Arnaud et Amélie

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Arnaud et Amélie, la trentaine, sortent ensemble “juste comme ça”. Lorsqu’elle reçoit un mail provenant d’un inconnu, prétendant être un amour de jeunesse de sa mère, Amélie contacte Arnaud pour qu’ils suivent la piste laissée par de maigres indices : une lettre et une vieille photo. Les deux jeunes gens vont mettre tout en œuvre pour réussir à remonter jusqu’à ce mystérieux correspondant.
A travers cette quête du passé amoureux de sa mère, Amélie est bien incapable d’imaginer qu’elle va s’interroger sur sa propre vie sentimentale...
Publié le : dimanche 29 mars 2015
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Arnaud et Amélie Yann Julien
Droits d’auteur© 2015 Yann Julien Tous droits réservés Illustration de couverture© ispstock2 - Fotolia.com
A tous les goûters de notre enfance…
1 Seul le tintement régulier des cuillères raclant les derniers méandres de crème au fond des ramequins venait rythmer le silence apaisant de ce goûter d’après-midi. Manon se tenait assise dans son fauteuil aussi confortablement que ses quatre-vingt-cinq anset le gonflant du coussinle lui permettaient. Elle regardait ses petits-enfants quin’avaient de « petits » que la dénomination, puisque le plus jeune venait de fêter ses vingt-cinq ans.Elle les regardait avec tendresse. De son vrai prénom Marie-Elisabeth, son défunt mari l’avait transformé en Manon. Sa Manon. Sans vraiment pouvoir donner une explication logique à ce surnom affectueux. Ce surnom était resté pour toute la famille, hormis pour ses propres enfants qui l’appelaient « Maman», et cela lui permettait d’éviter l’appellation de «Mamie » ou « Grand-mère » de la part de ses petits-enfants, qui lui aurait donné une raison supplémentaire d’affronter la réalité de son âge avancé. Ce goûter et le parfum de la crème, à l’instar de la Madeleine de Proust, replongeaient chacun dans son enfance. Ce doux moment permettait à Guillaume de ne pas penser au chômage le menaçant et pouvait chasser sa récente rupture de la tête ; tandis que Solène oubliait son fils de deux ans tout le temps dans ses jambes et son second qui ne faisait toujours pas ses nuits. Seuls Aude et Quentin, les deux plus jeunes qui n’évoluaient pas tout à faitencore dans le monde des adultes, se délectaient de cette douce saveur avec la seule pensée des câlins de leur grand-mère. Manon aussi revivait un temps heureux passé. Elle ferma les yeux et revit mentalement ses petits-enfants dans leur enfance, se délectant de cette crème encore chaude, et léchant le surplus autour de leurs lèvres. Son mari alors, était encore là. Quelques moments de plus, elle remonta le temps et vit en songe ses propres enfants : les parents de ceux qui allaient devenir ses petits-enfants : peut-être la meilleure période de sa vie… La nostalgie l’envahit encore plus et elle préférarouvrir les yeux pour profiter de l’instantprésent. Un ramequin intactdont la fumée s’échappait de la crème encore brûlante attira son attention.Arnaud n’était toujours pas là.Tous les petits-enfants souriaient en finissant de nettoyer leur coupelle en verre, Thibault reçu le regard accusateur de Solène lorsqu’il lécha la fin, ce qui fit sourire Manon. Un bruit sourd se rapprochant vint mettre un terme à cette osmose. Tout le monde savait ce qu’était ce bruit. Un bruit de moteur, une voiture.La voiture s’arrêtaet un son de basse vint remplacer celui du concert de pistons et cylindres qui le masquait jusque-là. Arnaud arrivait enfin. Pour les petits-enfants, cette arrivée marquait la fin de ce moment de grâce, non pas par sa présence mais par son retard qui avait brisé le charme de l’instant.A son entrée, ils lui adressèrent tous un regard de rancœur, qu’il ne remarqua pourtant pas, tandis que Manon ne pouvait retenir sa joie de le voir : ainsi, tous ses petits-enfants se trouvaient à présent réunis. Tiens Manon, je t’ai apporté des fleurs, dit Arnaud en lui présentant un bouquet. J’ai dû prendre des orchidées comme ils n’avaient plus de chrysanthèmes: ils m’ont dit que ce n’était plus la saison ! Manon, habituée aux plaisanteries de son petit-fils ne put se retenir de sourire et alla déposer le bouquet dans un vase. Elle rapporta l’ensemble dans le salon et le contempla, satisfaite.
