Reviens Cortàzar

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Le lauréat d'un grand prix littéraire, obsédé par les blondes et les énumérations, doit lire, à l'occasion de la réception de sa récompense, un de ses textes dont l'écriture a été jugée représentative de son style. Mais sa façon d'écrire a évolué. Il décide alors de réécrire le texte élu en mélangue, mélange de langues.ŠCe roman est une oeuvre polyphonique, pleine d'humour, qui surprend par la modernité de son écriture.
Publié le : mercredi 1 octobre 2014
Lecture(s) : 6
EAN13 : 9782336358482
Nombre de pages : 216
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Jean-Louis RobertReviens, Cortàzar
Le lauréat d’un grand prix littéraire, obsédé par les
blondes et les énumérations, doit lire, à l’occasion de
la réception de sa récompense, un de ses textes dont
l’écriture a été jugée représentative de son style. Mais Reviens, sa façon d’écrire a évolué. Il décide alors de réécrire le
texte élu en mélangue (mélange de langues). Il accorde
une interview à une journaliste (blonde, en string) à qui Cortàzar
il confe sa défnition du roman : « […] il m’est apparu que
les deux versions pouvaient constituer l’ouverture et la
clôture d’un roman à faire. Il sufft simplement de remplir
Romanl’intervalle. Écrire c’est justement cela, combler l’écart
entre une origine supposée et un point d’aboutissement. »
Peu enthousiasmé par l’idée de se retrouver exposé au
regard d’une foule, qu’a priori il juge hostile, il entreprend
dès lors d’éloigner le moment de l’événement en se
livrant à diverses « digressions » convoquant Diderot,
Sterne et Derrida, mêlant l’interview, les jeux littéraires,
le discours politique.
Au total, une œuvre polyphonique, pleine d’humour, qui
surprend par la modernité de son écriture.
Marié, 57 ans, professeur de lettres, Jean-Louis Robert
a publié une douzaine d’ouvrages appartenant à des
genres différents (roman, poésie, nouvelle, conte). Il
poursuit une œuvre, fondée sur le «mélangue» (mélange
de langues), récompensée par différents prix en Outre-
mer.
En couverture : Claude Robert (photographie).
ISBN : 978-2-343-04098-1
Prix : 20,50 €
Reviens, Cortàzar
Jean-Louis RobertReviens, Cortàzar



































© L’Harmattan, 2014
5 7, rue de l’Ec ole polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978 2 343 04098 1
EAN : 9782343040981
Jean Louis Robert
Reviens, Cortàzar

roman






















L’HarmattanÉcritures
Collection fondée par Maguy Albet


Brai (Catherine), Une enfance à Saigon , 2014.
Bosc (Michel), Marie Louise. L’Or et la Ressource , 2014.
Hériche (Marie Claire), La Villa, 2014.
Musso (Frédéric), Le petit Bouddha de bronze , 2014.
Guillard (Noël), Entre les lignes , 2014.
Paulet (Marion), La petite fileuse de soie , 2014.
Louarn (Myriam), La tendresse des éléphants , 2014.
Redon (Michel), L’heure exacte, 2014.
Plaisance (Daniel), Un papillon à l’âme , 2014.
Baldes (Myriam), Où tu vas, Eva ? , 2014.
Paul (Maela), L’homme à la peau de soie , 2014.
Couture (Josiane), Courtes éternités, 2014.
Lecocq (Jean Michel), Rejoins la meute ! , 2014.
Bastien (Danielle), La vie, ça commence demain , 2014.
Bosc (Michel), L’amour ou son ombre , 2014.

