Chroniques de la Zarbodimension

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Chronique de la Zarbodimension. Aller-retour. Tandis que son auto-radio ne parlait plus que de l’événement historique en cours, Arturo était bien occupé a éviter les nids de poule de ce satané chemin rural. Cela ne faisait que quelques heures qu'il était rentré dans son Italie natale et déjà il redoutait de devoir changer un pneu, et arriver en retard. En dépit de l'indigence de l'aménagement du territoire, la ferme de l'oncle Alessandro était en vue et lorsqu'il gara sa voiture dans l'allée, c'est Bobo le chien vieillissant de la ferme qui fit office de comité d'accueil. «Couché ! Balordo de chien ! Arturo ! Alors comment vas-tu ?S'exclama son maître quelques pas derrière. -Tu as l'air en forme Massimo !Dit l'automobiliste tout en serrant son cousin dans ses bras. -Et toi ! Regarde toi ! Ils t'ont laissé partir pour combien de temps les américains ? -Une semaine, après cela ils rallumeront le moteur atomique, donc ils me voudront dans les environs. -Tu ne peux pas faire cela par téléphone ? -Non, j'ai déjà fait cela une fois. Expliquer des manipulations techniques à des crétins à l'autre bout du fil, c'est vraiment quelque chose que je ne souhaite à personne. Est-ce que tout le monde est là devant le poste ? -Oui ! Papa, Maman, Daniela et les enfants. Ha ! Et le vieux Pietro, bien sûr ! -Toute la fine équipe en somme. -Et dis moi, quand retournes-tu au château ? Ce soir ? -Oui, ma mère est encore chez son amie en Suisse.
Publié le : mardi 14 juillet 2015
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Chronique de la Zarbodimension.
Aller-retour.
Tandis que son auto-radio ne parlait plus que de l’événement historique en cours, Arturo était bien occupé a éviter les nids de poule de ce satané chemin rural. Cela ne faisait que quelques heures qu'il était rentré dans son Italie natale et déjà il redoutait de devoir changer un pneu, et arriver en retard. En dépit de l'indigence de l'aménagement du territoire, la ferme de l'oncle Alessandro était en vue et lorsqu'il gara sa voiture dans l'allée, c'est Bobo le chien vieillissant de la ferme qui fit office de comité d'accueil. «Couché ! Balordo de chien ! Arturo ! Alors comment vas-tu ?S'exclama son maître quelques pas derrière. -Tu as l'air en forme Massimo !Dit l'automobiliste tout en serrant son cousin dans ses bras. -Et toi ! Regarde toi ! Ils t'ont laissé partir pour combien de temps les américains ? -Une semaine, après cela ils rallumeront le moteur atomique, donc ils me voudront dans les environs. -Tu ne peux pas faire cela par téléphone ? -Non, j'ai déjà fait cela une fois. Expliquer des manipulations techniques à des crétins à l'autre bout du fil, c'est vraiment quelque chose que je ne souhaite à personne. Est-ce que tout le monde est là devant le poste ? -Oui ! Papa, Maman, Daniela et les enfants. Ha ! Et le vieux Pietro, bien sûr ! -Toute la fine équipe en somme. -Et dis moi, quand retournes-tu au château ? Ce soir ? -Oui, ma mère est encore chez son amie en Suisse. Si je part ce soir, je devrais arriver en même temps qu'elle. » Sitôt la porte d'entrée franchie, Arturo se fit assaillir par sa tante Tiziana qui ne lui laissa aucun temps de répit : «Regardez le petit Artie ! Et comment était le voyage ? Et