Barracuda épisode 7 : la mort des fous

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Septième épisode du roman feuilleton Barracuda.
Un nouvel épisode arrive chaque mardi.
Publié le : mardi 7 juin 2016
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Episode 7/8 : La mort des fous Un peu de thé, Hercule ? …merci Maître. Je vais mieux. Maintenant, je ne souffre plus, assis sur ce fauteuil de cuir rouge. Pallas manipule une théière avec délicatesse et me tend une tasse en souriant. Elle est gentille. Je trempe les lèvres dans le liquide
bouillant, il fait du bien à ma gorge. Elle s’installe au fond de son siège et contemple la fenêtre. Nous voyons les toits de Lyon et, au centre, les tours de la Part-Dieu. Elle boit et avale en clignant des yeux avant de murmurer : Un rapport de l’hôpital vient de me parvenir. Hector est décédé sur le coup, la balle a provoqué une hémorragie immédiate.  Après une autre gorgée elle tourne la tête : Quel effet te fait cette nouvelle ? Rien de particulier. Ça devrait ?
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 Non, tranquillise-toi Hercule. Tu n’as jamais eu de relation avec lui, tun’as aucune raison d’être atteint par son décès.  Silence paisible. Je suis fasciné par ses mèches rouges, sa peau blanche. Bien. Je vais t’exposer la situation pour que tu me secondes efficacement. J’écoute.J’occupe un haut statut au sein d’Interpol qui me permet de châtier les malfaiteurs. Je dispose par ailleurs d’un très diligent réseau de tueurs pour assainir ceux qui m’échappent par les biais légaux. Je comprends et j’admire. Cette femme a un idéal, c’est une justicière. Hector avait raison: ces gens-là sont plus que ce que je ne serai jamais. monde est quasiment parfait, Hercule, Notre nous sommes sur le point d’aboutir à la société idéale. Mais personne ne se préoccupe du dernier pas, le plus incommode. … Je ne comprends pas. Elle plonge ses yeux noirs dans les miens et parle d’un ton sec:
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 Ce monde est pourri, gangrené. Il doit être épuré des éléments nuisibles pour trouver son équilibre. C’est dans cet esprit que ma mère voulait abattre tous les pouvoirs. Il faut instaurer une gouvernance mondiale unique. Un Etat suprême qui réquisitionnera toutes les richesses et organisera leur exploitation de façon raisonnée et durable. Le Maître s’interrompt pour boire en admirant la vue puis soupire et reprend : A vrai dire ma mère n’avait pas le même projet que le mien. Le sien se bornait à un pouvoir mondial pour coordonner la marche d’une société dans laquelle tous les hommes et femmes seraient égaux. Elle prophétisait que si tous les humains étaient comblés la criminalité disparaitrait. Elle croyait en la bonté fondamentale de l’humain. Moi pas.Vous avez raison. Merci Hercule. Tu comprends j’estime qu’au contraire il existe des éléments négatifs qui ne font que semer brutalité et perturbation. Ceux-là doivent être écartés, il n’y a rien à attendre d’eux. Pour concevoir une
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nouvelle société, il faut se débarrasser de ceux qui entretiennent l’ancienne.Comme elle parle bien… Je n’avais jamais été confronté à tant d’intelligence. Son projet est merveilleux. Le regard plongé dans la contemplation de l’autre côté de la fenêtre, Pallas murmure: Ma mère était fascinée par l’influence que l’on peut avoir sur les humains, et l’idée que l’on peut les changer. Elle pensait pouvoir faire ressurgir le bien enfoui en chaque être, même les plus hideux. Elle l’a fait?  Non. Pour démontrer sa théorie elle est allée chercher l’un des pires criminels de notre époque. Un individu sans loi, ni éthique, ni projet, qui exterminait sans véritable raison si ce n’est l’argent. Un tueur à gage indépendant, tuant pour l’un et l’autre.Moi.  Soudain le Maître me regarde en fronçant les sourcils : Mais non, Hercule, pas toi bien sûr. L’homme dont je te parle a été détruit, il n’existe plus.Ah bon.
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A l’époque on l’appelait Barracuda.Je suis Barracuda ! Non Hercule, non. Quelqu’un a pris mon crâne à deux mains et le presse comme un étau. Je hurle. J’entends sa voix calme qui murmure : Barracuda a été détruit, il n’existe plus, nulle part. Tu n’es pas ce monstre, tu es Herculeet je suis ton Maître. Oui ! Oui ! Mais l’étau ne se desserre pas! Mon crâne va céder. Dans un éclair, j’entrevois une femme crucifiée qui brule et me regarde. Je l’ai tuée. Pour chasser le cauchemar je secoue la tête. Les mains ont disparus.  Je suis Hercule, je suis Hercule. J’ouvre les yeux et essuie mes joues mouillées de larmes. Le Maître m’adresse un sourire et tend une tasse de thé que je prends en jetant un regard derrière. Personne.  Nous sommes seuls, Hercule. Mais désires-tu que je te désigne autrement ? Non, Maître.
