas. — Ça, j'avais compris. — Je n'ai pas envie d'en parler. Je viens là pour repartir à zéro ! Je veux laisser toute cette merde derrière moi ! — C'est déjà ce que tu m'as dit quand tu es partie pour New York ! Et nous revoilà au point de départ. En quoi ce sera différent cette fois ? Je souris malgré moi. — Sunnytown va réaliser tous mes rêves !! Ma mère me rend mon sourire forcé, alors je pose ma main sur la sienne. — Tout va bien maman. Je ne sais pas qui j'essaie de convaincre le plus, elle ou moi ? Il faut que je parle d'autre chose, vite. — Tu l'as déjà rencontré le copain de Donn ? — Non. — Donne-moi ton portable, je vais envoyer un message à Donn pour qu'ils viennent partager la pizza.
— Elle ne voudra jamais, dit-elle en me tendant son sac. Elle ne veut même pas parler avec moi... — Tu es sa mère, c'est normal ! je souris un peu plus à l'arrivée du message de Donna. Et on va devoir prendre une pizza de plus. — T'es une magicienne ma fille ! elle se gare et se tourne vers moi. Je suis heureuse que tu sois ici. — Moi aussi maman, moi aussi.... Je la serre dans mes bras et réalise alors combien elle m'avait manqué. Mick — Et voilà, c'est le dernier carton ! Bravo bonhomme ! T'as vraiment assuré ! Je frotte les cheveux de mon frère Ronnie. Du haut de ses dix ans, il a assuré avec mon autre frère, Keith, un déménagement en une journée. Et nous voilà dans notre nouveau chez nous. Le changement total, surtout pour lui. Il passe d'une villa à un appartement grand comme un dé à coudre en comparaison. Nous avons quand même une chambre chacun et il est situé à mi-chemin entre l'université et l'école et c'était une bonne affaire. Le quartier est calme et on a même un petit jardin. On a quasiment rempli toutes les conditions de l'assistante sociale. Me voilà donc en train de prendre ma nouvelle casquette d'homme de la maison. Ce rôle ne pouvait revenir qu'à moi et pas seulement à cause de mon âge, mais surtout grâce à ma tête qui est bien vissée sur mes épaules. Mes parents nous ont toujours dit de vivre nos rêves à fond, c'est ce qui les a conduits ici et aussi ce qui les a tués. Mes frères ont hérité de leur naïveté, mais pas moi. Ronnie a un talent fou pour le dessin et Keith pour la guitare. Moi, mon talent c'est de nous maintenir la tête hors de l'eau. Pour le moment, tout n'est pas gagné, mais dès qu'on aura vendu l'immense baraque, déjà on aura épongé les dettes. — On finira demain, lâche Keith en s'affalant sur le canapé. — Ce soir, pizza ? — Mick, on se fait livrer, marre de la bagnole ! — J'ai compris Keith, j'y vais ! Mais pendant ce temps, vous faites les lits !! ordonnais- je. J'attrape les clés et au même moment je les entends soupirer. Je ne me fais pas d'illusions, rien ne sera fait. Ronnie a déjà son bloc de dessin en main et Keith, sa guitare. Il nous manque vraiment une nana dans cette baraque. Ça aurait dû être le cas. Karen, mon ex, aurait dû emménager avec nous, mais elle a eu une soudaine prise de conscience (largement soufflée par ses parents) et ne se sentait plus capable tout à coup d'assurer avec moi la responsabilité de mon petit frère. Ça a été la cause de notre rupture, entre autres, il y a trois jours. J'entends Keith crier de penser à la bière. Je secoue la tête. Il a un an de moins que moi, mais beaucoup plus d'écart niveau âge mental. Et surtout il adore jouer la provoc avec moi. Je suis sûr qu'il est et restera un éternel adolescent, mais lui, il peut se le permettre. J'attends mon tour à la pizzeria du centre-ville. L'établissement est récent, la décoration est neuve et ça sent encore la peinture. C'est un peu trop rouge à mon goût, mais bon ! Il n'y a pas foule dans la salle, mais pas mal de monde devant et derrière moi pour les commandes à emporter. Mon téléphone sonne. Je connais cette sonnerie : Karen. J'attrape le maudit objet et fixe son nom sur l'écran. Je l'envoie sur messagerie, mais elle insiste. Je me retourne tout à coup quand quelqu'un me tape sur l'épaule. — Vous voulez que je vous aide à répondre ? — De quoi je me mêle ? — Moi, je dis ça, je dis rien ! Mais si tu ne te décides pas, je prends ta place ! Non parce que je viens de New York juste pour manger une des meilleures pizzas du pays alors....
