BIENVENUE SUR DELICIOSA (Chapitre 2)

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1 Chapitre II A son réveil, il entendit une charmante voix féminine lui souhaiter la bienvenue sur Déliciosa. Ainsi donc il était arrivé à bon port et avait été endormi pendant tout ce long voyage. Il remarqua qu’il était toujours dans la même capsule, étendu sur la même couchette de simili cuir rouge. Toutes les attaches qui, durant la traversée, l’avaient immobilisé, avaient disparu comme par enchantement. Il essayait de rassembler ses esprits plutôt embrumés. Il se sentait terriblement fatigué et presque sans aucune force physique. Le cockpit de verre blindé de la gélule ne s’ouvrait pas encore, mais cela ne saurait tarder. Rien ne pressait car il ne se sentait même pas capable de se lever… Et tandis que son dossier se relevait lentement, lui redressant le buste, il entendit la même douce voix synthétique poursuivre ses recommandations : « Amis voyageuses et voyageurs, nous avons le plaisir de vous accueillir au George Nush Spatioport de Délicitown. Votre voyage interstellaire depuis la Terre ainsi que votre réintégration dans notre espace temps se sont déroulés 2 dans les meilleures conditions possibles. Si vous vous sentez un peu las, c’est tout à fait normal. Nous allons immédiatement remédier à cet inconvénient passager grâce à une petite collation énergisante que nous vous proposerons dès l’ouverture des portes de vos capsules… » Aussitôt dit, aussitôt fait.
Publié le : mardi 25 février 2014
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Chapitre II
A sonréveil, il entendit une charmante voix féminine lui souhaiter la bienvenue sur Déliciosa. Ainsi donc il était arrivé à bon port et avait été endormi pendant tout ce long voyage. Il remarqua qu’il était toujours dans la même capsule, étendu sur la même couchette de simili cuir rouge. Toutes les attaches qui, durant la traversée, l’avaient immobilisé, avaient disparu comme par enchantement. Il essayait de rassembler ses esprits plutôt embrumés. Il se sentait terriblement fatigué et presque sans aucune force physique. Le cockpit de verre blindé de la gélule ne s’ouvrait pas encore, mais cela ne saurait tarder. Rien ne pressait car il ne se sentait même pas capable de se lever… Et tandis que son dossier se relevait lentement, lui redressant le buste, il entendit la même douce voix synthétique poursuivre ses recommandations: «Amis voyageuses et voyageurs, nous avons le plaisir de vous accueillir au George Nush Spatioport de Délicitown. Votre voyage interstellaire depuis la Terre ainsi que votre réintégration dans notre espace temps se sont déroulés 2
dans les meilleures conditions possibles. Si vous vous sentez un peu las, c’est tout à fait normal. Nous allons immédiatement remédier à cet inconvénient passager grâce à une petite collation énergisante que nous vous proposerons dès l’ouverture des portes de vos capsules… » Aussitôt dit, aussitôt fait. Le cockpit se sépara en deux parties et une accorte hôtesse en uniforme rose se précipita vers John pour lui présenter un plateau prévu pour s’adapter aux montants de sa couchette… - Bienvenu sur Déliciosa, Monsieur Kwick !lança l’hôtesse en lui glissant un mouchoir en papier dans son col de chemise. J’espère que vous avez fait un bon voyage… John la trouva fort sympathique. C’était une jeune métisse de type malgache qui avait des traits assez fins mais qui lui sembla un peu boulotte ce qui n’était pas pour lui déplaire. Il en avait un peu assez de ces femmes maigrelettes ou souffreteuses qu’on rencontrait un peu partout. A croire que la Terre n’était plus peuplée que d’anorexiques militantes ou d’affamées chroniques. Quelques rondeurs féminines ne pouvaient qu’agrémenter le paysage.