*
**
Ces quinze derniers titres de la collection sont classés par ordre
chronologique en commençant par le plus récent. Laliste complète des
parutions, avecune courte présentation du contenu des ouvrages,
peut être consultée sur le sitewww.harmattan.fr


I
BLONDEPLASTIQUE
11111
Il est trop tard pour reculer. Il aurait dû faire
marche arrière alors qu’il était encore dans sa voi
ture au volant lumineux. Il lui suffisait de faire
commes’ilnesavaitpasoùcelasepassait.Ilsese
rait promené dans la ville, se serait empli les
oreillesdesconversationsdespassants,qu’ilaurait
consignées,onsaitjamaisçapourraitservir,bribes
de conversations, bribes d’histoires, comme celles
de ces déménageurs, histoires drôles, à entendre
leursgrosrires,Dequicesporteursdecartonspeu
vent ils donc se moquer ? Ah oui, bien sûr ! C’est
un intello qui déménage dans une nouvelle case.
Bruit de marteau piqueur. Ahahah ! Et celle là,
vouslaconnaissez?Unintellovarendrevisiteàun
collègue malade. La femme de ce dernier lui an
nonce qu’il s’en est allé. Quand il reviendra, dit le
visiteur, dites lui que je suis passé le voir. Puis il
s’enseraitretournéchezlui,là bas,loindelaville.
Il aurait dit qu’il n’avait pas trouvé l’endroit, qu’il
était resté longtemps dans un gros embouteillage,
unembouteillagecortazárien.Oui,maisilestinca
pable de mentir.1?1 Pas capable est mort sans es
sayer.–Chacunsaitdequoiilestcapable.Etilsait
parfaitementdequoisafemmeestElleest
madrée. Elle aurait démonté sa menterie en moins
de deux, avant de lui lancer l’un de ces mots qu’il
abhorre par dessus tout, un de ces mots obèses et
9
111111111111111111111111111111,,111111111111111111,,1111111111111111111111111111,11,11111111111111111111111111111111111111111111111111111111,11111111,11111111,111,111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,1111111111111111prétentieux qui prétendent recouvrir les mouve
ments secrets, subtils, à peine perceptibles de son
for intérieur. Un de ces mots reluisants qu’elle
senne au cours de ses lectures et qu’elle serre avec
un soin particulier dans son tramail cahier. Pour
les replacer dans le grand roman d’amour qu’elle
projetted’écrireetdontellearédigélerésumédes
cinq chapitres. Une histoire racontant l’histoire du
fils d’un milliardaire indien et de sa fiancée, une
ancienne amie d’enfance. Qu’est ce que cela veut
dire«pusillanime»?Ellemodifielephonèmecen
tral, le transforme en semi voyelle. Il reprend en
écho correctif, replongeant les cannes jumelles
dans leur milieu liquide. Pusillanime, je crois que
ça signifie, pusillus animus, esprit étroit, oui, ça
veutdirequelquechosecommetimide,trèstimide,
timide jusqu’à la lâcheté, kaponèr. – C’était pas la
peine de traduire en créole, javais fort bien com
pris.
2
Elle n’aime pas la langue de sa mère, elle n’aime
paslessurnomsfamiliers,lesnomsmarrons,com
plices, tapis, mendiants, subreptissés dans le noir,
au faciès délictueusement coupables. Elle préfère
les vrais mots, ceux qui sont munis de pièces
d’identitétroiscouleurs,etquin’ontpasbesoinde
10
1111111,1111111111111111111111111,11111111,111111111111111,111111111111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,,1111111111111les présenter, mots reconnus, mots purs, mots
lisses, mots malices. Zinzin la malice n’est pas
bonne. Face à la menace indigène, contre laquelle
elleaapprisàseprotéger,ellen’estpassansarmes.
Elle est entraînée à faire face à cegenre de danger.
Elle est une femme moderne. Elle ne s’adresse pas
auxsorciers,commecette lointainecousinequ’elle
n’a Dieu merci jamais fréquentée qui est allée en
consulterunpourqu’illadébarrassedesonaccent
– on l’avait retrouvée, en string, errant en compa
gnied’uncoqrouge,dansuncimetièred’Anjouan,
proférant avec rage des amphigouriages en R. Les
genssonttellementsuperstitieux.Elle,elledispose
d’armes modernes. Labcès à peine apparu, elle
s’enempare,letransportevitementàlasalled’opé
ration. Aussitôt, les infirmières accourent. Vite, la
civière, vite, avant qu’il n’arrive à suppuration.
Coursefolledanslescouloirs.Latabled’opération
estviteprête.Voilà,elleenfilesablouseblancheet
l’opération esthétique commence, sans anesthésie.
