Dans l'oeil du léopard

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Les séides du maréchal Mobutu Sese Seko placèrent la chambre occupée par maître Patrick de Lavigerie, l’avocat porté disparu que le détective devait retrouver, sous très haute surveillance. Les instructions furent données au directeur de l’hôtel Intercontinental de signaler la présence de tout ressortissant français qui y descendrait à l’avenir. Le responsable du complexe hôtelier perdrait son emploi, voire sa vie, au cas où il ne se conformerait pas aux directives et aux exigences d’agents des services de renseignements. Le détective était, dorénavant, dans l’œil du léopard.
Au Zaïre du maréchal Mobutu Sese Seko, surnommé le grand léopard, on ne badinait pas du tout avec ce qui touchait à la présidence de la République. Tout le monde, y compris les politiciens, était sous la botte de la Division spéciale présidentielle, de l’Agence nationale de documentation et du Centre national de recherches et d’investigations.
Publié le : lundi 27 avril 2015
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EAN13 : 9791091580038
Nombre de pages : 268
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- Ma vision pour le Congo-Kinshasa et la région des Grands Lacs, Éditions de l’Harmattan – Paris 2013 – ISBN : 978-2-343-02079-2 – EAN Ebook format Pdf : 9782336330327 ;

- Congo-Kinshasa : le degré zéro de la politique, Éditions de L’Harmattan – Paris, avril 2012 – ISBN : 978-2-296-96162-3 – ISBN13 Ebook format Pdf : 978-2-296-48764-2 ;

- La vie parisienne d’un Négropolitain – L’Atelier de l’Égrégore, collection Roman – Paris, 2012 – ISBN : 979-10-91580-06-9 ;

- Mitterrand l’Africain ? – L’Atelier de l’Égrégore, collection Arbre à Palabre – Paris, 2012 – ISBN : 979-10-91580-02-1 ;

- Drosera capensis – L’Atelier de l’Égrégore, collection Roman – Paris, 2005 – ISBN : 979-10-91580-01-4 ;

- Le demandeur d’asile – L’Atelier de l’Égrégore, collection Document/Réalité – Paris, 2012 – ISBN : 979-10-91580-00-7 ;

- La République Démocratique du Congo, un combat pour la survie – Éditions de l’Harmattan – mars 2011 – ISBN : 978-2-296-13725-7 – ISBN Ebook format Pdf : 978-2-296-45021-9 ;

- Socialisme : un combat permanent – Tome I – Naissance et réalités du socialisme – L’Atelier de l’Égrégore, collection Arbre à Palabre – Paris, 2008 – ISBN : 978-2-916335-04-9 (coécrit avec Jacques Laudet) ;

- Un nouvel élan socialiste, Éditions de L’Harmattan, collections Question contemporaine, Paris, mai 2005 – ISBN : 2-7475-8050-4 – ISBN Ebook format Pdf : 978-2-296-39177-2.

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ISBN : 979-10-91580-03-8 – EAN : 9791091580038

© L’Atelier de l’Égrégore, avril 2015

Courriel : atelieregregore@gmail.com

« Les dictatures fomentent l’oppression, la servilité et la cruauté ; mais le plus abominable est qu’elles fomentent l’idiotie. »

Jorge Luis Borges

« Toute destinée, si longue et si compliquée soit-elle, compte en réalité un seul moment : celui où l’homme sait une fois pour toutes qui il est. »

Jorge Luis Borges

In Suere

Aux Congolais de l’étranger, notamment ceux de France, de Suisse et de Belgique.

À tous les Galois, de l’intérieur comme de la diaspora.

À Gilbert Nsakala Nonso, Malko Linge pour les intimes, et à mes autres amis de jeunesse, en souvenir de la passion commune pour les romans policiers.

