Naufragée de la dictature

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Ce livre ne se prétend ni historique, ni politique, mais tend simplement à évoquer la vie de tout un peuple, le peuple congolais, qui n'a depuis des décennies connu d'autre horizon que celui de la guerre, de la misère, des transhumances, et des souffrances.
Publié le : jeudi 8 janvier 2015
Lecture(s) : 49
EAN13 : 9782336365220
Nombre de pages : 170
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À neuf ans, Mwan Etou perdait ses parents ainsi que ses deux Jean-Claude Hombart
frères dans une attaque orchestrée par le groupe des soldats
de Laurent-Désiré Kabila, qui quelque temps auparavant,
le 17 mai 1997, avait renversé le régime dictatorial du
maréchal Mobutu, en s’octroyant les pleins pouvoirs. Suite à
ce terrible épisode de sa vie, Mwan Etou, petite fi lle choyée
et protégée se retrouve brutalement isolée, confrontée à la
haine et à la maltraitance avant de rejoindre l’errance et la
précarité des enfants de la rue.
Naufragée de la dictature
Sa vie sera alors une lutte permanente, contre les
accusations de sorcellerie, contre la société, contre les
hommes qui abusent des jeunes enfants perdus, mais aussi De Mobutu à Kabila
contre la faim et la misère. Sa rencontre avec Geoffroy, un
jeune photographe français, sonnera comme une délivrance,
un amour qui sera sa renaissance. Récit
Jean-Claude Hombart est né en 1960 à Brazzaville en
République du Congo. L’installation de ses parents à Kinshasa
(RDC) lui permet de poursuivre ses études commerciales
dans cette ville. Arrivant en France en 1983, il s’inscrit aux
Beaux-arts de Clermont-Ferrand tout en complétant sa
formation dans le domaine de l’électricité et de la connectique
informatique. Passionné d’écriture, il espère que cet ouvrage
n’est que le premier parmi de nombreux récits à venir.
Les impliquésISBN : 978-2-343-04573-3
Éditeur17 €
Naufragée de la dictature
Jean-Claude Hombart
Les impliqués
É di teu r





NAUFRAGEE DE LA DICTATURE



















Les Impliqués Éditeur

Structure éditoriale récente fondée par L’Harmattan, Les
Impliqués Éditeur a pour ambition de proposer au public des
ouvrages de tous horizons, essentiellement dans les domaines
des sciences humaines et de la création littéraire.


Déjà parus

Castellani (Robert-Noël), Vers l’apocalypse, essai, 2014.
Rabesahala-Randriamananoro (Charlotte), La religion malgache
ancestrale pratiquée, essai, 2014.
De la Caffinière (Jean-Yves), Glossaire d’un observateur des temps
présents, essai fragmenté, 2014.
Nduwayo (Léonard), Une nouvelle page de la nouvelle université rwandaise,
témoignage, 2014.
Heckly (Christophe et Serge), Une famille vosgienne à travers les deux
guerres, récit, 2014.
Arnould (Philippe), Pichegru, général en chef de la République : imposture
et trahison, essai, 2014.
Damus (Obrillant), Le regard d’un loup-garou haïtien, roman, 2014.
Boulbès (Denis), Petites aventures drolatiques et vagabondes, récit, 2014.
Chaudenson (Robert), Chronique de la présidence très horrifique du petit
Nicolas, essai, 2014.
Pardini (Gérard), Dernier bordel, chroniques, 2014.



Ces dix derniers titres de ce secteur sont classés par ordre
chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site :
www.lesimpliques.fr Jean-Claude HOMBART
Naufragée de la dictature
*
De Mobutu à Kabila
RECIT
Les impliqués Éditeur






























