Arragoa tome 2: La guerre des coalitions

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Tiago retourne sur Eris pour s’assurer de sa place dans le clan russe, mais Isaak ne lui oppose qu’une réponse, qu’il s’affranchisse. MakéMaké se déchire dans une querelle de frontière qui voit la négociation se terminer sur un drame. Une explosion voit la disparition d’une Amazone, Haïp.
Belhène se plonge dans les secrets du Conseil de Sécurité tandis que Tiago retrouve son frère. Il reste marqué par la mort officielle d’Haïp secrètement récupérée par l’organisation de son père, et bien décidé à ce qu’elle serve sa cause.
Zeian parvient à convaincre Tiago de revenir sur Hauméa pour finir son contrat, mais au matin du passage de la comète « Atlantis », ce que tout le monde redoutait arrive, une armée prend d’assaut Hauméa avec à sa tête, Haïp.
Publié le : mardi 31 mai 2016
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EAN13 : 978-2-9553700
Nombre de pages : 193
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Année 2130.
Chapitre I
Arrivés dans la seconde vagued’immigration massive au début du vingt-deuxième siècle, des Européens colonisèrent la planète Eris et laissèrent MakéMaké à une population majoritairement asiatique, indienne ou africaine, s’étant surtout spécialisée dans l’exploitation des mines de métaux. Dès le départ, les Européens instaurèrent une règle surprenante qui s’étendit aussitôt chez sa voisine, celle que chaque cube soit sécurisé par une autorité ayant une nationalité différente de celle du cube défendu.Face à l’absence de crédit pour les robots de maintien de l’ordre, les conciliateurs accompagnant chaque policier furent modifiés pour assurer la paix des rues en plus d’un rôle de médiateur obligatoire imposé par «les nouveaux chapitres» dès qu’il y avait une différence de culture. Tout était donc réuni pour la garantie de la neutralité et le respect de la loi. Storkyrkan était l’un des quartiers les plus animés des cubes de vies centraux d’Eris, peuplé par des Scandinaves, habité par un parfum de cohabitation harmonieuse, et défendu par les colons espagnols composant la Guardia Civil. Le quartier abritait toutes les activités culturelles comme les plus beaux théâtres, tandis que les meilleurs matchs de sport rythmaient une vie paisible. Depuis quelques années, c’était un quartier réputé pour ne jamais dormir, être le centre de tout ce qui était essentiel à la vie de la population. Quelques tripots officiaient bien à quelques endroits, mais leurs fréquentations restaient très limitées, et réservées à une poignée de petits hors la loi à l’influence limitée. Seule l’importation de produits de première nécessité arrivant de Terre alimentait un marché noir connu de tous, et grandement toléré par les autorités. Hypocritement interdit par le pouvoir central,l’accès auxproduits frais était censé être très réglementé sur la ceinture de Kuiper. Le motif bien-pensant des conditions de transport trop incertaines faisait face à l’inavouable priorité donnée aux habitants de la Terre pour se nourrir. Entre aliments chimiques et aliments naturels, les hommes avaient choisi ! Les écarts de conceptions entre le pouvoir central sur Terre et les colons expatriés étaient devenus tels, que de multiples règles officieusess’étaient mises en place au fur et àmesure du temps. Chaque communauté avait réinventé ses propres lois, malgré les nombreuses condamnations officielles. Il y avait la politique de façade face à celle du terrain, et les règles n’étaient pas les mêmes.Le Conseil n’ignorait plus depuis longtemps la création d’une nouvelle monnaie uniquement valable dans ce système, la Krysha. Une unité liquide, palpable, qui ne laissait aucune trace. Les paiements électroniques, initialement obligatoires, étaient redevenus ponctuels, voire exceptionnels.
