1000 Caractères, vol.2

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« Je veux mourir dignement en ce jour que j’ai choisi et non moisir petitement comme ces hommes essoufflés qui patientent fébrilement tels des condamnés vaincus, dans les linceuls de leurs lits. N’ayez crainte, je vous enterrerais convenablement. Je songe à une belle sépulture en ivoire, comme dans un rêve qui se mêlerait de mon histoire. Ne vous inquiétiez pas vos funérailles seront solennelles, elles s’accompagneront du glas aux éternels et votre enfouissement se déroulera en trois temps comme votre testament le mentionne. »
Deuxième volume des 1000 Caractères de Matthieu Dubois où se croisent des policiers incompétents, des couples en guerre, des maîtresses cupides, des maris insipides et toujours des petites folies irrésistibles.
Publié le : mercredi 23 mars 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782368921289
Nombre de pages : 53
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1000 Caractères

volume 2

 

 

 

 

 

Matthieu Dubois

 

 

 

 

 

 

 

Éditions L’ivre-Book

 

AMORAL

 

 

Je suis l’auteur de ces actes barbares, monsieur le juge. J’ai même tout fait de mes propres mains, l’éviscération, la découpe, la cuisson, la congélation et le pâté en croute avec le reste des corps. L’homme n’est pas moins bon que le cheval ou le cochon vous savez et je suis sûr qu’avec une bonne campagne marketing, on ferait un malheur sur les marchés. Mais voilà, ce que j’ai fait est amoral et détruit selon vous la belle harmonie du corps social, lequel ne saurait tolérer que de telles déviances prennent place en plein cœur de son existence. Vous me condamnerez donc en vertu de ces principes, comme un digne représentant du municipe et ne manquerez pas de faire de moi, un exemple de la sourde intransigeance de la loi. Moi j’affirme que si je suis un monstre, je n’en suis pas pour autant coupable, c’est la société de consommation qui est condamnable. Elle fabrique des rebelles et des renégats nourris aux plus beaux apparats et les équipent ensuite avec des frustrations made in China.

 

 

 

 

APPARTEMENT

 

 

Chéri, je ne peux que vous conseiller d’opter pour l’achat de cet appartement, que nous venons de visiter et que vous comptez m’offrir comme logement. Il est fidèle à mes desiderata, assez grand pour calmer ma vendetta et situé dans un quartier où je pourrais m’épanouir comme un chat. Il vous coûtera toujours moins cher que le divorce que je pourrais susciter auprès de votre femme d’apparat, pour vos adultères répétés et qui ne manquerait pas de vous dépouiller d’une bonne partie de vos ducats. Il est fastueux et élégant, comme je sais l’être avec vous lorsque nous nous retrouvons comme des amants, chaud comme un boudoir ou nous pourrions envisager de nous croiser avec des obéissants. Je crois surtout qu’il siérait mieux à notre amour, que ces chambres de bonnes, louées avec tant de pingrerie, où vous me culbutez comme une vulgaire femme de ménage qui nettoierait consciencieusement son tapis. Il refléterait plus justement toute la pureté de notre relation et la force de nos sentiments.

 

 

 

 

AQUEUSE

 

 

Tu te croyais thaumaturge, philosophe et acupuncteur mais tes soins n'étaient que des leurres, des torches et des purges qui scarifiaient mon corps de tes meurtrissures. Chaque geste, chaque manipulation enfonçaient dans mon cœur tes intraveineuses intentions et m'inoculait de ce venin reptilien que je ne pourrais évacuer sans rémissions. Tu m'as gangrené pour pourrir mon noyau, expérimenté sur moi tes plus abjectes insanités en te voulant garant de ma félicité et tuteur de mon cerveau. Tu m'as décharné comme un macchabée auquel tu aurais scanné ces chimiques eaux pour en faire tes radiations amoureuses et refroidi mes centrales résistances de tes substances aqueuses. Ma convalescence à tes côtés fut une longue maladie, une succession de douloureuses anesthésies, ou tu m'as endormi comme un patient que tu ne voudrais pas remettre en vie. Même si tu es morte aujourd'hui, ton amour fut un cancer dont je ne suis pas encore guéri, tant je sens encore des métastases dormir dans mes pensées.

 

 

 

 

ARGENTIER

 

 

Il était au sommet de la dynastie, argentier puissant et mécène accompli, dirigeant et partageant le pot commun comme une grand-mère offre des gourmandises à ses petits. Il accordait les emprunts aux états, en passant les accords comme on joue les gammes, en profitant à monsieur pour mieux jouir de madame. Car tel était cet homme puissant, impuissant de ne pouvoir se contrôler, homme affable en bonne société et bien faible dans sa sexualité. Le pouvoir assombrit les hommes et ils plongent dans les vicissitudes et les tourments de la sacralité ;lui n'en aura pas réchappé. Il a violé ses engagements en croyant satisfaire sa physiologie défaillante et s'est défenestré tout seul du premier étage de l’Élysée, pour une belle bacchante. Qu'on se passionne pour les échecs quand on a tout réussit, c'est une chose, qu'on en oublie les fondamentaux de la défense à carreaux, Khan en est une autre. Toi qui fus roi, tu es maintenant bien mat car tu aurais dû savoir que qui trop embrasse mal étreint.

