Barracuda, épisode 1 : La mort des coupables

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Premier épisode du roman-feuilleton "Barracuda".
Un nouvel épisode arrive chaque mardi soir.
Publié le : mardi 26 avril 2016
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BARRACUDA Episode 1/8 : La mort des coupables Les bavards m’énervent. Ils ont beau sourire et agiter les mains, je vois la peur. Ils craignent tant le silence qu’ils sont prêts à n’importe quoi. Si je me tais, ils ne savent plus où se mettre : ils se mouillent les lèvres, regardent partout, inspirent, questionnent, évoquent des banalités… pour empêcher le silence. Il leur faut des mots, des mots, pour ne jamais se sentir jugés. Moi, le calme ne m’a jamais dérangé : il s’agit de mon environnement naturel. Le bruit et les paroles m’empêchent de réfléchir. Les bavards dialoguent pour ne pas comprendre qu’ils sont seuls. Je suis seul, face au monde entier. Aujourd’hui mon nom est Nico Tenn. Je porte un costard, premier bouton de chemise défait, je ne supporte pas d’avoir le cou entravé. Mes chaussures me serrent mais je les fais claquer contre le parquet du hall.  Je viens de passer les portiques de sécurité, me voilà dans le Q.G. d’Interpol. Je vis à Lyon depuis toujours mais n’étais jamais entré ici. C’est grand, moderne ; on exhibe le sérieux de rigueur. Ici, on coordonne les polices « pour un monde plus sûr ». Des centaines de gens ont leur dossier dans les ordinateurs de ce centre et pourront être identifiés où qu’ils aillent.
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Après le hall l’ascenseur, le couloir puis enfin j’entre dans le bureau, où une voix chaleureuse m’accueille :Ah, bonjour ! Je vous attendais. Asseyez-vous, je vous en prie.  Berk. Cet homme doit peser une tonne. Son visage rond m’évoque un nounours ou un bonhomme de neige. Lorsqu’il tend la main, il penche la paume vers le haut. En s’asseyant, il étire son dos, jette un regard furtif à l’horloge, se mouille les lèvres puis me regarde de nouveau. Avant d’ouvrir la bouche, je connais tout de lui. Soixante-trois ans, père de famille, cheveux trop bruns pour être honnête. Vieilles photos d’enfants sur le bureau, sa femme l’a quitté. Un homme seul, dont le travail est le seul refuge, qui me regarde avec un faux sourire en disant : Alors, c’est le grand jour pour moi, n’est-ce pas ? Votre dossier est-il prêt ? …Bien sûr, le voilà. Mon efficacité surprend toujours les bavards, je ne m’embarrasse pas de paroles inutiles. Je m’assois pour ouvrir le dossier et l’examiner. Tout y est, il a dû vérifier trente fois. Pas de temps à perdre, je sors une feuille de ma serviette et lui tend mon stylo : Signez.
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Très bien.  Sa main tremble un peu. Trente-cinq ans comme commissaire-inspecteur, il a du mal à se résigner. Mais aujourd’hui, il quitte Interpol. Après avoir rangé feuille et dossier, je me redresse : Une question. Bien sûr ? Parlez-moi d’Helena Caleb.Ah oui ! C’est safille qui va me succéder n’est-ce pas ? La vie a le sens de l’humour, décidément ! Si vous saviez tous les parents de personnes que je connais qui…Comment l’avez-vous assassinée ? Qui ?  Il a répondu trop vite, et la peur se lit dans ses mouvementsd’yeux. J’articule :Comment avez-vous assassiné Helena Caleb ? Je ne l’ai pas tuée. J’enquêtais sur elle lorsqu’elle est morte. Nous la soupçonnions…Je sais. Alors, comment ? Mais…La situation devenait grave, Helena s’apprêtait à renverser simultanément la Maison blanche, le Kremlin, l’Elysée... il fallait l’en empêcher, vous l’avez tuée. Vous êtes ridicule, je n’ai rien à voir avec sa mort ! Pourquoi ces questions ? C’est un interrogatoire ?Oui.
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 Il ne réplique pas tout de suite. Je connais par cœur cette expression. Ces yeux écarquillés, cette mâchoire tombante, ce sursaut des mains. La tête que les bavards font lorsqu’on pointe une arme sur eux. Le gros a les yeux rivés sur le pistolet. Qu’est-ce que… ?Il y a quatorze ans, vous avez éliminé Helena Caleb sans consulter vos supérieurs. Qui êtes-vous ? Toujours cette question. J’arme le chien.Répondez. Je ne l’ai pas tuée, j’ai payé quelqu’un.Qui ? Un tueur. Qui ?  Sa voix se bloque. Le gros visage est brillant de sueur. Il me dégoute, j’approche l’arme :Qui ? Barracuda !  Bien, nous y arrivons. Je remets le pistolet dans ma poche. Qui est-ce ? Un tueur à gage. On peut le contacter sur Internet. Contre des sommes gigantesques, il tue n’importe qui dans un délai d’une semaine. Personne n’a réussi à l’identifier, nous le traquons depuis une trentaine d’années. C’est une ombre, qui tue et disparait.Et vous lui avez demandé de l’aide.
