Miss

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Qui est Miss ? Un ancien amour qui continue de hanter le narrateur ? Une femme fatale ? Une icône partagée entre son attachement à son île aux puissantes traditions, la Corse, et la passion qu'elle éprouve pour son "homme de coeur" ? Enigmatique comme son héroïne, complexe et envoûtant comme l'île dont il excelle à peindre les paysages et les caractères, ce roman nous livre la clef de l'intrigue de Tahiti Love Song.
Publié le : mardi 2 décembre 2014
Lecture(s) : 9
EAN13 : 9782336364254
Nombre de pages : 150
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Yves-André DelubacMiss
Romancero
Miss est la première partie du roman Tahiti love Song. Miss
Qui est Miss ? Un ancien amour qui continue de hanter le
Romanceronarrateur ? Une femme fatale ? Une icône partagée entre son
attachement à son île aux puissantes traditions, la Corse, et la
passion qu’elle éprouve pour son « homme de cœur » ? Une
militante nationaliste ? ou encore une femme-enfant qui ne peut se
libérer d’un père trop aimé et se réfugie dans les fantasmes ? Miss
est aussi une travailleuse sociale qui se dévoue pour les enfants
inadaptés, ce qui donne une autre dimension à ce personnage.
« Il eut beau s’en défendre par la suite, cette femme était
un scintillement d’étoiles, et d’étranges anecdotes restent
obscurément liées à l’évocation de sa vie. »
Énigmatique comme son héroïne, complexe et envoûtant
comme l’île dont il excelle à peindre les paysages et les caractères,
ce roman d’Yves André Delubac nous livre la clef de l’intrigue
de Tahiti Love Song.
( H. C )
« J’attendais encore de savoir comment cette dame de
cœur allait sortir, rester ou revenir dans mon jeu. Je ne
me posais plus la question de savoir si elle était ou non
maléfique. La question était tranchée. À chaque coup qu’elle
m’envoyait, je me relevais. On se relève rarement quand on
a reçu une balle de 45 à bout portant. Moi, j’étais assez fou
ou assez fort pour me relever… »
Comme beaucoup de ses personnages, Yves André
Delubac est né à Marseille où il réside. Miss est son
deuxième roman.
Collection Lettres du Pacifi que
Illustration de couverture : « Miss », dessin original d’Yves André Delubac © 57Création et composition du logo de collection : Marc Antoine Colombani ©
ISBN : 978-2-343-04828-4
15,50 €
Yves-André Delubac
Miss












MISS
Romancero



















Collection Lettres du Pacifique

Collection dirigée par Hélène Colombani,
Docteur d'Etat en Littérature et Sciences Humaines
(LLSH)

Conservateur en chef principal des bibliothèques (ENSB),
Chargée de mission pour le livre et la lecture e.r
(Nouvelle-Calédonie),
Déléguée de la Société des Poètes français,
Sociétaire de la SGDL.

Cette collection publie ou réédite des textes (romans,
essais, théâtre ou poésie) d’auteurs contemporains ou
classiques du Pacifique, ainsi que des études sur les
littératures modernes, les sciences humaines, et les
traditions orales océaniennes.

Contact : helsav@mls.nc
















Yves-André Delubac

























MISS

Romancero
Roman






Collection Lettres du Pacifique
______57______














Du même auteur

Tahiti love song, Ed. Harmattan, Collection « Lettres du
Pacifique », 2011.

(Miss est la première partie du roman Tahiti love song, on
y retrouve les mêmes personnages et l’intrigue.)
























































































