Mais à Storkyrkan, en quelques semaines, une série de faits divers marquants était venue bouleverser la vie de ses habitants. Le quartieravait été le siège d’une série de meurtres sanglants, dont un qui alimentait toutes les conversations. Bekim et Timo Arbana, colons originaires des Balkans et connus pour appartenir au clan de la famille Kadofki, avaient été exécutés de plusieurs balles sur les quaisd’un métro bondé. Avant ce drame, le Guardia Civil avait fait son possible pour tenter de dissimuler la nature de plusieurs morts suspectes aux habitants, et leur impuissance à préserver les frontières avec les cubes voisins. Mais cette fusillade,à l’allure de règlement de comptes aumilieu d’une fouleinnocente et paniquée, mit au jour un immense malaise entre la population locale et leurs nouveaux voisins, les colons en
provenanced’Europe de l’Est. L’arrivée des premiers Caucasiens semblait semer la zizanie, provoquant de multiples incidents, violant les limites de territoire, et se baladant ostensiblement avec des conciliateurs à la tendance inquisitrice et aux allures de bourreau. Rien de très engageant. En quelques mois, de nouveaux cubes furent bâtis sur la partie sud d’Eris pour accueillir ses nouveaux habitants, mais surtout pour marquer une frontière plus franche. L’Arma Dei Carabinieri, d’origine italienne, fut désignéepour le maintien de l’ordre. Malgré ses nouveaux quartiers bâtis, le faubourg scandinave de Storkyrkan restait sous la coupe de colons russes. Du moins, c’est ce que le nouveau patron de la police espagnole concluait, le général Milo Reyes. Ce cinquantenaire, fils de colons andalous, avait hérité du teint basané de ses parents, et de leurs cheveux noirs légèrement bouclés. Toujours dans une tenue irréprochable, il se tenait bien droit, fier,et aimait se caresser la moustache dès qu’il réfléchissait. Il venait de prendre ses fonctions quand il lut un mot caché dans un bouquet garni offert par une association du quartier, un mot l’invitant à un rendez-vous très particulier. C’était un rendez-vous clandestinavec un groupe d’habitants courageux, et ce qu’ils lui apprirent cette nuit-là le mit face à une dure réalité,il n’auraitque de très rare rapport réaliste de la situation concrète de Storkyrkan. Une seule explication : la corruption massive de son unité. Les témoignages étaient accablants, surtout quand il entendit parler des trafics de drogueet d’armes,!ou de la prostitution sévissant dans sa juridiction, et en toute impunité Storkyrkan était devenu plus qu’une plaque tournante, c’était le cœur même du marché noir d’Eris, entraînant avec lui son lot macabre de règlementde comptes, de meurtre maquillé en suicide ou en accident. Une partie des colons se montrait déterminée à fonder une nouvelle milice devant cette déchéance, mais pasce petit groupe d’indignés, bien décidé à remettre de l’ordreavec les règles déjà existantes. Rajouter de la violence à ce climat reviendrait à déclencher une guerre civile, avait dit froidement le chef de la contestation. Mais si vous ne bougez pas, nous ne pourrons rien faire
pour l’empêcher !Ce rendez-vous donna au général Reyes la nausée, le mitau bord d’un précipice qui lui semblait sans fin. Mais ce n’était pas dans son tempérament de se faire humilier de la sorte sans réagir. Il passa des nuits blanches entières à éplucher tous les rapports des faits-divers louches. Il recoupa les informations avecl’activité des commerces qui brassait beaucoup de liquide, et le registre d’arrivée des nouveaux immigrés. Il remonta la filière, et soupçonna rapidement un conflit de territoire entre deux gangs. Les Kadofki, nouveaux venus sur la ceinture de Kuiper, avaient déclaré la guerre à un clan russe.Il n’était pas compliqué de retracer le parcours du patriarche de la famille venue des Balkans, appelé Daut Kadofki et surnommé « le chien jaune». Toute son organisation était archaïque, dotée d’un fonctionnement classique et facilement décelable, ne prenant aucune précaution pour camoufler ses affaires. Milo se sentit honteux de le découvrir si aisément ! Que faisaient ses hommes ?Tout était si clair. Daut Kadofki était le chef d’un clan qui tentait de vendre de la nourriture en provenance directe de la Terre sur un territoire qui devait être tenu par des Russes, qui étaient, eux, plus discret dans leurs affaires. Ce commerce juteux était parfois responsable des massives intoxications alimentairesprovoquées par la distribution d’aliments
