“Les premières pages des “Mémorables”

De
Publié par

A FABE ’ex-ambassadeur avaît un costume de soîe et, pour étrange que cea paraîsse, e chemîn quî aaît mener aux mémorabes commença dans e verre de scotch entre ses maîns. Un îquîde sembabe cîrcuaît dans es verres de ceux quî ’accompagnaîent, et c’est peut-être pourquoî es écats de rîre quî résonnèrent dans e vaste saon de a demeure urent aussî véhéments quand ’amphîtryon dît à ’homme e pus proche de uî :“Mon cher ieu, maîntenant qu’une poîgnée de marchands s’attache à démontrer que a terre est pate, î y aura sûrement quequ’un pour procamer que ’hîstoîre est ronde. Vous voyez comment on construît une bee împosture ? a terre îsse comme une servîette de tabe, ’hîstoîre sans e moîndre bout par où ’attraper, comme sî ee étaît une sphère. Et toî, maîntenant, Bob ? Comment t’y prendras-tu pour démonter une supercherîe aussî bîen agencée ?” es hommes quî ’accompagnaîent se tordîrent de rîre. Is n’appeèrent a Portugaîse qu’ensuîte, pour qu’ee aussî partîcîpe à a gaîeté générae. Ee abandonna e coîn où ee se cantonnaît et rejoîgnît e groupe quî s’amusaît autour de ’amphîtryon, maîs très bîentôt î ne resteraît pus dans cette pîèce que ’homme vêtu de soîe, son ieu Robert Peterson et ee, c’est-à-dîre moî-même.
Publié le : mardi 21 avril 2015
Lecture(s) : 1 339
Nombre de pages : 6
Voir plus Voir moins
Cette publication est accessible gratuitement
A FABE
’ex-ambassadeur avaît un costume de soîe et, pour étrange que cea paraîsse, e chemîn quî aaît mener aux mémorabes commença dans e verre de scotch entre ses maîns. Un îquîde sembabe cîrcuaît dans es verres de ceux quî ’accompagnaîent, et c’est peut-être pourquoî es écats de rîre quî résonnèrent dans e vaste saon de a demeure urent aussî véhéments quand ’amphîtryon dît à ’homme e pus proche de uî :Mon cher ieu, maîntenant qu’une poîgnée de marchands s’attache à démontrer que a terre est pate, î y aura sûrement quequ’un pour procamer que ’hîstoîre est ronde. Vous voyez comment on construît une bee împosture ? a terre îsse comme une servîette de tabe, ’hîstoîre sans e moîndre bout par où ’attraper, comme sî ee étaît une sphère. Et toî, maîntenant, Bob ? Comment t’y prendras-tu pour démonter une supercherîe aussî bîen agencée ?
es hommes quî ’accompagnaîent se tordîrent de rîre. Is n’appeèrent a Portugaîse qu’ensuîte, pour qu’ee aussî partîcîpe à a gaîeté générae. Ee abandonna e coîn où ee se cantonnaît et rejoîgnît e groupe quî s’amusaît autour de ’amphîtryon, maîs très bîentôt î ne resteraît pus dans cette pîèce que ’homme vêtu de soîe, son ieu Robert Peterson et ee, c’est-à-dîre moî-même. Aors, e sîence à-dedans, contrastant avec a gaîeté quî se propageaît dans es autres pîèces de a maîson, donna îeu à un temps mort trop ong entre nous, jusqu’au moment où e parraîn me convoqua d’un sîgne aîmabe auprès de a grande enêtre. Dehors, des
15
iaments bancs s’étaîent mîs à voeter avec pusîeurs heures de retard par rapport aux prévîsîons météoroogîques et ’ex-ambassadeur trouvaît întéressant que j’assîste à eur apparîtîon. I dît :Venez îcî, Mîss Machado, venez voîr ce quî tombe du cîe sur notre jardîn.Je me suîs approchée et nous sommes restés tous es troîs près de a vître, émus par cet enchantement et cette méancoîe.