Aprèstout,c’estunmotàseptpeaux,onnevapas
gaspiller d’argent pour ce genre de malade. Un
coup de bistouri, la poche de pus pète. Heureuse
ment qu’elle a son masque. Il bloque les émana
tions nauséabondes qui s’épandent dans tous les
sens. Le barrage de toile verte est trop fragile.
Lécœurante odeur arrive jusqu’à son moukouti.
Ellearrachevitel’initiallambeauobscène,lafinale
vulgaire, implante ses prothèses blanches, et voilà
letravail.Lavilaineparole,défrisée,peutquitterla
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1,1111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111111,1111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111cuisine et prendre sa place au salon, dans le buffet
des patoiseries charmantes, à côté des autres dou
ceursîliennes:punchdesîles,bonbondecoco,sa
moussa,quarante cinqtoursségadevantslowder
rière, achards. La parole sibboleth, exposée au mi
roirconiquedelachirurgieplastique,atrouvéune
défrisure présentable, une identité de devant de
cour.
Le voilà qui s’avance, ivre de contentement
commeunnègreàquionadonnéunpetitcouteau
à manche blanc, fier de sa huitième peau, fier de
son vêtement chic, flambant neuf. Il est vraiment
beau, comme cette blonde en string étendue sur le
sable blanc, la tête posée sur son jean de jais. Im
possibledeluidonnerunâge.Unvisageaussilisse
qu’un songe de cire, une douce chevelure, des
lèvres charnues, des seins juste assez obus, un
ventre plat, de longues jambes musclées. Une top
womanqueen certainement. On a envie de laisser
seslongsdoigtsfinsglisserlelongdececorpslisse,
de ce corps de rêve, caresser ces quilles si fermes,
effleurer ces bossoirs capables de débarrer les
portes du désir, que des mains amantes ont pris à
pleines pommes. Les prendre à pleines mains, les,
retenez moi… peloter. Le serpent déroule ses
rouges anneaux. Mais là, oui, là, sous l’aisselle, le
serpents’endort.Heureusementqu’onm’aretenu,
c’est un tout petit peu rugueux, une ligne rêche,
fine, très fine, une légère cicatrice. Arrête ! Tu
passes ton temps à trouver des défauts aux autres.
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111111111111111111111111111111111111,1111111111111111111111,1111111111,1111,,111111111111111111111,1,111111111,111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,111111111111111,1111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111Leurs yeux chassieux s’arrêtent à la surface des
choses. Ils refusent de voir les crevasses creusées
parlestiquessurlepisdesvaches.Ilssecontentent
des blocs polis, trop polis, qu’on leur présente.
Pourvu que ce soit arrangé dans le pur langage de
dehors. Arrête ! Tu vas détruire cette superlative
femme. Déjà un liquide infect suinte de la fissure,
tagada, suinte suinte, la fissure devient fêlure,
l’obuspète.Avecsesyeuxdebusard,ilvoitceque
la créature essayait de dissimuler. Les seins silico
nés.Levisagelifté.Lenezrefait.Leventreretaillé.
Les cuisses liposucées. Les cheveux blonds repi
qués.Lecontecraque.Labellemouluren’estqu’un
puzzle. Un beau peuzhole femelle. « CAPhON
NEUR », lui aussi, garde des traces de l’opération
qu’elle lui a fait subir. Ce petit boulon, reste de sa
chevelurecognée,quel’anamorphoseplastiquen’a
pu dresser. Cette petite hache enterrée dans la
langue du maître qui ne demande guère qu’à faire
honneur au cap. En coupant quel grand bois ? Ca
phonneur ! Tiens, elle l’a fait sortir. C’était pas la
peine de traduire. J’avais fort bien compris. Je n’ai
pasperdumonfrançaisquandmême!
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111111,111111111111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111,111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,1111111111111111111111111111111111111111111111111111
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Alors, comment cela s’est il passé ? – Oh ! il y
avaitundecesembouteillages,jen’aipaspu…Pu
sillanime ! Coup de fusil qui déchire la phrase ter
giversatile. Décidément, elle a des difficultés avec
ce « pusillanime ». Elle le prononce tantôt avec la
liquide, tantôt quand elle se met dans une violette
colère, avec un yod antiseptique. C’est un mot
d’une langue étrangère, elle n’en viendra jamais à
bout, elle aura beau s’appliquer pour bien le pro
noncer, on entendra qu’elle s’applique, elle ne
saurajamais,ilyauratoujoursenelleladoutance.
