Repentir des ménines

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Madrid, de nos jours : entre crise économique et débats sur l'IVG, trois femmes à huis-clos se déchirent autours d'une grossesse malheureuse. La future mère, prostrée, entame une thérapie par l'écriture qui la révèle, entre Médée et Antigone, en potentielle infanticide, tandis que ses colocataires aux abois veulent faire adopter l'enfant. Plus qu'un fait divers, des questions aussi variées que la moralité, la condition des femmes, le processus créatif, la place de l'écriture et de l'art dans nos vies, la possibilité d'une tragédie moderne sont abordées, pour laisser ouverte l'énigme du repentir des Ménines: qu'ont-elles à expier ? Leur repentir est-il moral ou pictural ?
Publié le : vendredi 7 novembre 2014
Lecture(s) : 29
EAN13 : 9782336360379
Nombre de pages : 101
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Pierre-Alexandre BourgineLE REPENTIR DES MÉNINES
LE REPENTIR Madrid, de nos jours : entre crise économique et débats
sur l’IVG, trois femmes à huis-clos se déchirent autour d’une
grossesse malheureuse. La future mère, prostrée, entame une DES MÉNINES
thérapie par l’écriture qui la révèle, entre Médée et Antigone,
en potentielle infanticide, tandis que ses colocataires aux abois
veulent faire adopter l’enfant.
Plus qu’un fait divers, dans les arguments qui s’échangent,
dans les allers-retours obsédants entre réalité et monologues
virtuels à plusieurs voix, des questions aussi variées que la
moralité, la condition des femmes, le processus créatif, la
place de l’écriture et de l’art dans nos vies, la possibilité d’une
tragédie moderne sont abordées, parfois avec ironie, toujours
sans dogmatisme, pour laisser ouverte l’énigme du repentir des
Ménines : qu’ont-elles à expier ? Leur repentir est-il moral ou
pictural ?

Pierre-Alexandre Bourgine, à tout juste 20 ans, publie ici sa première
pièce. Étudiant en khâgne scientifi que BL, il se destine à des études
d’économie.
353
Illustration de couverture :
Les Ménines, Velasquez © inkstock
ISBN : 978-2-343-04310-4
12 €
Pierre-Alexandre Bourgine
LE REPENTIR DES MÉNINES
Théâtre des 5 continents




Le Repentir des Ménines























Théâtre des 5 Continents
Collection dirigée par
Robert Poudérou et Fanette Vendeville


Dernières parutions

352 – Pierre TAMINIAUX, La faille, 2014
351 – Michel VIVIER, Le bout du monde, 2014
350 – Jo PAPINI, Nous on vit là, 2014.
349 – Catherine C. LAURENT, Les jours perdus, 2014.
348 – Emmanuel LAMBERT – Bulles de Zinc, Match retour, 2014.
347 – Jean-Paul INISAN, Ecrans et miroirs, 2014.
346 – Claude MILON, Un magicien nommé Mozart. Évocation
dramatique en 33 tableaux, 2014.
345 – Laurence HUARD, Et le jour..., 2014.
344 – Laetitia BOQUI-QUENI, Le grand Malbar, 2014.
343 – François AURORE, Je voudrais mourir en pleurant ,2014.
342 – Henri FABRE, L’héritière ,2014.
341 – Henri FABRE, Le maître et le marteau ,2014.
340 – Florestan VERHAEGEN, Un incroyable bijou ,2014.
339 – Hélène VRIGNAUD-MASUREL, La Pelle de la terre ,2014.
338 – Bernard FAIDUTTI, 39-45… Décisions nucléaires, 2014.
337 – Monique LANCEL, La tentation du capitaine Lacuzon, 2014.
336 – Marie-Aimée LEBRETON, Au fil des jours, 2014.
335 – Richard TSOGANG FOSSI, Le gibier humain, 2014.
334 – Ivan GAVRILOFF, La dernière pilule, 2014.
333 – Bernard MARTIN FARGIER, Bonheur voyage, 2014.
332 – Lou FERREIRA, Pour l’éternité, 2014.
331 – Jean-Luc TABARD, La truite aux amandes, 2014.
330 – Koshi AKOUBIA, Grinini, 2014.
329 – Nicky ATTIKI, Le sculpteur, 2014.
328 – Serge BOUCHET DE FAREINS, Avis de recherche, 2014.
327 – Juliette SPERANZA, Elektra La Rienne, 2014.
326 – Jules MOREAUX, Notre-Dame-de-la-Mer, 2014.
325 – Dominique ZINS, Une femme enquête. Suivi de Au seuil de
la pesanteur, 2014.
324 – Girish Raghunath KARNAD, Les fleurs, 2014.
323 – Jean-Luc JEENER, Pédophilie, suivi de Sensualité, 2014. Pierre-Alexandre BOURGINE





