Barracuda épisode 6 : la mort des esclaves

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Sixième épisode du roman-feuilleton "Barracuda".
Un nouvel épisode arrive tous les mardis soir.
Publié le : mardi 31 mai 2016
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Episode 6/8 : La mort des esclaves Mon crâne semble coincé dans un étau. J’émerge, au prix d’efforts réels. Murs blancs, néons qui m’aveuglent. Cage thoracique et abdomen font mal au moindre mouvement. On m’a mis des bandages. Un hôpital? J’ai sommeil ma tête va éclater. Où suis-je ? Je me souviens d’Hector qui me torturait… Maman! Il l’a droguée puis a commencé à l’immoler. Il regrettera de l’avoir touchée, il payera, des jours durant ilcriera sa douleur, ce sadique, ce dégénéré. Ah… Je le hais. Je revois son visage, ses lunettes, sa main sur ma joue. Lui tout près, moi mains liées, sans pouvoir me jeter sur lui, condamné à l’écouter et le voir la torturer. Ah, je le hais. Je n’avais jamais éprouvé sentiments si violents. Un instant. L’immolation a été interrompue, il a versé un seau sur les flammes. Oui, elle a pu s’en sortir. Il faut que je sache… Mais si j’appelle qui viendra? J’ai dû tomber aux mains d’Interpol. Impossible de me lever, ma poitrine me faittrop souffrir, je m’évanouirai.
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 La police a sans doute interrompu Hector. Il est vivant c’est sûr, sauf s’ils l’ont abattu. Pourvu que non. Je veux l’avoir pour lui faire endurer les tortures les plus atroces. Oui il ne doit pas mourir d’une balle, trop facile, je veux le tuer, moi ! Ah! Je le hais… Mon torse dégage une telle douleur, je me tords. Il occupe mes pensées. Le voir, près de moi, planter un couteau dans son sourire arrogant, lire la panique dans ses grands yeux. Dans un
bain de sang, laver son corps de cette maudite assurance, de sa douceur dont je ne veux pas. Il faudra demander à Diane, elle m’a déjà aidé à le trouver… Mais non voyons, Diane a été abattue par un sniper, sous la pluie. Pourquoi déjà ? Je ne sais plus. Si : il s’est débarrassé d’elle… Lui, le cerveau. Le Maître, comme ils l’appellent tous. Hector travaille pour lui. Je vais sombrer. Hector m’a parlé du Maître et a dit qu’il était venu alors qu’il était prisonnier d’Interpol. Quelles autres informations ai-je ? Il y en a une autre. Ma tête va exploser… Ah! Le Maître est une femme. Diane en était amoureuse. Bien un nom de code de lesbienne, quand j’y pense… Ma tête…
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 La porte me réveille. C’est lui. Je souffre, je ne peux faire un geste dans sa direction. Il porte son smoking impeccable et ses lunettes à montures blanches. Il ne sourit pas et s’assoit à mon chevet. Mon cou fait mal quand je tourne la tête. Il est là ! Je tente un coup de poing arrêté par une fulgurante douleur. Ces yeux ont à peine cillés. Repose-toi, Martial. Le Maître va arriver. Je vous h…Repose-toi. D’un doigt entre les bandages il me paralyse, bouche ouverte pour aspirer l’air qui m’échappe. Sa voix est plus calme que jamais. Elle a dit qu’elle allait te parler de choses importantes, il faut que tu écoutes bien, Martial. Alors voilà: si je sens que tu n’es pas attentif tu souffriras comme tu souffres maintenant. Compris ? Compris ! Mon cri l’a fait sursauter, il retire sa main, je me détends. Il regarde mon épaule pour expliquer : Le Maître n’est pas comme nous, tu sais. Toi et moi ne sommes que des tueurs, des outils pour les
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esprits plus grands. Et le Maître est le plus grand esprit que tu rencontreras de ta vie. Elle est…Je cesse de suivre l’éloge pour me concentrer, cherchant un indice sur cette femme. Il y a un détail, je le sens, à la limite de mon esprit. Ma tête bascule dans l’oreiller, je vais m’évanouir… Je sais: Diane m’a demandé de raconter l’assassinat de HelenaCALEB. Le Maître s’intéresse à cela…alors…La porte s’ouvre, Hector se lève et entre le Maître. Elle porte un tailleur qui fait ressortir son corps maigre et les mèches rouges dans ses cheveux noirs. Pallas CALEB, fille de Helena CALEB et nouvelle commissaire-inspectrice à Interpol. Elle vient au pied du lit et me regarde avant de commencer : Bonjour Barracuda. J’espère que vous vous souvenez de moi. Je me nomme Pallas CALEB. Hier, nous nous sommes rencontrés au commissariat. J’ai transcrit votre témoignage sur le décès de votre père. Nous avons un peu conversé et je vous ai montré d’anciennes photographies d’Hector datant de son arrestation à Interpol.