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- Je vous souhaite un bon appétit, lui murmura l’hôtesse avec son plus charmant sourire. - Merci, répondit John en s’attaquant aux victuailles de son plateau-repas. Il avait une réelle sensation d’appétit qui se transforma immédiatement en faim de loup à la vue et à l’odeur de la nourriture. Il se jeta donc sans complexe sur un énorme burger à quatre étages, truffé de viande hachée et dégoulinant de gouda fondu. Il y ajouta un grand coup de soda bien sucré pour faire descendre le tout puis enchaîna avec un énorme cornet de frites bien croustillantes. Il commençait déjà à avoir nettement moins d’appétit quand il passa à la salade niçoise largement assaisonnée de mayonnaise. Par discrétion, l’hôtesse s’était écartée. Le voyant ralentir, elle revint vers lui: « Celavous a-t-il convenu ?» lui demanda-t-elle. - C’était parfait, lui répondit John. Mais maintenant je n’ai plus faim du tout. Je suis totalement rassasié ! - Pourtant nous pouvons vous proposer des brownies aux pépites de chocolat pour le dessert. Ils sont délicieux… - Je ne suis pas sûr de pouvoir avaler une bouchée de plus… 4
- Voyons, John, voyons, reprit l’hôtesse, ne faîtes pas l’enfant… Vous venez d’accomplir un long voyage dans l’espace. Pendant une très longue période, votre organisme en hibernation n’a pas été nourri, il lui faut absolument reprendre des forces. Et très doucement, elle se mit à lui caresser la joue et les cheveux comme une mère le ferait à un bébé refusant le biberon. Alors John, pris par les sentiments, ne se fit pas prier. Il avala le brownie en se forçant et en essayant de penser à autre chose. - Là, maintenant, ça va, dit-il. Je crois que je peux y aller ! - Tatatata… lança l’hôtesse en se penchant encore un peu plus vers lui. L’échancrure de son corsage laissait deviner une poitrine généreuse ce qui ne manqua pas de troubler notre traqueur… Il n’en est pas question, très cher John, la procédure d’atterrissage n’est pas encore terminée. Tout d’abord présentez-moi votre bracelet électronique pour un premier check-up santé. Elle dût presque s’étendre sur lui pour faire coïncider le bracelet qui entourait le poignet gauche de John avec le sien placé du côté droit. Les deux minis engins communiquèrent par wi-fi. Le résultat de la consultation ne fut pas probant. 5
- Je viens de vérifier votre taux de glycémie, annonça la jeune femme… Oh la la, il n’est pas bon du tout. Il est encore beaucoup trop faible. Si je vous laisse partir comme cela, vous n’allez pas pouvoir mettre un pied devant l’autre. Au bout de trois pas, vous allez vous écrouler par terre… Elle se redressa et lui tendit presque aussitôt un second verre de cola sorti d’on ne sait où. - Buvez. C’est très bon et c’est plein de sucre… Il s’exécuta pensanten avoir fini. Mais il n’en fut rien, il lui fallut encore absorber un énorme saladier rempli de crème glacée recouverte de Chantilly appelée le « DeliciosaSundae Glory» qui lui mit l’estomac au bord des lèvres avant qu’enfin la jeune femme en uniforme rose accepte de le laisser sortir de sa capsule… A peine se retrouva-t-il debout qu’il se sentit vaciller. Ses jambes le portaient difficilement, sa tête tournait. Un peu à la manière d’un ivrogne, il tituba au début, mais assez rapidement prit de l’assurance. - Tout va bien, Monsieur Kwick? s’inquiéta l’hôtesse. - Ca va, ça va… répondit John. 6
- Prenez le tapis roulant qui vous mènera aux contrôles d’arrivée. Cela vous sera moins fatigant que de marcher. Et elle le planta là pour accueillir le passager suivant… Passé le salon d’accueil, John se retrouva sous le grand dôme de verre du hall des arrivées. Une trentaine de terriens d’assez piteuse allure formaient une file qui avançait à bonne vitesse sur une sorte de moquette mouvante très agréable aux pieds. A travers les semelles de ses baskets, John sentit comme une très étrange sensation de massage. Il remarqua qu’une femme plutôt mince, placée juste devant lui, avait quitté sa paire de sandalettes pour mieux ressentir l’effet relaxant sur la plante de ses pieds bronzés. Elle se retourna vers lui comme pour le prendre à témoin… - Cela fait un bien fou, lança-t-elle. Il y a longtemps que je n’avais pas ressenti cela… Vous devriez essayer… Et elle se retourna aussitôt. Visiblement, elle n’attendait aucune réponse. John lui trouva un visage agréable de métisse. Jolie, mais un peu fluette à son goût. Sa peau était plus grisâtre que dorée et son sourire essayait de cacher un fond de tristesse que trahissait son regard. John jeta un bref coup 7
d’œil sur la file de terriens ce qui lui permit d’évaluer la réalité du public arrivant. Les deux tiers devaient être des retraités, tous ayant dépassé la soixantaine et effectuant sans doute leur ultimecroisière galactique. Quand au reste, il était représenté par une majorité de quadras, sans doute quelques cadres ayant décroché ce séjour à titre de récompense pour le zèle apporté à leur travail, par une poignée de gens aisés venus dépenser leur argent pour se goberger sans frein loin de la terre et pour finir, par les habituels cas sociaux envoyés là par les services du même nom à titre préventif ou curatif… Un premier portail marqué «Douane » arrêta John. Une forte femme en uniforme bleu attrapa sans ménagement le poignet du traqueur pour le passer sous le rayon de son pistolet laser histoire d’enregistrer automatiquement ses coordonnées. Elle vérifia que rien ne clochait sur son écran d’ordinateur portable: «… Ministère de l’Intérieur, commenta-t-elle avec une certaine dose d’admiration. J’aurai fort peu de questions à vous poser, Monsieur John Slim Kwick. Alors mission ou repos ? » - Repos.