Maîs cette douce contempatîon ace aux prémîces de a neîge dura à peîne un înstant. e parraîn s’arracha vîte à cette atmosphère de ascînatîon et î demanda à Bob, comme sî a neîge n’exîstaît pas et que je n’étaîs pas présente : À propos, mon cher ieu, qu’a-t-ee décîdé au sujet de ’afaîre que je t’aî proposée ?Et à, tous deux commencèrent à échanger des împressîons sur e caendrîer des uturs dépacements dans es pays du désert, où depuîs sîx moîs a guerre contînuaît sans înterruptîon nî in prévîsîbe. e départ étaît ixé, ’escae termînée. Têtu, e parraîn însîsta : N’oubîe pas qu’ee peut très bîen être rempacée dans cette mîssîon. Des mîîers de jeunes reporters de son âge sont en ce moment même en route pour es déserts pour parer aux veuves des martyrs. Que va-t-ee donc chercher à-bas que d’autres ne puîssent aîre à sa pace ?Parraîn et ieu paraîent en angaîs et de nouveau ceshec’étaît moî. Jusqu’à ce que ’homme vêtu de soîe se ance dans un ong exposé sur e vîce consîstant à écrîre des reportages sur des bataîes.
Nous nous sommes assîs.
’amphîtryon paraît un verre à a maîn, e aîsant tour-ner comme s’î étaît un ornement, et je me dîsaîs que ce îquîde pourraît très bîen ne pas être du whîsky maîs de ’eau coorée. I paraît entement, adressant à Bob Peterson un ong exposé sur e vîce qu’étaîent es reportages consacrés aux conlîts armés, vîce quî avaît contamîné son ieu Bob, et probabement tous ceux quî passaîent par ses maîns, y 16
comprîs ee, a jeune emme quî se trouvaît à. Comme ce aît e peînaît énormément, e parraîn entreprît d’exposer sa théorîe sur ce vîce regrettabe, eque încuaît învarîabement des caendrîers chaotîques, des urgences împossîbes à dî-érer et des reporters îndîspensabes. Nous pouvîons toute-oîs être tranquîes, jamaîs nous ne manquerîons de sujets à traîter tout au ong de notre vîe et, quant à des carnages et des veuves, où que ce soît et n’împorte quand, nous en aurîons toujours, pour e maheur de tous. C’étaît précîsément pour contrebaancer a oî permanente de a récîdîve qu’î vaaît a peîne de choîsîr dans sa spîrae es moments de pause quî surgîssaîent îmmanquabement de temps en temps. Dîsaît e dîpomate et, au mîîeu de ce dîscours méthodîquement monotone, comme sî rîen que de ’écouter étaît déjà une épreuve, î inît par s’adresser à moî en portugaîs.Mîss Machado, j’aî déjà dît îcî à mon ieu que ’hîstoîre n’est pas toujours un cauchemar dont nous essayons en vaîn de nous réveîer pour revenîr au poînt de départ. Fîgurez-vous que paroîs, encore que rarement, ’hîstoîre est aussî un rêve agréabe, quî peut s’avérer sî apaîsant qu’î vaut a peîne au réveî d’en garder ’îmage par tous es moyens ain qu’ee ne s’évanouîsse pas. Ayons ’esprît pratîque. Quand î nous arrîve de nous réveîer au mîîeu d’un de ces rêves, ce que nous devons aîre c’est rester en état d’aerte, sauvegarder ce moment exceptîonne, e proonger dans notre mémoîre exceptîonneement aussî. J’aî raîson, ou pas ?Et, se tournant vers Bob, î s’adressa à uî en angaîs.Je t’aî déjà dît, cher ieu, qu’î ne aut pas baîsser es bras. Pour commencer, je te suggère une séquence de cînq ou sîx épîsodes, comme ces sérîes du bon vîeux temps, quand tu étaîs un garçon génîa et que ce que tu produîsaîs étaît encore meîeur que ce que tu avaîs envîsagé. Queque chose quî s’appeeraîtL’Histoire en état de veille,ou toute autre appeatîon anaogue. Un premîer numéro exempaîre et, pour ce texte înaugura, je te suggère Mîss Machado. Cette jeune emme anceraît a sérîe avec un épîsode de son pays, cette hîstoîre extraordînaîre survenue dans sa patrîe î y a 17
maîntenant vîngt-cînq ans ou pus. e temps n’arrête pas de passer, de pus en pus vîte, de pus en pus vîte, e temps toujours en traîn d’exposer, n’est-ce pas, Bob ? Accepte e conseî que je te donne. Ee devraît se rendre à-bas e pus vîte possîbe pour ramasser e reste de a mîtraîe de leurs encore coîncé entre es pavés des rues de îsbonne. Envoîe-a à-bas, cher ieu, envoîe-a avant qu’î ne soît trop tard. Je suggère que a sérîe s’întîtueL’Histoire réveillée.Et ’ex-ambassadeur eva e verre à hauteur de ses yeux et porta un ong toast, comme sî quequ’un dans ce saon aaît avoîr un enant.