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Oui. Je venais d’intercepter des fonds illégaux. Je lui ai tout envoyé pour qu’il l’élimine, elle et ses complices…Tous les membres du complot ? Oui. Il l’a fait. Les branches américaines, françaises et russes sont tombées l’une après l’autre. Après une semaine, il ne restait rien du complot.  Il regarde droit devant lui, parler le soulage. J’approche pour la question importante :Et vous n’avez confié la vérité à personne ?Non, j’ai enterré cette histoire. Et aujourd’hui, la fille d’Helena va reprendre mon poste. Elle s’appelle Pallas, Pallas Caleb. Elle ignore la vérité et réparera sûrement mes fautes. Un jour, elle arrêtera peut-être Barracuda. Cet homme est content de lui… je sers les dents pour ne pas m’énerver, la rage trouble les réflexions. Je le rassure d’un sourire :Merci d’avoir dit la vérité. Personne ne saura. Qui êtes-vous ? Je m’appelle Nico Tenn, je travaille à Interpol comme vous. J’ai étudié votre dossier et déduis que vous l’aviez éliminée.Je n’ai tué personne !Si. Vous avez les mains tâchées de sang. Barracudaest un outil, il n’agit que si on le lui demande. Dans cette affaire, vous êtes seul responsable. Je m’en veux, vous savez…
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Oui, je sais, je vois. Il n’a pas l’âme d’un tueur, il a un code moral, qui lui interdit d’imaginer porter atteinte à la vie des autres. Et pourtant il sait avoir provoqué l’assassinat de dizaines d’individu et ne peut en parler à personne. Il souffre, culpabilité mêlée de peur que cela se sache. Son seul crime le rend malade. Je sors mon pistolet : La Justice arrive toujours. Fermez les yeux, vous n’aurez plus de remords.Il n’a plus peur. Il me regarde et obéit puis demande encore : Qui êtes-vous ? Voulez-vous vraiment savoir ? S’il vous plait.Je ne peux m’empêcher de sourire, vieil homme naïf… J’arme mon pistolet,me penche et chuchote à son oreille. Réaction immédiate : il ouvre les yeux, me dévisage et veut se lever. Trop tard. Il baisse les yeux avec lenteur : une tache salit son beau costume. Une giclée jaillit d’entre ses lèvres. Yeux exorbités, il a un regard d’effroi puis s’affale sur son bureau. Mon pistolet est différent, aucune pièce en métal, balles en alliage de plastique, silencieux. Cette arme passe tous les contrôles. Un ami du F.B.I. m’a donné ce prototype unique au monde. Pour conserverl’exclusivité je l’ai tué et ai détruit les plans. Un autre ami, en Guinée, fabrique les balles. Il ignore tout de moi, mais sait que la
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police locale me soutient. S’il parle, il finira aux travaux forcés. Mais pourquoi parler ? Je le fais vivre. J’ai accès à des comptes sécurisés au sein de banques du monde entier. J’observe un instant le corps sur le bureau en repensant à ce qu’il a raconté.Barracuda… un tueur à gage… personne n’a réussi à l’identifier… une ombre qui tue… Portrait sinistre. Difficile de croire que ce vieil homme ait pu s’allier avec le plus redoutable tueur du monde. Mais pas le temps de penser à cela, il faut terminer la mission. Je fouille le cadavre pour trouver les clés, prends ma serviette, sort et verrouille la porte. Un coup d’œil à ma montre… J’ai du retard. Je marche vite. Les gens ont des regards curieux. Dans un quart d’heure on ira le chercher pour sa cérémonie de départ. D’ici là, je dois être loin. Ascenseur, entrée, parking, nous y voilà. Je claque la portière, met ma ceinture et démarre. En chemin, il faudra que je m’arrête au bord du Rhône. Dans le coffre, il y a un homme tué ce matin alors qu’il attendait son bus. Je suis arrivé en voiture à son niveau, il n’a pas eu le temps de réagir. Nico Tenn, il me fallait son identité.  La mort est un produit, tuer un service. La mort est mon business.  Je suis Barracuda. Un roman-feuilleton de Nahel D.P.
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Les commentaires (2)
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Olbeil

et dire qu il va falloir attendre une semaine grrrrrrrrrrrr

mardi 26 avril 2016 - 19:29
DUCREUX1

Bravo pour ce 1er roman feuilleton. J'attend la suite avec impatience

mardi 26 avril 2016 - 17:12