La voix (voie) de l'âme

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L'histoire d'une jeune fille de banlieue parisienne qui tombe dans la prostitution et entreprend une thérapie pour s'en sortir.
Publié le : jeudi 8 octobre 2015
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Nombre de pages : 38
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Chapitre I :
« Oui, j’aime quand tu me caresses comme ça, oui, un peu plus bas… » Deux doigts fins et habiles entrent avec délicatesse dans son antre, chaud et humide. Elle accueille son amant en ouvrant plus grand encore les jambes. La vulve et les lèvres roses ruisselantes se gonflent de plaisir anticipé. Le jeune homme y plonge sa tête blonde et savoure le miel aigre-doux avec volupté. Diane, trentenaire au visage déjà un peu marqué par la vie et au corps élancé, émerge bouleversée de ces souvenirs charnels. Et comme un tourbillon, une question vient la frapper : « Comment ai-je fait pour gâcher cette histoire, ces quatre années passées ensemble ? » Diane vient de se séparer de son fiancé, un jeune financier à l’allure altière. Elle est anéantie : « Je suis nulle, incapable de garder une relation ». La jeune femme, toutefois, balance entre apitoiement et colère : « Je suis humiliée, j’ai déménagé, perdu mes amis, et je suis endettée jusqu’au cou », murmure-t-elle tout bas. Son compagnon a trahi Diane, de la pire des manières pour une femme. Elle en sait quelque chose, car elle n’avait que cinq ans lorsque son père disparut de la surface la terre en emportant toutes ses affaires. Elle s’en souvient comme si c’était hier, de ce soir où il était entré dans l’appartement en claquant la porte derrière lui, avant de se diriger droit vers le salon :
« Elle est où, ta chienne de mère ? » La petite, tremblante, avait désigné la chambre du doigt. - Sale prostituée, où as-tu été traîner encore, dans tous les trous de Pigalle, je parie ? Tous mes amis en parlent et se moquent de moi. - Et toi alors ? Tu crois que je ne suis pas au courant que tu couches avec toutes les femmes du quartier ? Quand il lui avait envoyé son poing dans la figure, Stéphanie s’était mise à hurler en se raccrochant à une commode. - Tu es moins qu’un homme. Attends que je me relève, et tu vas voir ! Mais le Don Juan avait déjà filé vers de nouveaux horizons plein de promesses. Alors, la mère s’était approchée de sa fille, cachée derrière le fauteuil, et qui tremblait de terreur. En lui prenant la tête entre ses mains imposantes, elle lui avait dit : « Ma Didi, ne fais jamais confiance à un homme. Ils n’ont aucun courage. »
Alors, toute la nuit Diane avait répété comme un mantra : « Jamais confiance, jamais confiance, jamais confiance ». Et pourtant, son père, hors du cercle familial était tout à fait différent : il était entraîneur d’une des équipes de foot du quartier. Et Diane l’avait souvent entendu répéter à ses poussins : « Pas de violence, que de la fraternité, et l’esprit d’équipe pour gagner ». Si les souvenirs de son père se sont estompés avec le temps, ceux de son amoureux sont toujours vifs. Elle repense souvent à ce matin où il lui avait fait sa demande en mariage, alors qu’elle était encore emmitouflée dans sa couette. La bague, avec sa petite pierre de cristal, était posée sur l’oreiller. Puis c’était arrivé : il l’avait trompée avec une de ses collègues, ambitieuse et pleine de confiance. Tout son contraire. Cela faisait des mois qu’il entretenait cette relation secrète. Le choc avait été d’une violence inouïe. La jeune femme avait sombré, et aujourd’hui encore, elle ne s’en remettait pas. Certains jours, elle se prépare un repas, tente de porter la fourchette à sa bouche et la repose, incapable d’avaler la moindre bouchée. Parfois aussi, Diane se réveille au milieu de la nuit dans des draps trempés : la poitrine prise dans un étau de douleur, elle a le sentiment que son cœur est sur le point d’exploser. Bien sûr, à la suite de leur rupture, elle avait quitté leur deux-pièces soigneusement décoré par ses soins dans un style zen et épuré, avec un bouddha qui recevait les visiteurs avec bienveillance, et une atmosphère embaumée par des fumées d’encens et de patchouli. Diane était retournée vivre chez sa mère. Une femme ronde, sans grâce. L’élégante Parisienne risque désormais de suivre le même chemin : elle ne prend plus soin d’elle. Elle ne se maquille plus, a perdu huit kilos et son visage s’assombrit de tristesse. Dans sa chambre d’adolescente, elle repense à ce fameux jour où son compagnon lui avait annoncé son infidélité. À l’unisson des larmes qui inondent ses joues, le ciel se met à pleurer des torrents. On ne distingue rien au-dehors, Diane est seule au monde. Oh ! Elle avait déjà des doutes, avant qu’il ne lui avoue. Il sortait beaucoup depuis quelque temps, recevait des appels à des heures tardives. Et un jour, il avait supprimé « sans le faire exprès » toutes leurs photos de couple sur l’ordinateur. Comme pour mieux se séparer d’elle
et l’oublier. Elle avait trouvé cela étrange, bien que cette indélicatesse semblât insignifiante, mais elle n’avait rien dit. De toute manière, elle n’avait aucune preuve pour le confondre. Elle n’avait d’autre choix que de le croire et de lui faire confiance. Un mois plus tard, il la quittait. Le matin du jour où sa vie bascula, la jeune femme avait fait un rêve prémonitoire dans lequel son compagnon lui annonçait une chose terrible. Elle était assise sur un banc, au jardin du Luxembourg, et lisait un livre érotique : l’histoire de deux