avariés. Mais ce qui avait trahi « le chien jaune », ce fut son lourd passé judiciaire sur Terre. Il était un expert du trafic d’armes létales. Depuis qu’elles avaient été mondialement prohibées pour faire la place aux armes de neutralisation qui, elles, ne tuaient pas, leurs commerces étaient réservés à l’économie souterraine.Ils ont dû s’en débarrasser!! Conclut amèrement Milo. Quant au clan russe, c’était une autre histoire. Il n’avait que des suppositions, que des doutes, et investit tout le reste de sa semaine à trouver un nom qui ressortit avec beaucoup de timidité, Ozkar Kozlov. Un homme qui ne disposait pourtantd’aucun casier, mais Milo le sentait, il ne l’expliquait pas, mais il en était sûr, cet homme était le chef. Il était un très bon ami de son prédécesseur, généreux donateur pour les plus démunis et était présent dès qu’un représentant officiel de la Terreétait en visite sur la ceinture de Kuiper. D’Ozkar Kozlov, il ne trouva que des images floues de dos, au mieux de profil, tandis que sa fiche d’identification affichait « erreur ».C’était la première fois que Milo constatait un tel défaut dans un dossier.Il ne put en tirer qu’une description succincte, et une caractéristique physique particulière, Ozkar avait une carrure hors norme, un homme qui devait imposer le respect juste en se postant devant n’importe qui.À mesure deses recherches, il n’hésita pas à établir une liste composée de quinze agents faisant partie de son unité, et auteurs des rapports les plus controversés. Ces policiers étaient
trop souvent les premiers arrivés sur des morts mystérieuses souvent classées parmi les suicides ou les accidents, au prix d’enquêtesvisiblement bâclées. Mais ce qui le stupéfia, c’était que cette liste était remplie d’une grande partie de ses adjoints. Comment pouvait-il mettre sur pied une opération d’envergure pour nettoyer le quartier, avec la moitié de ses hommes corrompus ? Faire appel au pouvoir central ? Il savait comment fonctionnait ce système si bureaucratique. Les députés allaient demander une expertise qui allait prendre un temps monumental, qui allait faire l’objet d’une contre-expertise, avant d’être discutée lors d’une commission, dont il n’était pas certain qu’elle statueen sa faveur. Ce fut la dernière résolution du Conseil de Sécurité qui lui apporta le maillon manquant pour la mise en place de son opération main propre: la légalisation de l’ordre des Amazones. Cette milice, créée par un groupe de femmes pour se défendre face à cette violence aveugle, avait réussi à convaincre le pouvoir central du bienfait et du bénéfice de leur présence. Elles avaient un atout de poids, elles étaient complètement autonomes, et ne répondaient à aucune autorité sauf celle des « nouveaux chapitres ». Il prit quelques minutes de réflexion, et se rendit à l’évidence, il n’avait pas d’autres solutions. Elles étaient neutres, répondaient à des règles strictes, et surtout le plus important pour lui, elles étaient réputées incorruptibles. L’opération «Encierros » fut mise sur pied par le général Reyes en personne dans le plus grand secret. Il attendit les Amazones avec fébrilité, prétextant auprès de tout son service leur légalisation récente pour les faire venir. Il se souvint longtemps de l’arrivée d’Eve, venue avec Faraï, sa jeune apprentie, dans le bâtiment de la Guardian Civil. Elles traversèrent le grand hall décoré de peintures et de lambris dorés au plafond, sous les regards incrédules, surpriset voyeurs d’agents chuchotant sousleur passage. Pourtant dans l’ascenseur qui les menait à l’étage du commandement, c’était l’excitation et le stressqui prédominaient entre les deux jeunes femmes, particulièrement chez la plus jeune. Tu es nerveuse ? Demanda Eve. Non pas du tout ! Juste assez excitée ! Détends-toi! Ce n’est qu’une tournée de contact avec les autorités.C’est surtout ma première mission en rouge. Alors,même si c’est juste une tournée, je suis quand même très fière ! Et tu as raison de l’être! Pour Eve, il s’agissait de sa première mission habillée de blanc. Faraï, 20 ans, tout juste nommée Amazone confirmée en rouge sang, était d’origine jamaïcaine et avait installéquelques rajouts de lamême couleur dans ses cheveux tressés. Quand la porte de l’ascenseur s’ouvrit, les gradés qui les aperçurent en premier donnèrent l’impression de voir des fantômes
