Une terrible beauté est née

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Je ferme la radio crépitante. Je n’arrive pas à accepter la nouvelle qu’elle vient de me crier. Peut-être ai-je mal compris. Peut-être... Je me lève, je sors.

Publié le : samedi 23 février 2013
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Je ferme la radio crépitante. Je n’arrive pas à accepter la nouvelle qu’elle vient de me crier.
Peut-être ai-je mal compris. Peut-être... Je me lève, je sors. Ebloui par la lumière crue, je
ferme les yeux un instant. Suffisamment longtemps pour sentir la chaleur ambiante écraser
tout mon être.

Je rouvre les yeux. Les maisons autour de moi semblent brûler à petit feu, comme pour confirmer ce
que je viens d’entendre. Le bitume renvoie une onde de chaleur étourdissante.

Une goutte de sueur s’échappe de mes cheveux, dévale ma tempe et ma joue à une lenteur céleste. Je
cherche une ombre. Misérable, elle est là, accrochée à une bâtisse lézardée. Trop mince, je pourrai à
peine m’y abriter.

Les rues sont vides. Les habitants se sont-ils enfuis à l’abri de leur cave, sont-ils littéralement cuits
dans la fournaise ?

Je continue à avancer. Des pas lents. Rechercher l’ombre. J’arrive à la gare. Un train rutilant est là, à
quai. Il faut que j’entre dans ce train. Coquille métallique inhumaine. Mais je n’ai pas le choix. La
seule chose qui m’importe encore est au bout du trajet.

Le signal retentit. Je saute à l’intérieur de la rame in extremis. Je me retourne, pantelant. J’aperçois par
la vitre le quai qui s’éloigne. Avec lui, la gare. Avec elle, la ville. Je leur dis adieu, je crois. Bien
qu’après tout, qui peut dire où se tiendront demain et après-demain ? Tout ce que je souhaite, c’est que
tu sois dans ce demain, et dans cet après-demain.

Pendant que les wagons s’ébranlent, que je sens la vitesse se rassembler sous mes pieds, et que la
suggestion d’une brise m’effleure, je pense à toi. Toi, pour qui je me précipite, alors qu’il est trop tard.
Trop tard pour toi. Trop tard pour nous. Trop tard pour le monde.

Oui, il est trop tard... Je le vois à présent dans le lointain, alors que le train poursuit sa fuite inutile. Le
champignon atomique. D’aucuns le trouvent hideux, mais pas moi. Alors que je le contemple, une
phrase échappée d’un poème surgit dans ma mémoire : « une terrible beauté est née… »

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