 

 

 

 

ASCENSEUR

 

 

C'est dans les airs que je m'accomplis et que je me transcende, en prenant les couloirs d'airs comme des ascenseurs, en m'accrochant aux flux froids pour redescendre. Je ne sens plus aucune pesanteur dans nos rapports car je vais au gré de mes envies et de mes aspirations, sans contraintes ni ennuis, sans nécessairement me fixer sur un anticyclone ou sur une dépression. Je sais que toi à terre, tu t'inquiètes, que tu te demandes si un jour je vais redescendre et enfin si je retoucherais le sol. Mais de là-haut, je suis bien. Je prends le temps de regarder le paysage, de voir passer les réseaux satellites et de comprendre comment la frénésie et l'accumulation des pensées peuvent créer des embouteillages. Je te vois évoluer sans ma présence, regarde comment tu gères les pauses et les urgences, apprécie de te voir stimuler tes croyances et de comprendre ce que je génère comme souffrance. Mais je n'ai pas trouvé de meilleur moyen de résister, à l'attraction que tu générais, que de léviter.

 

 

 

 

BACCHANTE

 

 

Selon toi, tu ne vis pas ou tu devrais vivre et tu ne reçois pas ce que tu serais en droit d’attendre. Ouvre les prunelles jeune bacchante, avant qu’il ne soit trop tard car tu fais fausse route et tu avances à contre pied. Tu marches sur un chemin qui te conduira vers la déroute et non vers les Champs Elysées. Tu te crois reine d’un manoir ou tu n’es que servante et tu penses duper ton monde avec tes apparats scintillants qui ressemblent à tout, sauf à des diamants. Sors les yeux de tes rêves et plonge-les dans ta réalité, car tes larmes sont les sèves qui nourrissent tes perpétuelles acidités. Tu vis du mauvais côté du miroir en fuyant les zones d’ombre qui tapissent ta mémoire, car derrière tes yeux sans fards, moi j’y vois le fond de ton teint blafard. Tu ne seras jamais celle que tu ambitionnes d’être, et tu stockeras dans l’entrepôt de tes frustrations, ta collection de mal-être parfumée et les essences de tes désillusions, que tu renifleras faute de mieux, jusqu’à t’en empester.

 

 

 

 

BOTTIN

 

 

Cessez de m’importuner maintenant, je ne vous répondrais plus. J’en ai assez dit. Mon avocat prendra la suite de ma déposition si je consens à lui révéler ce que je sais réellement, mais croyez bien que je ne vous ferais aucunement l’honneur de mes primes révélations, vous le petit inspecteur déclassé d’une gendarmerie de second rang. Vous suintez la bêtise par tous les pores de la peau, comme les pastis sans eau que vous ingurgitez machinalement pour distraire votre vie, triste comme un tombeau et je ne peux risquer de vous faire des aveux qui changeraient votre carrière. Vous n’êtes pas préparé à la célébrité, au crépitement des flashs qui feraient de vous le premier flic de France, à l’honneur des hôtes de marque de l’Elysée et à diriger une armada d’inspecteurs en blouse blanche. Alors n’essayez plus de faire de la psychologie criminelle et du profilage émotionnel, vous en êtes bien incapable à l’heure actuelle, contentez-vous encore de me frapper comme un sagouin avec vos bottins.

 

 

 

 

BOUILLONNEMENT

 

 

Ne criez pas ainsi votre tumultueuse rébellion, car votre torture est une saine purification. Vous avez choisi de nous rejoindre, mais nous ne pourrons vous accueillir au sein de notre organisation, que lorsque vous accepterez de laver vos souillures capitalistes dans notre bouillonnement alter mondialiste. Avec nos marteaux et nos faucilles, nous forgeons ici les combattants de demain, des mercenaires armés qui luttent avec classe pour la lutte des classes et tel est je crois votre destin. Certes, nous vous dépeçons de vos réflexes conservateurs et c’est douloureux car ils sont bien ancrés dans votre cœur, mais vous devez savoir que notre engagement est inégal et qu’il vous faudra encore beaucoup de travail pour combattre le capital. Au fur et à mesure de votre embrigadement, votre haine de l’argent vous conduira vers notre saint terrorisme, pierre angulaire de notre activisme et c’est avec l’assurance de votre collaboration que nous placerons notre drapeau noir, en haut de la nation.

 

 

 

 

BRILLANTINE

 

 

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