L'ambre porte en lui la mémoire

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L’ambre porte en lui la mémoire ……………………………………………… Chapitre I Passant devant « Mémoires helléniques » par hasard, mon regard avait été attiré par un point scintillant asphyxié parmi des monticules de richesses ancestrales. Je n’avais pas hésité à entrer dans la boutique d’antiquité pour voir de quoi il s’agissait. Mis à part un vieux squelette poussiéreux pour fond de salle de classe, il n’y avait personne dans l’eldorado. Il m’avait suffi d’effleurer l’ambre pour que la fascination s’instille en moi, mais le besoin de m’approprier cette merveille c’était infiniment plus fait ressentir après lecture de la phrase ornant son socle. « Entre l’ombre et la lumière se trouve la vérité » Des bruits de pas dans l’arrière-boutique m’avaient tiré subitement de ma contemplation pour me forcer à considérer deux choix : me renseigner sur un prix que je ne pouvais assurément pas payer ou prendre la fuite avec le butin… j’avais donc opté pour la manière la plus sure de l’obtenir. Une fois en sureté chez moi, j’avais réalisé que je ne pourrais compter que sur moi pour apprendre l’histoire de mon acquisition, étant donné je ne pouvais en parler à personne sous peine d’en perdre possession si le bouche à oreille venait à tisser sa toile jusqu’au marchand. Bien que n’étant pas joailler, je suis persuadé que les reflets de cet ambre ont quelque chose d’anormal.
Publié le : dimanche 24 mars 2013
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L’ambre porte en lui la mémoire
……………… ……………… Chapitre I
Passant devant « Mémoires helléniques » par hasard, mon regard avait été attiré par un point scintillant asphyxié parmi des monticules de richesses ancestrales. Je n’avais pas hésité à entrer dans la boutique d’antiquité pour voir de quoi il s’agissait. Mis à part un vieux squelette poussiéreux pour fond de salle de classe, il n’y avait personne dans l’eldorado. Il m’avait suffi d’effleurer l’ambre pour que la fascination s’instille en moi, mais le besoin de m’approprier cette merveille c’était infiniment plus fait ressentir après lecture de la phrase ornant son socle. « Entre l’ombre et la lumière se trouve la vérité » Des bruits de pas dans l’arrière-boutique m’avaient tiré subitement de ma contemplation
pour me forcer à considérer deux choix : me renseigner sur un prix que je ne pouvais assurément pas payer ou prendre la fuite avec le butin… j’avais donc opté pour la manière la plus sure de l’obtenir. Une fois en sureté chez moi, j’avais réalisé que je ne pourrais compter que sur moi pour apprendre l’histoire de mon acquisition, étant donné je ne pouvais en parler à personne sous peine d’en perdre possession si le bouche à oreille venait à tisser sa toile jusqu’au marchand.
Bien que n’étant pas joailler, je suis persuadé que les reflets de cet ambre ont quelque chose d’anormal. Il suffit de l’exposer au soleil pour distinguer en son sein comme une multitude d’ailes de libellule se déployant en cadence, comme soufflées par les rayons. Cependant, la lumière artificielle est loin de produire un effet aussi époustouflant ! La transparence de mon précieux joyau me permet ainsi de m’en servir comme d’une lentille déformante qui offre à ma vue une beauté démente de la nature.
Je soupçonne son cœur étrange d’être à l’origine de cette agitation interne. En effet, à l’à peu près centre, on distingue une zone tellement foncé qu’il est impossible de voir de l’autre côté de l’ambre si l’on place l’œil à sa hauteur. L’obscure tâche doit mesurer tout au plus un centimètre de diamètre, ce qui représente une part minime de son ensemble : une goutte elliptique de la taille de la paume. Sa surface n’est pas vraiment lisse et peut être comparée à celle d’une patinoire qui se serait fait balafrer lors d’un match de hockey. En ce qui me concerne, voilà trois caractéristiques principales : Primo, je suis insomniaque. Du coup, n’arrivant que très rarement à trouver le sommeil, j’ai choisi un travail de nuit afin de bénéficier de la prime. Il s’agit uniquement d’un gagne-pain, je n’ai absolument aucun engouement pour mon métier ! Secundo, je suis moche… ou, du moins, tout ce qu’il y a de plus banal. Inutile de préciser que je vis seul ! Tertio, je n’ai pas de frigo mais seulement un congélateur. Je me nourris uniquement de surgelés et ne bois que l’eau du robinet. Et
jamais une goutte d’alcool car je ne suis pas adepte du caca mou, voyez-vous !
