Le pont écroulé

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La nouvelle « The bridge that broke » fait partie du cycle de nouvelles « l’Agence Barnett et Cie », mais curieusement, elle n’a pas été publiée en français par Maurice Leblanc. Seule une version anglaise fut publiée à l’époque, et l’original en français, s’il a jamais existé, semble perdu. Les personnages principaux, Lupin, sous son identité de Jim Barnett, et le brigadier Béchoux enquêtent sur un crime dont la police croit à tort connaître l’auteur, jusqu’à ce que Barnett résolve brillamment l’énigme...et en tire profit, comme toujours au grand dam de Béchoux. Louis Gendebien, par ailleurs auteur du roman « Arsène Lupin et le secret des Lys » reconstitue en français cette nouvelle perdue en s’attachant à respecter le style raffiné de Maurice Leblanc.


Publié le : mercredi 4 juin 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782960123036
Nombre de pages : non-communiqué
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© 2013 – éditions de Montpézat

Reconstitué en français par Louis Gendebien à partir de l’édition parue en anglais sous le titre : The Bridge that Broke

Tous droits réservés – Reproduction interdite sans autorisation

ISBN 978-2-9601230-3-6

www.montpezat.be

Traduire, c’est trahir.
Trahir une trahison,
c’est peut-être retrouver la vérité.

Quand j’ai commencé à m’intéresser à une éventuelle version française de « The Bridge that Broke », cela m’a tout d’abord paru un exercice amusant et aisé. Après tout, la langue de Maurice Leblanc, si classique et élégante, coule avec aisance et simplicité, et ses raffinements, aujourd’hui moins courants qu’à l’époque, sont parfaitement dans la ligne des grands classiques, de Voltaire à Maupassant en passant par Balzac, qui forment le fond de notre culture française.

Pourtant, dès ma première lecture du texte anglais, je me rendis compte que quelque chose clochait. L’intrigue se déroule certes sans heurts, mais le style de l’ensemble de la nouvelle fait plus songer à une enquête de Sherlock Holmes qu’à une aventure de Jim Barnett. Un peu sec, le discours manque en effet de la légèreté et de la fantaisie typique du personnage de Leblanc.

Cette impression s’est confirmée au fur et à mesure que j’avançais dans la préparation de ma traduction. Au-delà des différences expressives entre le français et l’anglais, bien compréhensibles, les rapports ambigus entre Béchoux et Barnett paraissaient flous, comme si le traducteur anglais n’en maîtrisait pas vraiment la subtilité. Des personnages annexes un peu falots, comme le docteur Desportes, semblaient n’avoir d’autre rôle que de faire de la figuration, sans réelle utilité pour le déroulement du récit. Enfin, des transitions parfois surprenantes ou trop abruptes me laissaient sur ma faim. L’intrigue elle-même, par certains côtés, manquait de crédibilité, spécialement par l’absence de raison réelle, pour le principal accusé et sa femme, de garder le silence jusqu’au dénouement. Dénouement qui doit tout à un long exposé de Barnett, lors d’un huis clos qui fait presque penser à Hercule Poirot rassemblant son monde dans l’Orient Express.

Tout cela m’a conduit à me poser une question inattendue :

Pourquoi Maurice Leblanc n’a-t-il pas publié la nouvelle en français ?

Je suis enclin à penser que Leblanc, ou son éditeur Lafitte, a considéré que la nouvelle n’était pas complètement terminée, et que pour cette raison elle ne devait pas figurer dans le corpus des huit nouvelles qui allaient être publiées en recueil. Entre-temps, l’éditeur anglais avait peut-être acquis les droits sur toutes les nouvelles, et a pu passer outre, qu’il ait été ou non au courant de l’intention de Leblanc. Indice supplémentaire : n’est-il pas surprenant que Leblanc se soit servi une nouvelle fois du nom de Lenormand, celui qu’avait usurpé Lupin lui-même dans 813 ? On peut supposer que la version définitive aurait attribué un autre patronyme au personnage en question.

Hypothèses, bien sûr, mais qui m’ont amené à considérer le texte à écrire comme une reconstitution plutôt que comme une simple « back-translation ». Cette façon de faire est assez fréquente en musique, lorsqu’on ne dispose que de partitions d’orchestre incomplètes ou de transpositions postérieures à la composition originale.

J’ai donc procédé d’abord à une traduction littérale complète. Puis je l’ai relue attentivement, en me posant constamment la question suivante : Maurice Leblanc aurait-il écrit cela de cette manière ? Bien souvent, la réponse était non. Dès lors, paragraphe par paragraphe, j’ai rédigé un autre texte, parfois très proche, et quelquefois plus éloigné de la traduction littérale.

Par contre, sur le fond, je me suis interdit de toucher au contenu même du récit, même si certains épisodes me paraissent, je l’ai dit, un peu tirés par les cheveux. Enfin, comme le you anglais ne permet pas de faire la différence entre tu et vous, je me suis aligné sur la règle généralement suivie par Leblanc dans les autres nouvelles du cycle Barnett : Barnett ne tutoie Béchoux que lorsqu’ils sont seuls.

Finalement, j’espère que cette traduction-reconstruction, contestable bien sûr, reflète assez bien l’esprit et la forme des autres aventures de Jim Barnett. Au lecteur d’en juger.

Février 2013

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