Ce mal au ya qu’aucune chirurgie esthétique ne
pourraextirper.–Pusillanime.Etdevantlui,toutà
coup,s’ouvreuncorridor,immenseetsombre.Des
espèces de larves puantes remuent entre les
plaqueslépreusesquicouvrentlesmurs.Ellessor
tent la tête, comme si elles voulaient faire un tour
dehors,dehorsilyademauvaisesâmes,larentrent
aussitôt, n’y a personne, la ressortent. – Tu prends
des vessies pour des lanternes. Ce que tu
pour des larves, ce sont des idées, de belles idées,
des idées justes parce que partagées par tout le
monde.Tiens,envoilàune.Regardecommeelleest
brillanteetronde. Quedit elle?–Quecequivient
de dehors a plus de valeur que tout ce qu’on peut
trouver ici. Vois cette foule gluante de respect qui
s’agglutine autour d’elle, qui la place sur un pié
destal, qui l’admire. Tiens, en voilà une autre qui
sortdesonalvéole.
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11111111111111111111111111111111,111111111111111111,11111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,1111111?1111111111111111111111111111111111,111111111111111111111111111111,,11111111111111111111111111111111111111111111111111111,1111111111111111
1?1–Quedit elle?–Elleesttropéloignée.Onn’arrive
pasàlire.Elleaussibrilledemillefeux.Carelleest
juste. – Oui, mais que dit elle ? Moi, je ne juge pas
l’oiseau à son plumage. Holà, ma fille ! Viens voir
unpeuici!…Impossibledevoirsonvisage,ondi
rait qu’elle ne veut pas se faire voir, elle rase les
murs.Elleestfarouche?Pudique?Etcefardrouge
sangdefemmelégèrequiluisouillelafigure?Elle
regardesanscessederrièreellecommeunefemme
quiapeurd’êtrepriseenfaute.Faisons luiunclin
d1 œil. Il nen a pas le temps, elle s’est enfuie. Cela
ne fait rien, elle va sortir à l’autre bout, je vais la
prendre plus loin, mon hameçon est prêt, dès
qu’elle pointe la tête, je lattrape. Et hop ! saisie la
belle imagination, limagination vraie, limagina
tion juste ! Qu’est ce qu’elle dit ? Les étrangers
n’ont pas leur place ici. Ici c’est notre pays. Como
riensdehors!Ahoui!Ellebrilledejustice.Elleest
douce comme le miel vert. En un éclair, une foule
attiréeparlemieldesespatriotiquesformes,sere
trouveautourd’elle.«Comoriensdehors»jettedes
éclats d’or qui se fanent, pour se déposer jusque
danslesreplislespluséloignésduforintérieurdes
adeptes. La vêture de métal attire la lumière, qui
éclaire ces sites sombres. Ça grouille, comme des
puces qui bouillent dans une paillasse en toile de
jute remplie de feuilles de bananier séchées, des
pucespusillanimes,barguigneuses.Pastantqueça.
Certainessedécident,seregroupent,semettenten
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11111111111111111111111111111111111111111111,111111111111111,111111,11111111111111111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111111111111111111,111111,1111111111111111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111111111111,111111111111111111111111111rangs, prêtes à sortir. Elles ont reconnu des sil
houettes familières à l’extérieur. Elles sortent
obèsesdefierté.«Icic’estnotrepays».Labelleidée
monteaupyramidalbalcondel’hôteldeville.Elle
ne baisse plus la tête. Elle toise la foule de ses ad
mirateurs. Ils admirent sa pureté. Rien de bariolé,
bigarré, chamarré. Aucun mélange, aucune
mouche charbonneuse dans le lait national. Tout
estblanc,aseptisé,majoritaire.Ilsbêlentsonnomà
l’infinienagitantdesdrapeauxtricolores,despor
traits, des banderoles. On les entend en Bosnie, au
Rwanda, en Inde bien sûr, dans l’Oklahoma, au
fond des charniers, près des églises brûlées. Com
biensont ils?Nombreux,tropnombreux.Unemer
de visages illuminés s’agite sous l’astre puissant.