est-ce que tu te plais en Amérique ? Et est-ce que tu manges bien ? Et… -Oh ! C'est pas bientôt fini ce boucan ? On voudrait bien suivre ce qui se passe à la télé !Pesta l'oncle Alessandro de concert avec son ami Pietro. -Ton neveu que c'est lui qu'il a construit la fusée est là et tu n'écoutes que cette idiote de télévision ? -Bon, du calme tata, allons dans la cuisine, je vais t'aider à… -Ha non ! Cousin Arturo, moi je vais aider maman, toi tu t'installes et tu te reposes, on aura bien le temps de discuter plus tard. » Quelque peu soulagé de n'avoir plus rien à faire d'autre que s'installer et regarder le poste, il se reposa à côté de sa belle-sœur Daniela qui lui demanda tout bas afin de ne pas perturber les deux grincheux : « Tu as vraiment fabriquée cette fusée ? -Seulement le revêtement interne du moteur à fission NERVA, c'est le gros cylindre que l'on voit en bas lorsqu'ils montrent le plan du vaisseau Capricorn V. Cela permet de voyager très vite dans l'espace. -C'est pas dangereux avec les radiations ? -Pour les astronautes, non c'est plutôt les rayons solaires qui sont un problème. -Et pour nous, sur Terre ? -Les essais nucléaires aériens qui ont lieu de temps à autre sont plus un souci pour les terriens que les radiations émises par la fusée. En plus ce moteur n'est allumé que lorsque la fusée est déjà sur la trajectoire vers Mars, loin de la Terre. -C'est quand même incroyable qu'ils aient autorisé cela… -Nixon a juste eu à faire taire tous ceux qui étaient contre l'utilisation du nucléaire dans l'espace, et
avec les dossiers du FBI de Hoover, c’était assez facile. » Sur ces mots la télévision était en train de montrer le commandant Brubaker en train d'ouvrir le sas et se mettre en position pour descendre. « Venez tous ! Ils descendent ! »Hurla fébrilement l'oncle Alessandro. Le reste de famille qui n'était pas en train de regarder le poste se rassemblèrent afin de voir l'astronaute se rapprocher du sol Martien. « Je suis au sol, Mars est maintenant la nouvelle frontière de l'Humanité. » Ces mots qui feraient la une de la plupart des quotidiens le lendemain, étaient en passe d'envoyer aux oubliettes le fameux« Au nom de tous mes camarades du monde, je marche sur la lune »de Youri Gagarine prononcé 16 ans plus tôt. « C'est incroyable de pouvoir y assister en direct.Chuchota Daniela à Arturo -En réalité cela fait au moins 2 bonnes minutes que Brubaker a posé le pied sur Mars, les images ne peuvent pas voyager plus vite que la lumière. »Répliqua Arturo. L'histoire reteindra donc que aujourd'hui le 16 juin 1986 à 10:56 heure de Greenwich, l'Homme est sur Mars. Les images montrèrent ensuite Scobee, le pilote du module, devenir le second homme à marcher sur la planète rouge. Alors que les images montrèrent de nouveau le plateau de la RAI, le présentateur s'évertua à donner du temps de parole aux experts afin de permettre aux téléspectateurs les plus simples d'avoir une opinion préfabriquée sur cet événement. Arturo écouta un peu avant de rouler des yeux et se leva et se dirigera dehors. Pietro demanda à Alessandro s'il pensait que l'on parlerait du « gamin », avant de se concentrer pour savoir si le nom d'Arturo Manzoni serait cité aujourd'hui afin de passer à une plus grande notoriété que celle qu'il avait déjà par ses publications académiques.
