TicTac, Glucose et Chlorophylle

De
Publié par

TIC-TAC, GLUCOSE ET CHLOROPHYLLE
Je m’appelle Didier NOEL, j’ai cinquante ans. Je suis cadre commercial indépendant où free-lance si vous préférez. Mon job consiste à intervenir dans les entreprises afin de les aider à augmenter leur chiffre d’affaires.
Cet après-midi d’août, celui qui fait appel à mes services, est un fabricant d’horloges. En mal de clients, j’ai besoin d’argent alors j’accepte la mission atypique qu’il me propose : espionner chez son nouveau concurrent, une multinationale discrète qui veut « LOUER L’HEURE » aux grands décideurs du pays.
Très vite, je découvre que la société en question détient en fait un procédé technologique avant-gardiste révolutionnaire qui lui permet de produire des mondes extraordinaires. La suite est effarante ! Elle m’emmène à la rencontre d’une foule de personnages loufoques et truculents, dans des univers inimaginables où se côtoient réel et fantastique.
Chaque situation ubuesque, dans laquelle les patrons de la firme me font plonger, est d’une démesure supérieure à la précédente. Pourquoi ? Dans quel but ? La réponse est sidérante ! Tellement incroyable que l’état s’en mêle. Pour faire mieux ? Pour faire encore plus absurde, encore plus délirant!
Coups de gueule et coups de griffes ponctuent ce récit humaniste, impertinent et non-violent, au style littéraire subtil, débridé et permissif, qui vous fera sourire, rire et réfléchir. En tout cas j’espère !
Alors armez-vous d’humour et de tolérance et dévorez ce bouquin de la première à la dernière page, vous ne prendrez pas un gramme ! Enfin peut-être.
Publié le : mercredi 24 février 2016
Lecture(s) : 20
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782955447116
Nombre de pages : 326
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Didier NOEL
TIC-TAC, GLUCOSE & CHLOROPHYLLE
AUTO-EDITION
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou repro-ductions destinées à une utilisation collective. Toute représenta-tion ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque pro-cédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droits ou au ayant cause, est illicite et constitue une con-trefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. » © 2015, Autoédition, droits déposés par Didier NOEL
ISBN 978-2-9554471-0-9
A… Tout le monde
Chapitre 1 Mercredi 6 août Il tombe des cordes sur la capitale. Fluctuat nec mergitur. Paris subit mais ne coule pas. C’est le moment de le prouver !  Comme tout le monde, j’accélère le pas afin de limiter les dé-gâts de la pluie sur mon joli costume marron glacé. C’est peine perdue. Veste et pantalon ont déjà pris cinq tons. Ma chemise blanche n’est plus qu’une seconde peau translucide sur laquelle surfe ma cravate lie de vin. Mes chaussures expulsent un demi-litre d’eau à chaque fois qu’elles rencontrent le sol. Bref c’est l’été !
 J’arrive péniblement « Aux Deux Magots ». Le vent, partie pre-nante des réjouissances, m’aide à ouvrir la porte du café et me propulse vivement à l’intérieur. Un serveur acrobate esquive notre collision et sauve la vie aux trois consommations qui occu-pent son plateau. Je le remercie d’une grimace qui se veut sourire et cherche une table un peu isolée. Je me glisse à l’extrémité de la terrasse vitrée, et couverte est-il besoin de le préciser ?
 Le garçon équilibriste me rejoint après quelques instants pour prendre ma commande.
 « Une eau plate Monsieur ? »
 Je lève la tête. Il sourit à sa vanne. Deux dents manquent à l’appel. Son humour a dû en avoir raison. Nous sommes dans l’antre des lettrés et des pensants, pas forcément bien-pensants mais pensants quand même.  Je décide de donner dans le genre et riche d’une inspiration subite lui rétorque :  « Non un thé chinois. Ici ça va desoie! » comprenne qui connait l’histoire de l’établissement. Visiblement mon camarade de jeu apprécie ma subtilité, mettant sa bouche en rond et dressant un index. Un demi-tour militaire et me voilà seul.