Arnaud arborait un regard triomphant, tant pour la blague que pour l’effet de la beauté des fleurs sur sa grand-mère. Cependant, il se heurta au regard glacéde Solène lorsqu’il rejoint ses cousins à table. Ben quoi ? demanda-t-il. C’est juste une blague.Solène soupira. Aude, l’avant-dernière des cousins, alla chercher l’album de photos familial.Cet historique illustré de la famille avait été consulté maintes fois auparavant, mais le rituel nostalgique avait ce pouvoir magique de replonger tous les protagonistes dans ces moments d’insouciance. Et bien que d’âges différents, les cousins et cousines semblaient avoir vécu les mêmes évènements aux mêmes moments de leur vie; leur grand-mère en étant la ramification commune et le témoin direct. Un parlait d’une anecdote survenue le jour de la prise de vue, un ou une autre commentait une tenue ou une coupe de cheveux…Petit à petitl’ambiance, devenuetendue par l’arrivée tardive –et bruyantedu dernier cousin, se réchauffait. Manon prit part à la conversation, puis Arnaud lança une phrase, Solène une autre et enfin tous parlèrent entre eux. Manon souffla et se leva. Mes petits, je commence à être fatiguée, je vais m’asseoir dans ma chambre, me reposer un peu. Tous suivirent leur aïeuled’un regardplein de bienveillance. Bon, je me lance: j’attaque la vaisselle, dit Quentin en se levant. Passez-moi vos auges ! Je vais me fumer une clope, dit Solène en sortant un paquet de son veston. Guillaume se posta à la rambarde du balcon. Pourquoi tu as mis un « A» à l’arrière de ton cabriolet ? demanda-t-il à l’adresse d’Arnauden montrant la voiture garée en-dessous. Ah, ça! C’est pour faire plus jeune, répondit-il en rejoignant son cousin. Vu que c’est pour les « apprentis conducteurs», si j’en ai un, les filles vont penser que je suis plus jeune.Et tu as payé pour acheter un autocollant juste pour draguer les gamines ? demanda Guillaume en soupirant. Non, je lui ai donné le mien ! cria Quentin depuis la cuisine. Sans le « A », les filles vont penser que je suis plus vieux ! Je ne sais pas lequel de vous deux est le plus con, dit Guillaume désabusé. Arnaud vit Solène, marchant seule dans le jardin, cigarette à la main. Peut-être devait-il lui présenter ses excuses. Il descendit et la rejoignit. Je suis désolé pour ma remarque tout à l’heure, fit-il. Solène ne répondit pas. Je suis désolé aussi d’être arrivé en retard mais j’étais avec une copine et…TA remarque? la coupa Solène. Mais tu n’as pas arrêté, un vrai festival, entre humour macabre et gros lourd, tu ne pouvais pas faire pire ! poursuivit-elle excédée. Et là en plus tu viens me parler d’une de tes énièmes copines…J’en ai rien à foutre.Elle lui souffla la fumée en plein visage. Tu sais bien que je ne supporte pas ça, dit Arnaud en toussant. Solène sourit légèrement.Je le sais, t’inquiète!se dit-elle.