© Les impliqués Éditeur, 2014
21 bis, rue des écoles, 75005 Paris

www.lesimpliques.fr
contact@lesimpliques.fr

ISBN : 978-2-343-04573-3
EAN : 9782343045733 Remerciements
Ilitch Pondja, Thoirey Sylvie, Claudy Hombart,
Dorothée Rajiah… Préface de l’auteur
L’indépendance de la République démocratique du
Congo, jusqu’alors colonie belge désignée sous le nom de
Congo-Kinshasa, a été proclamée le 30 juin 1960, avec
Joseph Kasa-Vubu comme Président, et Patrice Lumumba
comme premier ministre. L’espérance qu’elle avait alors
suscitée se transformera cependant très rapidement en une
désillusion complète et le pays, en proie à la guerre des
chefs, se retrouvera divisé en plusieurs factions. Cette
partition, fruit d’une lutte acharnée entre les seigneurs de
guerre, causera de pertes humaines importantes et une
grande souffrance au sein d’une population en déroute.
L’arrivée de Sese Seko Mobutu, à l’issue d’un
simulacre de coup d’État, et son avènement, en 1965
imposé en sous-main par les États-Unis, suscitèrent chez
ce peuple épuisé par des années de guerre civile, un
immense espoir. Mais trahissant la confiance que le peuple
avait placée en lui, Mobutu imposera rapidement un
régime dictatorial, sanguinaire et corrompu. Par son
orgueil démesuré, son incurie, ses mauvaises décisions sur
le plan économique, notamment la zaïrianisation, qui
consistait à attribuer les entreprises appartenant aux
étrangers aux Zaïrois, il laissera un pays exsangue,
figurant parmi les nations les plus pauvres du monde.
Quand le 17 mai 1997 son successeur, Laurent-Désiré
Kabila prit le pouvoir, il apparut comme le rédempteur que
le peuple espérait pour effacer ces 32 ans de dictature.
Malheureusement, là encore, l’enthousiasme suscité par
son investiture retomba très vite et le peuple qui comptait
sur son action pour relancer l’économie découvrira
l’amateurisme de sa politique.
La marche de Laurent-Désiré Kabila vers le pouvoir
s’était appuyée sur deux éléments : l’enrôlement des
7 enfants soldats, qu’il avait placés en première ligne, et qui
furent désignés comme les responsables de la misère du
peuple et de cette longue et cruelle guerre de l’Est d’une
part, et le soutien de ses maîtres rwandais et ougandais,
dont les armées avaient largement contribué à sa victoire
d’autre part. Paradoxalement et en raison de graves erreurs
tactiques, ce sont ceux-là mêmes qui l’avaient conduit à la
victoire, qui précipiteront sa chute et fomenteront son
assassinat, au moment où il voulait prendre son autonomie
par rapport à ses anciens alliés et alors qu’il avait
totalement abandonné les enfants soldats à leur triste sort.
Ce livre ne se prétend ni historique, ni politique, mais
tend simplement à évoquer la vie de tout un peuple, le
peuple congolais, qui n’a depuis des décennies connu
d’autre horizon que celui de la guerre, de la misère, des
transhumances, et des souffrances. Un peuple soumis au
despotisme, méprisé, tant par ses dirigeants que par ses
« alliés », attirés par la richesse de son sous-sol. Un peuple
enfin qui n’a jamais cessé d’espérer puis de désespérer du
fait de l’incurie de ses leaders. Ce peuple, c’est le mien, et
je l’aime, avec ses qualités et ses défauts, avec son sens de
la débrouille mais aussi son aptitude à savoir chaque fois
se relever pour espérer à nouveau. C’est de là qu’il tire sa
force et c’est, je l’espère, ce qui le sauvera.
8 I – Introduction
La mort de mes parents m’avait bouleversée, et j’en
garde, aujourd’hui encore un funeste souvenir. Je ne
pourrais jamais oublier cette nuit où les militaires, à la
recherche de mon père, sont arrivés chez moi alors que je
dormais paisiblement dans ma chambre. Trouvant au
passage ma mère, qui était un délice divin et dont la beauté
explosait au grand jour, ils n’hésitèrent pas à satisfaire
leurs instincts en se livrant à un viol collectif. Cette
satisfaction, libérée par une pulsion erratique et diabolique
qu’ils étaient incapables de maîtriser, représentait à leurs
yeux, une redoutable arme de guerre. C’est dans cet esprit
qu’ils s’acharnèrent sauvagement, persuadés d’accroître
leur force et leur puissance et considérant alors cet acte
comme un trophée, une prime à l’effort de guerre.
Pourtant la réalité était tout autre ; ces jeunes soldats
vivant dans la forêt depuis des mois, voire des années,
dans des conditions inhumaines, ayant perdu tous contacts
directs avec la population, étaient devenus des machines à
tuer. La présence féminine ne représentait alors pour eux
qu’une aubaine, destinée à satisfaire leurs pulsions.
Cette nuit-là, mon père, grand homme d’affaires, qui
avait fait fortune dans le diamant et en avait profité pour
investir dans l’immobilier, notamment les hôtels, a été
assassiné au cours d’une opération absurde, commanditée
par le gouvernement au nom d’une stupide chasse aux
« biens mal acquis ». À l’issue de cette expédition, ma
famille fut décimée, et mon frère, encore très jeune, se
retrouva enrôlé de force, dans l’armée. Revenons
concrètement sur cette histoire invraisemblable dont les
souvenirs s’enchevêtrent, laissant une cicatrice profonde
qui s’effacera difficilement.