CHAPITRE PREMIER

République française, printemps 1987. De retour à Paris en fin de matinée, en provenance de la rocailleuse princi­pauté de Monaco, Cicéron Boku Ngoi fit directement un saut au Ndanda Holding Investigation. NHI, en sigle. Il s’agissait d’un cabinet spécialisé en toutes sortes d’enquêtes, lequel était situé dans un immeuble cossu de la prestigieuse avenue des Champs-Élysées. Considérée par les Parisiens comme la plus belle artère du monde, celle-ci s’étend de la place de la Concorde – où se dresse l’Obélisque – à la place Charles-de-Gaulle, c’est-à-dire l’ancienne place de l’Étoile où trône gauloisement l’arc de Triomphe, dans le huitième arrondissement. Cette avenue est également, chauvinisme parisien mis à part, l’un des principaux lieux touristiques de la capitale française. En tout cas, au-delà de sa situation dans la partie supérieure de l’avenue des Champs-Élysées, à l’Ouest du rond-point où se trouvent de nombreuses boutiques de luxe et des lieux de spectacle – comme des cinémas, notamment les UGC Normandie et George-V, le musée Baccarat, le théâtre des Champs-Élysées, la salle Playel, le Lido, de célèbres cafés et restaurants tels que le Fouquet’s, l’emplacement du NHI consolidait davantage sa notoriété sans conteste connue de personnes qui s’intéressaient surtout à l’espionnage, au contre-espionnage et à l’intelligence économique.

La secrétaire, Emmanuelle Renaudat de Mazargues, était une charmante blonde de taille moyenne et aux yeux bleu clair. La jeune fille d’excellente famille mit le détective au courant du coup de fil de l’ambassadeur de la République du Zaïre en France.

– Quand a-t-il téléphoné ? demanda, dans un français très châtié, le richissime zaïrois qui résidait à Paris depuis sa tendre jeunesse.

– Il y a à peu près trois heures. Mais je n’ai pas pu vous joindre au téléphone, tellement vous étiez occupé.

– Est-ce un reproche ?

– Pas du tout.

– J’étais dans l’avion. Que voulait-il, au juste ?

– Il n’a rien dit de particulier, en dehors du fait qu’il vous attendait dans leurs locaux dans le huitième arrondissement de Paris.

– Au cours Albert Ier ?

– Effectivement. On dirait qu’il était très inquiet, poursuivit mademoiselle Renaudat de Mazargues. Il m’a semblé que cet homme était confronté à de graves ennuis. Enfin, ce n’était qu’une impression.

– Vous êtes trop encline à la conception freudienne des rapports humains.

– Je me suis contentée de donner un avis, qui plus est personnelle.

– Je n’en disconviens pas.

– C’est si banal que ça.

– Mais au-delà de votre vision livresque ou psychique, pour ne pas dire psychiatrique, de quel indice disposez-vous pour pouvoir tirer une pareille conclusion ?

– Sa façon de s’exprimer.

– À savoir ?

– Sa voix manquait d’assurance.

– Si vous dites la vérité…

– Parce que vous ne me croyez pas, réagit la secrétaire dont l’agacement commençait à poindre.

– Dans ce cas, lâcha ironiquement le détective, je suis contraint de lui téléphoner afin d’éviter d’être traduit en justice pour non-assistance à personne en danger.

– N’exagérons quand même pas.

***

Cicéron Boku Ngoi se présenta, deux heures plus tard, dans les locaux sis cours Albert Ier dans le huitième arrondissement, dans le prolongement du cours de la Reine. Celui-ci constituait un démembrement, remontant à une délibération municipale du 14 juillet 1918 par laquelle cette voie reçut le nom du roi des Belges Albert Ier. Créée en 1618 par Marie de Médicis sur d’anciennes cultures de maraîchers, cette voie à la mode sous la Fronde, laquelle servait de promenade, reliait les Tuileries à une demi-lune remplacée de nos jours par la place de la Reine Astrid – en mémoire à la bru d’Albert Ier – au début de l’avenue Montaigne. Cette demi-lune, tout comme le rond-point qui se trouvait à l’emplacement de l’actuelle place du Canada, permettait aux voitures de faire demi-tour. La promenade était entourée de fossés creusés aux frais du maréchal de Bassompierre(1), qui possédait une maison de campagne à Chaillot. La voie fut replantée au XVIIIe siècle par le duc d’Antin(2).