Tu veux que je lui parle comment ? Comme à une malade, une sénile, une mourante ? Et même si c’était le cas, tu crois que ce serait la bonne solution d’employer la condescendance, la pitié ? Tu pourrais faire un effort, lui raconter les petites choses de ta vie, tout ça…Ah c’est facile pour toi, la petite-fille parfaite ! Solène écarquilla grands les yeux. Oui, fais la fausse étonnée, ou la fausse modeste, toi qui a tiré des petites larmes de joie à Manon à l’annonce de ton mariage et de tes deux grossesses. Ce n’est pas de ma faute si ta vie n’est pas intéressante, ironisa Solène, profondément vexée par la tirade acerbe de son cousin. Au moins je transforme l’inintérêt de ma vie pour faire rire Manon, jene joue pas sur la corde sensible. Tu en serais bien incapable! Jamais sérieux, toujours à plaisanter…Même quand Manon sera au plus mal, si ça peut la distraire, rétorqua Arnaud. Solène marqua une pause et regarda son cousin; il vit ses yeux s’embuer. Quoi, qu’est-ce qu’il y a? demanda Arnaud soudain radoucipar l’expressiontriste de la jeune femme. C’est Manon…Elle ne le sait pas…Personne ne le sait. Son chirurgien m’a tenu informé. C’est…c’est la tumeur, elle estrevenue, elle est dans le cerveau. On ne peut pas opérer, je suis désolée. Arnaud ne savait plus quoi dire, ne pouvait plus penser. Tout le film de sa vie passée aux côtés de sa grand-mère depuis les premières photos jusqu’au goûter de ce jour se rappelait à son souvenir. On ne peut pas l’opérer…Elle en a pour combien de temps ?s’entendit-il demander sans vraiment savoir s’il posait la question.Quatre mois, renifla Solène. Cinqtout au plus. Elle n’est au courant de rien, le médecin pense que la ménager préservera sa santé. Arnaud prit congé de sa cousine et se dirigea vers la maison. Il croisa Aude qui venait dans le jardin. Qu’est-ce qu’il a? demanda-t-elle à l’attention de Solène.On va voir s’il arrive à avoir un peu de cœur… J’y suisallée un peu fort, mais s’il peut changerSolène expliqua le mensonge à sa cousine qui pensa que même si Arnaud dépassait parfois les bornes, elle n’avait pas le droit de plaisanter ainsi avec leur grand-mère. Arnaud frappa discrètement à la porte de la chambre de Manon et entra avant d’entendre sa réponse. Elle était assise dans la pénombre, elle souriait. Il la regarda et lui rendit son sourire. Alors mon petit, tu n’as toujours pas de copine? demanda-t-elle. Il hésita puis répondit : Si. Oui, enfin plus ou moins. Rien de sérieux, je vois. Tu t’amuses. Elle lui adressa un clin d’œil malicieux. Tu as le temps.Le temps…A l’évocation du temps, Arnaud repensa au passé, au présent, à l’avenir, à sa vie bordélique, à celle de sa cousine, bien rangée…Le temps.Tu vas être grand-mère ! lui annonça-t-il soudainement. Arnaud aperçu l’air étonné de Manon mais ne comprit pas tout de suite la nature de sa réaction. Tu vas être arrière-grand-mère ! rectifia-t-il. Une troisième fois. Les larmes montèrent immédiatement aux yeux de la vieille dame quand elle comprit ce que son petit-fils lui révélait.