La bibliothèque ouvre ses portes. Je m’assoie confortablement dans un fauteuil après avoir sélectionné un livre sur les secrets de l’ambre. On me parle de la résine, exploitée depuis la nuit des temps : de la conception d’outils à la préhistoire, servant alors pour l’assemblage des éléments, jusqu’à aujourd’hui encore pour la synthèse de produits médicinaux de par ses vertus antiseptiques.
La résine a également la propriété de se changer en ambre au bout de centaines de millénaires, à partir de l’instant où elle s’émancipe de son hôte sylvestre. Rassurez-vous, rien de surnaturel… juste le résultat de la fossilisation ! Après être arrivé à bout de la dixième page, j’émerge de l’ouvrage dans l’optique d’emboiter correctement dans ma tête les informations reçues. Une fille vraisemblablement du même âge que moi semble trouver son bonheur au rayon « littérature culinaire ».
Je baisse le regard avant qu’elle n’ait le temps de remarquer que les boucles d’or sertissant sa perle de visage ne m’ont pas laissé indifférent.
……………………………………………… ……………………………………………… …. Chapitre II
Pour midi, ayant oublié de passer au supermarché, je dois me contenter d’une fricassée de poivrons décongelés. Quand on n’a pas de tête, il faut avoir un palais clément ! Bien qu’adhérent à la bibliothèque, je n’ai pas emprunté de livre… qui sait, en les consultant sur place, j’aurais peut-être une nouvelle occasion de rassasier mes globes oculaires affamés de beauté. Pour le moment, je leur offre le spectacle d’une toute autre forme de raffinement esthétique en réalisant l’alignement œil/ambre/fenêtre. Je n’en reviens toujours pas de son activité interne et en suis presque à me demander si la tâche sombre centrale n’est pas englobée dans une autre matière, un je ne sais trop quoi aux
milles éclats qui se serait également laissé piéger dans la résine, du temps où elle fut encore ductile. Comme par magie, la température de l’ambre monte en une fraction de seconde quand je l’expose au soleil et redevient comme avant, en un pareil laps de temps, lorsque je l’en éloigne ! J’imagine que certains scientifiques ont déjà dû expérimenter la euh… l’ambrothermie. Et peut-être même que certains peuples vivant en autarcie l’utilisent actuellement ?! En tout cas, il faudra que je me renseigne à la bibliothèque, au sujet de la réaction chimique qui entraine cette variation de température ! Par précaution, j’ai caché l’ambre dans mon armoire à vêtement après l’avoir reposé sur son « socle » prévu à cet effet… qui n’est autre qu’une boite à chaussure rembourrée de coton, pour ne pas l’abîmer. L’extrémité de mes doigts qui étaient entrés en contact avec l’ambre avait légèrement bruni, comme s’ils avaient bénéficié d’une courte séance d’UV. Autant dire que c’était bien fait pour moi car si j’avais acheté ce trésor, j’aurais eu droit à des recommandations d’usage en bonus.
J’ai attrapé ma veste et suis sorti pour me débarrasser de la corvée nommée « courses ». Mes provisions devant être faites et rangées dans le congélateur avant 18h30 maximum, heure à laquelle j’ai pour habitude de décoller pour le boulot, je peux me permettre de prendre mon temps. Bon, peut-être pas trop non plus, car après une telle torture, j’aurais assurément besoin de jouer un peu guitare pour décompresser, avant d’enchaîner sur une nouvelle torture infiniment plus cruelle. Enfin bon, pas de quoi déprimer non plus, car si je choisi de faire mes courses chez Picard, c’est avant tout pour ne pas avoir à cuisiner, mais également pour ne rien avoir à acheter d’autre qu’un sachet glacé et non un milliard d’ingrédients nécessaires à la réalisation de chaque repas. Soudain, l’image de Boucle d’Or fait irruption dans ma tête, et je ne peux m’empêcher d’avoir honte en la revoyant captivée par les livres de cuisine. Décidément, les femmes sont trop parfaites pour moi !