Daniela rejoignit le fuséologue dehors. « Tu ne restes pas ? Tu sais… pour savoir si la télévision va parler de toi ? -Tu sais très peu de gens connaissent Enrico Fermi alors que sa contribution aux recherches nucléaires et à la création de la bombe atomique est considérable… Les Américains veulent que le monde entier sache qu'ils ne doivent leur réussite dans cette course à l'espace qu'à eux-mêmes. -Pourquoi cela ? -Car ils veulent communiquer sur le fait que les russes se sont abaissés à employer Wernher von Braun et les responsables de la conception des V2 de la dernière guerre. C'est juste idéologique. -Ils veulent vraiment que le monde les admire ? -Ils n'ont jamais pu digérer que les soviétiques leur dame le pion, surtout avec leur manque de budget, leur organisation inefficace, leur carences en matière de sécurité et le tout compensé par une chance insolente. -Tant que ça ? -C'est simple, la seule chose qu'ils ont perdue, c'est des chiens. Ça leur a valu l'ire des défenseurs des droits des animaux de tout le bloc occidental. -Et les américains n'ont jamais dénoncé leur manque de sécurité ? -Non, cela leur serait retombé dessus car leur premier astronaute, le commandant Sheppard, a fini dans une belle explosion à peine une minute après le décollage. On peut dire que les gens ne s'attendaient pas à une telle fin pour lui… -Comment sais-tu pour ces failles de sécurité ? -Ils s'espionnent copieusement les uns et les autres. J'ai pu discuter avec une personne en charge de surveiller les russes, et leur mission sur la lune est invraisemblable. Les gars ont failli ne pas pouvoir alunir et risquèrent de s'écraser, puis leur module est resté une heure de plus car un fusible ne fonctionnait pas correctement, ensuite ils étaient limite sur l’oxygène pour le retour car leurs ingénieurs avaient mal calculé et leurs parachutes de rentrée atmosphérique ont bien failli ne pas s'ouvrir à cause du système de chauffage défectueux. -C'est pour cela qu'il n'a a eu qu'une mission russe et plusieurs missions américaines alors ?
-Oui quatre missions exactement, une n'a pas eu assez de poussée, ce qui fait que les trois astronautes ont fait quelques tours de Terre avant de retomber dans le Pacifique. -Donc les cow-boys dans cette course, ce sont les russes ? -Oui, et je dirais que si Dieu existe, il a le sens de l'humour pour favoriser autant les cocos... » Les deux s'observèrent un moment avant qu'Arturo ne reprenne : « Ne le répète pas à tante Tiziana, elle n'aime pas que je blasphème, mon côté de famille n'est pas aussi assidu à la messe qu'elle le souhaiterait. -Ne t'inquiètes pas, c'est pas mon genre de cafter ». Daniela s'en retourna auprès de son mari et de ses enfants tandis que Arturo resta dehors, pensif.
Cette fois c'est sa tante qui vint le rejoindre dehors, et elle questionna : « Est-ce que tu manges bien en Amérique ? Et est-ce que tu as une fiancée ou une petite amie ? -Et bien, oui pour la première question, pour la seconde j'y travaille.Dit-il partiellement embarrassé mais quelque peu ravi que quelqu'un parle finalement d'autre chose que de la mission martienne. -Et ta mère ? Elle ne te demande jamais quand tu te maries et que tu auras des enfants ? -Parfois, mais elle est contente aussi que j'ai un travail intéressant, tu sais… -Et bien ne traîne pas trop, ça te fait quel âge ? Trente ans ? -Trente-deux, tata. Et je vais avoir plus de temps libre une fois que les astronautes seront revenus de Mars, promis. -Tiens, prends cela ! »La matriarche mit alors un billet de cinquante mille lires dans la main de son neveu avant de reprendre. « C'est pour tes faux-frais… Au fait tu apprécies toujours les fruits au sirop Arturo ? J'en ai préparé pour toi ! -Euh… Merci tata. -Allez, on passe bientôt à table » Arturo contempla un moment le billet, qui pourra certainement contribuer à un plein d'essence, avant de le glisser dans la poche de son pantalon.
Tandis que les deux rentrèrent à l'intérieur, il soupira. Pensant au fait qu'il n'aimait plus ce dessert autant qu'avant, mais ne voulant pas lui faire de peine, il mettrait son foie à rude épreuve pour montrer son amour familial, une fois de plus. Tiziana ne ménageait jamais ses efforts pour faire de ses repas, une satisfaction des ventres et des papilles. Ces saveurs traditionnelles firent particulièrement le bonheur de l'expatrié qui n'avait plus l'habitude d'être entouré de gens appréciant autant la gastronomie. Les discussions accompagnant ce repas allant de l'Homme sur la planète Mars, de la politique, du voisin qui est un communiste et ne va pas à la messe le dimanche, du vieux Stefano qui est un idiot car il vend ses terres à Alberto qui est un sagouin, ainsi que d'autres sujets non moins importants. Le seul moment trépidant fut quand pépé Alessandro fit tomber son verre sur le sol, lui faisant prononcer une litanie de malédictions pour le plus grand amusement des enfants de Massimo et Daniela.