Devant l’immeuble du cours Albert Ier, voisin de la représentation diplomatique du Brésil à Paris, s’affichaient majestueusement les armoiries de la République du Zaïre : une tête de léopard montrant les crocs. Celle-ci était entourée d’autres symboles : une lance, une pierre précieuse et un rameau. À l’entrée principale, deux types aux crânes rasés montaient la garde. Ils n’étaient pas du tout drôles. Et, pis encore, il ne s’agissait pas de n’importe quel service d’ordre dans la mesure où ces vigiles fricotaient idéologiquement, sans aucun doute, avec le Front National(3). Au pays de l’authenticité(4), on utilisait la main-d’œuvre à cent pour cent européenne pour pouvoir assurer la sécurité pendant que des ressortissants zaïrois résidant en Île-de-France, en proie au chômage dans la plus grande majorité, grossissaient le fichier des agences nationales pour l’emploi.

– Vos papiers, monsieur ! lança avec dédain l’un des vigiles à l’attention de Cicéron Boku Ngoi.

– J’ai rendez-vous avec monsieur l’ambassadeur.

– Il faut se conformer aux ordres. Vous n’allez pas franchir ce portail si vous ne montrez pas votre carte de séjour.

Le ton utilisé par le gardien ne plut pas au visiteur. De plus, ce dernier n’apprécia guère la condescendance qu’affichait le type.

– Ayez à l’esprit que cette ambassade est la maison commune des Zaïrois, poursuivit le détective.

– Personne ne dit le contraire. On ne fait que notre boulot.

– Un étranger ne pourra pas m’empêcher d’y avoir accès. Ne voyez surtout rien de discriminatoire, ni de raciste, dans mon propos.

– On est en France, monsieur.

– L’ambassade est par principe un territoire zaïrois, lâcha presque agacé le ressortissant de la République du Zaïre. Contentez-vous d’être à notre service, s’il vous plaît !

– Dites qu’on est payés à ne rien foutre, répliqua le crâne rasé qui ne se laissa pas non plus faire.

– Je ne porte aucun jugement d’ordre financier, ni racial d’ailleurs. Mais, après tout, vous êtes mieux placé que moi par rapport à votre subconscient.

– De quoi vous causez, mec ? finit par s’emporter l’interlocuteur circonstanciel de Cicéron Boku Ngoi.

Une grosse et puissante Mercedes e300 de couleur noire s’immobilisa, à cet instant, devant l’entrée principale. Le premier conseiller de l’ambassade de la République du Zaïre, ayant tout de suite réalisé ce qui était en train de se passer, en descendit précipitamment. Il fallait calmer les vigiles pres­que surexcités, avant que la situation ne dégénère.

– Qu’est-ce qui se passe ? questionna le diplomate, chicossimement vêtu d’un « abacost(5) » en wax hollandais.

– Patron, dit l’un des gardiens tout en désignant le visiteur, cet homme ne veut pas montrer ses papiers.

S’adressant au soi-disant récalcitrant, le diplomate d’une quarantaine d’années, authentiquement habillé, voulut savoir à qui il avait effectivement affaire et les raisons pour lesquelles cet individu refusait de se conformer à la consigne consistant à décliner son identité.

– Mon nom est Cicéron Boku Ngoi, citoyen(6) !

L’évocation de ce patronyme fit jaillir, avec instantanéité, deux gros yeux du visage aux aspects typiquement soudanais du premier conseiller de l’ambassade du Zaïre. La bouche largement ouverte, le diplomate finit par exhiber, en même temps, des dents d’une blancheur éclatante. On l’aurait pris pour un figurant en plein tournage d’une publicité, d’ordre caricatural, pour une marque de dentifrice.

– Vous êtes le fameux détective privé ?

– Fameux, je ne sais pas. Mais j’exerce effectivement la profession qui a trait à des investigations.

– Veuillez me suivre, s’il vous plaît ! Son Excellence, le citoyen ambassadeur, vous attend. Croyez-moi, il sera très ravi et agréablement surpris de votre visite.