Malgré le soleil d’été qui tape dur, les badauds af
fluent,ébahis,puisravislorsqu’ilsreconnaissentla
belleidéedontleséclatssontserrés pourquoi
« serrés » ? Ils ne se sont jamais posé la question
aufonddeleurcœur.Elledescenddesonbal
con,tentéeparunbaindefoule.Auloinlà bas,près
du fleuve passe quelqu’un qui n’est pas d’ici. Des
fidèlesl’aperçoivent,sesaisissentdelui,lerossent,
lejettentdanslaflotte.Lafoulehilareaccourtpour
le voir couler. La foule hilare, émue par la belle
idée, l’idée juste, l’idée juchée là bas au balcon de
lacasecommune,purifielemonde.
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1111111111111111111111111111111,111111111111,11111,1,111111111111111111111111111111111111111111111111111111100111,111111111111111111111111111111111,11111111,11111111100111111111111111111111111111111111111111111,111111111111,11111111111111111111114
Ilesttroptardpourreculer,lafoulel’attend.Jel’en
tends. Elle m’appelle, elle menvoûte, me charme,
mensorcelle, elle m’entraîne là bas, dans son tra
mail,danssaseine.Jecoule,ellemejetteunecorde,
m’amarre, me lance au milieu de larène, coq effa
rouché par une promesse de coups, me rattrape à
l’aide de la corde, me relâche, coq toupie. Parle.
Dis nous ce que tu as à dire. Nous avons les
moyens de te faire parler. Il prend le cœur et com
menceàdireunvers,lafoulenebougepas,ledeu
xième, un des tentacules commence de bouger.
Qu’ya t il?Qu’est cequivousgêne?Est celemot
baroquequivousdéplaît?Continue.Ilnefinitpas
le troisième vers. Il est arrêté dans son élan poé
tique par le mouvement de dégoût qui a parcouru
l’assistance. Elle ne comprend pas la tournure.
Quelestcelangageincohérent?Ilaunlégermou
vement de recul. Devant lui, l’antre qui abrite le
monstredressesamodernitédeverre.
Devant lui, une baie vitrée, encastrée dans des
pierres bien appareillées et enrobées d’une couche
dancientemps,sedéploieenuneimmensecourbe
couverted’eau,luxueuseetpérenne.
Soudainl’œilgauchedulauréats’agrandit.Une
vilaine bête pénètre dans cette prunelle glauque
qui se met à tourner en tous sens, telle un manège
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11111,11111111111111111111,1111,11,111111,111,11111111111111111111111111111111,111111111,,111,11111111111111111111111111,111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,1,11111111111111111111111111111111111déréglé.Cequiaenvahilapupilleserépandégale
ment dans la voix. La fin du troisième vers, gagné
parlahonte,n’arrivepasàfranchirlesbarrièresla
biales.Labêtedeverrevit,deséclatsdeviebrillent
dans son œil. Des yeux, de nombreuses paires
d’yeux tapis partout derrière son énorme œil de
verre, le prennent pour cible. Des sarbacanes ter
ribles le visent. Des yeux farouches le couchent en
joue,yeuxacéréscommelalamedessabresàcanne
32DumasAîné.
5
Entrelemonumentdeverreetlamontagne,uncar
reau de roseaux saccharifères…1?1 What ? Kosa ?
Sakarifèr. Ahbon!…s’épanchecommeuntapis
vert sans fin. Au dernier tirage, c’est un carré de
rois qui est sorti. Tapis rouge pour les souverains.
Battent un carré à perte de vue, battent un carré à
pertedevue.Unetrâléedetigesdefleursoscillent
ensoyeusesaigrettesauboutdesroseauxd’ébène.
Unetrâléedemarronsquibivouaquentavantdese
mettreencampagne.–Tonespritbatlacampagne!
Les marrons n’ont jamais été aussi nombreux ! Tu
neconnaisvraimentpasgrand chosesurnous.–Je
suis dans votre camp. – Non, tu es plutôt sur le
camp, comme une toupie. – Attendez, regardez ce
quej’aiécrit,écoutez,VINDESANM.