Lorsque le repas fut terminé, les cousins firent leur petit rituel digestif : Le tour du domaine familial, cigare en bouche. « Alors, quand retournes-tu en Amérique ? -Sitôt arrivé tu veux déjà me voir partir ? -Non, ce n'est pas ce que je voulais dire, c'est que je voudrais savoir combien de temps tu comptes rester dans les environs…Bredouilla Massimo. -Haha, j'adore te titiller, Je passe voir ma mère et Alfredo pour vérifier que tout va bien au château, puis je repasse ici dans deux ou trois jours. Je dois rendre la voiture avant de repartir en Amérique. -Concernant Alfredo, tu ne veux pas t'en séparer ? Je veux dire… Pour avoir voulu te tirer dessus ? -C'est de l'histoire ancienne et il avait voulu me protéger, donc non, il restera mon domestique.
-Tu es très conciliant, moi je l'aurai foutu dehors avec un coup de pied au cul depuis longtemps. -Il est unique, et je ne m'en séparerai pour rien au monde, fin de la discussion. » Un moment de silence plomba la promenade avant que Massimo reprenne avec un sujet plus léger : « Sinon, ils vont rester longtemps tes astronautes sur Mars ? -Deux mois pour l'aller, deux mois et dix jours pour le retour ainsi que trois jours pour les opérations sur la planète. -Et sinon, il n'ont jamais envie de… -Pour ça ils ont une pilule qui contient des substances psycho-actives semblables aux contenus des fioles que l'on donnait aux soldats pendant les deux dernières guerres.Coupa Arturo. -Donc ils ont pas envie ?Continua le cousin sur un air de curiosité un tant soit peu déplacé. -Non et ça vaut mieux pour tout le monde. De toutes façons je vois mal la NASA inscrire un porno intersidéral sur l'inventaire de la dotation de l'équipage. -Ha… »Répondit benoîtement Massimo avant de se taire pour le reste de la ballade.
Lorsque le moment de partir arriva pour le fuséologue, les adieux furent longs comme dans toute retrouvaille trop courte. Quand enfin il put prendre place dans la voiture, Daniela lui fit signe tout en venant vers lui, baissant la vitre il demanda : « Oui ? -Avant que tu partes je voudrais savoir, est-ce que tu crois en Dieu ? -Voilà une drôle de question de dernière minute. Disons que je ne peux pas dire s'il existe ou s'il n'existe pas... -Et les extraterrestres ? -Par contre ça, j'y crois beaucoup plus. -Et pourquoi ? Tu en as vu avec ton travail ? » Arturo prit le temps de bien regarder aux alentours avant de faire un signe de la main pour rapprocher Daniela avant de reprendre. « En fait dans une grotte sous le château, il y a un vieux vaisseau extraterrestre, et je n'ai fait que m'inspirer de celui-ci pour mes recherches. Mais c'est un secret. -Ha bon ?Fit-elle éberlué. -Et oui ! » Les deux se regardèrent, avant qu'elle ne lui tape sur l'épaule. « J'en ai marre que tu réussisses à m'avoir en me disant des bêtises avec ton air sérieux ! » Les deux rirent une dernière fois avant qu'Arturo ne démarre, s'engageant avec prudence sur le même chemin délabré tout en murmurant : « Si tu savais Daniela... ».
Bunyip.