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04828-4
EAN : 9782343048284
Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère…
Baudelaire
Mais ce qui est propre doit tout aussi être appris
que ce qui est étranger.
Hölderlin
En étrange pays dans mon pays lui-même.
Aragon
" Un oiseau solitaire doit remplir cinq conditions :
d'abord, voler au plus haut;
ensuite ne point tolérer de compagnie,
même celle des siens;
puis pointer son bec vers les cieux, et ne pas avoir
de couleur définie;
enfin, chanter très doucement."
Saint Jean de la Croix
(Dichos de Luz y Amor) Avertissement
Les héros et situations de cet ouvrage appartiennent à la
fiction romanesque.Toute ressemblance avec des événements
et des contemporains morts ou vivants serait
entièrement fortuite. Pour C.
de toute évidence
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A travers ses lunettes de soleil, elle voyait le monde
tout en vert et les verres filtrants de sa monture polaroïd
transformaient les gens, les objets, les gestes ou même les
souvenirs, en créatures d'aquarium. Ce vert était le vert
immense des espaces infinis, à conquérir infiniment.
Dehors, autour d'elle et de l'obsession de ses rêves
étranges et solitaires, la ville semblait parfois s'immobiliser
sous le soleil. Il y avait l'île, un autre monde qui parfois se
dérobe.
C'est la panique. Elle a peur. « Tu m'aimes, dis ? »
Elle disait qu'elle était née un peu par hasard et qu'on ne
l'avait pas voulue. Elle était arrivée au monde par les pieds,
ce qui est un symbole de chance, un signe d'impatience au
bonheur. Sa sœur aînée l'avait accueillie avec joie, elles
étaient restées très unies jusqu'au mariage de sa sœur, qu'elle
avait mal accepté.
Souvent, elle allait au plus près du doux ressac de la
mer toute proche. Elle se sentait de nouveau vivante. Elle
trouvait le calme, l'oubli, la caresse brutale du soleil au bord
de l'immense monotonie vert bleutée de la Mer.
Quoiqu'elle fasse, elle avait le sentiment qu'elle serait
toujours une île, et que tel était son destin. Une île
montagneuse. Il arrivait qu'une amie l'accompagne au bord
9
de la mer, ou parfois une autre. Elles additionnaient et
multipliaient leur solitude.
Face à la mer, elles se regroupaient comme un
archipel femelle où le mâle est tabou mais désiré, conquis
puis rejeté aux flots bleus. Bien sûr Miss connaissait des
hommes. La plupart du temps, malgré des apparences de
coquetterie ou de frivolité, elle leur restait fidèle, longtemps.
Elle leur demandait chaque heure de chaque jour s'ils
l'aimaient et quand est-ce qu'ils se marieraient, auraient une
maison, des enfants et un jardin. Et tant pis si les hommes
étaient tourmentés d'être assiégés toujours par la même
question.
- M'épouserais-tu, si je te le demandais, et est-ce que
tu me ferais un enfant ?
L'homme de cœur hésitait comme le font les
hommes dans de pareilles circonstances.
- Attention, je pourrais te prendre au mot, pas tout de
suite bien sûr, continuait-elle avec une absolue spontanéité,
devant le désarroi de son amant. Je voulais savoir si tu es du
genre à dire oui. Simplement savoir. Ses deux mots favoris
étaient : « C'est rigolo, ça fait peur, non? », Mais il arrivait
un moment où l'homme disait que oui, il était prêt, si c'était
cela qu'elle voulait par-dessus tout. Alors elle devenait
insupportable, elle défaisait ce qu'elle avait créé, elle
abhorrait l'homme et son désir.
Il la quittait dans la violence et le dépit. En fait,
c'était son moyen à elle de prendre la fuite, par mâle
interposé. Le flux et le reflux des hommes, avec les années,
tournait et patinait sans fin les galets de la plage de l'île
imprenable qu'elle devenait toujours davantage. Ce
mouvement terrible et libérateur avait ce quelque chose
d'intolérable qu'ont dans le souvenir les immenses pendules
à balancier de l'enfance bafouée. Chaque rupture avec
l'homme qu'elle avait si ostensiblement voulu, marquait

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l'heure de sa solitude. Et l'amitié des femmes et de quelques
hommes devenait, sans appel, l'hôpital-prison où elle
retournait de façon inexorable, vers le berceau de sa mort.
Quiconque se demandait pourquoi les choses tournaient
d'une si triste façon et selon un scénario immuable, se
condamnait à butter contre l'énigme originelle dont son
incohérence tentait de conjurer l'apparent mystère. Seule,
elle retournait fumer sur l'appontement du port de plaisance.
On pouvait seulement dire que cette forme de
séduction guerrière, possessive et autodestructible, était une
impertinence désespérée à l'égard de tous les conformismes
qui rôdent autour de la femme souffrante. Elle n'avait pas
d'argent mais il lui arrivait de le jeter par-dessus les fenêtres,
pour ressentir l'exaltation passagère du neuf. Comment les
hommes auraient-ils pu le voir, ce pied de nez fait à tous les
autres ? Cette grimace d’autodérision ?
Elle restait fidèle à l'horizon, au-delà des flots bleus.
Oui, elle était capricieuse. C'était son luxe à elle, hors de
prix. C'était sa maladie contre les insinuations viriles de
l'esprit de contrainte, c'était sa guérison sans issue. Elle
aimait bien craquer devant le Beau. Le Beau, toutefois, ne
lui était pas d'un long et durable usage.
Elle se souvenait de ce temps si proche, à
l'Université de la ville voisine, quand ils étaient tous si
jeunes, ils étaient beaux, souriants, sûrs d'eux. Ce monde
leur appartenait. Au début, ils étaient tous des gagnants, tous
gagnants. A mi-course, maintenant, c'était autre chose. Elle
téléphonait à une amie, elles riaient comme des folles, elles
s'embrassaient. Elle raccrochait le combiné. Les paroles
d'une chanson s’attardaient sur ses lèvres, « Je voudrais me
porter volontaire pour une mission via Jupiter, en toute
intimidité. »
Dans le ciel, le dos soudé au sable de la plage, elle
feuilletait le grand bottin du firmament nocturne. Elle
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cherchait son étoile. Elle implorait son père, sans le savoir,
de l'aider à trouver son étoile. Certaine nuit elle la trouvait. Il
existe des milliards d'étoiles... Elle savait qu'il existe plus
d'étoiles qu'il n'existera jamais d'êtres humains sur le globe.
Une organisation reconnue partout dans le monde baptise les
étoiles anonymes. Contre de l'argent, il est facile de se voir
attribuer un astre stellaire, afin qu'il porte son nom. Les
étoiles ne mentent jamais, dit-on, et, dans sa crainte de
mourir à l’issue d'une vieillesse solitaire, elle se vengeait de
ses propres peurs en se faisant accueillir dans le monde des
étoiles. Il y avait l'étoile Elvis Presley, James Dean, Michael
Jackson, et il y avait son étoile. Elle avait mis plusieurs de
ses proches dans le secret.
Alors, dans la ville au bord de la mer, ou du pont d'un voilier
au bout du monde, elle prononçait ces mots, le doigt levé
vers le ciel « C'est l'étoile de Miss. »
On l'appelait ainsi, Miss. A vrai dire, on ne lui connaissait
pas d'autre nom. Sans l’avoir cherché, elle faisait une œuvre
de sa propre vie. Elle était cet objet, ce noyau bronzé, mat et
lisse que l'homme ne peut garder durablement dans la main.
Des lames de rasoir y sont greffées, comme sur le corps
rond d'un hérisson qui défend des trésors improbables qu'on
n'est pas sûr de posséder pour soi-même.
Quand l'amour la fuyait, ou lorsqu'elle attendait trop
de lui car elle n’était pas capable d'espérer autre chose venu
d'elle seule, elle prenait un visage sévère et hiératique. Elle
pouvait passer de la plus singulière beauté, avec toutes les
races du bassin méditerranéen inscrites en son corps et sur
son visage, à la plus franche laideur d’une sorte d'ingratitude
butée et contrefaite.
Dans les instants d'exaltation, quand elle faisait
l'amour ou qu'elle dansait sans pouvoir s'arrêter, ses traits et
ses formes semblaient tenir d’un étrange miracle où toutes

