Mona Lisa ou la clé des champs

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L'histoire du Louvre en guerre est celle de la rencontre impensable entre Paris et la province, le beau et le vrai, entre passé sauvé et lendemains à venir, au coeur d'une campagne en guerre où la terre et l'art se retrouvent... Mona Lisa ou la clé des champs est le septième ouvrage de Michel Poux.
Publié le : dimanche 2 novembre 2014
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EAN13 : 9782336361383
Nombre de pages : 162
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Michel POUXMona Lisa
ou la clé des champs
Lorsqu’en septembre 1939 le Musée du Louvre déménage
ses trésors pour échapper aux bombardements et à la Mona Lisa
rapacité nazie, c’est le début d’une longue errance, vers
Chambord, Loc-Dieu (Aveyron), Montauban puis Montal ou la clé des champs
(Lot), avant le retour sur les quais de la Seine.
1939-1945 : le lOU vre en g Uerre
Au cours de ce voyage, un jeune paysan aveyronnais, à
la vue des œuvres du musée dans l’abbaye voisine, va
découvrir l’art et son essence. Chargé de veiller sur la oman
Joconde, il va s’éprendre de Mona Lisa, appuyée sur une
meule de foin dans la campagne du Rouergue...
L’échange avec André Chamson, auteur du terroir cévenol
et conservateur au Louvre lui ofre l’occasion de confronter
l’originel et l’original, pour « devenir ce que l’on est ».
L’histoire du Louvre en guerre est celle de la rencontre
impensable entre Paris et la province, le beau et le vrai,
entre passé sauvé et lendemains à venir, au cœur d’une
campagne en guerre où la terre et l’art se retrouvent...
Michel Poux est né en Rouergue de racines paysannes. Il
est aujourd’hui consultant en management. Mona Lisa
ou la clé des champs est son septième ouvrage.
Illustration de couverture : J. Allain / Nitot
ISBN : 978-2-343-04311-1
16,50 €
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Mona Lisa
Michel POUX
ou la clé des champs



MONA LISA
ou la clé des champs











































© L’HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-04311-1
EAN : 9782343043111 Michel POUX




MONA LISA
ou la clé des champs

1939-1945 : le Louvre en guerre

















Du même auteur


La branloire pérenne, Editions Elytis, 2002
Week-end à Schizoland, Elytis, 2005
Histoires peu ordinaires au Cap-Ferret, Elytis, 2006
Histoires peu ordinaires à Toulouse, Elytis, 2007
Aveyron Croatie, la nuit, L’Harmattan, 2011
Passeport pour le Pays de Cocagne, Elytis, 2012
(avec AM Rantet-Poux)




A ma fille Marine










Paris, 26 Août 1939

'air est lourd ; l'air du temps qu'il fait, l'air du temps Lqui vient. C'est l'air de cette fin d'Août dont on devine
déjà qu'elle rentrera dans l'Histoire. La Seine continue de
passer le long des quais, épaisse de l'été et de la mémoire
qu'elle charrie, tandis que le Louvre abrite la sienne derrière
ses murs ensoleillés. La poussière ternit les murs et les
ardoises, qu'un orage lavera peut-être, sans que cela influe
beaucoup sur les destinées. Mais tous les orages ne
viendront sans doute pas du ciel, et les passants qui
cherchent l'ombre détournent les yeux à l'approche des
kiosques ou des crieurs de journaux. Les bouquinistes sont
maussades. Depuis les bruits de bottes jusqu'aux
réquisitions des chemins de fer, faudra-t-il mourir pour Dantzig ?
Derrière les murs du Musée du Louvre, le présent
rattrape le passé. Plusieurs jours ont filé depuis que le
musée est fermé au public, pourtant la vie n'y a jamais été
aussi fébrile.
− C'est insensé.