Jérôme était en train de le fusiller du regard, lui et tous ses semblables. Malgré les infinies précautions pour ne pas le froisser, ceux-ci avaient bien du mal à faire valoir leur point de vue sans le faire vociférer. « Et depuis quand les gens savent ce qu'ils veulent ? Hein ? Depuis que je suis là et grâce à mes décisions, il n'y plus de faim dans le monde, les spéculateurs ont été liquidés en public et leurs fortunes saisies au profit du peuple. Oui vous êtes les muscles de ce système mais la tête c'est moi ! Chacun son rôle et les vaches seront bien gardées ! -Loin de nous l'idée de te conseiller Jérôme, comme tu le sais nous sommes là pour obéir. Mais nous nous demandions si ce ne serait pas le moment de déclarer la fin de la « purge des salauds » et de cette quasi loi martiale afin de rassurer le peuple. Vous aviez promis que nous allions régresser en nombre car notre tâche était bientôt terminée, mais 3 mois se sont écoulés et vous ne nous avez pas encore donné d'ordre allant dans ce sens. -Il reste encore des ennemis qui feront tout pour que ça redevienne comme avant ! Il est normal que je sois prudent ! Voilà c'est clair, net et précis ! Maintenant tu te tais ! ». Les doubles firent une révérence et quittèrent la pièce, laissant le jeune homme seul. Il s'affala dans son fauteuil et continua de se siffler son Krug, depuis que les hommes les plus riches et les plus puissants du monde avaient été traité par ses soins, les plus grandes cuvées de champagne s'en trouvaient accessibles voire bradées. Marmonnant contre ses doubles et leurs tendances à donner leurs avis, il essaya de se rappeler du temps où existait cette sensation grisante de montée en puissance.
A l'époque il occupait un modeste poste d'employé de banque qu'il avait obtenu grâce aux bonnes relations qu 'entretenait son père et le directeur de l'agence. Il passait dorénavant la plupart de ses soirées chez lui devant son écran à s'informer sur ces sites parlant de complots, de nouvel ordre mondial et de politiciens corrompus s'y soumettant. Sur ces sites, de brillants orateurs prêchaient de bonnes idées pour une vie meilleure, basée sur un retour aux anciennes valeurs, voire vers un monde rural idéalisé. Ce jour là, après une détestable journée passée à négocier avec ses clients à découvert, il se sentit une fois de plus comme ces révolutionnaires en chambre, ces guerriers de l'Internet et attrapa un vieux boomerang, souvenir d'un voyage de son père en Australie, prenant la poussière sur un meuble. Après avoir bien attaqué le pack de bière, il s'imagina devant un de ces gens du nouvel ordre mondial. Tel un Zorro de pacotille, il lança l'ornement contre le mur le cassant en deux. « Merde ! » hurla-t-il avant de rigoler devant sa propre sottise, comme pour s'absoudre de ce geste. Cependant en revenant vers ses dives bouteilles, il ressenti comme une présence et, se retournant, eu l'impression qu'une forme était en train de se dessiner. Une voix féminine sembla venir de cette présence intangible : « Enfin libre ! Merci homme, ta beuverie m'a libérée... » Posant sa bouteille afin de ne pas empirer sa berlue il lâcha : « C'est quoi ce bordel ? Z'êtes quoi ? -Quelle élégance... On me donne beaucoup de noms mais pour toi, ce sera Bunyip, pour faire simple je suis un esprit du monde. -Vous étiez coincée dans ce boomerang ? -Dormante seulement, j'ai été mise en sommeil par le maître et je ne devais me réveiller que dans quelques années quand l'objet serait détruit. » Jérôme regarda la forme se matérialiser durant la discussion, elle avait une apparence d'adolescente à la peau sombre, des cheveux argentés et était dans une position de yoga, elle poursuivit : « Dans un moment j'aurais assez récupéré pour retourner sur mon domaine, je vous fais confiance