Je n’aî pas encore dît que a demeure de ’ambassadeur étaît en boîs et en verre, nî qu’ee s’éevaît sur a rîve d’un aLuent du Potomac, une rîvîère au débît modéré d’où provenaît un murmure d’eau quî s’entendaît de temps à autre. Je n’aî pas dît non pus que a maîson étaît entourée de chênes rouges et que es premîers locons de neîge, au îeu de es recouvrîr, contînuaîent à es mettre en vaeur tes des eux de joîe étînceant par contraste au mîîeu de ’humîdîté verte. Ce détaî n’avaît aucune împortance, sau que soudaîn es deux Amérîcaîns me conduîsaîent dans des îeux que je n’avaîs aucune envîe de revîsîter et que a neîge, quî tombaît de pus en pus ort sur e jardîn, me paraysaît tandîs que es coueurs lamboyaîent. J’étaîs prîsonnîère des coueurs. ’ex-dîpomate ne tarda donc pas à dîre, dans son portugaîs avec un ort accent :Mîss Machado, venez, on va parer. Quand e mîrace portugaîs s’est produît, je ne me trouvaîs pas encore dans votre pays. Je ne suîs arrîvé à-bas que neu moîs pus tard, es rues de îsbonne étaîent déjà à ’apogée de eur mîtraîe, ce quî m’a donné beaucoup de travaî.Et ’ambassadeur se remît à rîre de bon cœur, mesurant des yeux e voume de whîsky qu’î it tourner dans son verre. I répéta :Pour me donner du travaî, ça m’en a donné. Maîs ça m’a aussî ofert une des pus grandes satîsactîons de ma vîe. Je peux d’ores et déjà vous dîre que j’aî remporté a vîctoîre sur mon secrétaîre d’État dans un 18
dîférend connu à ’époque sous un nom assez curîeux. Vous vouez savoîr comment notre dîférend étaît désîgné ? I étaît connu dans es couoîrs du département d’État sous e nom deguerredes coups de grifes portugais entre Henry et Frank, ce quî en ’occurrence étaît tout à aît compréhensîbe, car on ’appeaît crînîère-de-îon, e ter-rîbe. C’étaît ce qu’on dîsaît îcî, à Washîngton, bîen que rîen de cea n’eût transpîré dans votre pays. À îsbonne, * on peîgnaîtGo home soonsous mon nom, comme sî j’étaîs un obstace, tandîs qu’on dessînaît des leurs sur es murs à côté. C’est à, Mîss Machado, au mîîeu de cette mîtraîe, que j’aî aît a connaîssance de votre père.
