la voie d'ailleurs, voyage au coeur d'Haïti

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LA VOIE D'AILLEURS Marie-Laure SANTOS-BANANT LA VOIE D'AILLEURS Voyage au cœur d'Haïti Roman ISBN 978-2-9543303-1-0 (PDF) © Marie-Laure SANTOS-BANANT, janvier 2013 41, imp de la cane de jeanne,34980 St Gély du Fesc. http://www.mlseditions.fr À toutes les femmes, À toutes celles en devenir. 1 . Stigmates et reviviscence. Gandhi a dit : « Dans votre vie, tout ce que vous ferez sera insignifiant, mais il est très important que vous le fassiez. » Allongée sur le dos, jambes et bras croisés dans un lit trop étroit, Laura tente en vain de trouver le sommeil. Elle pense au film «Remember me» d'Allen Coulter, à l'acteur principal qui avait prononcé cette citation de Gandhi, et qui avait suscité tant d'intérêt chez la jeune femme. Depuis, ces mots sont gravés dans sa mémoire. Ce soir, plus que jamais, elle se cramponne à cet adage de toutes ses forces, de toute son âme. Seule, dans le noir, Laura attend patiemment que sa dernière nuit au foyer Michel Bizot s'achève enfin, bien qu'elle ne commence à peine. Laura le sait, demain est un grand jour. Tout est étrangement calme et ordonné dans la pièce. Le studio occupé ces derniers mois est redevenu impersonnel comme à son arrivée. Au centre, trône un lit exigu en dessous duquel traîne une boucle-d'oreille oubliée, en argent, ornée d'une turquoise en forme de goutte. Sur la table de chevet grisâ- tre, le radio-réveil défie le temps alors que dans l'angle opposé 9 de la studette, les portes de la penderie sont ouvertes.
Publié le : mercredi 30 juillet 2014
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LA VOIED'AILLEURS
Marie-Laure SANTOS-BANANT
LA VOIED'AILLEURS
Voyage au cœur d'Haïti
Roman
ISBN 978-2-9543303-1-0 (PDF)
© Marie-Laure SANTOS-BANANT, janvier 2013 41, imp de la cane de jeanne,34980 St Gély du Fesc. http://www.mlseditions.fr
À toutes les femmes,
À toutes celles en devenir.
1 . Stigmates et reviviscence.
Gandhi a dit : « Dans votre vie, tout ce que vous ferez sera insignifiant, mais il est très important que vous le fassiez. »
Allongée sur le dos, jambes et bras croisés dans un lit trop étroit, Laura tente en vain de trouver le sommeil. Elle pense au film «Remember me» d'Allen Coulter, à l'acteur principal qui avait prononcé cette citation de Gandhi, et qui avait suscité tant d'intérêt chez la jeune femme. Depuis, ces mots sont gravés dans sa mémoire. Ce soir, plus que jamais, elle se cramponne à cet adage de toutes ses forces, de toute son âme. Seule, dans le noir, Laura attend patiemment que sa dernière nuit au foyer Michel Bizot s'achève enfin, bien qu'elle ne commence à peine. Laura le sait, demain est un grand jour.
Tout est étrangement calme et ordonné dans la pièce. Le studio occupé ces derniers mois est redevenuimpersonnel comme à son arrivée. Au centre, trône un lit exigu en dessous duquel traîne une boucle-d'oreille oubliée, en argent, ornée d'une turquoise en forme de goutte. Sur la table de chevet grisâ-tre, le radio-réveil défie le temps alors que dans l'angle opposé
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de la studette, les portes de la penderie sont ouvertes. L'armoire semble avoir été pillée bien que deux ou trois cintres habillent encore sa nudité. La fenêtre fermée solidement se cache derrière les rideaux froissés d'organdi jaune paille, seule touche de couleur de l'espace ambiant. Les murs sont couverts d'une tapisserie crème vieillie par la déliquescence du temps et la langueur des femmes.
Pour effacer son passage, gommer les traces de sa présence, Laura a scrupuleusement débarrassé tout ce qui lui a servi d'univers intime, presque trois fois rien. Aucun souvenir ma-tériel ne pourra la relier à son passé et tout ce dont elle a besoin tient maintenant dans un sac de voyage. Malgré l'obscurité de la nuit, ses yeux grands ouverts fixent le plafond et devinent les ombres du lustre blanc en forme d'étoile que la jeune femme a si souvent mitraillé du regard, elle le connait dans les moindres détails. Agitée et nerveuse, elle se concentre sur sa respiration pour tenter de la ralentir. Lentement elle se visualise dans une bulle légère, calme et lumineuse pour se libérer de ses angoisses, de ses doutes, comme pour mettre sa vie entre parenthèses le temps d'une nuit, le temps de cette nuit toute particulière. La citation de Gandhi tourne encore et encore dans son esprit et lui permet de comprendre enfin, pourquoi ces mots sont en parfaite congruence avec ce qu'elle est aujourd'hui. Avec flegme, Laura médite sur ce lendemain tant attendu, mais au plus profond de la nuit, dans le sépulcre de sa mémoire, resurgissent lessouvenirs de sa triste histoire.
Flash-back sur cette journée de printemps 2005 qui sentait bon la fin de l'hiver, sur la nature frêle qui se préparait à l'effer-vescence, sur ces rayons de soleil timides qui venaient caresser le visage frais et lumineux de la jeune femme. De bonne humeur et avec frivolité, Laura marchait en direction de la banque pour y déposer son premier chèque de salaire. Fraiche-
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ment diplômée avec un an d'avance, l'hôpital Necker de Paris l'avait intégré dans ses équipes comme infirmière.
Laura se rappelle avec amertume de cette agence bancaire où elle venait d'ouvrir un compte, de cet homme, son conseiller, qui l'avait reçu pour lui fourguer un pléthore de placements financiers. Elle médite ensuite sur ce dîner qu'il lui avait poli-ment proposé en fin de rendez-vous et qu'elle avait tout de suite accepté, sans trop savoir pourquoi. Le deuxième rencardétait une réplique du premier, le troisième un concert musical et le quatrième un dîner à son domicile où elle avait finalement terminé la nuit en sa compagnie. La jeune femme naïve était comblée, jeune et amoureuse d'un homme trentenaire, attirant, au regard noir et brillant, à la silhouette noble et élancée, faisant de lui un cocktail masculin irrésistible, un parfait gentleman. Cette histoire romantique à l'image d'un conte de fée, l'avait conduit à accepter vélocement de partager la vie, le domicile et tout l'univers de cet homme.
Malgré les longs mois qui se sont écoulés depuis, comment effacer ce mémorial ? À sa souvenance, cet homme avait dé-ployé ses plus grands talents de séducteur et de galanterie pour la charmer. Tel un fin stratège, il avait méticuleusement manigancé un plan démoniaque pour l'attirer dans son antre qui deviendrait son purgatoire. Quand et comment tout avait bien pu commencé ? Y avait-il une raison particulière ? L'avait-elle incité sans le savoir ? Pourquoi lui, pourquoi elle ? Encore aujourd'hui, Laura ne trouve aucune réponse à cette énigme. Mais ce dont elle est sûre, c'est que cet homme lui avait ouvert les portes de son pandémonium où régnait les manipulations d'un grand pervers narcissique, le dénigrement, les violences verbales et physiques ainsi que les menaces de mort. Peu à peu, un long et pénible processus s'était mis en place malgré elle, la transformant lentement en une femme qui aime, qui pardonne
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