passer au milieu des pupitres de travail. Après les présentations et quelques politesses d’usages, Reyes ne leur apprit le vrai motif de leurvenue qu’à ce premier entretien. C’est lorsqu’il demanda à son driver de condamner l’accès au bureau et d’obscurcir les murs, mais surtout quand il éteignit son conciliateur personnel, que les Amazones comprirent que l’objet de leur présence n’était pas qu’une simple présentation. Cette intimité provoqua un changement total de comportement de la part de Reyes, d’une assurance affirmée à une attitude visiblement inquiète. Le masque se fissurera net devant Eve et Faraï, ce qui les interpella.Eve enclencha la fonction traduction de son driver devant l’inactivité du conciliateur chargé normalement de faire le relais, et sa voix ferme brisa la glace. Quelque chose ne va pas ?  Non, ça ne va pas du tout, répondit-il, la voix touchée. Je ne me suis jamais senti si isolé. Vous êtes mon seul espoir. Les mots qu’il venait de prononcer, il n’en revenait pas. Cette preuvede faiblesse et cette mise à nu devant ces deux femmesqu’il ne connaissait pas le blessèrent profondément. Sa virilité venait d’en prendre un coup! Faraï et Eve se regardèrent et le laissèrent parler avec la plus grande attention. Il prit une carafe en faisant ungeste d’invitation aux Amazones, qui déclinèrent, et il se servit un verre généreux de cognac pour le boire cul sec. Il raconta tout ce qu’il savait, sans aucune retenue, se servant à plusieurs reprises pour se donner du courage. Je viens de découvrir que le cube que je suis censé protéger est gangrené par la pègre ! Continua amèrementMilo. Je viens d’apprendre que la moitié de mon service est corrompue, et que je ne peux pas leur faire confiance, car ils me mentent. Il posa son verre en le frappant et leur fit face, comme habité par un sentiment de revanche. Dans ma famille, l’humiliation et le mensonge font partie des trahisons, et il fut une époque, où dans mon pays les traîtres étaient pendus sur la place publique ! Mais, heureusement,le monde s’est depuis civilisé,et l’on a créé la justice,ajouta Faraï. Mais que faire quand la justice, elle-même, est corrompue ? Qu’attendez-vous de nous ? Demanda Eve. Je veux montrer que je suis toujours le patron, et qu’ils n’ont pas encore gagné. J’ai monté une opération de nettoyage de ce quartier, histoire de remettre les pendulesà l’heure, et de leur montrer qu’il y atoujours un capitaine à la barre du navire. Il leur expliqua qu’il devait user de subterfuges très ingénieux pour ne pas éveiller les soupçons de l’opération en cours de montage. Officiellement, les Amazones étaient là pour mettre en place une collaboration durable et sereine entre les deux institutions. Elles furent mises en garde sur la corruption massive du service, et le généralexpliqua qu’il se méfiait de
tout le monde. Il s’excusa longtemps de ne pas avoir dit le vrai motif de sa demande à Themiskyra. Quarante-huit heures plus tard, pour le jour « j », les quinze noms de la fameuse liste des suspects avaient été mis au repos, ou envoyés en servicedans d’autres quartiers. L’ensemble des autres troupes furent prévenuesle matin même du lancement de l’opération «Encierros ». Placé à une extrémité du quartier de Storkyrkan, un théâtre avait été brutalement fermé avec pour seul mot sur la porte, « réouverture la semaine prochaine ». Dans la grande salle de représentation, le général Reyes monta avec vigueur sur lascène de l’opéra pour rejoindre la fourmilière d’agent composantle poste de commandement tenu par le général de division Guilloto, un soixantenaire madrilène portant la barbe. Selon Reyes, il était un de ses rares adjoints à avoir résisté au chant de la corruption. Un immense plan en trois dimensions contenant bars, restaurants, saunas et autres lieux de détente, flottait au milieu de la scène. La progression des troupes et l’emplacement précis de chaque policier étaient marqués par des avatars