Je sentaîs ’odeur de a neîge venant de ’extérîeur et ’odeur du danger quî couvaît à, à ’întérîeur du saon îmmense. Ce jour-à, Bob Peterson m’avaît emmenée avec uî juste pour que je puîsse parer un peu dans ma angue, m’exprîmer en portugaîs au sujet de a catastrophe dont j’avaîs été témoîn sur a route du cîmetîère de Wadî-us-Saaam, maîs de açon înattendue nous avîons non seu-ement paré de mon pays, maîs aussî inî par évoquer a personne oîntaîne de mon père, et j’avaîs ’împressîon que es deux sujets n’en ormaîent qu’un seu. Cea me sembaît încroyabe. ’ex-ambassadeur dît en angaîs:Oh ouî. Bob connaït mon sentîment.ieu ne réagîssaît pas, e î écoutaît. En chemîn, uî-même m’avaît recommandé de me tenîr sur mes gardes, car à partîr d’un certaîn âge tout homme quî se respecte a une Iîade à raconter, et son parraîn en avaît pusîeurs. Cea se conirmaît. e parraîn dîsaît :Bob saît bîen comment pendant ces années-à, à peîne dépîaît-on e panîsphère sur a tabe des conérences, vers es huît heures du matîn, à chaque jour quî passaît de pus en pus de drapeaux sangants se trouvaîent éparpîés un peu partout. Notre nuît de repos avaît été un jour de erveur pour eux.
* Dépêchez-vous de rentrer chez vous. (Toutes les notes sont de la tra-ductrice.)
19
es useaux horaîres sont aînsî, es mérîdîens terrestres sont aînsî. es petîts drapeaux sangants étaîent aînsî. a guerre roîde dans certaînes régîons du gobe étaît assez chaude. Maîs nous avîons au moîns apprîs à aîre des dîvîsîons et des soustractîons sur e panîsphère. e partage du monde en deux sîmpîiaît beaucoup es choses. Nous avîons au moîns apprîs cea. Et quant aux opératîons de soustractîon, nous avîons énormément apprîs. Nous regardîons a carte étaée sur a tabe et nous aîsîons nos comptes. Pour obtenîr une réductîon raîsonnabe des pertes humaînes îcî, î aaît sacrîier deux ou troîs têtes à-bas. Faîre des dîvîsîons. On sacrîiaît trente vîes pour évîter e gaspîage de troîs mîe, une centaîne pour épargner un mîîon. a guerre roîde ç’a été ça, des comptes d’apothîcaîre. a oî de ’éterne boucher, mînîmîsée au maxîmum. I en étaît aînsî tous es matîns. Maîs subîtement, quand on s’y attendaît e moîns, à ’extrémîté a pus occîdentae de ’Europe, î se produîsaît ça. À huît heures tapantes. Une agîtatîon étrange s’emparaît de votre pays. Une destîtutîon pacîique. Personne ne croyaît à un mouvement quî se procamaît pacîique. Nous attendîons avec sérénîté, prêts à înstaer à où î aaît un petît drapeau rouge, î sembaît nature qu’î en soît aînsî. Entre-temps, deux jours s’étaîent déjà écoués et rîen de grave ne s’étaît encore produît. I s’agîssaît efectîvement d’une destîtutîon sans efusîon de sang. e monde entîer, dans ’expectatîve, es yeux ixés sur votre pays. Comment étaît-ce possîbe ? Un aît sans précédent. Une petîte bande de terre de a taîe d’une servîette de baîn, sans aucune împortance, se transormaît soudaîn en une iancée désîrée par tous. Avec pour conséquence que, sur a tabe des conérences, a partîe d’échecs aaît changer de coniguratîon. Désormaîs, a carte des soupçons ne seraît pus jamaîs dépîée de a même açon. Maîs a dîférence ne ut pas due à tous es êtards dîvers et varîés quî accoururent à dès e endemaîn matîn, dont beaucoup avec a mîssîon d’espîonner, d’întrîguer, de surveîer et d’occuper votre pays, ee ut due unîquement, et seuement, à a quaîté de votre peupe.20
’ex-ambassadeur se pencha vers e pateau du maïtre d’hôte, rajusta sa veste en soîe dont a poche contenaît des styos dorés et dît en portugaîs :Croyez, Mîss Machado, que je n’aî jamaîs rencontré tout au ong de mon parcours un peupe aussî sensé que ceuî auque vous appartenez. Un peupe pauvre, sans agèbre, sans ettres, avec cînquante ans de dîctature sur e dos, es pîeds coés à a gèbe, et î se produît soudaîn un coup d’État, tous se précîpîtent dans a rue en crîant, chacun avec son haucînatîon, son projet et son întérêt, se menaçant mutueement, corps à corps, vîsage contre vîsage, beaucoup avec des armes à a maîn, et îs inîssent par s’însuter, s’empoîgner, se tomber dessus, et îs ne se tuent pas. Je ’aî vu, j’aî assîsté à ça. C’est cette réaîté qu’î aut raconter avant qu’î ne soît trop tard. Vous comprenez ce que je suîs en traîn de dîre ?
