Le père qui attend

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Le père qui attend L’homme faisait les cents pas depuis une bonne heure maintenant. Soucieux, il s’arrêtait, regardait l’énorme horloge familiale, secouait la tête et recommençait ses allées et venues. Sa femme était prise d’une frénésie d’activité inutile.

Publié le : lundi 28 septembre 2015
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Le père qui attend
L’homme faisait les cents pas depuis une bonne heure maintenant. Soucieux, il s’arrêtait, regardait l’énorme horloge familiale, secouait la tête et recommençait ses allées et venues. Sa femme était prise d’une frénésie d’activité inutile. Tantôt réorganisant les livres de la bibliothèque, tantôt déplaçant de quelques millimètres les photos de familles sur le manteau de la cheminée. Leur fille qui venait d’avoir le permis avait amené ses amies au cinéma. Elle aurait dû être rentrée et ni elles ni ses amies ne répondaient au téléphone.
– Calmez-vous Charles, je suis sûre que notre Catherine va bien. Vous vous faites du mauvais sang pour rien.
– Comme si vous n'étiez pas aussi inquiète que moi !s’exclama-t-il
– Je fais confiance à notre fille. C’est une jeune fille responsable affirma-t-elle avec un peu trop de vigueur. C’est vous qui me rendez nerveuse. Venez vous asseoir lui intima-t-elle. Le tapis de feu ma mère ne supportera pas un de plus de vos pas.
– Comment osez vous me parler de votre « chère » mère dans un moment pareil s’emporta-il. Il se dirigea vers le mini-bar et se servit son liquide ambré préféré. Qu’il bu d’une seule traite.
– Charles ! s’indigna sa femme. Le médecin vous a recommandé de cesser cette mauvaise habitude.
– Que voulez vous ma mie, vous avez épousé un roturier. Votre mère vous avait pourtant prévenu des dangers d’une telle union dit-il non sans sarcasme
– Il suffit, Charles. Je ne suis pas naïve au point de penser que vous m'avez épousée par amour. Mais je pensais que nous étions parvenu à un équilibre fondé sur le respect et la confiance. Et puis il y a notre fille, Catherine.
– Qui a hérité du prénom de votre mère ainsi que de son art de la manipulation.
– Vous avez eu plus que vous ne pouviez espérer de par votre naissance et votre éducation dit-elle avec condescendance. Et vous le devez à ma famille s'emporta-t-elle soudain le doigt pointant sa poitrine
– Oh, mais voila que la parfaite Mme Grabels hausse le ton ! Mais c’est inconvenant. Courez donc vous confessez.
– Vos sarcasmes ne vous rendent pas plus intelligents, lui renvoya-t-elle.
– Certes non, mais ils me rendent la vie plus facile.
Ce n'était pas la première dispute et ce ne serait sûrement pas la dernière. Mais ce soir, il était las.
– Je monte me coucher.
– La vie de votre fille compte-t-elle si peu à vos yeux pour que vous n’attendiez pas son retour ?
– Autant que la mienne aux siens lâcha-t-il avec amertume en se dirigeant vers les grandes portes en bois du salon.
Au même moment des coups de klaxons ainsi que des crissements de pneus retentirent. Une porte de voiture claqua violemment faisant naître une grimace sur le visage de Charles. Sa femme accourut au devant de leur fille. Elle la pris dans ses bras, l’embrassa avec empressement lui disant son inquiétude et acceptant des excuses que Catherine ne fit pas. Soutenue par sa mère celle-ci marcha difficilement jusqu’au salon. Charles sentit sur leur passage des effluves d’alcool et d’autres choses beaucoup moins légales. Laissant là les deux femmes, il sortit de la maison et se dirigea vers sa voiture. Il en fit le tour, la caressa, se baissa à l’occasion pour voir de plus prêt un détail, puis seulement, sa tension disparut. Il l’a conduisit au garage attenant à la monstrueuse maison de sa femme et commença un méthodique nettoyage. Et pour la première fois depuis longtemps, Charles sourit. On ne reconnaît la chance d’avoir que quand on a failli le perdre se dit-il l’âme plus légère.
Alexa.S
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