Le Repentir des Ménines














































© L’HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-04310-4
EAN : 9782343043104
PERSONNAGES

MARIA
BERNARDA
PILAR

Elles ont autour de 35 ans. Toutes trois amies
d’études, elles ont fait leur vie séparément mais cohabitent
désormais chez Pilar, célibataire convaincue. Son petit
appartement accueille depuis près d’un an Bernarda, qui
peine à se reloger suite à son divorce. María les a
rejointes plus récemment, il y a cinq mois, depuis qu’elle
est enceinte.


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ACTE I

Un appartement dont on ne voit que le salon : deux
fenêtres au fond, côté jardin une porte, de même côté
cour. Ameublement banal, assez bien entretenu. Une table
au centre, avec des chaises. Sur le mur du fond, entre les
deux fenêtres, une reproduction des Ménines. Bernarda
rentre par la porte côté cour, s’avance, hésite, se ravise,
revient sur le seuil, prend un air préoccupé, puis pousse
un hurlement, attend un peu et se lance à travers le salon
en courant. Lueur d’aube par les fenêtres.

BERNARDA
María ! (elle tambourine sur la porte côté jardin) María !
(désabusée) María ! Sors ! (pas de réponse) Sors !

MARIA (derrière la porte, voix sourde)
Non.

BERNARDA
Il faut pourtant bien que tu sortes. Ta vie ne peut pas se
passer à l’intérieur de cette pièce.

MARIA
Et pourquoi non ? D’ailleurs même si je sortais je
n’existerais plus.

BERNARDA
Mais si. L’existence est dehors. C’est parce que tu es
dedans que tu dis cela, car tu ne la vois pas. Sors et tu
verras.

MARIA
L’existence n’est pas dehors, elle est dans le fait de sortir.

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BERNARDA
Sors alors.

MARIA
Il ne s’agit pas de sortir d’une pièce. C’est de soi qu’il faut
sortir, pour exister. Et je ne le puis plus. Je suis en prison.

BERNARDA
Parce que tu t’emprisonnes. Ouvre.

MARIA
Tu sais bien que ce n’est pas moi qui m’enferme. Je ne
peux pas sortir. (Après un temps) Tu es sûre que personne
ne te regarde ?

BERNARDA
Voyons. Nous sommes chez nous, seules. Bien sûr qu’il
n’y a personne. J’en suis certaine. Il n’y a personne dans la
salle.

MARIA
La salle ? Pourquoi ce mot ?

BERNARDA
La pièce, c’est tout comme.

MARIA
Non. Je sens que toute une foule te regarde et tu n’en as
pas conscience. Je ne peux pas sortir sous leurs regards.

BERNARDA
Il n’y a personne, je t’assure.

MARIA
Au balcon d’en face ?
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BERNARDA (regardant vers le poulailler)
Non, personne.

MARIA
Dans la rue ?

BERNARDA (regardant le parterre)
Il y a des gens, oui. Mais nous sommes au septième,
comment nous verraient-ils ? Tu vois, personne ne nous
regarde.

MARIA
Si. Ils sont là, les voyeurs, dans l’ombre. Tapis et retenant
leur souffle. Attendant que je sorte. Ils me dégoûtent. Je
les hais.

BERNARDA
Ne sois pas injuste avec les anonymes. Ils n’ont rien fait.

MARIA
Justement. Ils n’ont rien fait et ne font rien. Tout le monde
est complice sans le savoir. La société approuve tant
qu’elle ne châtie pas.

BERNARDA
Comment châtierait-elle ? Elle ignore tout. Sors et parle.

MARIA
Tais-toi. C’est impossible, tu le sais.

BERNARDA
Sors.

MARIA
Ce n’est plus moi qui peux encore sortir de moi-même.
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