 J’ôte ma veste. J’ai l’impression d’être torse nu. Je décolle ma chemise de ma poitrine afin de limiter l’effet transparence. Je dénoue légèrement ma cravate. J’essuie mon visage à l’aide d’un
mouchoir en papier et redonne un peu d’ordre à mes cheveux. Le gel dont je me suis copieusement équipé ce matin me permet de réussir une remise en place honorable.
 Il est 17H00. Je suis à l’heure. Mon rendez-vous pas. Etonnant ! Mon thé traverse la salle pour m’arriver brûlant.  « Oolang véritable Monsieur ! » clame mon compagnon d’esprit.
 Je le remercie et le gratifie d’une royale inclinaison de la tête. Nouvelle rotation et disparition de l’aboyeur.
 C’est ce moment que choisit la porte pour s’ouvrir violemment, projetant vers l’intérieur de l’estaminet un petit bonhomme ron-douillard. Tel une boule de bowling, il percute la quille que consti-tue mon livreur de boisson, placé pleine piste. Son physique de fildefériste ne résiste pas au choc : Strike ! Il vole avec fracas dans les tables. Son plateau, freesby nouvelles normes, s’envole vers le bar où patientent quelques bouteilles en attente de consomma-teurs. Re-Strike ! Bruit de verre cassé. Cris d’effroi de quelques mamies assises là pour tea-time. Des oh des ah mâles. Tilt ! Si-lence ! Game Over !
 Le personnel se précipite vers les co-accidentés. L’un est relevé péniblement. Une rapide inspection permet de constater qu’il est encore entier. Lui espère ne pas avoir laissé dans l’affaire une nouvelle dent. Le tour de l’appartement assuré d’une langue hési-tante le rassure : tous les meubles sont là.
 L’autre, Monsieur Bowling, se réajuste et tend une main pleine de compassion à la quille, accompagnant celle-ci de milles ex-cuses. Le patron du café se perd en conjectures, comme quoi la pluie bla bla bla, le vent bla bla bla, le sol glissant etc…
 Les tables sont redressées. Le barman balaie et éponge les dé-gâts provoqués par le discobole malgré lui. Quelques secondes plus tard, plus rien n’y parait. Monsieur Rondouillard a mis à profit ces courts instants pour me repérer et me rejoindre.
 « Monsieur NOEL ?  - Oui.
 - Je suis Monsieur KRONOS. Enchanté ! »  Monsieur Catastrophe est mon rendez-vous ! Je l’invite à s’assoir. Il quitte sa veste de costume anthracite, trempée par l’orage aoûtien, pose au sol un cartable noir fatigué et hèle le garçon qui, pas rancunier, accoure tel un sujet obséquieux. Mon interlocuteur regarde avec dédain ma décoction asiatique et opte pour une noisette.
 Monsieur KRONOS a une bouille joviale : des petits yeux de cochon, des pommettes rosies par les intempéries ou un douze degrés du sud-ouest, des lèvres fines et pour couronner le tout, pas grand-chose. La déforestation a frappé de plein fouet son crâne, n’épargnant que les lignes de touches. A chaque soulève-ment de sourcils, son front forme des dizaines de micros sillons : au bas mot un 45 tours.
 Sa chemise bleu pâle, avant passage de l’averse, est surmontée d’un nœud papillon marine qui lui sangle dangereusement la pomme d’Adam. Elle lutte contre la proéminence d’un ventre rompu à des négociations culinaires quotidiennes. Son pantalon enveloppe des pattes courtes mais puissantes. Il porte des souliers vernis noirs qui doivent lui servir de rétroviseurs à braguette, us-tensiles fort utiles, en regard de l’embonpoint du bonhomme.