Elle l’entoura affectueusement de ses bras et l’embrassa avec douceur. Arnaud sentit tout l’amour grand-maternel en lui, cette sensation qui lui avait manqué sans qu’il n’eût jamais osé se l’avouer.Et comment s’appelle-t-elle? demanda Manon une fois que l’intensité de l’émotion eut baissé. Son nom ? Ah je nesais pas, on n’a pas encore décidé.Je te demandais le prénom de la future maman, s’enquit la grand-mère, ravie d’avoir enfin une arrière-petite-fille à chouchouter. Ah le prénom…Euh oui…Amélie, répondit-il promptement, satisfait d’avoir trouvé un prénom à donner à sa grand-mère. Ehbien, l’émotion t’a enlevé toute la mémoire! Une telle nouvelle, ça doit pas mal chambouler, ça vous tombe comme ça, d’un coup…Tu n’as pas idée Manon…pensa Arnaud. Je suppose que vous n’allez pas vous marier pour autant, plaisanta la vieille femme. A moins bien sûr que tun’aies une autre bonne nouvelle à m’annoncer et que vousne le soyez déjà ? Le reste des petits-enfants disputait une partie de cartes sur la table du salon. Arnaud resta à l’embrasure de la porte et fit signe à Solène, lui demandant de le rejoindre. Elle souffla et lui indiqua du regard les cartes qu’elle tenait à la main.A la fin de ce pli, elle s’excusa, se leva et vint vers son cousin.Je crois que j’ai fait une connerie,fit-il angoissé. Houlà, qu’est-ce que tu as bien pu raconter ? demanda Solène. Ça ne peut pas être pire que les horreurs que tu balances chaque fois. Je lui ai dit que j’allais être papa.Solène ne put masquer son étonnement. Et c’est le cas? Bien sûr que non ! Alors pourquoi tu lui as dit ça ? interrogea sa cousine qui entrevoyait déjà les conséquences de son mensonge. Tu l’aurais vu, elle était si heureuse. Je veux dire, elle partira apaisée.Elle ne va pas mourir. Arnaud la regarda étrangement. Enfin si, comme tout le monde je veux dire. Mais pas dans quatremois. Je t’ai dit ça, pour que tu aies un peu de compassion, que tu sois « humain ». Mais ça va pas! s’énerva Arnaud. On se demande qui est lemoins humain de nous deux. Un silence de réflexion mutuelle vint apaiser quelque peu la tension. Alors que fait-on? continua le cousin à l’adresse de Solène qui semblait réfléchirpour trouver LA solution. Je lui annonce qu’elle a perdu le bébé et on n’en parle plus ? Pas maintenant. Le choc positif de ta nouvelle est peut-être une bonne chose mais si on lui enlève la perspective d’être arrière-grand-mère dans la foulée, elle risque effectivement de ne pas tenir le choc, tu sais comment elle est. Arnaud n’aimait pas quand sa cousine parlait avec ce ton professoral, les sourcils froncés, comme si toute sa réflexion en provenait mais il dû reconnaître intérieurement qu’elle avait raison. Si Manon ne t’a pas encore demandédela rencontrer, c’est qu’elledevait être trop fatiguée. Mais attends-toi à ce qu’ellele fasse assez rapidement. Solène marqua une pause. Tu aurais une copine qui pourrait jouer le rôle de cette « Amélie » ? Ben Amélie, justement. Je n’ai pas choisi ce prénom par hasard, c’est monPQR. P…Q…R… répéta Solène en cherchant la signification de chaque lettre de l’acronyme.Plan Cul Régulier si tu préfères, une sex-friend, rétorqua Arnaud. Il faut sortir ma vieille ! Charmant comme expression, en plus avec une faute… Bon, cette Amélie, tu crois qu’elle pourra jouer le jeu si besoin. Tu as une photo d’elle sur toi au moins?
C’est en bonlieutenant qu’Arnaud reçut les ordres de sa générale de cousine : Je gère, je l’appelle et j’arrange tout ça! Solène leva les sourcils et sortit dans le jardin fumer une énième cigarette : celle-ci se faisant vraiment désirer.