de ne pas raconter à d'autres ce que vous avez vu. De toutes façon, avec ce que vous avez bu on vous prendra pour un fou. -Et vous avez des pouvoirs ? Genre faire pousser des forêts en une nuit ? Des tremblements de terre pour détruire les usines qui polluent ? Si vous êtes un esprit du monde vous devriez pouvoir faire ça ! -Je pourrais, mais pourquoi faire cela ? -Pour sauver la planète et punir les salauds qui la polluent ! -Si vous polluez votre monde vous vous infligez la punition de vous même, je n'ai pas besoin d'en rajouter. -Ben non justement c'est ces pourris du nouvel ordre mondial, il polluent partout pour des profits et ils vivent loin de toute cette merde ! -Et bien dites leur d’arrêter cela car cela finira par les atteindre. -Mais ils entretiennent ce système avec la consommation et tout, ils complotent ! -Trouvez la force de les vaincre afin d'imposer un ordre plus juste dans ce cas. Sont-ils si nombreux ? -Non, mais ils tiennent la télévision et les gens la regardent. -Dites aux gens d'arrêter de la regarder alors. -C'est trop long, y'a trop de monde et ils sont trop bêtes pour arrêter ! -Changer les habitudes d'une population est très long dans tous les mondes que j'ai visité. De plus, votre souci serait plus la nature de votre race et son rapport au pouvoir. -Ben non, moi si je l'avais ça serait mieux il n'y aurait pas de pollution d'abord, pas d'inégalités, rien ! Moi je ne suis pas un salaud je suis un gars normal ! » Bunyip regarda l'homme arborant maintenant un sourire empreint de suffisance et commença à chercher quelque chose dans sa besace. « Très bien, si vous insistez, voilà de quoi réaliser vos rêves, dit-elle en sortant une sorte de graine afin de la donner au jeune homme. -C'est quoi ? -Une graine de vous, si vous décidez de la planter elle vous permettra de prendre le pouvoir et ainsi vous pourrez changer votre monde. -Comment ça ? -Je vous laisse la surprise j'ai assez récupéré pour partir maintenant, vous découvrirez que le plus difficile dans le pouvoir c'est d'y renoncer pour le bien de tous. » La jeune fille se mit à rayonner brièvement et disparu de la pièce dans un éclat de lumière, laissant Jérôme avec la graine dans sa main. Regardant cette graine de la taille d'un bonbon, il décida de faire comme si il ne s'était rien passé avant de jeter la graine dans la poubelle et se coucher.
« Jérôme ? » Cette voix poussa l'adrénaline du jeune homme, c'était la voix la plus terrifiante qu'il ait entendue : la sienne ! Se retournant il vit son double et poussa un cri de surprise. Sa copie le rassura : « Calme toi, je suis le fruit issu de ta graine. -Le truc que j'ai jeté à la poubelle ? -Oui Bunyip l'esprit du monde m'a créé afin de satisfaire ton désir de changer le monde. » Jérôme se mit lui même une baffe afin de voir si c'était vrai. Son double lui répondit : « Oui c'est bien réel. -J'ai besoin d'un café. » Dit-il dépité. Sur ces mots il se leva, prépara son breuvage matinal, se fît porter pâle auprès de son travail et s'installa afin de discuter avec son double : « Café ? -Je suis un végétal avec ton apparence, nous n'avons pas besoin de nourriture ou de boisson à part un peu d'eau de temps en temps.