Je regarde la fille et suis son regard. Les gens devant moi ont avancé pendant que je me débattais avec mon portable et ma conscience. Je hausse les épaules et avance. Je suis trop fatigué pour répondre même quand je l'entends rire dans mon dos. Si Keith avait été là, il l'aurait draguée, il ne peut pas s'en empêcher. Il collectionne les guitares et les filles, d'où son surnom « spécial K ». Mon téléphone vibre et je lis le message de Karen « Si tu as besoin de quoi que ce soit, fais-moi signe ! ». Ce soir, je n'ai besoin que de mon lit et d'une bonne nuit de sommeil. Pour fêter notre emménagement, je décide de faire une petite entorse aux règles de vie que j'ai établies et commande deux bières en plus d'une méga pizza. Au moins, je n'entendrai pas le célèbre refrain de Keith : « Toi, tu ne peux pas faire n'importe quoi, moi, ma belle gueule me l'autorise » et ce qui m'énerve le plus c'est que c'est vrai !
Chapitre2 Charly Quand j'ouvre les yeux, je découvre Tony et Liz dans leur position habituelle pour dormir, mais aussi ma mère, visiblement surprise. C'est vrai que Liz jouant les pieuvres autour du corps de Tony, ça peut surprendre la première fois. J'y suis habituée, je trouve ça touchant. Je les secoue un peu pour qu'ils se réveillent, en vain, et rejoins ma mère dans la cuisine tout aussi minimaliste que le salon, en bâillant. — Bonjour. Vous avez bien dormi ? Tu sais j'aurais pu faire un autre lit, vous auriez été plus à l'aise. — Ils dorment toujours comme ça. — Mais ils sont... rougit maman. — Non !! On est juste amis, tous les trois. — La jeunesse n'est plus ce qu'elle était. Elle regarde sa montre. Je dois filer, j'ouvre l'institut dans une demi-heure et j'ai une livraison qui ne devrait pas tarder. Bonne journée. Elle se retourna juste avant de sortir. — Au fait, remercie Liz de ma part. Je pense que ses informations sur les différentes façons qu'ont les mères de tuer les petits amis de leurs filles ont été plus utiles que tous les discours que j'aurais pu leur faire. Même si elle est étrange, cette fois je dois admettre que ça m'a sortie une belle épine du pied ! — Je lui dirai, elle en sera ravie, répondis-je en riant. Bonne journée maman. Je rejoins mes deux acolytes sur le canapé-lit en frappant des mains : — Allez, les sangsues ! Debout ! Aujourd'hui, on a du boulot ! Tony ouvre un œil et grimace. Liz sans quitter son torse chaud, tourne la tête vers moi. — Quelle heure est-il ? — Sept heures, mais on doit se préparer, aller à la fac, faire le tour des commerces de la ville pour trouver un job et… ; — Stop ! Lance Tony. Pas de liste avant mon café. — Pour moi pas de liste tout court, ajoute Liz. — Dans ce cas, levez-vous sinon tout en haut de ma liste, je rajoute botter deux derrières ! — Avoue que t'en rêves, tortionnaire ! — Je n'ai encore jamais lu d'homicides par bottage de fesses, mais plein au cours de pratiques sado-masos qui tournent mal... — Là, dis-je, c'est moi qui ne veux pas entendre ça avant mon café. Au fait, Liz, maman te remercie pour hier soir avec Jason ! — Ça a été un plaisir ! Tête de nœud ne me revenait pas du tout alors quand on peut allier l'utile à l'agréable... — Ma chérie, commence Tony, tu devrais écrire une nouvelle bible de la contraception, je suis sûr que ça ferait un malheur auprès des parents d'ados ! On éclate de rire et on entame notre longue, très longue journée, ce sera peut-être notre seul rire du jour. À midi, on retrouve ma mère au fast-food. C'est surréaliste ici, on se croirait dans les années 50. Entre les banquettes en vinyle roses et bleues, le juke-box, d'où Elvis chante son amour perdu et les chemises rétro noires et blanches des serveurs, on se croirait dans retour vers le futur ! Seule la pancarte « ici, WiFi gratuit » nous ramène à notre époque. Ce matin, on a bien avancé et si je persiste à croire que Sunnytown ne réalisera pas mes rêves, je dois avouer qu'ils mettent le paquet. On a tous nos documents pour les inscriptions, on a rencontré quelques profs pour nous aider à choisir nos matières et on nous a donné un journal rempli d'offres d'emploi. Pour Liz, sa demande de chambre a été enregistrée ainsi que sa demande