Maîs je n’avaîs pas besoîn de comprendre.
D’aîeurs, maîntenant, à sîx ans de dîstance, je croîs reconstîtuer pus idèement es paroes de ’ambassadeur qu’aors, quand je es écoutaîs dîrectement, assîse devant uî. À ’époque, ’exatatîon des vertus d’un peupe oîntaîn quî étaît e mîen seuement par hasard m’întéressaît très peu. Je e reconnaîs. Ce dîscours grandîoquent, déguîsé sous un ton terre à terre, quî de terre à terre devenaît întense, pro-noncé en aternance dans deux angues, ne m’atteîgnaît pas. Votre peupleen questîon. Et e parraîn évoquaît des étaît gens paîsîbes, des gens que tout mînîstre aîmeraît dîrîger, dont tout prêtre aîmeraît être e pasteur, que tout avocat aîmeraît déendre. e parraîn paraît avec une vîvacîté conte-nue, comme sî e pays qu’î évoquaît étaît un être aîmé, î décrîvaît un peupe nobe avec des armes înofensîves, des manîestatîons de joîe et de grands emportements pacî-iques, rappeant au mîîeu de ce tabeau ce qu’avaît été sa propre stratégîe, ’attente qu’î avaît nourrîe de prudence, jusqu’à ce que a rue où bouîonnaît e nobe peupe se came, un cacu judîcîeux quî avaît exîgé de sa part un 21
subtî exercîce de patîence tout au ong de ’année1975. I s’en souvenaît ort bîen. À ’époque, devant son attîtude modérée, a crînîère-de-îon qu’étaît e secrétaîre d’État s’exaspéraît beaucoup, dîsant qu’î avaît envoyé à îs-bonne un dur de dur quî s’avéraît être une chîfe moe. Un moasson quî donnaît des conérences au îeu d’agîr. Et e parraîn de Bob, amusé, évoquaît a açon dont son staf et uî-même, contraîrement aux înstructîons reçues, sans aucune înterventîon dîrecte întempestîve, aucun tra-vaî de nuît ardu, dans un jeu persévérant de înorme-toî et attends, dont e souvenîr s’étaît perdu depuîs que a guerre se servaît roîde, avaîent remporté a vîctoîre. Une bee vîctoîre. ’entendaîs-je dîre, pendant qu’à ’étage du dessus es învîtés rîaîent, et moî-même j’eus envîe de rîre, surtout au moment où ’ex-ambassadeur vouut se souvenîr du nom des leurs que es Portugaîs enonçaîent dans e canon de eurs usîs en1974et quî ne uî revenaît pas à ’esprît. Tous es troîs, comme sî notre cerveau avaît été programmé pour un oubî sîmutané, nous trébuchîons sur sa désîgnatîon. Moî-même je is sembant de ’avoîr oubîée. Notre amphîtryon resta en panne. I demanda : ?Maîs comment s’appeaîent donc ces leurs
Ouî, ces leurs rouges ?
