Saphira, sa fille et l'esclave

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Saphira, sa fille et l’esclave SAPHIRA_cs6_pc.indd 3 07/04/15 13:42 Du même auteur Aux Éditions Rivages Mon Ennemi mortel, 1992 Poche n° 74 Une dame perdue, 1993 Poche n° 101 Destins obscurs, 1994 Poche n° 117 La Maison du professeur, 1994 Poche n° 217 La Mort et l’Archêveque, 1995 Poche n° 144 Mon Ántonia, 1995 Poche n° 159 L’un des nôtres, 1999 Poche n° 285 Des ombres sur le rocher, 2001 Poche n° 337 Le Chant de l’alouette, 2007 Poche n° 611 Lucy Gayheart, 2010 Poche n° 698 SAPHIRA_cs6_pc.indd 4 07/04/15 13:42 Willa Cather Saphira, sa fille et l’esclave Traduit de l’anglais (États- Unis) par Marc Chénetier Rivages SAPHIRA_cs6_pc.indd 5 07/04/15 13:42 Retrouvez l’ensemble des parutions des Éditions Payot & Rivages sur payot- rivages.fr Collection dirigée par Nathalie Zberro Édition originale : Sapphira and the Slave Girl, Alfred A. Knopf, 1940. © 1940, Willa Cather © 2015, Éditions Payot & Rivages pour la traduction française 106, boulevard Saint- Germain –  75006 Paris SAPHIRA_cs6_pc.indd 6 07/04/15 13:42 livre i Saphira parmi les siens SAPHIRA_cs6_pc.indd 7 07/04/15 13:42 SAPHIRA_cs6_pc.indd 8 07/04/15 13:42 1 À la table du petit déjeuner, 1856. Henry Colbert, le meunier, prenait toujours son petit déjeuner en compagnie de son épouse; pour le reste, ses apparitions à la table familiale n’avaient rien de régulier. À midi, heure du déjeuner, il était souvent retenu au moulin.
Publié le : mercredi 20 mai 2015
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Saphira, sa fille et l’esclave
SAPHIRA_cs6_pc.indd 3 07/04/15 13:42Du même auteur
Aux Éditions Rivages
Mon Ennemi mortel, 1992
Poche n° 74
Une dame perdue, 1993
Poche n° 101
Destins obscurs, 1994
Poche n° 117
La Maison du professeur, 1994
Poche n° 217
La Mort et l’Archêveque, 1995
Poche n° 144
Mon Ántonia, 1995
Poche n° 159
L’un des nôtres, 1999
Poche n° 285
Des ombres sur le rocher, 2001
Poche n° 337
Le Chant de l’alouette, 2007
Poche n° 611
Lucy Gayheart, 2010
Poche n° 698
SAPHIRA_cs6_pc.indd 4 07/04/15 13:42Willa Cather
Saphira, sa fille
et l’esclave
Traduit de l’anglais (États- Unis)
par Marc Chénetier
Rivages
SAPHIRA_cs6_pc.indd 5 07/04/15 13:42Retrouvez l’ensemble des parutions
des Éditions Payot & Rivages sur
payot- rivages.fr
Collection dirigée par Nathalie Zberro
Édition originale :
Sapphira and the Slave Girl, Alfred A. Knopf, 1940.
© 1940, Willa Cather
© 2015, Éditions Payot & Rivages
pour la traduction française
106, boulevard Saint- Germain –  75006 Paris
SAPHIRA_cs6_pc.indd 6 07/04/15 13:42livre i
Saphira parmi les siens
SAPHIRA_cs6_pc.indd 7 07/04/15 13:42SAPHIRA_cs6_pc.indd 8 07/04/15 13:421
À la table du petit déjeuner, 1856.
Henry Colbert, le meunier, prenait toujours son petit
déjeuner en compagnie de son épouse; pour le reste, ses
apparitions à la table familiale n’avaient rien de régulier. À
midi, heure du déjeuner, il était souvent retenu au moulin.
Son couvert était mis; il se pouvait qu’il vînt, mais aussi
qu’il envoyât l’un de ses ouvriers lui chercher un plateau à
la cuisine. La Maîtresse se faisait servir sans retard. Jamais
elle ne s’enquérait de lui.
Ce matin de mars 1856, il entra dans la salle à manger
à huit heures, montant du moulin où il vaquait depuis au
moins deux heures. Il souhaita le bonjour à son épouse,
exprima l’espoir qu’elle eût bien dormi et s’assit dans le
fauteuil à haut dossier qui lui faisait face. Son petit déjeuner
lui fut servi par un vieil homme de couleur aux cheveux
blancs vêtu d’un surtout de coton rayé. La Maîtresse emplit
leurs tasses à une urne à café en argent reposant sur quatre
pieds galbés. La porcelaine était de bonne qualité (comme
tout ce que possédait la Maîtresse); d’une qualité à vrai
dire surprenante pour la table d’un meunier de campagne,
au fin fond de la Virginie. Ni le meunier ni son épouse
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SAPHIRA_cs6_pc.indd 9 07/04/15 13:42n’étaient originaires de cet endroit : ils venaient d’un comté
beaucoup plus riche, à l’est des Montagnes bleues. On ne
se serait pas attendu à trouver pareil couple sur les rives
de la Back Creek, bien que cela fît à présent plus de trente
ans qu’ils vivaient ici.