-Et tu sais faire quoi ? Tu peux déclencher des tempêtes ? Des tremblements de terre ? -Non je fais d'autres graines, une quinzaine par heure et je les dissémine. Ma graine était grosse car elle avait besoin de prendre des renseignements sur ton apparence mais maintenant les nouvelles semences sont comme des aigrettes de pissenlit, elles vont voyager loin et chaque nouvelle graine générera d'autres graines. -Et avec autant de mes doubles vous comptez faire quoi ? Un nouveau Woodstock ? -D'ici la fin de la journée nous serons plusieurs millions, et à la fin de la semaine nous aurons sûrement pris le contrôle du monde et obtenu l'adhésion des gens. -Comment vous allez faire ça ? En marchant sur les lieux de pouvoir avec votre horde et en cassant tout ? Pas question ! En tout cas pas avec ma gueule ! -Nous n'allons pas tout casser, juste occuper les lieux de pouvoir et neutraliser par notre nombre, quand au soutien populaire nous avons une botte secrète : nous pouvons synthétiser tout ce que votre flore peut faire, y compris des fruits et légumes ainsi que des substances euphorisantes. -Et vous n'avez pas peur de mourir ? En face ils ne vont pas laisser faire, ils vont pousser les gens à se rebeller contre vous sans parler des militaires... -Nous partageons la même conscience et sommes reliés en permanence par la pensée, vos militaires ne pourront pas tous nous détruire ou du moins nous serons en mesure de remplacer plus qu'ils ne pourront détruire. Par contre il faudra obtenir l'adhésion des peuples autrement que par nos drogues, mais j'ai une idée. -Et bien vas y, explique. -J'ai vu que en martelant des informations sur vos media il est possible de gagner l'approbation du plus grand nombre, de plus grâce à nos capacités, nous allons nous occuper des dégâts de la pollution ainsi que donner fruits et légumes gratuitement. -C'est bien, mais comment allez-vous expliquer que l'on se ressemble tous ? -Simplement, en disant ce que nous sommes. -Quoi ? Mais c'est idiot ! -Bien sûr nous dirons que nous sommes une expérience du gouvernement qui visait à contrôler la population mais que nous avons un cœur et que la domination n'est pas notre affaire. Une fois le peuple de notre côté et le pouvoir entre nos mains nous pourrons commencer à changer le monde selon tes vœux. -Ton plan à l'air quand même simpliste. -Et pourtant, il va marcher, je te le garantis. »
La reproduction des « graines de Jérôme » se fit de manière exponentielle, et en moins d'un mois les clones avaient envahi la planète, les gouvernements tentèrent d'arrêter cette horde mais en vain. Les gouvernements acceptèrent de collaborer ou furent dissous, littéralement, par un puissant suc végétal. Lui et ses clones devinrent de facto maîtres du monde. Avec les fonds qu'il avait pu récolter de la liquidation des anciennes élites , il fit l'acquisition de plusieurs propriétés à travers le monde afin de servir de refuge à ses clones, dont une grande maison pas loin de sa ville natale, sans grand luxe mais spacieuse avec un équipement informatique de pointe. Il s'y installa en relative discrétion afin de contrôler son empire. Lorsque tout fut sous contrôle, il ordonna des réformes : démanteler une bonne partie des armements, interdire la spéculation boursière, faire une traque impitoyable à l'évasion fiscale des grandes entreprises, investir dans l'éducation, ainsi que toute autre politique chère aux idéalistes.
Hélas pour le jeune homme, il donna tous ces bienfait d'un seul coup en faisant en sorte que tout soit fait au plus vite au lieu de dispenser lentement les bienfaits comme le recommandait Machiavel. Très vite il y eu de plus en plus de gens refusant la présence même de ces clones qui malgré leur bienveillance devinrent la cible d'attaques sournoises, verbales et physiques. Bien que ses clones l'assurèrent que la mort de l'un d'entre eux n'était pas un problème, le nouvel empereur décida de traquer et réduire ceux qui s'attaquaient à ses semblables en bouillie. Lorsque ces exécutions sommaires furent découvertes, les manifestations devinrent des émeutes, les
gens voulaient que ces clones disparaissent et de manière générale, les gens ne pouvaient pas accepter les exactions de ces mystérieux clones malgré les autres bienfaits évidents.
Durant les deux années qui suivirent, il ordonna une répression des terroristes mais rien n'y faisait, pour un qui tombait une dizaine prenait la relève. « C'est parce que nous ne sommes pas légitime, ajouta le double. -Mais nous sommes légitimes ! Nous leur avons tout donné ! -Oui, mais nous nous sommes imposés par la force. Certes beaucoup s’accommodent de l'ordre nouveau mais à moins de dire ouvertement au monde que nous serons là pour toujours et décrété un couvre feu... -Sûrement pas, j'ai mis à bas ces vieux oligarques, il est pas question de remplacer une dictature par une autre ! Et il est trop tôt pour que vous partiez -Bien, mais n'oublie pas que gouverner c'est choisir entre deux mauvaises décisions. » Jérôme continua se siroter son breuvage sans plus prêter attention à son clone, il regarda juste l'heure et soupira.