Cicéron Boku Ngoi toisa avec méchanceté les deux anges de la mort qui assuraient la sécurité de la représentation zaïroise dans la capitale française. Le patron du Ndanda Hol­ding Investigation tenait à leur signifier, par cette attitude, qu’un étranger n’imposerait jamais sa volonté à un autochtone patriote. Une fois hors de portée de ces énergumènes très mal à l’aise dans leur peau de racistes, avant d’emprunter l’escalier principal couvert d’un tapis vert menant vers le premier étage, l’investigateur s’adressa au diplomate.

– Pourquoi n’embauchez-vous pas nos propres compatriotes ? C’est tout à fait contradictoire avec la politique d’authenticité qui est préconisée par le gouvernement en place à Kinshasa.

– Je suis tout à fait de votre avis, citoyen Boku Ngoi. Mais ce n’est pas moi qui décide. C’est du ressort du chargé de mission. Mais au-delà du patriotisme, nous sommes obligés de prendre en compte les aspects légaux.

Le citoyen Buya Marani, l’ambassadeur de la République du Zaïre en France, attendait avec impatience de se retrouver dans son bureau en tête-à-tête avec Cicéron Bobo Ngoi. Le portrait du maréchal Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu Waza Banga, le ploutocrate en « abacost », trônait orgueilleusement au-dessus de la tête du plénipotentiaire. On aurait dit que le regard du « grand léopard », ainsi le président zaïrois était-il surnommé, fixait avec dureté le nouveau venu. Ce dernier éprouva une sensation persistante et désagréable de gêne, à la fois dans la gorge et le long des côtes.

– Bonjour, citoyen Boku Ngoi !

– Bonjour, Votre Excellence !

L’ambassadeur pria son hôte de prendre place, en montrant de la main l’un des fauteuil vides qui se trouvaient devant son bureau.

– Merci, Votre Excellence !

À peine le détective privé installé, Son Excellence Buya Marani, le barbu et grisonnant à la soixantaine à peine entamée, court sur jambes et battu comme un bûcheron, se rassit. Il relança tout de go l’entretien.

– J’ai eu beaucoup de mal à vous joindre personnellement, citoyen Boku Ngoi.

– Je suis au courant.

– Ceux qui prétendent que vous êtes un oiseau rare ont complètement raison.

– Figurez-vous que je suis revenu, il y a moins de deux heures, de la principauté de Monaco où j’ai passé quelques jours pour une transaction financière et d’autres occupations d’ordre professionnel.

– Vous êtes un homme heureux !

– En quelque sorte. Je le reconnais volontiers. Quant à l’objet de votre appel téléphonique, ma secrétaire a toutefois fait de son mieux pour que cette rencontre ait lieu à l’ambassade dans le meilleur délai.

– Je ne vous retiendrai pas longtemps. Vous avez sans doute besoin de vous reposer. Je souhaiterais surtout faire appel à vos services pour un problème qui ne cesse de me tourmenter, voire de pourrir ma vie.

Ainsi la secrétaire du NHI, Emmanuelle Renaudat de Mazargues, avait-elle vu juste quand elle s’était attardée lors de la conversation avec le détective dans les locaux de le célèbre avenue des Champs-Élysées. Au-delà de toute considération freudienne, elle avait décelé le tourment dans les propos de l’ambassadeur du Zaïre en France.

– Je vous écoute, reprit Cicéron.

– Il est question d’une affaire dramatique, que seules les fictions policières savent dénouer de manière heureuse.

– Plus précisément ?

– Un avocat français, maître Patrick de Lavigerie, est porté disparu à Kinshasa depuis quelques jours. Selon les informations en provenance du Quai d’Orsay(7), il se trouverait entre les mains de la DSP(8). L’institution étatique française n’a fait que relayer l’information qui a été transmise par l’ambassadeur de France à Kinshasa.

– Carrément la DSP !

– Oui. Cette affaire risque de ternir, vous l’avez très bien compris, les relations entre la France et la République du Zaïre.

– Que faisait cet avocat au Zaïre ?

– Maître Patrick de Lavigerie est un fervent défenseur des droits de l’Homme. Son séjour à Kinshasa a dû déplaire à quelques personnalités, surtout les caciques du régime.

– En tant qu’ambassadeur, vous êtes mieux informé que quiconque. Vous n’avez même pas besoin de mes services pour satisfaire les attentes des autorités françaises.

– Tout à fait.

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