amants qui se rencontraient en cachette dans les musées de la ville. Soudain, son ami était apparu et, le visage grave et apparemment désolé, il avait ouvert la bouche pour lui parler. Diane n’avait pas compris pas ce qu’il disait, mais elle avait senti aux battements accélérés de son cœur qu’il s’agissait d’une mauvaise nouvelle. Au moment où elle avait retrouvé l’ouïe, il avait disparu. Elle avait alors couru dans tout le parc pour le retrouver, mais en vain. Elle s’était réveillée subitement, gelée et grelottante. Suite à ce cauchemar, elle s’était dirigée vers la cuisine pour se préparer un café bien corsé. Il l’avait rejointe aussitôt, et elle ne lui avait pas parlé de son rêve. La journée s’était poursuivie comme si de rien n’était. Le soir, elle s’était rendue sur l’invitation d’une amie dans un restaurant japonais, heureux mariage de modernité occidentale et de tradition nippone, avec son sol en bambou, ses serveuses en kimono et ses tables ultramodernes tamisées par des lumières changeantes et abritant, tels des aquariums, des poissons vivants. Pour l’occasion, elle portait une robe rouge qui mettait ses formes en valeur. Diane se sentait dans son élément, avec son idéogramme japonais signifiant « paix », tatoué au-dessus de son cœur. Alors qu’elle s’apprêtait à déguster sa soupemiso, son téléphone avait sonné, c’était son compagnon. - Ça va ? lui demande-t-elle. - Oui. Sa voix était différente et sonnait étrangement. Elle avait compris. - Je veux que l’on se sépare, c’est terminé entre nous. Soudain absente, elle avait néanmoins réussi à répondre : - Pourquoi ? Non, après tout, je ne veux pas le savoir. Je n’ai guère le choix de toute façon, tu es tellement têtu et borné quand tu as pris une décision… Je ne te ferai pas changer d’avis. Elle avait raccroché, pris son sac et sa veste noire et était rentrée chez elle au plus vite pour le confronter. La route s’était avérée périlleuse ce soir-là. Il ne voulait déjà plus lui ouvrir la porte. Il ne souhaitait pas s’expliquer. Elle avait sonné à plusieurs reprises, tenté, en vain, de tourner sa clé dans la serrure. Le silence total. Puis, devant l’insistance de la jeune femme, il avait fini par ouvrir, et avait lancé : - C’est mieux comme ça, nous deux ça n’aurait pas marché. - Mais explique-moi les choses, je peux comprendre et me remettre en question. - Je ne t’aime plus et j’ai peur de m’engager, tu es beaucoup trop passive, pas assez investie, sans aucune ambition et rêveuse. Si tu le veux, tu peux rentrer pour dire bonjour à Julie.
Diane avait eu l’impression de vivre en plein cauchemar. Comment osait-il lui proposer une chose aussi abominable : rencontrer celle qui lui avait volé l’homme de sa vie ? Visiblement, sa souffrance lui importait peu. Il n’avait cessé de claironner : - Je suis parfaitement en droit de faire ce type de choix et je n’ai pas à m’en vouloir. Une manière de se convaincre qu’il n’était pas un monstre. En larmes et suppliante, elle était entrée dans l’appartement pour récupérer quelques effets personnels. À peine sortie, il avait violemment claqué la porte. Diane avait quitté les lieux comme elle avait pu : son cœur pesait des tonnes, elle avait du mal à respirer. Elle étouffait, sa tête tournait. Les larmes étaient douloureuses et ne voulaient pas couler. Tout était bloqué. Elle était désorientée. Elle avait culpabilisé longtemps.
Chapitre II :
Avec ses cheveux bruns qui se posent sur ses épaules comme un papillon sur une fleur, conciliante et idéaliste, Diane ne supporte pas le contrôle et l’autorité abusive. À la suite de cette épreuve pénible, elle a découvert que l’amour peut sans crier gare faire très mal et nous mettre à terre. En retournant vivre chez sa mère, elle a retrouvé un appartement de trois pièces dans un HLM tombant en ruine et envahi par les rats et les cafards. L’appartement ne dépare pas l’ensemble, sale et chichement décoré : ses murs à l’origine blancs sont désormais ponctués de taches d’origine inconnue. Le canapé, autrefois marron, est d’une couleur indéfinissable. Un violent retour dans le ghetto français, où vit aussi sa petite sœur, le portrait de sa mère en plus coquette. Dans un premier temps, Stéphanie, la mère de Diane, avait refusé de l’accueillir puis, après avoir réfléchi quelques instants, elle avait accepté, mais à une condition. Elle avait exigé de sa fille le versement, chaque mois, de la moitié de son salaire. Vivant elle-même de l’aide sociale, elle ne souhaitait pas que Diane se sente trop à l’aise. N’ayant pas d’autre choix, cette dernière avait accepté, non sans appréhension. « J’aurais dû aller vivre sous un pont », se reproche-t-elle parfois. Diane est fragile et ne trouve pas le soutien psychologique attendu. Elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Son ex-fiancé, nostalgique, la relance parfois, avec des textos amoureux et plein de doutes. Mais il revient aussitôt sur ses belles déclarations. La difficulté à faire son deuil le rend instable. Sa petite sœur, quant à elle, est insupportable. Elle rentre à des heures tardives et réveille son aînée au milieu de la nuit : Diane a le malheur de partager sa chambre avec elle. La petite peste allume la lumière quand sa sœur dort, discute au téléphone durant des heures ou met la musique à plein volume. Elle n’a aucun respect pour Diane. La jeune fille se prénomme Megan, ne parle que d’elle, ne s’intéresse qu’à elle, et en aucun cas à sa sœur : une véritable égocentrique. Elle semble d’ailleurs avoir un véritable « don » pour montrer son amour à son
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