……………………………………………… ……………………………………………… ….. Chapitre III
Aujourd’hui, j’ai beau fureter du regard dans les moindres recoins de la bibliothèque, aucune mèche mordorée ne vient émoustiller mes pupilles. Enfin si, des femmes blondes il y en a, et même des femmes bouclées… mais elles sont loin de faire concurrence à mon incarnation onirique. Que ne ferais-je pour que la raison de son absence soit qu’elle ait quitté l’antre du savoir avant mon débarquement et non que son passage de l’autre fois fût un coup de chance occasionnel ! Je suis déçu au point de regretter d’avoir pour une fois réussi à m’endormir au retour du travail et de m’être accordé involontairement une grasse matinée jusqu’à presque midi. Du jamais vu ! N’empêche que je ne me suis pas senti aussi décontracté depuis des semaines, voire des mois.
De plus, j’ai retrouvé un teint moins « neigeux » et un regard moins « brouillard ». Deux pensées rivales se battent en duel pour la conquête de mon encéphale : l’ambre a la propriété de favoriser le sommeil / je suis tombé amoureux sans le savoir, et l’amour favorise l’assoupissement.
Quand je suis sorti de la bibliothèque, mon esprit chavirait dans les méandres de l’incompréhension. En effet, après quatre longues heures d’étude approfondie des livres dédiés à l’ambre, je ne suis ni parvenu à trouver un paragraphe concernant ses variations de températures dues à l’exposition au soleil, ni parvenu à en trouver un témoignant de son rôle dans l’acheminement jusqu’au royaume de Morphée ! Deux déductions inconcevables en découlent : mon ambre n’est pas ordinaire et je suis tombé amoureux de Boucle d’Or.
Après avoir monté les escaliers de l’immeuble à toute vitesse et claqué comme un fou furieux la porte de mon appartement, je me suis jeté
sur l’ambre, excité comme un pou à l’idée de percer le secret de l’objet mystique. Je ne prends même pas la peine de mettre des gants pour éviter la séance d’UV et le fait tourner sans relâche entre mes doigts tout en l’agitant simultanément face à l’astre incandescent. Plus l’ambre tourne, plus il chauffe et plus j’éprouve une douleur aiguë au bout des doigts. Mais le spectacle que m’offre le presque charbon ardent m’incitait à continuer dans cette voie : la tâche sombre centrale bouillonnait à mesure que les faisceaux rougeâtres qui s’en émanaient devenaient de plus en plus insupportables pour mes yeux de par leur intensité croissante ! J’ai peur qu’à tout moment l’ambre explose ou se change en brasier, mais rien ne peux m’arrêter !! - Tourne, tourne, tourne sublime toupie !!! ai-je crié. Suite à ces mots, comme s’il réagissait à ma voix, il a changé subitement de couleur, passant de l’orange aux reflets doré au grenat foncé nervuré de trainées noirâtre et il s’est échappé comme une fusée de mon emprise, a
terminé son envolée contre le plafond avant de finir par chuter au sol. Ignorant complètement l’impact gros comme une boule de pétanque rompant l’intégrité de mon plafond, je me rue vers le rescapé encore en un seul morceau, par je ne sais quel miracle. Il a retrouvé l’apparence qu’il présente lorsqu’il n’est pas exposé au soleil et, à n’y rien comprendre, est devenu glacé ! A sa surface, une fissure pratiquement indécelable, de par sa profondeur quasi-nulle, fait le tour de l’ellipsoïde dans le sens de la longueur. Choqué par les évènements, je me fige pour reprendre mes esprits. La pendule du salon met fin à mon répit : il est 18h48 !!! Complètement paniqué par le mot retard, et ne pouvant me permettre de cracher sur une journée de salaire, je me relève à toute hâte, enfile ma veste, tourne la clé dans la serrure et atteins ma 205 en un temps record. J’arrive discrètement à l’usine par la porte de derrière, personne ne remarque ma faute de ponctualité.
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