de couleur, quand les premières dépouilles apparurent en clignotant d’une croix noire. Deux lieux furent particulièrement ciblés, et les Amazones désignées pour prendre la direction des deux assauts simultanés. Reyes ne souhaitait pas que cette opération tourne au fiasco, et dut user de beaucoup de diplomatie et de persuasion face aux nombreuses réticences de ses hommes à devoir être commandé par des anciennes miliciennes. Le secret de la préparation de cette opération fut très mal vécu par un ensemble d’officier, vexé de ne pas avoir été mis dans la confidence. Dans le repaire que Reyes avait désigné comme étant celui des Russes, Faraï, arc à la main, ordonna l’assaut d’un bania et transmit, avec le plus de prestance possible, les consignes pour la répartition des hommes placés sous ses ordres.Dans l’ensemble, ils jouèrent le jeu, plus par curiosité que par soumission, mais Faraï dut trouver plusieurs parades diplomatiques pour dompter les plus récalcitrants. Tous avaient revêtu leurs armures de protections noires, ornées des emblèmes des forces espagnoles dessinées dans le dos, et progressaient armes aux poings dans des couloirs déjà marqués de coup de feu. Ils prospectaient avec professionnalisme ce grand passage jonché de nombreuses pièces fermées contenant des poêles surmontés de pierres avec des réservoirs d’eau. De temps à autre, des grands bains d’eau froide contenant des corps d’hommes abattus par le groupe de têtevenaient s’ajouter à ce paysage de fin du monde. Faraï se sentit obligée de rappeler la consigne principale, celle de faire des prisonniers, et c’était mal parti. Elle ordonna aux conciliateurs de monter en tête et insista pour l’utilisation des armes paralysantes. Le bruitde rafale de tir entendu après la percutant transmission de la consigne ne laissait aucun doute, ils feintaient de ne pas entendre tant les
périodes de silence étaient rares. Le combat à l’avant était violent, et malgré cela, Faraï prit le temps de s’attarder dans un recoin servant de repère au séchage des branches de bouleau suspendu au plafond. Mais rapidement, elle se fit prendre à partie par un des brigadiers, Il faut progresser, devant, ça barde !! Je sais, répondit Faraï sur la défensive. Mais être trop nombreux en tête ne nous fera pas avancer plus vite. Ils sont pris trop d’avance, et n’ont pas tout inspecté! Le brigadier n’avait pas complètement tort. Ils ne devaient pas trop tarder à suivre le groupe de tête,car de nombreuses pièces n’avaient pas été inspectées àfond. Mais ce qui interpellait Faraï, c’était l’attitude de cet homme qui parlait de façon excessivement forte, à la limite de l’agressivité.Il faut rattraper le retard ! Cria-t-il encore un ton au-dessus. Il y avait une part d’intimidation, Faraï le savait, mais son comportement lui semblait vraiment suspect, presque tendu. Était-il angoissépar l’assaut? Ou par la curiosité de la jeune femme ? Il semblait vraiment impatient d’avancer, trop à son goût. Faraïsignifia au brigadier de tête qu’il prenait le commandement provisoire de cet assaut et désigna un des soldats du groupepour rester avec elle à l’arrière. La section continua son inspection.Au milieu d’une grande fresque représentant un bain à Moscou, Faraï était intriguée par des traces foncées sur une partie du mur qui ne faisait pas partie de la peinture. Elle demanda au soldat de se mettre de profil contre elles et la hauteur de son dos collait parfaitement. Elle pensa immédiatement une marque laissée par des frottements répétés, et interpella son driver pour appeler un lieutenant resté au théâtre, Pouvez-vous me dire ce qui se situe derrière le mur situé à l’ouestde ma position ? Derrière ce mur se situe la rue Tessin. C’est une petite ruelle.Avez-vous besoin d’autre chose ? Pour l’instant, non. Merci. Faraï coupa la communication, et ausculta,toujours intriguée, l’architecture dumur, qui ne laissait apparaître aucun défaut. Elle passa sa main sur la peinture et espérait trouver un bouton ou une fente de driver. Elle en était persuadée, il y avait quelque chose derrière. Elle regardaavec beaucoup d’énergie dans toutes les directions, puis tira sur des branches de bouleau suspendu, mais rien. Avez-vous des grenades ? Demanda-t-elle au soldat. Oui, lady.