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ses proportions semblaient s'accorder et s'épanouir. Seule
une ride léonine trahissait la faille profonde de son être.
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Cette façon de tout vouloir ou de ne rien vouloir de
la vie. Elle avait alors, lorsque vous la touchiez des mains ou
des yeux, cette étonnante possibilité qu’ont les femmes de
changer de corps en faisant table rase des imperfections
physiques ou spirituelles.
Dans les moments intimes de totale incertitude, elle
tournait le dos à la mer, sans rien en attendre que le bleu.
Elle regardait en direction des montagnes de son village
natal. Elle soufflait des ronds de fumée vers les montagnes.
Exactement comme les arabes adressent leur prière à la
Mecque, et puis, comme les statues de l'Ile de Pâques qui
ont la tête mystérieusement tournée vers l'intérieur de l'île,
comme si elles n'attendaient rien de bon du large. Comment
et pourquoi les malentendus peuvent-ils se multiplier entre
ces deux complices qui forment un couple? Comment les
choses se détruisirent-elles entre Miss et son homme de
cœur ?
Quelle était la clef d’une pareille impasse ?
Ils n'étaient pas de ceux qui s’en accommodent.
Il était musicien, sa gloire était derrière lui, loin derrière.
Il était aussi artiste peintre. Elle aussi aimait la peinture,
mais bien davantage la vie. Elle avait du mal à comprendre
qu'on ne puisse d'abord aimer, puis créer, qu'on puisse avoir
des réticences devant l’amour, et que l’on donne la priorité à
la peinture face à son incroyable demande d'amour à elle.
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Elle lui avait écrit « Sache que personne ne peut
détourner un créateur de son chemin, à part lui-même. Par
contre, je ne connais aucun créateur qui n'ait pas voulu
connaître l'amour, qui pense que le noble sentiment qu’est
l'amour, soit une menace pour la création. »

Au début, ils en avaient parlé, inlassablement. Peine
perdue. C'est alors qu'il accepta de la suivre dans un petit jeu
de la marginalité. Elle avait en principe raison, mais
comment lui dire que l'artiste est un terrible révélateur des
vieux conflits intimes de ceux qui prennent le risque de les
fréquenter, afin de communiquer l’indicible ?
Inventer, inventer. Ils étaient d'accord, mais qu'y
faire, l'individu ne peut rien du tout tant qu’il est seul. C'est
vrai que nous sommes tous des boat people, des oubliés de
la mer de Chine.
Tu vois, à cette époque, ils ne se contentaient plus de
modestes fric-frac. Ils associaient leurs talents respectifs en
commettant d'impossibles hold-up. Ils y réussirent. Personne
n'en sut jamais rien. Jusqu'à maintenant que j’en parle, mais
il est trop tard. Commença entre Miss et son homme de
cœur une alternance d'agitation agressive, de périodes de
complète dépendance mutuelle, et de provocations sans
issue.
Ils poussaient loin le goût du risque, le sens du
danger car leur expérience de la vie les conduisait à une
quête amoureuse qui n’avait rien de commun avec l'image
d'un verrou de sécurité contre les agressions de l'extérieur ou
d’un simple contrat d'assistance mutuelle.






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