9

L'homme élégant, debout devant la fenêtre, semble
perdu dans la contemplation de la cour ; pourtant il la
connait bien, cette cour du Carrousel, comme il connait tout
le Louvre dans son immensité.
− C'est insensé, répète-t-il. Et peut-être est-ce pour
cela que c'est nécessaire.
Les yeux sombres de Jacques Jaujard s’évadent dans le
vide, à moins que ses pensées ne soient déjà dans l'Histoire,
celle dont le h est majuscule. La fumée monte verticale de sa
main gauche, où ses longs doigts laissent la cigarette se
consumer seule. Du front haut jusqu’à la lourde mâchoire
son visage offre finesse et volonté, avec un nuage de
nostalgie grave. Le Directeur des Musées Nationaux mesure
sa responsabilité.
− Nous avons craint ce moment, Monsieur le
Directeur, mais nous l'avons préparé. Le plan d'évacuation
était prêt, et vous avez pris la décision.
− Je sais, René, et j'ai confiance en votre plan.
René Huyghe est conservateur en chef ; il a
trentetrois ans, il est brillant et promis à ce qu’il est convenu
d’appeler une brillante carrière. De ses origines nordistes il
a conservé, outre ses cheveux blonds et quelques arrondis,
un calme pragmatique. Il est assis en bout de table, derrière
quelques feuilles. A sa droite et à sa gauche deux femmes
écoutent.
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Tantôt secs, tantôt sourds, les coups de marteau ou de
masse qui montent des sous-sols du musée font un vague
bruit annonciateur de bombes. La poussière estivale qui
flotte dans l'air assèche les sueurs et les joies. Lointains
éclats de voix, chemises collantes, percussions souterraines,
et les temps nouveaux qui s'annoncent...
− J'ai confiance en votre plan, reprend Jaujard, et s'il
est une chose qui, je crois, ne fait de doute pour aucun
d'entre nous, c'est que la déclaration de guerre n'est qu'une
question de jours, sinon d'heures. Le risque est donc grand
de voir nos chefs d'œuvre périr sous des bombardements, et
il convient de les éloigner de Paris. Et les bruits qui nous
parviennent témoignent que votre plan est déjà mis en
action, et que pour nous la guerre a commencé. Pourtant…
Le Directeur des Musées Nationaux revient s'asseoir
au bout de la table, en vis-à-vis de René Huyghe.
− Pourtant, notre plan est insensé, et pourtant il est
nécessaire, Monsieur le Directeur ; tout ce que nous
connaissons de cette guerre, ce sont nos ennemis, mais c'est
assez pour savoir qu'elle sera brutale. Nous ne savons pas ce
qu'il adviendra, c'est le simple court terme qui doit nous
guider.
C'est la jeune femme assise à la droite du
Conservateur en chef qui a parlé. Sa voix porte une volonté
que sa discrétion n'annonçait guère.
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− Je suis de votre avis, Lucie, répond Jaujard, et je
crains que cette opération de transfert ne soit que la
première d'une longue errance. J'ignore la nature de ce qui
suivra, mais nous devons être prêts. C'est pour cela que
Madame Valland nous a rejoints. Vous savez qu'elle travaille
au Musée du Jeu de Paume.
A la gauche de René Huyghe, Madame Rose Valland
incline la tête. Sa fragilité, ses cheveux tirés en arrière, ses
lunettes finement cerclées de métal pourraient être ceux
d'une vieille fille austère, si ses yeux ne pétillaient.
− Oui, Monsieur Jaujard. Nous savons que les nazis
ont un intérêt particulier pour les œuvres d'art, que ce soit
pour les détruire s'ils les jugent dégénérées, ou pour les
piller si elles leur agréent trop. Quelle que soit la forme que
prendra la guerre, nos collections seront en danger et sans
doute faudra-t-il coordonner nos efforts. Mais pour l'heure
Lucie Mazauric a raison, il faut agir, même si nous ignorons
ce qui découlera de nos initiatives.
− D'autant que notre action n'a rien d'improvisé,
renchérit Huyghe. Nous avons même pu procéder à une
répétition l’an dernier, puis nous avons voulu croire aux
accords de Munich...
Jacques Jaujard allume une autre cigarette. Le soupir
qui s'échappe n'est pas un soupir de doute ni de
découragement, c'est celui d'un homme face à son destin,
qui ne saurait envisager autre chose que de faire face.
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− Si nous faisons erreur, ou si nous échouons, nous