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- Vous n’avez donc rien à déclarer ? reprit la douanière toute boudinée dans sa vareuse. - Rien, répondit John. Tout a été déposé à l’astroport de départ… Il faisait ainsi discrètement allusion à sa plaque et à ses armes de service. L’autre n’insista pas et lui souhaita un bon séjour sur Déliciosa avant de passer au voyageur suivant, un vieil homme un peu chenu. Nouveau couloir, nouveau tapis roulant massant. Cette fois, d’immenses panneaux publicitaires couvraient les murs. Des affiches annonçaient un grand championnat intergalactique de sumo.John n’appréciait que très modérément ce sport d’origine japonaise avec ces champions, énormes masses de graisse qui s’attrapaient par la culotte pour se pousser hors d’un cercle. Si l’on en jugeait par l’importance de la publicité, ce sport devait être de première importance sur Déliciosa. Puis il passa devant un écran géant sur lequel s’égosillait une chanteuse obèse qu’il trouva d’emblée fort laide. Avec ses sourcils charbonneux et son maquillage outrancier, ses bajoues pendantes et son énorme poitrine qu’elle secouait impudiquement au rythme de ses trémoussements, elle avait tous les attraits d’un repoussoir. Et pour ne rien arranger, de 9
temps en temps, la caméra s’égarait sur les replis de son gros ventre en mouvement. Sur un air vaguement hip-hop, la gélatine vibrait de tous côtés alors qu’une ridicule microjupe laissait découvrir, en guise de jambes, deux gros poteaux informes mais néanmoins couverts d’affriolants bas résille. A la fin du clip qui s’intitulait « Love me till the end », son nom apparut: «Carmelita von Trump, numéro un au hit parade planétaire ». - Ils ont vraiment des goûts musicaux bizarres par ici, se dit-il. Le tapis s’arrêta à nouveau devant le contrôle de santé. Une femme médecin en blouse blanche entreprît de l’examiner. Elle semblait forte elle aussi, mais plutôt par abondance de muscles. Elle se présenta comme le doktor Schulz Frédérika. John lui trouva quelque chose d’hommasse dans l’attitude. - Ah! Un homme, commença-t-elle. Enfin !Ce n’est décidément pas trop tôt. Il ne nous en arrive pas suffisamment ici. Dans tous les convois, les femmes sont majoritaires. On se demande ce qu’ils font des hommes sur Terre… N’y aurait-il pas une guerre inconnue par là-bas ?
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- Pas depuis que je suis parti, répondit John. Rien que des conflits de très basse intensité... - Bon, placez-vous ici, ordonna-t-elle, en lui désignant une plaque métallique sur le sol. Un nombre apparut sur l’écran mural: « 75 kg » - Mais vous n’êtes qu’un sac d’os, mon pauvre ami, s’écria-t-elle de sa grosse voix. Taille ? Et elle appuya sur un bouton qui déclencha un mince rayon laser rasant le sommet de son crâne. «1 mètre 89» s’afficha immédiatement. - Vous êtes TRES maigre, dit-elle en insistant lourdement sur le TRES. - Pourtant au départ de la terre, je suis certain que je pesais plus de 80 kg, rétorqua John. Ce n’est pas possible ! - Tout le monde sans exception perd quelques kilos pendant le voyage. La durée, la RTT, la distance et le bouleversement moléculaire… C’est tout à fait normal. Mais il va falloir reprendre du poids très vite. Disons, revenir dans la semaine aux 80 kg et atteindre le quintal dès la fin de votre mois parmi nous !
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