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 Bien. Je reprends: ma mère avait l’intention de convertir Barracuda en homme bien. La première étape de ce projet fou était de ressusciter l’humanité en lui. Pour cela, elle s’est présentée assise et désarmée. Elle était convaincu qu’ainsi il l’écouterait. Erreur. Il a tiré dans le dos à bout portant …Je revois tout ça, il me semble que c’est d’un autre qu’elle parle. J’ai mal à la tête, comme si j’avais sommeil. Le Maître parle sans me regarder : Ma mère n’avait pas les pieds sur Terre, elle prenait les hommes pour des anges. Je n’ai pas fait la même faute, moi, pour renverser le mal, j’use du mal. Pour qu’un homme cesse de tuer son prochain, il faut qu’il souffre, énormément. Qu’il pleure et implore pour qu’on luirende la sérénité. Et alors seulement on lui proposera de se ranger, de se soumettre aux lois. Lois qui prendront la forme du commandement suprême et absolu d’un individu, le Maître. S’il n’a pas consenti à accepter les règles en écoutant sa conscience, qu’il les accepte en écoutant ses tripes! Et bien sûr je n’allais avoir qu’un essai sur Barracuda. J’ai donc testé ma méthode.Hector.
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as saisi. On ne le nommait pas ainsi à Tu l’époque. Il te ressemblait, il avait la même tournure réservée et curieuse. Mon petit frère. Quoi ? Oui. Il avait cinq ans à la mort de sa mèreBien sûr. J’entrevois le tableau soudain: Helena a eu deux enfants, Hector et Pallas. Cette dernière, avide de vengeance, a repris le projet de me changer. Et a réussi. Quoique. Alors qu’elle boit son thé je la regarde. Et je me souviens. En deux jours, elle a tué mes deux parents, son propre frère et Diane, qui la servait pourtant fidèlement.
Elle tue comme elle respire. Plus je l’observe plus je comprends. Elle est mon égal, mon reflet, elle mérite mon respect. Mais je ne veux pas de son autorité. Bizarre, il y a cinq minutes je l’adulais mais là… Une sonnerie de porte. voilà. Veux-tu bien te retirer, Hercule ? Le C’est un visiteur primordial. Patiente dans la salle en face. …Oui.Hercule ? Oui Maître.
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Je marche jusqu’à la porte. Derrière, un couloir. Je vais dans la pièce suivante et ferme la porte. J’entends quelqu’un remonter le couloir et entrer dans la salle où est restée Pallas. Bruit de la porte qu’on referme. Je sors et y colle mon oreille. Une voix grave :  Mais que veux-tu faire de plus ? Il a payé. C’est fini maintenant.Non. Je ne fais que débuter. J’ai contacté des complices éventuels. Je vais constituer… Non. Stop. Tu as fait tout ce que tu avais à faire. Je connais cette voix, l’individu semble très malade et part dans une quinte de toux. Je le connais, mais d’où? Qui est-il pour lui parler ainsi? D’où tire-t-il cette autorité ? Pallas proteste : Qu’est-ce que tu racontes ? Je vais reprendre la conjuration et…Non, non. Je ne veux plus de crimes. C’est fini. Maintenant va reprendre ton travail à Interpol. Oublie ces horreurs, tu en as assez faites.
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Qu’est-ce que tu racontes ? Le succès est imminent, je ne peux pas m’arrêter! Je dois instaurer un ordre mondial ! non Pallas, ! Je t’ai observé. Tu deviens comme lui, tu aimes tuer. C’est faux! Mais si, tu y as pris goût. Admet-le, tu as finit par prendre plaisir à contrôler les autres, à pourvoir les tuer. Comme ton frère. Non ! Hector était névrosé, je suis lucide ! Pallas crie. J’entends son fauteuil rejeté en arrière lorsqu’elle se lève.Tu n’as pas le droit de me parler comme ça. Tu n’as jamais saisi ce que désirai Maman. Moi je discerne l’avenir, l’avenir de notre espèce, alors ne me parle pas comme ça! Plus jamais tu m’entends? Pallas, non ! J’entre et me fige. Elle a attrapé la cravate de l’homme et l’étrangle en criant alors qu’il se débat: Je ne suis pas névrosée Papa ! Je suis lucide, je tue quand je dois le faire! Ce n’est pas de la folie, j’ai conscience de mes responsabilités ! Alors ne me traite
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pas comme une forcenée ! Parce que je vais parfaitement bien !  BABABAM !  Tout à coup elle se tait. Silence. Elle lâche la cravate, l’homme fait un bon etfort. Elle baisse respire les yeux sur son ventre taché, puis relève la tête et se jette sur lui avec un cri de rage : Tu m’as abattue! Tu es malade! Tu m’as tuée ! Meurt !  Il se lève et recule, ce qui la fait tomber sur le tapis. Sans réfléchir je cours au chevet de la mourante et lui tien la tête : Maître ! Hercule Je vois ses pupilles noires entourées de gris et de rouge. Sa bouche déformée par un rictus. Tue-le. Il nous a trahit…La douleur la fait gémir. Elle n’avait jamais dû prendre un coup, cette balle lui fait souffrir le martyre. C’est fini. Je détourne les yeux et lui brise la nuque. Le corps s’affaisse comme un pantin. Je me lève, mes mains tremblent. Je ne sais plus qui je suis. Je ne veux pas
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