trahirons plusieurs siècles d'humanité ; et si nous ne faisons
rien, ce ne sera ni mieux ni pire, excepté le misérable
confort de l’inaction. Mais si nous avons raison, nous aurons
grandement mérité de cette humanité… Appelons cela
simplement une responsabilité. Notre décision est prise : à
Dieu vat !
Son visage se détend et s'affermit : l'homme d'action
ne quitte guère l'homme de culture. Et tous autour de la
table sourient en goûtant à l'énergie qu'il leur offre.
Rose Valland se tourne vers René Huyghe :
− Sur quels moyens pouvez-vous compter, à l'heure
qu'il est ?
− Cela fait plusieurs années que j'ai élaboré ce plan de
sauvegarde et d'évacuation en cas de conflit, de sorte que
nous disposons, maintenant ou dans les tous prochains
jours, de plusieurs camions ; bien sûr, certaines œuvres de
grand format nous causent encore quelques soucis, mais si
j'ai vu juste nous devrions pouvoir emporter entre 3500 et
4000 toiles, et quelques sculptures majeures. Les autres
resteront dans les sous-sols. Nous aurons les camions des
décors de la Comédie Française, ainsi que trois prolonges de
douze mètres de long et six mètres de haut ! Plusieurs
châteaux de la Loire sont prêts pour accueillir et protéger
nos chefs d'œuvre ; si nos camions y parviennent sans
encombre ni bombardement, ils seront à l'abri… Ensuite
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nous verrons bien où notre route nous mènera, au fil des
hasards de ce monde.
− Comment la sécurité sera-t-elle assurée ?
− Le musée est désormais fermé, il y a donc du
personnel très disponible. Plusieurs dizaines de nos
collaborateurs sont déjà volontaires ; ils connaissent bien les
œuvres, et je crois pouvoir dire qu'ils ne les ont jamais
autant aimées !
− Avez-vous pensé à ma petite protégée, René ?
− Jour et nuit, Monsieur le Directeur ! D'une part, je
ferais moi-même le voyage, avec mon auto. D'autre part, je
crois bien lui avoir trouvé un garde du corps : vous
connaissez sûrement Gabriel, notre gardien-chef ?
− Notre émérite moustachu aveyronnais pour
accompagner la belle italienne ?
− Il fera le voyage, mais d'autres responsabilités
s’imposeront à lui. Il entend toutefois garder un œil sur la
perle, par personne interposée. Après avoir beaucoup
réfléchi, il nous propose son filleul, dont il vante la
discrétion et la fiabilité. L'anonyme parfait, le courage et la
fidélité même, selon lui... Il s’en porte garant.
− Et que nous vaut ce neveu ? Historien de l'Art ?
Bougnat ? Videur de brasserie ? Catcheur ?
− Paysan du Rouergue ! Pas très dégrossi mais, à en
croire Gabriel, intéressé par l’art et d'autant plus passionné
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qu'il a tout à en apprendre. J'avoue que la proposition de
l'oncle m'a laissé perplexe, mais il a su me convaincre.
Notre ami est jeune, sérieux, pas compliqué et costaud ; nul
ne le soupçonnera d'accompagner la plus célèbre femme du
monde ! Et sa discrétion et sa simplicité seront sans doute
notre meilleure arme. Qui sait si nous ne devrons pas un
jour poursuivre notre pérégrination vers le sud… Dois-je
ajouter que cette dame m'est plus chère encore que la
prunelle de mes yeux ? Ah, j'oubliais : le neveu est parait-il,
du moins à la chasse, un excellent tireur ! C'est une qualité
qu'aujourd'hui nous ne saurions négliger…
Lucie Mazauric sourit.
− Monsieur le Conservateur en chef, nous
connaissions déjà votre désir de faire se rencontrer l'art et la
province, mais vous nous prendrez toujours au dépourvu !
− Allons ma chère Lucie, je suis sûr qu'il vous plaira !
Certes, il est Aveyronnais et bon catholique, mais il n'y a
guère qu'un pas entre le Rouergue et la Cévenne, fût-elle
huguenote ! Vous savez que Gabriel est un grand
admirateur de Monsieur Chamson, et il assure qu'il retrouve
un peu de votre André dans son filleul de la terre.
Jacques Jaujard se lève et range ses feuilles. La réunion
est terminée, le sort en est jeté. Les dés roulent désormais.
− C'est donc un paysan du Rouergue qui dormira avec
Mona Lisa... Que maitrisons-nous encore du monde ?
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