Le meunier avait une silhouette massive et puissante,
une stature où taille et poids s’accordaient. Son épaisse
chevelure noire était encore humide de la toilette qu’il
venait de faire avant de monter à la maison ; ses cheveux
étaient dressés et broussailleux d’y avoir passé les doigts.
Son visage était plein, carré, indéniablement rubicond ; un
hâle profond lui donnait la teinte brun rougeâtre d’un vieux
porto. Il était rasé de près – détail peu ordinaire chez un
homme de son âge et de sa position sociale. Il en donnait
pour excuse que la poussière de farine envahissait sa barbe
de meunier et que la sueur qui lui coulait sur la figure,
l’humidifiant, la lui enrobait de pâte à pain. Droiture, fran -
chise et volonté se lisaient sur ses traits. Seul son regard,
sombre et grave, avait quelque chose d’énigmatique ; ses
yeux étaient profondément enfoncés sous un front carré
et proéminent; pensifs, presque rêveurs, ils paraissaient
jurer dans ce visage respirant l’énergie. La longueur des
cils, chez une femme, eût séduit.
Colbert consacrait toutes ses forces à son moulin, à dire
vrai sa vie entière. On le tenait pour un homme régulier,
et la communauté à laquelle il avait au départ été étranger
lui accordait sa confiance. Sa confiance, certes, mais guère
son affection. Les gens de Back Creek, de Timber Ridge et
de Hayfield n’oubliaient jamais qu’il n’était pas des leurs.
Il se montrait silencieux et peu communicatif (un trait
qu’ils n’appréciaient pas), et qu’il n’eût pas l’accent du
10
SAPHIRA_cs6_pc.indd 10 07/04/15 13:42Sud équivalait quasiment pour eux à un accent étranger.
Son grand-père était venu des Flandres. Henry était né
dans le comté de Loudoun et avait grandi au milieu de
colons anglais. Il parlait à leur instar une langue limpide
et assurée. Ce qui ne constituait pas, sur les rives de la
Back Creek, une façon amicale de s’exprimer.
Son épouse, elle non plus, ne s’exprimait pas comme les
gens de Back Creek; mais ces derniers s’accordaient à dire
qu’une femme, héritière de surcroît, en avait bien le droit.
Sa mère était arrivée d’Angleterre – un fait qu’elle n’oubliait
jamais. Comment ces deux personnes en étaient venues
à habiter la Ferme du Moulin, c’est une longue histoire
– trop longue pour qu’on la raconte au petit déjeuner.
Le meunier but sa première tasse de café en silence.
Le vieux Noir se tenait debout derrière le fauteuil de la
Maîtresse.
« Tu peux disposer, Washington», lui dit- elle bientôt.
Et, se servant à l’urne une nouvelle tasse de café de ses
mains potelées et blanches, elle s’adressa à son mari  Le : «
major Grimwood est passé hier; il allait à Romney. Tu
aurais pu monter le voir.
– Je ne pouvais pas quitter le moulin à ce moment- là.
Des clients avaient fait beaucoup de route pour m’apporter
leur grain, répondit- il d’un ton grave.
– Si tu avais un contremaître, comme tout le monde,
tu aurais le temps de te montrer courtois envers les gens
importants qui nous rendent visite.
– Pour que je néglige mes affaires ? Oh oui, Saphira, je
les connais très bien, ces contremaîtres. C’est comme ça
que l’on procède dans le comté de Loudoun. Le patron
donne ses ordres au contremaître qui les transmet au
11
SAPHIRA_cs6_pc.indd 11 07/04/15 13:42nègre responsable qui les transmet à son tour. Je suis le
premier meunier qui soit parvenu à gagner sa vie dans
cette région.
– Une vie assez chiche, force est de le reconnaître, lui
dit son épouse avec un petit rire d’indulgence. Et à propos
de nègres, le major Grimwood me dit que sa femme a
justement besoin d’une bonne à tout faire. Il sait que mes
servantes connaissent leur travail et il aimerait bien que
je lui en cède une.
– Il doit donc aussi savoir que tu ne formes tes domes -
tiques qu’à ton usage personnel. Nos gens ne sont pas à
vendre. Tu voudrais bien sonner, demander encore un peu
de bacon ? On dirait que j’ai une petite faim, ce matin. »
Elle fit tinter une clochette. Washington apporta le bacon
et reprit sa place derrière le vaste et encombrant fauteuil
de sa maîtresse. Elle avait paru songeuse le temps qu’il la
servît. Alors, sans lui adresser la parole, elle tendit vers la
porte sa main potelée. Le vieil homme déguerpit en faisant
claquer ses savates.
« Bien sûr que nous ne vendons pas nos gens, admit- elle,
conciliante. En tout cas, il est exclu que nous les mettions
en vente. Mais rendre service à des amis, ce n’est pas la
même chose. Et tu as souvent dit que tu n’entendais pas
faire obstacle à quiconque. Vivre à Winchester, dans une
demeure comme celle des Grimwood – le premier mori -
caud venu sauterait sur l’occasion.
– Nous n’en avons aucun de trop, à part ceux dont le
major Grimwood ne voudrait pas lui- même. Je le lui dirai. »
Mrs Colbert, du même ton neutre et affable, poursuivit :
« Tout de même, il y a ma Nancy. Je pourrais parfaitement
me passer d’elle pour être agréable à Mrs Grimwood, et elle
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