2 Amélie avait donné rendez-vous dans ce barà sa sœur Laure, de deux ans sa cadette, une heure auparavant : elle devait lui parler. Bien que l’établissement fût désert à cette heure de l’après-midi, les deux sœurs se tenaient dans un recoin. L’aînée des deux filles avait attendu que leur commande fût servie avant d’entamer la discussion.A présent, Amélie regardait sa petite sœurtenantdans ses mains la photo qu’elle avait imprimée depuis son ordinateur et qui était l’objet de leur rencontre.La photo représentait une jeune femme blonde, souriante, adossée contre un mur de pierres. Des boiseries et des plantes grimpantes cohabitaient ; un panonceau de bois, sur lequel deux formes bien trop indistinctes y étaient gravées, complétait le cliché. C’est bien Maman, finit par dire Laure. Elle était super jeune ; la photo doit dater de quelques années avant le mariage avec Papa. Plus que la jeunesse de leur mère, c’était surtout son sourire resplendissantqui frappait Amélie. Bien sûr,durant leur enfance, sa sœur et elle n’avaientjamais manqué de cet amour maternel inconditionnel qu’ellesdemandaient ; mais en regardant les anciennes photos de famille en étant adulte, elle avait toujours crudéceler un sourire de façade, figé, comme s’il y avait quelque chose derrière, un secret à percer, quelque tristesse à dissimuler. Un bruit particulièrement désagréable la sortit de ses pensées. La vibration de son téléphone portable posé sur la table du bar. Un sms. Elle ne s’était jamais habituée auxmanifestations sonores de son mobile, mais cette fois-ci, la lecture du sms elle-même n’était pas plaisante: « Hey! Il faut absolument que je te parle, j’ai quelque chose d’important à te dire. Arnaud ». Consultant sa messagerie, elle s’aperçut que les quatre appels en absence provenaient du portable d’Arnaud.Arnaud. Ils s’étaient connus à la facune dizaine d’années auparavant, lors de cours magistraux communs en programmation informatique. Compagnons des vendredis matins, lendemain de soirées étudiantes qui finissaient tard dans la nuit (ou tôt dans le matin), ils avaient partagé leur mal de cheveux en même temps que leurs prises de notes. Quelques fois, ils avaient même partagé des soirées, mais jamais plus. Par la combinaison du hasard et de la taille réduite du monde, ils s’étaient reconnusl’un et l’autre à une soirée speed-dating, il y avait plusieurs mois de cela. Même s’ils n’avaient pas été candidats ensemble, ils s’étaient retrouvés à l’issue de cette soirée; Arnaud ayant invité Amélie à boire un verre. Ensemble, ils avaient évoqué les «moments passés à l’amphi», leur vie personnelle durant ces dix années et avaient ri de leurs candidats du jour. « On devrait appeler ça du speed-fucking ! » avait plaisanté Arnaud. L’expression l’avait fait rire, l’alcooldésinhibant son comportement, Amélie avait fait le reste en posant ses lèvres sur celles d’Arnaud. Si la folie de leur vingt ans les avait pourtant tenus éloignés l’un et l’autre du passage à l’acte, curieusement, la sérénité de la trentaine et une attraction réciproque les avaient conduits à des élans de tendresse, sans que l’émotion, les sentiments, ni de règles –même tacitesne vinssent s’interposer entre leur deux corps. Cela leur convenait, à l’un comme à l’autre.Pourtant Arnaud avait «quelque chose d’important» à dire…
Ce n’est pas bon signe,pensa Amélie. 1,Il a rencontré quelqu’un et il veut m’en parler.2,Il veut arrêter car ce type de relation ne le contente plus. 3,Il est tombé amoureux de moi et là c’est la merde.Avec la «loi de l’emmerdement maximum», Amélie se dit que bien sûr, la proposition n°3 l’attendaitmaiselle avait la tête ailleurs pour l’instant.Un mail. Un mail, contenant une photo en pièce jointe, parvenu dans sa boîte électronique personnelle était venu jeter le trouble dans sa petite vie. L’expéditeur,inconnu, lui racontait avoir consulté la fiched’Améliesur un réseau social. Il avait été intrigué par la partie maternelle de son patronyme composé et après avoir vu sa photo, n’avaitplus eu aucun doute quant à sa filiation avec Pauline Duvallon. Ce qui était effectivement le cas. Malgré cela, elle crut d’abord avoir affaire à un dérangé, comme il s’en trouvait sur la toile etse dit qu’elle devrait verrouiller son profil, voire modifier son nom.Mais la lecture du texte la troubla cependant. Bonjour, Vous ne me