QUESTIONS NON-STOP A LILI LA SALOPE

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Un sombre poème fatalement interrompu le 11 septembre 2014...

Publié le : lundi 15 septembre 2014
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Questions non-stop à Lili la Salope
Poème inachevé de Michel Bellin
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quel moment va-t-elle rappliquer
mon invitée-surprise ?
En été ou en hiver ?
De jour ou en pleine nuit ?
À la maison ou dehors ?
Me surprendra-t-elle,
hôtesse malapprise, ou aura-t-elle l’élémentaire correction de m’envoyer un carton d’invitation ?
Ce jour-là, me trouvera-t-elle prêt ou interloqué ?
Battant ou déjà battu ? Et si elle me prend de court, ma belle intruse, devrai-je laisser en plan des choses urgentes ou…
indécentes !
Indices douteux :
un caleçon sale,
une vaisselle en cours,
mon dernier tiers provisionnel impayé
mes orteils mal taillés…
Saurai-je alors déceler son approche ?
Sa menace ?
Ses grimaces ?
3 Sa séduction peut-être car on la dit belle, monstrueusement belle,
mais le plus souvent brutale et mal embouchée, blême sous son fard criard, hargneuse, échevelée, mais si souple, si inventive, surtout si intrusive qu’elle est capable de s’immiscer partout, jusqu’aux confins du Royaume de Gulliver.
Lili la Pute ! D’où ma suspicion et mes supputations : en quel secteur intime de ma carcasse a-t-elle déjà rapetissé, Lili la Magicienne ? Embusquée en quel repli de mon cortex ?
Planquée peut-être dans ma vieille pompe cardiaque ?
Dissoute dans mon fleuve sanguin, dans un de ses bras morts ? En quel endroit secret
est-ce que “ça” commence déjà à lâcher ?
À se déliter ?
À se déglinguer ?
À court-circuiter ?
Car cette Lili-là, c’est une terroriste de première !
qui sait comment se travestir,
où se planquer pour détruire l’ordinateur central
ou bien allumer la mèche à retardement !
Lili la Sadique !
À moins qu’elle ne se pointe à l’extérieur,
4 se pavanant incognito, sans crier gare, un matin de printemps sur la voie publique, à moins qu’elle ne hèle à mon intention un chauffard rêveur
ou bien sur un toit une innocente tuile ?
Fatalitas!
Du coup, l’effet de bourrasque ne sera-t-il pas jugé comique ? Invraisemblable ? Évitable ? Simple circonstance navrante…
Et moi, aurai-je très peur ?
Aurais-je eu le temps d’avoir peur ?
(Surtout peur de n’avoir pas signé à temps mon cont rat
d’assurance-vie !)
M’aura-t-elle au moins fait rire, Lili la Faucheuse ?
Me fera-t-elle longtemps languir sous ses baisers glacés ?
Sera-t-elle au contraire douce et persuasive,
câline et enjôleuse : «Laisse-toi aller, mon chou…» Aurai-je alors des alliés ou des tortionnaires
professionnels ?
Dans l’univers aseptisé,
montrera-t-on de la pudeur pour me dénuder,
5 du tact pour confisquer mon râtelier ? Et que deviendront au dehors mes enfants, surtout le p’tit
dernier – l’innocent ?
Et mes deux petits-enfants, le roux et le blondinet ?
Et Tityre, le chat siamois ?
Et mon rosier et ses menaçants pucerons ?
Que deviendront aussi mes amis les livres ? Mon recueil de poèmes inachevé ? Et mon site esseulé, qui s’en occupera ?
Qui perfusera mon blog littéraire ?
À moins que, sans préavis, d’un clic on le clôture…
Un cru de 12 ans d’âge !
Et lorsqu’elle m’étreindra, Lili la Tigresse, jusqu’à
m’étouffer,
quand elle me sucera jusqu’à me dessécher sur pied,
me laissera-t-elle encore des yeux pour lire Baudelaire ?
Mes oreilles pour pleurer encore avec Schubert ?
Un cœur pur pour espérer encore avec le Cantor ?
– Encore quelques instants, darling !
Serai-je alors si seul entre ses bras,
si désespérément seul et oppressé dans l’étau de se s cuisses que je paniquerai
que je bêtifierai
que je me renierai !
Au point de tout regretter ?
6 Au point de tout avouer ? Jusqu’à me confesser,
jusqu’à crier «Maman !» ou «Petit Jésus !»
Et l’autre, pendant ce temps, l’autre, l’Inespérée, sera-t-elle là ? Accourra-t-elle une dernière fois près de moi, à mon chevet, tout près, toute tendre, toute éperdue… Au moins, aura-t-on pu la prévenir à temps ?
Avec ménagement, j’y tiens, pardon, j’y tenais.
Aura-t-elle encore le temps, aura-t-elle le cœur
de m’étreindre encore au cœur à corps ?
De s’offrir à moi une dernière fois
par amour, surtout pas par pitié ni par acharnement
romantique ? Aura-t-elle le réflexe de couper l’arrivée d’oxygène - si nécessaire !
(Elle l’a écrit, me l’a promis.)
Et si c’était cetalter egohumain, depuis tant d’années, tant de jours, tant de minutes, tant de secondes
mon prochain le plus proche,
mon intime, ma fidèle,
si c’était ce tendre et impérissable Amour
le premier à me plaquer,
à faire défection,
elle, mon élue, la première à me griller la politesse !
7 Si c’était mon aurore boréale, mon bel astre féminin qui le premier clignotait, pâlissait, s’obscurcissait,
disparaissait…
simplement parce que Lili la jalouse, Lili l’Ogresse
en a ainsi décidé
de toute éternité !
En aurai-je au moins le pressentiment ?
Serai-je moi aussi prévenu à temps ?
Me laissera-t-elle un répit “elle”, pas l’alliée de toujours, l’Autre, l’ensorceleuse, la gueuse d’un seul jour – m’accordera-t-elle quelques tout petits instants pour accourir, haletant, pour secourir mon pauvre Amour ?
Aurai-je temps de l’approcher ?
De tenter un bouche à bouche ?
De la kidnapper ?
De l’emporter très loin pour la cacher ? Et si, dépitée, obsédée, toujours pressée de mettre son pied
au travers de la porte,
l’autre – la garce, la funeste, Lili la Poisse –
illico presto
emporte ma bienheureuse…
aurai-je la force
de la suivre ?
La faiblesse
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de lui survivre ?
Et si Lili
si….. Lili
F o…l a s s o ye u s es iL i l i …. e t
Poème écrit le 11 septembre 2014
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