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1111111111111111111111111111111111111?11111111111111111111111111111111,111111111111,11111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111111111111,11111111,1111111111111111111
1?1Arrête. On ne comprend rien. On ne se recon
naîtpasdanstonlangage.
Maismontexteditquelesinstitutionsontfol
klorisé cette date.1?1 On ne comprend pas tes pa
roles.Tuesducôtédescriminels.Tun’asdoncpas
denez?TuparlesaveclalangueduMaître.Elleest
là qui, telles les tenailles du courbari enserre notre
langage, entoure ses chevilles, lui arrache son
âme…Comment?Lesesclavesn’ontpasd’âme,et
leur langage encore moins ? Oui, bien sûr !… lui
arrachedeshurlementsdebête. Maisnon,cen’est
pas ça du tout, il n’y a ni langue maîtresse, ni
langue servile, il y a un mélangue qui emprunte à
l’uneetàl’autre,pourbriserlesfrontièresdel’une
etdel’autre,pourrapprocherl’uneetl’autre,ceux
quiparlentl’uneetceuxquiparlentl’autreetceux les deux, c’est un zambrokalle. Quellequi
heure il est ?… Ils m’attendent là dedans, vous
voyez, je suis dans votre camp. – Oh, mon Cafre !
Tiens, tu changes de couleur, te voilà subitement
blanc comme un fer blanc, comme si tu as effleuré
une raquette noire ou frôlé une feuille de vacoa
marron ou marché sur les fruits épineux d’un car
reau de pagodes. Serait ce « mon Cafre » l’auteur
detoutcetangage?Serait ce«monCafre»qui,une
fois encore, produit ses nègres effets sur toi ? –
Pourquoi«unefoisencore»?–Souviens toi.Cela
sepassaitaucoursd’unvernissage,dansunegale
ried’artquinepaiepasdemine,loinlà bas,loinde
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1111111111111111111111111,1,1111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,1111111111111111111111111111?111111,111111111?11111111,1111111,11111111111111111111111,11111111111111111111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111,1111111111111111111,1111
1?1la Ville. Deux hommes qui venaient de faire con
naissance, un grand Cafre robuste tout de blanc
vêtuetunBlancenshort,tee shirtettongs,unZo
reille lesZoreillessontsans gêne,lesZoreilles
n‘onthontederien bavardaientàbâtonsrom
pusdevantunesculpture.Ah!cetteondulationqui
sort de toi, la mémoire te revient sans doute ! De
quoi parliez vous ? Des vertus cardinales du bois
que l’artiste un autodidacte des Hauts a
utilisépoursacréation?Oudelaformetorturéede
la femelle stéatopyge une superlascive
Cafrine,laCafrinedel’artisteauxpiedsnus 1001 ?
Oudelafemmeengénéral?Oui,c’estça.Regarde
commecelaamuselagalerie.Vousparliezavecélé
gance et les paroles sauterelles charroyant de l’art
passentdel’unàl’autre,égayentlagalerie,s’égail
insoulent, légères comme la mélodie d’un séga,
ciantes, inoffensives. Et puis, l’éraillure qui fait se
bégayerlagaieté.Tuchangesdecouleur.Ondirait
que tu as effleuré une raquette noire ou frôlé une
feuille de vacoa marron ou marché sur les fruits
épineuxd’uncarreaudepagodes.LeBlancalaissé
tomber sur toi une parole taboue, un coup de sa
gaie.Ilt’adonnédu«monCafre».Çanesefaitpas
d’appeler un Cafre un Cafre. Pourtant c’était venu
tout d’un coup, naturellement, innocemment, sans
aucune préméditation. Et ce coup innocent, donné
sansfaireexprès,apulvérisélafrêlepasserellequi
commençaitàrapprocherlesdeuxmondes.Tun’es
donc pas fier d’être Cafre ? Et tu dis que tu es des
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11111111,,111100111111111111,11111111111111,1,1111111111,111111111111111,11111111111111111,1111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111001111111111111111111111111111111111111111111111111111111111110011111111111111111111001111111111111111111,111111111111111111,111
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