J’en veux bien une.
Le soldat obéissant lui donna avant de reculer de plusieurs pas. Faraïfixa l’explosif au mur et enclencha aussitôtla minuterie avant d’obliger sa recrue à aller se cacher avec elle derrière un mur. La grenade explosa au bout de dix secondes dans un bruit fracassant, et le doute de Faraï fut enfin levé. Au milieu des débris, un passage donnant vers un souterrain s’entrouvrit. Elle passa sur le petit tas de décombres et s’engagea dans unescalier qui semblait descendre dans le noir de l’enfer. Arc en joueorné de son bouclier, son bandeau virtuel de tir tendu devant les yeux, Faraï descendit avec prudence les marches, suivi du soldat pointant mécaniquement le canon de son arme dans toutes les directions. Arrivés en bas, ils trouvèrent une porte ouverte donnant dans une pièce à peine éclairée par les projecteurs de secours. Faraï tenta de s’engager dans l’encadrement de la porte, mais unen règle vint la mitraillage repousseret l’obligea à reculer. Arrose de tir pour dégager le passage, il faut entrer !! Commanda Faraï au soldat. Il s’engagea à peine et n’eut pas le temps d’ouvrir le feu avec sonbouclier allumé, qu’un tir puissant de balles explosives et rotatives vint le projeter violemment contre le mur. Le malheureux soldat tomba, grièvement blessé. Faraï rassembla toutes ses forces et le tira par le bras pour le mettreà l’abride nouveaux tirs. Elle ouvrit son masque de protection et découvrit un visage jeune et juvénile, ensanglanté, regardant l’Amazone avec des yeux pétrifiés, figés de peur face à une mort imminente. Faraï lui prit la main et la serra fortement. Son armure analysa ses blessures et le signal de détresse fut envoyé à une équipe de secours. Compatissante, elle tenta de lui apporter un peu de douceur pour ses derniers instants, au milieu des bruits lointains de rafale de tir ne laissant aucun répit. Dans la salle du théâtre, contacté par un membre du Conseil de Sécurité, le général Reyes dutinvestir du temps à justifier cette attaque. L’information de cette opération était très rapidement montéejusqu’auxoreilles des Conseillers, et le secret de sa mise en place fut particulièrement décrié. Le général en second Guilloto entendit des brides de conversations dans l’agitation d’un poste de commandement toujours porté par l’adrénaline de l’assaut. Son patron nageait dans l’incompréhension face à ces reproches, accusé d’accentuer les tensions. Conseiller Hamilton, je comprends vos interrogations, mais je suis en plein milieu de l’opération, elle n’est pas finie! Je vous ferai un rapport dès le moment venu, mais pas maintenant. ! Scandait la voix furieuse duau plus tôt veux un rapport complet et détaillé  Je conseiller. C’est une initiative qui risque de vous coûter cher si elle n’est pas suivie de faits concluants! La violence n’est pas la solution aux problèmes que vous avez !!! Je vous recontacte dès que possible monsieur, abrégea Reyes. Au revoir.
