Blackthorn Creek

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Noël 1909. Un clerc de notaire d’Arkham est envoyé en urgence à l’autre bout du Vermont, sur demande urgente d’un client mystérieux. Imbu de rationalité et de modernité, il considère avec dédain ces contrées reculées de Nouvelle-Angleterre, pleines de légendes et de superstitions, peuplées d’habitants attardés et sournois. Mais quel est le pouvoir de la raison face à l’horreur ? Comment appréhender l’inimaginable ? Comment un gratte-papier pourrait-il survivre dans un environnement hostile ? Qui est vraiment le monstre ?
Ce récit nous entraîne dans des aventures aux multiples rebondissements dans une ambiance délicieusement lovecraftienne.
Publié le : mercredi 23 mars 2016
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EAN13 : 9782368921272
Nombre de pages : 41
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Blackthorn Creek Un conte de Noël lovecraftien Stéphane Audrand Illustration : Gwen Vibancos Éditions L’ivre-Book
22 décembre 1909 – Brattleboro (Vermont) Le train stoppa en gare de Brattleboro. J’éprouvai un vif soulagement lorsque le grincement aigu des freins se fit entendre. L’interminable périple depuis Arkham prenait fin, mais surtout j’allais être délivré de mon camarade de compartiment, qui continuait de déverser un torrent de paroles dans mes oreilles épuisées. – J’ai été très heureux de voyager avec vous, monsieur Wilmarth ! Et surtout je vous souhaite d’être de retour dans votre famille pour Noël ! Personne ne devrait être séparé des siens pour Noël ! D’ailleurs, mon grand-oncle disait toujours que… – Très bonne journée, monsieur Trudoe ! Et joyeux Noël à vous ! Brisant là les désirs prolongés de conversation de cet insupportable compagnon de voyage, je me frayai un chemin dans les couloirs étroits, longeant les compartiments aussi vite que me le permettaient mes bagages. Un employé de la Boston & Maine Railroad vint à mon secours pour descendre de voiture, tandis que Harvey Trudoe agitait la main de l’autre côté de la fenêtre. Ce vieil excentrique à rouflaquettes m’avait poursuivi de son exubérante sympathie depuis le changement de Greenfield, me racontant par le menu le détail de son existence et celle de ses aïeux depuis l’arrivée duMayflower, ainsi que quantité d’histoires du folklore de la région. J’imagine que certains curieux auraient pu trouver un intérêt à ces histoires pittoresques, se situant dans une Nouvelle-Angleterre d’un autre temps, peuplée de créatures fantastiques, tourmentée de luttes familiales secrètes et hantée de malédictions poursuivant les individus sur plusieurs générations… Cela dit, en tant que clerc principal du cabinet d’avocats Brannigan & Steele, je me devais de repousser ces sornettes avec le plus profond mépris, dicté par une approche rationaliste de l’existence qui seule convenait à ungentleman urbain et éduqué du vingtième siècle. Par ailleurs, son débit de parole était insupportable de rapidité et j’avais la certitude que si le périple s’était prolongé de quelques heures, j’en serais venu à avoir des envies de meurtre. En remontant le quai de la gare, j’avais encore l’appréhension que Trudoe puisse me pourchasser pour me raconter de nouveau l’histoire de son ancêtre piégé par d’étranges créatures aux alentours d’Innsmouth, ou encore celle d’un cousin rendu fou par la simple lecture d’un antique grimoire découvert dans une plantation du Delaware. Grimoire qui aurait contenu dans ses pages une méthode magique pour ouvrir des portes vers d’autres univers. Il avait même prétendu que j’étais particulièrement en danger à compter de ce soir, car les nuits du solstice d’hiver étaient toujours peuplées de monstres horribles dans les endroits les plus reculés du Vermont. À en croire ses dires, je devrais porter une lame en argent, bénie par un prêtre, qui seule pouvait détruire les créatures de la nuit. Ridicule. L’employé de la Boston & Maine Railroad déposa ma valise dans la gare, avec bien peu de ménagement. Je lui tendis une pièce de dix cents qu’il empocha d’un geste vif dans son gilet usé et douteux, me remerciant d’un hochement de tête. J’étais loin d’Arkham, loin de Boston, loin de la civilisation. J’eus un moment d’étonnement en constatant que Trudoe n’était pas descendu du train. Brattleboro était le terminus de la ligne. Qu’attendait-il ? Je fus tiré de mes pensées par un inconnu qui appelait mon nom dans la gare. – Monsieur Wilmarth ? Desmond Wilmarth ? – C’est bien moi. Vous êtes envoyé par l’hôtel ? Mon interlocuteur répondit par l’affirmative, tout en ôtant sa casquette. Il me tendit une main douteuse de travailleur manuel, dans laquelle je m’empressai de fourrer ma valise.
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