connaissez pas et ma démarche pourra vous sembler particulière, mais je vous demande s’il vous plait de lire mon courrieljusqu’au bout.J’ai découvert votre profil par hasard et votre nom comme votre visage ont réveillé en moi de lointains et doux souvenirs…J’ai connu votre mère, Pauline Duvallon dans les années 70 et nous avons vécu notre amour comme ça n’arrive qu’une fois dans la vie. Ensemble, nous avons parcouru la France puis l’Europe avec l’insouciance de notre jeunesse pour moyen de transport… Tout était si simple avec elle, son sourire me donnait force et courage pour affronter tous les obstacles et je crois savoirque c’était réciproque.Malheureusement, les aléas de la vie nous ont éloignés et même si votre présence me prouve que chacun a poursuivi dans sa direction, il ne se passe pas un jour sans que je pense à elle…Dans vos yeux, je devine son caractère volontaire, sa joie de vivre, je vous souhaite d’avoir une vie bien remplie.J’espère de tout mon cœur que Lily est une femme heureuse et comblée.Merci de m’avoir lu…PS : vous trouverez une photo que nous avions pris ensemble, douce époque…Que cet homme mystérieux connûtle nom de sa mère n’indiquait en rien que ses propos fussent véridiques, mais la photo était réelle et jamais elle n’avait vu sa mère sourire comme cela auparavant. Son visage illustrait parfaitement ce que cet homme décrivait dans son mail ; un aspect de la personnalité de sa mère qu’elleignorait. De plus l’homme ne demandait rien, ne laissait aucun indice pour être retrouvé.Désirait-il qu’Amélie montrât cette photo à sa mère? Tout ceci avait aiguisé sa curiosité. Elle avait contacté sasœur. Ilfallait qu’elle lui parlât de ce courrier ; peut-être que Laure avait recueilli les confidences de leur mère et aurait une réponse à lui donner. Mais Laure avait étéaussi surprise que sa sœur: jamais elle ne lui avait connu d’homme avant leur pèremais qui pouvait prétendre savoir ce qui se passait avant la rencontre de ses parentset les activités décrites faisaient passer cette Pauline « Lily » pour une inconnue plutôt que pour leur mère. Mais Laure se rangeait à l’avis d’Amélie: il s’agissait bien de leur mère sur la photo et elle dégageait une félicité qu’elles ne lui avaient jamais connue.
Vers l’âge de leursdix ans, l’ombre du divorce était même venue planer au-dessus de leur famille. Les fillettes avaient alors pleuré, ne comprenantpas ces histoires d’adultes et leur insistance fut telle que leurs parents avaient finalement renoncé à se séparer. De cette structure de couple dans laquelle elles avaient vécu, elles avaientconservé l’idée que le chevalier servant n’était qu’une chimèreinutile de poursuivre et même d’attendre.Mais leur mère, à un moment du moins, y avait cru; elle s’en était privée à l’époque pour l’amour de ses deux filles.A présent elles étaient adultes et même si aucune n’adhérait au discours trop doucereux –mais qui semblait amoureusement sincèrede cet homme mystérieux, elles devaient à leur mère de le retrouver. Bien que leur père fût un père admirable, les femmes qu’elles étaient devenues voyaient que ce n’était un mari ni exemplaire, ni attentionné: il était devenu de ce fait leur modèle masculin, mais leur mère avait certainement un autre modèle dans son cœur.Les deux sœurs se retrouvaient à présent dans ce bar, Laure venait de lire le texte imprimé et observait la photo tandis qu’Amélie rangeait son téléphone portable. Qu’en penses-tu alors ? demanda cette dernière. Difficile à dire…ça pourrait être n’importe où.Si ce que dit cet homme est vrai, ils ont bourlingué dans toute l’Europe, ça élargit le champ de recherche…Putain ça craint! Je te le fais pas dire. Impossible également de remonter à la source du mail : pas moyen d’identifier son adresse IP (Internet Protocol). Tu n’as vraiment rien suivi de tes cours d’informatique! plaisanta Laure. «Cours d’informatique» Bien sûr !pensa Amélie. Je t’ai déjà dit qu’on n’apprend pas à être Lisbeth Salander à l’école, lui répondit-elle en se levant. Mais je connais peut-être quelqu’un qui pourra m’aider.Laure lui tendit le cliché. Tu ne penses pas qu’on pourrait exploiter la photo, chercher un reflet, agrandir un détail ? demanda Laure. Tu regardes vraiment trop de séries policières sœurette, ironisaAmélie. Je te laisse régler, bye !
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