Si cette opération tournait au fiasco, il était sûr de pointer très rapidement au chômage, avec l’assurance de son nomtraîné dans la boue par le conseiller Hamilton en personne. Il ne savait pas si c’était un honneur de se faire botter les fesses par un homme politique d’une telle envergure.Il était loin d’imaginer qu’unécho politique viendrait ponctuer une opération de police qui partait d’une nécessité indiscutable. Guilloto voulut lui marquer son soutien etl’invitaamicalement à se rapprocher du plan que Milo scruta avec un air partagé entre la colère et un sentiment d’injustice.Ce n’est pas un ordre, mais… donnez-moi des bonnes nouvelles ! Demanda Reyes. j Général, e n’ai que des bonnes nouvelles, affirma Guilloto, avec une certaine fierté. L’opération est en bonne voie. Les accès aux rues adjacentes ont été condamnés sans difficulté. Avez-vous trouvé des preuves de trafic ?  Oui, principalement des produits de première nécessité qui ne sont pas passés par la douane, beaucoup d’armes létales, et des stocks de drogue en poudre. Mais pas de laboratoire de fabrication …Pas de laboratoire pour l’instant. Par contre,il n’y a eu aucune arrestation, nous n’avons que des cadavres sur les bras ! Des dégâts collatéraux à signaler ? Pas selon nos premières informations. Et les deux leaders présumés ? Daut Kadofki a été neutralisé. Comme prévu par Lady Eve, ce fut une formalité. Et du côté russe ? A-t-on trouvé Kozlov ? Nous n’avons pas de nouvelle de Lady Faraï, elle s’est séparée de son escadron et progresse dans une zone non répertoriée. Mais selon son bras droit, leur avancée dans le bania est correcte. Mais il n’a pas été localisé, fit Reyes un peu déçu.Ce nom n’est qu’une supposition, il ne faut pas l’oublier.Les Amazones le soupçonnent d’avoir assassiné leur ancienne reine.Je ne comprends pas, son dossier est vide ! Exact, et pour être aussi secret, c’est qu’il a nécessairement des choses à cacher! Dans un bania dévasté par les combats, Faraï se retrouva seule dans son souterrain avec un driver mis en défaut par un puissant brouilleur. Elle avait insisté lourdement auprès d’Eve pour prendre la direction de l’assaut russe, et ne voulait absolument pas échouer. Elleprit la décision de ne pas attendre les renforts, et d’entrer à tout prix. Elle retiraune grenade au
soldat agonisant pour la lancer dans la grande piècequ’elle voulait à toutprix prospecter. L’explosion eutbruit détonnant dont le souffle fit trembler les murs un . L’Amazoneexpira quelques secondes, rassembla son courage, et entra en faisant une roulade sur le côté, le bouclier armé et en formant une bulle éphémèreautour d’elle. Au milieu de la fumée se dissipant, elle découvrit une pièce entièrement consacrée à la fabrication de drogue, et dont l’odeur typiquement citronnée venait se mêler à celle de la poudre. Faraï remarqua la présence de beaucoup de fioles contenant des produits chimiques sur des étagères, et se fit la réflexion qu’elle avait eu de la chance que cela ne provoque pas une explosion plus grande. Elle se cacha derrière un comptoir, tout en jetant un coupd’œil à cet environnement entièrement saccagé, espérant trouver une dépouille, celle del’auteur du coup de feu qui avait blessé son coéquipier. Soudain, elle se rendit compte que sa respiration était trop forte. Elle se calma, se contrôla, mais des bruits de verre cassésl’interpellèrent,broyés par des pas à quelques mètres d’elle. Attentive, elle progressa encore, mais ne vit pas une ombre imposante arrivée derrière elle. Quand elle se retourna, il était trop tard. Un coup de pied sans aucune retenue vint lui frapper la main tenant son arc et le fit voler. Avant qu’elle ne puisse réagirni exprimer le mal engendré par la frappe,le canon d’une arme létale se colla contre sa tempe. Faraï tourna son regard vers son adversairequi s’agenouilla à ses côtés. Cet homme était très grand, massif, doté d’une puissance brute et de traits virils. Cette carrure si impressionnante ne laissait aucune place à l’hésitation, c’était bien Ozkar, le chefprésumé du clan russe. Il avait un air arrogant et menaçant, même si les stigmates de l’explosion avaient marqué son visage et ses vêtements. Il semblait la mépriser et la sous-estimer tout enl’observant comme un insecte qu’il ne sera pas difficile d’écraser.Une Amazone ! Fit Ozkar. Quelle surprise !! Ça tombe bien, j’aime bien surprendre! La dernière Amazone que j’ai croisée, je l’ai tué! C’est quelque chose que je n’aurai pas aimé entendre! Et tu vas subir le même sort ! Vous êtes en train de dire que j’ai un problème? Les réponses délibérément provocantes de Faraï commençaient à agacer Ozkar, dont le ton transpirait l’irritation. Il adorait les femmes avec un fort caractère, mais elles ne devaient respecter que ses règles, et détestait finalement celles qui lui tenaient trop longtemps tête. Tu n’as pas remarqué que ce n’était pas moi qui avaisun flingue posé sur la tempe ! Répondit Ozkar, agacé. de vous décevoir, mai Désolée s…vous savez, une situation peut très rapidement
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