9 Binza, Année 1996
La poussière s’envolait, le sol était sec, mes parents
nous empêchaient de jouer hors de la parcelle, craignant
les parasites qui infectaient la population en cette période
propice à la propagation de nombreuses maladies.
Depuis quelque temps, il ne pleuvait plus ; la saison
sèche menaçait avec cette froidure qui tuait les animaux
par milliers. Le paludisme se répandait, emportant de
nombreuses personnes qui étaient dans la force de l’âge.
On ne savait plus comment se comporter face à cette
tragédie humaine qui déracinait tout sur son passage.
Depuis de nombreuses décennies, notamment en cette
période de l’année, cette partie du monde était en proie à
de nombreuses épidémies ; la grippe, la malaria, le
paludisme, voire le choléra poursuivaient leurs ravages.
Dans ce coin du monde où le désert médical est une
institution, et en l’absence d’une véritable politique de
lutte contre la pauvreté, les problèmes sanitaires allaient
en s’aggravant, la population devenait de plus en plus
vulnérable et même les zones d’habitation présentaient un
risque tel qu’il devenait difficile à quiconque de s’y
aventurer, sans prendre auparavant des précautions
drastiques.
Il ne pleuvait pas, la température ne cessait de baisser.
Dans la journée, il faisait chaud, mais le soir il faisait un
temps de chien. On frissonnait sous la couette et on se
couvrait comme on pouvait. La sécheresse menaçait, et
elle facilitait le développement des tiques, des punaises,
tous ces acariens qui rôdaient en cette période et
envahissaient les maisons mal entretenues. La rentrée
scolaire était proche mais l’incertitude, face à la tournure
des événements, inquiétait les parents. Ils n’arrivaient pas
à tout concilier, préparer la rentrée ou soigner leurs enfants
malades. Ils s’angoissaient et étaient incapables de gérer
les difficultés qui s’accumulaient. La pauvreté s’aggravait,
10 tout était cher, et même la débrouille ne permettait plus de
joindre les deux bouts. La situation était d’autant plus
dramatique qu’il n’y avait aucune perspective de
développement économique, et par conséquent aucun
espoir de trouver un emploi qui aurait pu permettre de
vivre décemment. Pas d’investisseurs qui s’intéressaient
au pays, pas de société, pas d’usine, pas d’avenir ! Alors
on attendait un miracle de la providence, ce qui était loin
d’être acquis.
Et comme un malheur ne vient jamais seul, un autre
problème grave s’invita dans la vie déjà chaotique de la
population congolaise ; la guerre de l’est du Congo qui
avait pour nom la rumeur, et pour but le renversement du
régime mobutiste, une dictature bien ancrée après une
trentaine d’années de pouvoir. La rébellion avait pris ses
racines chez les voisins rwandais et ougandais, qui
l’avaient en quelque sorte commanditée. La peur
s’installait, les gens n’osaient plus aller dans la forêt, ils
n’osaient plus travailler dans leurs champs. La psychose
touchait cette population plutôt attentiste habituellement,
et qui malheureusement s’enfonçait de plus en plus dans le
doute et l’angoisse. La guerre qui s’intensifiait, la misère
étaient au cœur de toutes les conversations. Dans la rue,
dans les salons de coiffure, dans les lieux les plus chauds
et les plus fréquentés comme les bistrots ou les bars, on ne
parlait que de cela. Le pouvoir voulait rendre ce sujet
tabou, ce qui était particulièrement maladroit, alors que
des milliers de personnes mouraient dans l’indifférence la
plus absolue ; la population était menacée dès qu’elle
exprimait tout haut ces sujets qui fâchent.
Mais dans cette jungle d’une forêt équatoriale où tout
était opaque, ceux qui tiraient leur épingle du jeu
comptaient sur le pourrissement de la situation et en
profitaient pour engranger des grands profits. Hélas pour
elles, ces minorités égoïstes, qui se targuaient parfois de
11 leur supériorité, ne profiteront pas longtemps de leurs
avantages. Leur suffisance, leur train de vie paisible
étaient devenus insupportables aux yeux des populations
qui souffraient et qui avaient décidé de tout faire pour ne