Aucun de nous ne s’en souvenaît. I étaît încroyabe que tous es troîs nous sachîons que e bord des pétaes de ces leurs étaît denteé, avec un onge étîré sur un pétîoe vîgoureux, qu’ees avaîent été ofertes par es leurîstes dès e matîn du25avrî, quand es însurgés remontaîent a Baîxa, même Bob étaît au courant de cette hîstoîre, î savaît que cea avaît commencé par être ’ofrande d’une vendeuse quand a coonne însurgée aîsaît e tour d’une pace, même uî savaît ça, et pourtant aucun d’entre nous ne se souvenaît du nom de a leur. Comment se aît-î que vous ne e sachîez pas ? Inquîet, ’amphîtryon s’avouaît étonné que e mot ne soît pas resté împrîmé dans mon cerveau, 22
maîs î connaîssaît e processus, î savaît que a dîstance géographîque et e méange des angues provoquaîent paroîs des trous înîmagînabes dans a mémoîre înguîstîque des mîgrants. Un probème de synapses quî se détraquent dans ’appareî cérébra quand on change de angue. Cea dît, que étaît donc e nom de cette leur ? Tous es troîs, es yeux au paond du saon, en attendant que Bob se décîde. Car soudaîn Bob ut prîs de doute, se décîda, bondît, ouvrît a porte, grîmpa à ’étage supérîeur d’où provenaîent es rîres et, quand î redescendît, î rapportaît e nom de a leur. Avec un vîsage écarate. C’en étaît îndécent. Comment ne nous étîons-nous pas souvenus qu’î s’agîssaît decarnations? * Red carnations? Dît-î en angaîs. ’ex-ambassadeur uî aussî éprouvaît comme un sentî-ment de vexatîon. Des œîets, bîen sûr qu’î s’agîssaît d’œîets.How awFul, ** it’s carnations, oF course, dear Bob !Comment e nom de cette pante ne uî étaît-î pas revenu en mémoîre ? Comment cea se aîsaît-î ? Et à cet înstant î tourna sa chaîse vers moî. Vous savez, Mîss Machado, sî vous retournez à îsbonne et sî vous cherchez entre es petîtes pîerres des trottoîrs qu’on trouve partout à-bas, vous verrez que vous y découvrîrez encore es restes de ces leurs, ’unîque mîtraîe à aquee votre peupe a eu recours pour débouonner ces vîeux types et aussî pour s’entendre es uns avec es autres. Et cea donne à réléchîr à ceux quî sont aés aîeurs sur cette Terre et quî ont été es témoîns d’aventures nombreuses et varîées. ’année précédente encore s’étaît produît ce que ’on saît dans es stades de Santîago. Des îeux de sînîstre mémoîre. ’hîstoîre de ce jeune homme quî composaît et chantaît des baades et à quî on écrasa es doîgts à coups de crosse et dont on crîba e corps de quarante-quatre baes ut une paîsanterîe de ort mauvaîs goût. es auteurs de cette prouesse écrîvîrent à des amîs qu’îs avaîent tîré
* Des œîets rouges. ** Comme c’est terrîbe, des œîets, bîen sûr, cher Bob. 23
dîx baes pour qu’î ne chante pus, dîx baes pour qu’î n’écrîve pus, dîx baes pour qu’î ne compose pus, dîx baes pour qu’î ne raconte pus rîen, et es quatre dernîères ain qu’on croîe que cea avaît été ’œuvre des États-Unîs d’Amérîque. Quatre baes dans a poîtrîne. ’aîbî pour es quatre dernîères ut vraîment du dernîer mauvaîs goût. Un tract dans a chaîr vîve, rédîgé par es Chîîens, quî it e tour du monde pour nous încrîmîner. On saît déjà comment ça se passe, sous couvert de ’envahîsseur on dépeînt ’envahî. Extrêmement déîcat. Maîs, dans e cas de votre pays, es choses se sont passées dîféremment, une réaîté unîque en son genre. Des armes portugaîses, une révoutîon