 J’essaie de le dater. Au carbone 14 il doit afficher 62 printemps et autant pour les autres saisons. Il verse le contenu d’un petit sac de sucre dans son café et y fait tourner une petite cuillère. Mon-sieur KRONOS m’a appelé il y a deux jours.
 - Monsieur NOEL, j’ai eu connaissance de vos activités par des relations professionnelles. Après être allé voir votre site sur inter-net, j’ai mis un peu de temps à me décider à vous appeler. Ma problématique est un peu particulière, comparée à vos prestations d’accompagnement de développement commercial. Mais cela me gêne de vous exposer cela par téléphone. Pouvons-nous nous rencontrer rapidement et en dehors de mes bureaux ? ».
 Rendez-vous fut pris ce mercredi 6 août sans que j’aie pu obte-nir autre chose de mon interlocuteur.
 « Monsieur NOEL, si j’ai tenu à vous rencontrer ici c’est par sou-cis de confidentialité. Ce que je vais vous demander est un peu spécial et je ne souhaite pas que mes collaborateurs soient au
courant de ma démarche. De plus vos interventions peuvent être des sujets de discordes. Or j’ai une excellente ambiance dans mon entreprise, ambiance que je tiens à préserver. D’ailleurs si nous faisons affaire, nous conviendrons d’un modus operandi strict. Sommes-nous d’accord ? ».
 La bonhommie du personnage s’est effacée. Le ton déterminé de la question impose la réponse.
 « Nous sommes d’accord Monsieur KRONOS. Je vous écoute.
 - Je dirige la société SITARD, entreprise familiale créée par mon père après-guerre. Nous fabriquons des montres, des horloges, des pendules, des chronomètres, classiques mais aussi électro-niques, numériques ou à énergie atomique : bref tout ce qui peut mesurer le temps, accroché à votre poignet ou en orbite autour de la planète. Notre savoir-faire est connu et reconnu. Nous four-nissons des réseaux de distribution, des administrations, des in-dustriels, des aéroports, des compagnies ferroviaires, aériennes, l’armée, la recherche. Bref ! Nous sommes le leader mondial sur notre marché. Nous détenons un peu plus de 50% de celui-ci. Quand vous lisez l’heure quelque part, Monsieur NOEL, il y a en gros une chance sur deux pour que cela soit moi qui vous la donne.»
 Sûrement vrai mais quelle prétention ! Le petit homme a perdu de sa cordialité pour enfiler un masque de businessman. Dom-mage ! Son gag d’entrée m’a terriblement plu et je regrette qu’il n’ait pas envie de bisser. Thé obligeant, pour ce qui me concerne ce sera pour bientôt.
 Monsieur KRONOS reprend cette fois sur un ton grave.  « Tout allait plutôt bien jusque-là. Mais il y a quelques se-maines, une société inconnue au bataillon de nos concurrents a fait son apparition. Elle a pris contact avec certains de nos clients afin de leur proposer un système révolutionnaire… »
 Le ton sacral me glace le dos. Aidé il est vrai par l’averse précé-demment reçue. Je suis suspendu à ses lèvres. Papa ménage son effet. Il prend le temps de boire son café à petites lampées. Il lève enfin les yeux vers moi :
 « LA LOCATION DE L’HEURE ! »
 Je crains d’avoir mal compris. LA LOCATION DE L’HEURE ? Je répète dans ma tête. Mes yeux tentent de se désorbiter ! Si si ! Je les retiens difficilement. La location de l’heure ? Il se fout de moi le père KRONOS. Il vient de renfiler son costume de Bozo pour un retour en piste.
 « Vous avez bien dit la location de l’heure Monsieur KRONOS ?
 - Absolument ! Vous avez très bien entendu Monsieur NOEL !...
« LA LOCATION DE L’HEURE ! »
 Un ange a dû passer car le silence a empli notre espace et même plus. L’assemblée présente dans le café parait avoir enten-du. Les conversations ne sont plus qu’un léger bourdonnement. Les voix semblent s’être éteintes pour que les oreilles puissent mieux entendre.