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Je tourne la tête et sursaute. Il se tord et s’incline, yeux écarquillés, tremblant à l’énonciation de son nom. Elle sourit : Hector ? Maître ?  Sa voix tremble, il n’arrête pas de déglutir. Incroyable. Comment a-t-elle pu à ce point le traumatiser ? Il avance vers elle, échine tordue. Ridicule. Elle joue du bout des doigts avec les cheveux d’Hector en lui demandant : L’as-tu instruit, concernant la nouvelle ? Quelle nouvelle ? Ce que j’ai fait de son point faible.Ah. Non, je n’airien dit. Il ne sait pas encore, ou bien il a deviné. Annonce-lui, Hector. Je compte sur Parfait. toi : tâche de ménager le suspense. Oui. Bon, Martial, faut que je te dise un truc.  Tout son charisme fond sous le regard de cette femme. Il n’est plus qu’un enfant brisé, soumis, et surtout minable. Il reprend un peu d’assurance en parlant:
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Tu te rappelles ce que je t’ai dit, sur le point faible de toute personne ? On dépend toujours de quelqu’un, pour qui on est prêt à tout. Ton point faible, Martial, c’était ta mère. Tu te sacrifierais pour la sauver. Mais le Maître a décidé de te libérer. Vous… l’avez tuée? moi, non, att Pas ends, je vais t’expliquer. Toute la nuit elle a souffert de ses brulures mais ce matin le Maître est allé la voir et lui a fait une injection mortelle. Voilà. Ta mère est morte Martial, plus rien ne t’empêche d’être libre. Vous voilà le monstre que vous avez toujours souhaité devenir, murmure Pallas. Ta mère est morte. Qu’est-ce qui m’arrive? Un sursaut dans la poitrine, des sanglots dans la gorge, une envie d’hurler. Mes yeux se plissent pour laisser couler les larmes. Maman… Maman! Où es-tu, qu’est-ce qu’ils t’ont fait? Que t’ai-je fait ? Tu étais innocente, attentionnée, tu voulais élever un gentil garçon, quelqu’un de bien, pas ce fou malade ! Pardon, pardon, je pleure. Maman, maman.
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Je ne voulais pas qu’ils te tuent, je ne voulais pas. Je ne voulais pas devenir ce monstre. ? Cela faisait Pourquoi geindre, Barracuda longtemps que vous l’aviez délaissée. Pourquoi gémissez-vous ? C’était ma mère. Je l’aimais. Je n’ai jamais été… digne, je l’ai déçue. Elle n’aurait jamais dû mourir, par ma faute !  Nouvel élan de larmes. Je couvre mon visage, ma bouche grimace. Cette eau salée trouble ma vue, je ne veux plus les voir. Qu’ils me tuent! Je suis minable.  Je ne sais plus depuis combien de temps je me lamente. J’ai faim et mal mais le pire est de penser à elle. Après le départ de mon père elle s’est occupée de moi chaque jour. A l’école, au collège, au lycée, j’étais si timide, je ne pouvais avoir d’amis. Mais elle veillait sur moi, s’inquiétait, m’encourageait à contenir ma colère, à être le bon élève que je pouvais être en me soumettant à leurs exercices. En grandissant je me suis écarté, je la trouvais… faible. Elle ne voulait pas que je fasse l’armée, plutôt que je suive des cours de yoga ou des séances de
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psychanalyse pour lutter contre cette rage qui pourrissait ma tête. Je n’ai pas écouté, je voulais tuer, tuer sans voir ce que je faisais, cette violence que je provoquais contre moi et contre elle. Quand j’ai tué HelenaCaleb, sa fille a ressenti cette douleur et a décidé de me faire payer, j’ai compris.  Les revoilà. Pallas, et Hector qui regarde le sol. Elle sourit, son visage montre la sérénité absolue. Vous paraissez en meilleure Re-bonjour. forme. J’aurais préféré temporiser cette discussion, pour que vous ayez fait votre deuil avant que nous conversions une seconde fois mais le temps fuit. Arrêtez de bavarder. Ma voix est grave… Pallas sourit un peu plus:  Vous avez raison, venons-en aux faits. Je désire que vous m’obéissiez. À partir de ce jour jusqu’à votre disparition. Non.  Elle secoue la tête sans se départir de son sourire : ce cas en principe je devrais changer de Dans méthode mais je juge qu’il n’est pas nécessaire d’en arriver là avec vous. Vous n’avez aucune raison de ne pas
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œuvrer pour moi. Je vous permettrai d’assouvir vos pulsions et vous entretiendrai. J’ai dit non.Pourquoi, si vous permettez la demande ? Mes oreilles sont bouchées, j’entends ma voix résonner : Je suis Barracuda. Je n’ai pas de maître, je n’obéis à personne. Au contraire. Vous obéissez à tout le monde. Vous auriez executé votre mère de vos mains si on vous avait payé. Silence. Je voudrais qu’elle sorte maintenant. Des sanglots reviennent. Maman est morte. Pallas à mon chevet murmure : Contentez-vous de dire oui…Je…Prêtez-vous serment de me reconnaitre comme Maître? et de m’obéir ?Oui. Ma tête pèse si lourd… Des doigts froids se posent sur mes yeux :
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A partir de ce jour, tu t’appelleras Hercule et je serais ton Maître. Je te protègerai et te montrerai la voie.  Je soupire. Je me sens mieux. Je ne veux plus réfléchir, juste qu’on me prenne la main, qu’on me désigne le chemin. Je tourne la tête et enfonce ma joue dans l’oreiller. La voix de la belle se fait entendre: Hector, tu m’as loyalement servi, je t’en remercie. Aujourd’hui je n’ai plus besoin de tes services. Tu peux disparaitre. Oui. Au revoir Maître. J’ouvre les yeux juste à temps pour le voir se tirer dans le crâne.
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