Sur ces entrefaites, dans une voiture en direction de la maison, un clone en pleine discussion avec une jeune femme : « Nous sommes bientôt arrivés mademoiselle. -Je suis impatiente de le voir. -Je vais vous faire un confidence, lui aussi... »
Dans la pièce du maître le clone principal ouvrit ses yeux et déclara : « Lætitia est arrivée. Que veux-tu que nous fassions ? -Amenez-là dans ma chambre. » Tandis que le jeune homme partait faire un brin de toilette, les clones s’affairèrent auprès de la jeune femme de 25 ans ce qui était plutôt âgé par rapports à celles qui étaient invitées ici. Les doubles étaient en plus d'être une armée, un formidable réseau de rabattage pour la plus grande satisfaction du maître. Après une enquête dans les grands réseaux sociaux, et un peu d'espionnage à l'ancienne, les candidates devaient laisser tous leurs effets personnels en échange d'un simple peignoir afin de s'assurer que la demoiselle ne portait aucun objet susceptible de troubler la confidentialité des lieux. Ces vérifications effectuées les clones firent entrer la jeune femme dans la chambre. Jérôme la scruta, et senti en elle de la présence comme on en a rarement. Elle le salua et demanda si elle pouvait s'asseoir près de lui, cette fausse timidité la rendait craquante et le maître des lieux l'invita bien volontiers près de son bureau. La conversation fût longue et intéressante pour les protagonistes, la soirée se termina par une bête à deux dos et une bonne nuit de sommeil. Au petit matin il regarda son visage, arrondi avec des joues saillantes, ses yeux noisettes ainsi que ses cheveux courts châtain clair. Celle-là semblait avoir quelque chose en plus, pas comme les autres minettes sans cervelle et sans lendemain, peut-être était-elle celle qui pourrait partager vraiment sa vie pesante au sommet de la hiérarchie planétaire. Les deux continuèrent leur discussion et le maître du monde avoua qu'il était plus que le gouverneur général des clones sans lui avouer son vrai rôle. Il lui promit monts et merveilles, voyages, vêtements et bijoux et ces promesses dessinèrent un sourire sur son visage qui ne faisait que le rendre plus beau.
Il lui tourna le dos afin de chercher sa sonnerie afin d'appeler son double et brusquement le bras de la jeune femme s'enroula autour de son cou tandis que l'autre main agrippa sa mâchoire. L'homme satisfait n'étant pas sur ses gardes, son dernier geste fut de presser le bouton d'appel en même temps que sa nuque de brisa.
Tandis que le premier clone entra, il vit son maître hoquetant encore nerveusement. Le temps de voir si il pouvait le sauver il était déjà trop tard et tandis qu'une dizaine d'autres doubles envahirent la pièce, entourant la femme, celle-ci se tenait debout, à côté du lit entourée d'un drap. Les clones l'encerclèrent tout en la toisant du regard. Elle savait qu'aucune technique de combat apprisses aux services spéciaux ne pourrait venir à bout d'autant de ces monstres.
Consciente que sa fin était proche, elle s'attendait à tout moment à devenir une humaine liquide. Mais ses ennemis prirent son apparence, en tout point. L'un de ses doubles expliqua : « Dans le cas où notre maître viendrait à disparaître sans nommer de remplaçant, la personne la plus proche de lui doit prendre la relève, tel est notre directive. » Surprise non seulement de savoir que la mort n'était pas pour tout de suite et de sa soudaine promotion elle enfila le peignoir que l'un des clones avait amené à son attention. « Et si je vous demande de disparaître pour toujours ? Demanda la jeune femme. -Nous le ferons, voulez vous que nous le fassions maintenant ? -Non ! J'ai quelques petites choses à vous faire faire avant. -Bien sûr, votre verbe est notre ordre. »
Loin de là dans une autre dimension, Bunyip l'esprit de la nature était en train d'observer la scène dans son étang de clairvoyance. Elle fit s'évanouir cette vision d'un mouvement de bras et partit, le sourire en coin. « Ce n'est que le début... ».
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