de bourse. Avec Tony, on en a fait une aussi, mais juste pour la forme, car lui, ses parents sont riches, et moi, ma mère dépasse le plafond de peu. Cette dernière nous tend des petits paquets. Tony trépigne d'impatience. Dedans on découvre des échantillons gratuits de différents produits que vend maman et un bon gratuit à vie pour ses services dans sa boutique. On n'a pas osé lui dire que la mère de Tony nous envoie déjà tous les produits que vend son grand groupe de cosmétiques. Du coup, on l'a remerciée comme si de rien n'était. — Alors, les jeunes, racontez-moi votre matinée. Comment est la fac ? — Grande et pleine d'étudiants, dit nonchalamment Liz. — J'ai repéré plein de mecs pas mal et quelques nanas aussi ! Rajoute Tony. — Je pense qu'on a tout ce dont on a besoin pour le reste de nos démarches. Cet après-midi, on va faire le tour des petites annonces pour trouver un boulot... — Pourquoi pas là ? demande ma mère en montrant une affiche sur le mur. — Un fast-food ? demande Liz répugnée. Ah non très peu pour moi ! — Pourquoi ? Le taux d'homicides des serveurs de fast-food est en hausse ? se moque Tony. — Non, mais celui des meilleurs amis moqueurs pourrait l'être ! — Moi je postule ! Après tout, ça ne pourra pas être pire que le bar où je bossais à New York, m'enthousiasmais-je. Et puis au moins ici, les clients ne passeront pas la plupart du temps à me peloter les fesses ! — Mais les pourboires ne seront pas conséquents du coup ! — Tu parles ! Ils ne me laissaient que leurs fonds de poches !! — Et des capotes !! rajoute Liz. Je me lève et me dirige vers une boîte sur laquelle est écrit « CV », mais avant d'y glisser ma candidature, je rajoute dans « autres » : je détiens le secret des meilleures frites du monde ! On verra bien si ça marche. Pour le boulot au bar, ça avait fonctionné. J'avais écrit la même chose pour la bière et je m'étais documentée et entraînée un sacré moment sur l'art de servir des pressions jusqu'à avoir la technique parfaite. Je suis la reine de la bière ! Pourquoi pas la reine de la frite maintenant ? Je vais garder cette pensée pour moi sinon les deux autres vont encore détourner mes propos. Tout à coup, ils me sautent dessus et glissent dans la boîte une feuille blanche avec quelque chose écrit en gros. Je les interroge du regard et Tony me glisse à l'oreille. — On a écrit « tout comme Charly Smith » ! J'éclate de rire. Ils sont fous ces deux-là. Je les prends dans mes bras et Tony glisse ses mains dans les nôtres et se met à chanter dans le fast-food devant tout le monde. Il ferme les yeux et entame les premières paroles de « fallin ». Il sait combien j'aime cette chanson. C'était la chanson de notre première fois à tous les deux. Oui oui ! J'ai perdu ma virginité avec mon meilleur ami sur cette chanson le soir du bal de promo et Liz aussi. On était complètement déchirés. On a appelé ça « la soirée du n'importe quoi ! », mais je ne regrette rien. Tony est la personne à qui je confierais ma vie les yeux fermés, alors ma virginité... ! Pour le boulot par contre, je crois que c'est fichu. À la fin, on a le droit à des applaudissements et Tony nous entraîne à table comme si de rien n'était. Ma mère le félicite, mais il ne relève pas. On se remet à parler de choses et d'autres, comme le copain de ma sœur... Tout à coup, on tourne tous la tête vers un mec en costume qui s'est arrêté à notre table et le silence devient maître. On blêmit tous en voyant qu'il s'agit du manager du fast-food. — J'ai beaucoup apprécié votre prestation de tout à l'heure, commence-t-il sans qu'on sache si c'était véridique. Mais ce n'est pas journée karaoké... — Je suis désolé, s'excuse Tony. — Je pense qu'on peut retirer nos CV de la boîte, enchérit Liz. — Vous avez postulé pour un job ici ? C'est mon tour de parler.
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

suivant