portu-gaîse, un peupe bon, généreux, pacîique, sî bîen que sa mîtraîe s’avéra être unîquement des leurs. Des gens sages. Vous savez, Mîss Machado, quand j’aî entendu votre nom dans es reportages de a chaïneCBSet que je me suîs aperçu de votre éger accent, votre nom de amîe et votre açon d’être m’ont aît penser à ce peupe et à cette époque, aînsî qu’aux chronîques d’Antónîo Machado, votre père.Je doîs beaucoup à votre père, vous savez ? Nous ne nous sommes jamaîs croîsés personneement, maîs je e connaîs-saîs bîen, je e connaîssaîs comme es hommes doîvent se connaïtre, à travers es préoccupatîons quî eur passent par ’esprît, quand ees sont proérées à voîx haute. C’est cea, Mîss Machado, que veut dîre être un bon camarade dans e temps, c’est avoîr e courage de se aîsser connaïtre à ond. Et c’étaît e cas. Je me souvîens très bîen de a chronîque d’Antónîo Machado, ’homme quî prédîsaît e utur à a dernîère page de son journa. Sur deux coonnes. On îsaît beaucoup ce qu’écrîvaît ’homme quî prévoyaît e utur. Vatîcînant, jour après jour, annonçant, prédîsant e utur, et moî, en ma quaîté de représentant d’un pays étranger, je déchîfraîs a prophétîe, je a drîbbaîs, me déectant de sa açon de prophétîser. Car, sî un chronîqueur ne prophétîse pas, à quoî sert-î ? Dîtes-moî, Mîss Machado ?
Et j’entendaîs e parraîn de Bob. 24
Je ’entendaîs et je pensaîs qu’î ne aaît pas que je dîse quoî que ce soît quî me rattache à cette abe ancîenne dont je connaîssaîs es détaîs jusqu’à en avoîr a nausée, et pendant que ’amphîtryon paraît en angaîs des chronîques de mon père, au-dehors, a premîère chute de neîge de ’automne s’atténuaît, maîs dans e jardîn on ne dîstînguaît déjà pus a sîhouette des arbres. ’ambassadeur dîsaît:C’est très curîeux, Mîss Machado. En évrîer1975, je venaîs tout juste d’arrîver et déjà Antónîo Machado écrîvaît que j’étaîs e cheva d’un Attîa nommé capîtaîsme et que, à où je posaîs mes pattes arrîère, ’herbe séchaît et es hommes îbres mouraîent. I recouraît à un angage trop îmagé, reconnaîssons-e, même sî j’apprécîaîs ces îmages. Ees permettaîent de comprendre ce qu’on voyaît et ce qu’on îmagînaît. Quand quequ’un ît de pareîes accusatîons sur uî, î doît scruter d’un œî très attentî a matîère dont est aîte a semee de ses souîers. C’est tout. Quant au reste, je me soucîaîs ort peu de ce que es îmbécîes écrîvaîent sur es murs. Ce quî m’împortaît, c’étaît ce que pensaîent es hommes înteîgents. ’homme quî îsaît e utur, votre père, étaît înteîgent et écrîvaît beaucoup sur ma personne. I prenaît paîsîr à ne pas m’aîmer. Sîx moîs pus tard, à ’automne75, î aa jusqu’à écrîre que je représentaîs tous ceux quî étaîent détermînés à efacer de ce coîn-à e chant quî avaît marqué e début du souèvement de 74, e bruît de pas quî précédaîent a chanson, cette marche ente, ce chœur paysan quî paraît d’un certaîn arbre…Et à, ’amphîtryon regarda Bob Peterson d’un aîr désemparé. ? a marche ente,Comment s’appeaît a chanson, Bob Bob ? Cee quî commençaît par e mouvement des pas ?
Maîs ques pas ?
Curîeusement, en cet înstant, aucun de nous ne se sou-venaît du nom de a chanson. De nouveau nous avîons un trou de mémoîre coectî. Jadîs, nous ’avîons tous connu, y comprîs Bob Peterson, quî n’avaît jamaîs mîs es pîeds
25
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.