pas leur rendre la vie facile. De fait chaque manifestation,
quelle que soit sa nature, dégénérait en émeute populaire
et en actes de vandalisme, aux cours desquels les peuples
tenteront de prendre tout ce qu’ils pourront, en nature ou
en espèces.
On assistait aux débordements de cette population,
plutôt ingénieuse et habituée à utiliser ce système propre
au peuple congolais, « l’article 15 », une loi pittoresque
essentiellement basée sur la débrouillardise. Dans cet
esprit, les hommes allaient jusqu’à accepter parfois de
missions périlleuses et douteuses, des assassinats ou des
empoisonnements qui leur rapporteront un maigre butin.
Peu importe la perte de l’être cher qu’on abattra ;
l’essentiel pour eux étant de trouver comment se payer un
bol de riz, voire parfois un billet pour sortir de ce pays.
La violence s’est principalement focalisée sur les
familles dont le train de vie témoignait d’une certaine
réussite. La diaspora et les notables devinrent la cible
privilégiée. On ne peut pas dire que la population se
satisfaisait de cette atmosphère délétère et connue de tous,
mais elle la tolérait, à contrecœur, tout en accusant
l’inertie des pouvoirs publics. Dans ce climat qui
ressemblait à un champ de règlements de comptes, on
s’accusait mutuellement, et les familles, désorientées,
animées par la jalousie et la peur, s’entretuaient
stupidement. Il en est résulté des scènes apocalyptiques,
dont les images, difficilement supportables, resteront
gravées dans l’esprit de ce peuple déchiré. L’État,
impuissant à reprendre la main sur cette situation
chaotique qu’il avait pourtant largement contribué à créer,
12 commettra à son tour des excès et des violences, dont
l’impunité conduira à exaspérer toutes les classes sociales.
*
* *
La rumeur se faisait l’écho d’une guerre imminente,
une situation explosive qui présageait une issue
dramatique. Nos parents nous mettaient en garde, nous
demandant de contrôler nos fréquentations. Ils savaient ce
qu’il en était, et craignaient le pire.
Quartier résidentiel de Binza, été 1996 : Dans les
hauteurs de Mont Ngaliema, Commune de Binza, quartier
Ma Campagne, le magnifique paysage éclate sous le
soleil, lénifié par une nature verdoyante, s’immergeant à
quelques encablures du grand fleuve Congo, si
mystérieux. Ce quartier résidentiel abrite notamment le
palais présidentiel ainsi que la résidence de nombreux
hommes d’affaires. C’est dans ce cadre que notre famille
était installée depuis 1970. Ces vacances de l’été 1996
avaient commencé sous des bons auspices. Mon père
m’avait gâtée pour la rentrée scolaire, un privilège dont je
bénéficiais, en tant que seule fille de cette famille de
quatre enfants. J’avais neuf ans, ou presque, et j’étais
impatiente de voir arriver la rentrée scolaire et de
montrer mes nouveaux vêtements à mes copines.
C’était un beau dimanche, et mon père avait organisé
un pique-nique familial, au cours duquel il avait
commencé à nous parler de la guerre de l’est du pays,
dont la population, qui n’avait jamais connu cela,
craignait qu’elle ne se termine dans un bain de sang. Pour
mon père, l’occasion de cette réunion de famille était trop
belle pour commenter le sujet, ce d’autant plus que mon
frère aîné devait très prochainement prendre un avion
pour l’Europe. À notre grande surprise, mon oncle Koudia
13 est alors arrivé dans son combi Volkswagen avec ses sept
enfants, dont certains avaient mon âge et les autres une
dizaine d’années, suivi peu après de ma tante paternelle,
accompagnée de ses deux filles.
Très vite, les parents se sont mis à discuter de
politique, tout en écoutant de la musique.
Durant ce débat animé et qui allait bon train, mes
cousines et moi continuions notre dînette dans la boue
tandis que mon frère aîné, à la grande fierté de mon père,
prenait une part active à la conversation.
Ma mère et ma tante, quant à elles, s’étaient éloignées
pour préparer la viande et les autres mets du pique-nique.
Mon autre frère, qui sortait tout juste de sa chambre dut, à
la demande de mon père pris par l’euphorie de recevoir