 Monsieur KRONOS a planté ses yeux dans les miens. Il ne lâche pas mon regard pendant quelques secondes : une éternité. Je me demande un instant s’il ne va pas me faire une déclaration. Il n’est pas du tout mon genre. Je vais le décevoir.  C’est finalement moi qui repars au service.  « Comment peut-on louer l’heure ?
 - Nous n’en savons rien. Nos fidèles clients « informateurs » ne nous en ont pas dit plus car ils n’en savent pas plus. Cette société, dénommée SATURNALES FRANCE, leur a promis toutes les explica-tions possibles sous réserve d’un rendez-vous en face à face. Au-cun élément livré autrement que par la visite d’un collaborateur. Certains ont cru en une mauvaise blague et ne donneront pas suite. D’autres, plus curieux ont accordé des rendez-vous, « pour voir » comme ils nous ont dit. Les premières rencontres sont fixées pour début septembre.  - Et vous craigniez qu’ils cèdent aux chants de ces sirènes mo-dernes !  - Non pour l’instant je ne crains rien. J’aimerais savoir de quoi il faut que je me méfie. Je ne sais pas si nous avons affaire à un plai-santin ou à un véritable prédateur.
 - Je suppose que vous avez fait des recherches sur cette société ?
 - Oui mais nous n’avons réussi à savoir que peu de choses. Elle a été récemment immatriculée au registre du commerce. Son diri-geant, Jules Peter SPACE, n’est inscrit nulle part, à aucune autre fonction. Elle s’est implantée à Nogent sur Marne où elle occupe un petit ensemble de bureaux. Nous avons envoyé des collabora-teurs en observation. Les entrées-sorties sont très contrôlées par un service de sécurité volontairement visible et donc dissuasif. Personne ne passera le portail d’entrée par hasard. Il y a, semble-t-il, peu de personnel.
 La seule information significative que nous avons pu glaner, c’est qu’ils sont à la recherche de « Pointures Commerciales ». Ils s’en sont ouverts lors de leur démarchage. Ils prétextent un mar-ché immense, ce qui n’est pas faux, j’en sais quelque chose, et le besoin d’intégrer rapidement des collaborateurs. »
 Je ne dis rien et musarde mentalement.
 C’est l’instant que choisissent deux jeunes femmes pour péné-trer dans notre bureau improvisé. Elles entrainent avec elles un rayon de lumière qui s’invite aux tables, au bar, redonnant à la salle une existence qui semblait l’avoir abandonnée. La pluie a perdu la partie. Les deux arrivantes se posent à deux tables de nous. Elles sont ravissantes. Des Apostrophy vernis noirs de Lou-boutin, deux jupes blanches raisonnablement courtes, un chemi-sier de soie blanche imprimé d’une myriade de petits cœurs rouges, un autre de mousseline semi-transparente noire couverte de roses rouges et or. Une veste de lin rose pâle pour la première, une veste-tailleur sans col blanche pour la seconde. La trentaine toutes les deux. Brunes, l’une les cheveux mi- longs ; l’autre, cou-pés au carré. Un nuage de maquillage sublime leurs visages de ciels, illuminés de soleils marron et vert. Deux sœurs ? Peut-être pas mais d’excellentes amies ? Assurément ! Je les baptise Ombe-line et Léonore. Pourquoi ? Parce que ! Leurs jambes assassines gainées d’un diabolique hâle…Capone si j’osais, se croisent et se décroisent au rythme de leur conversation. Je suis le balai (Du verbe suivre). Ombeline remonte ses cheveux en un chignon ba-nane. Les plus petites mèches encadrent son visage et se perdent dans sa nuque creuse. Léonore sort de son sac à main une revue féminine à la couverture bariolée et barrée de multiples titres accrocheurs. Elle en tourne quelques pages rapidement et pré-
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.