ses hôtes, faire d’incessants allers-retours chez l’épicier
du coin pour acheter de quoi approvisionner en boissons
ces tribuns du dimanche.
Malgré cette ambiance apparemment festive, les débats
entre mon père et ses invités étaient très graves, tendant à
analyser les raisons qui avaient conduit le pays à ce
désastre, et dont un des principaux vecteurs reste la
pauvreté.
14 II. Le règne de Mobutu
Depuis toujours la culture congolaise est fondée sur la
base d’une famille nombreuse, liée par le principe d’une
solidarité accrue. Mais cette solidarité a été mise à mal par
le phénomène récurrent de la pauvreté. Une pauvreté qui
s’est accentuée ces dernières années, conséquence
indirecte de la crise mondiale, et s’est accompagnée de
nombreux phénomènes tels que les guerres, les maladies,
la malnutrition et naturellement, l’augmentation du taux de
mortalité.
C’est dans cette pauvreté, phénomène dévastateur et
désastreux qui a touché toutes les couches de la population
congolaise, que la guerre a pris sa source, et c’est d’elle
qu’elle s’est nourrie.
La guerre, qui sévissait à l’est du Congo, terrorisait
particulièrement la population rurale, mais ses effets
n’étaient pas limités à cette seule contrée. Ses
conséquences touchaient en effet l’ensemble du pays, du
fait des déplacements massifs de populations d’un point à
l’autre. L’amertume et l’angoisse de cette population
rurale qui n’arrivait plus à se situer, hébétée par la perte de
proches, victimes de cette guerre ravageuse, étaient
incommensurables.
La guerre a tout emporté, jeunes, adultes, vieillards, en
vidant tous les villages. La foule, jadis des paysans qui
travaillaient dans les champs et fournissaient les grandes
agglomérations, n’était plus. Les vieillards, socle de la
culture, n’étaient plus là. Or un village sans vieillards est
un village mort. Les générations suivantes remplaceront
les vieux sages d’autrefois ; hélas, la vieillesse n’a plus ce
parfum du passé. Autrefois, avoir un certain âge était un
signe qui méritait le respect mais là, les anciens étaient
désignés comme des sorciers et étaient suspectés à chaque
15 malheur frappant un proche. Poussées par la misère et le
désespoir, les populations rurales, à la recherche d’un
nouveau souffle, quittaient leur terre à laquelle elles
étaient tellement attachées, et fuyaient vers la ville, où
elles allaient vite être rattrapées par la misère, les
pandémies et la famine.
Ce déplacement en masse des populations vers les
grandes agglomérations avait déjà fait des milliers de
victimes, et les pauvres paysans, perdus dans ces
faubourgs des grandes villes où ils pensaient trouver plus
de sécurité, se retrouvèrent englués par les difficultés de la
société. Ils avaient totalement abandonné la vie rurale, et
on ne peut que déplorer cet inconvénient majeur pour une
activité qui avait déjà du mal à se rajeunir ou à attirer
d’autres personnes. On assistait à l’implosion de ces
mêmes familles, abandonnant au passage, de nombreux
enfants, qui erraient alors sans but dans les rues des
grandes agglomérations, en particulier Kinshasa (25 000
désœuvrés selon les ONG en place). Le nombre ne cessait
d’augmenter.
Les enfants, abandonnés ou orphelins, étaient devenus
la cible de toutes les rancunes et de toutes les
superstitions. Dans son malheur, la population cherchait à
imputer ses souffrances aux plus vulnérables et ces enfants
furent désignés comme coupables. On les accusait de tous
les maux et notamment de pratiquer la sorcellerie qui,
selon les croyances, provoquait la mortalité, la misère, les
nombreuses difficultés de la société et/ou cette guerre
civile qui ne disait pas son nom, et sur laquelle circulaient
des histoires sordides dont les viols des femmes ainsi que
l’enrôlement forcé dans la rébellion de ces mêmes enfants.
La situation de ces enfants, en rupture vis-à-vis du
système social, humiliés de toutes parts, fut une
catastrophe pour le pays. Ces jeunes auraient dû être les
grands acteurs de l’avenir du pays, pour en stimuler
16

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