Histoires Fantomatiques

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Ils sont hantés par des bruits de pas dans un bureau inoccupé ou par une empreinte de paume sur une vitre embuée. Ils sont terrorisés face à une maison de sable dans un village autrefois paisible, par une clause de vingt-quatre heures rédigée dans un testament.
Hantés, chacun à leur manière.
Le monde des esprits s’offre une excursion dans celui des vivants. Qui sait si les bouts d’ectoplasmes égarés entre ces pages ne vous hanteront pas, vous aussi ?
Vous avez apprécié Aude Réco dans la nouvelle Daddy parue chez L’ivre-Book, vous allez être possédés par son recueil « Histoires fantomatiques ».
Publié le : mercredi 10 décembre 2014
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Nombre de pages : 39
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Histoires fantomatiques

 

 

 

 

 

 

Aude Réco

 

 

 

 

 

 

 

 

Éditions L’ivre-Book

DADDY

 

 

Le silence.

Magdalen ouvre les yeux. Les dimanches matins sont toujours silencieux et, aussi loin qu’elle se souvienne, elle les déteste. Les rues désertes en allant chercher du pain à la boulangerie du coin. Les quelques voitures qui passent si près que deux bras pourraient en jaillir pour vous kidnapper.

Petite, le père de Magdalen l’envoyait chercher des croissants frais. La peur au ventre, elle traversait la rue, les yeux rivés sur le macadam de crainte de croiser un regard malfaisant. Magdalen enfant ne parlait jamais aux inconnus, ne levait jamais la tête vers eux. Elle restait muette comme une carpe et filait droit devant. Elle avait appris à trembler sous la menace, à trembler sous la menace, sous un haussement de ton. Elle était petite. Si petite. De son père, elle n’avait gardé qu’une bouteille à peine entamée de son whisky favori. Finalement, cette saloperie avait eu raison de lui. Magdalen venait d’avoir huit ans, et les coups de la veille commençaient à bleuir sa peau de porcelaine, pâle et fragile.

Une larme roule sur sa joue ; elle l’essuie d’un revers de manche avant de se redresser dans son lit. Le vent cingle les volets, un roulement de tonnerre retentit au loin. Une sacrée tempête s’amorce, il est grand temps de passer à la boulangerie.

Magdalen se lève d’un bond, brosse ses longs cheveux roux et enfile ses vêtements – une robe d’été à ras du genou couplée à un boléro. Une fois ses ballerines aux pieds, elle quitte la maison, héritage de sa mère. Fidèle à ses habitudes, elle rejoint le trottoir d’en face, le nez vers le sol, un parapluie ouvert. Autour d’elle, les rares personnes présentes ne portent pas de parapluie et, surtout, l’observent du coin de l’œil. Du moins, elle le pense. Elle surprend une bribe de conversation ; une première bonne femme glisse à l’autre que Magdalen n’a plus toute sa tête. Elle feint de ne pas avoir entendu. Un éclair fend le ciel, rappelant à la jeune femme combien il est urgent qu’elle rentre. L’orage la terrifie et lui rappelle les colères passées de son père. Sa baguette à la main, elle frissonne en regagnant à la maison.

Aussitôt la porte d’entrée refermée, des bruits de pas se font entendre à l’étage, comme si quelqu’un marchait de long en large. Magdalen se fige. Voilà que ça recommence. Juste au-dessus se situe le bureau, ou plutôt, l’ancien bureau de son père. Elle déglutit avec difficulté puis se dirige vers la cuisine, faisant comme si de rien n’était. Chaque fois que de curieux évènements se produisent, elle s’efforce de garder son calme et de poursuivre sa besogne en cours afin de ne pas trop y penser. La plupart du temps, ce n’est qu’après coup que son esprit se focalise sur les faits. Jusqu’à devenir une obsession.

Elle se prépare un petit-déjeuner. Depuis le plan de travail, elle entend à peine les pas. C’est suffisant pour lui mettre la pression. Là-haut, on continue de marcher, de faire les cent pas.

Magdalen n’a plus ouvert cette pièce depuis la mort de son occupant. Sa mère l’avait condamnée après avoir jeté tout ce qui appartenait à son mari. En cachette, l’enfant avait dérobé la bouteille dans la poubelle pour la conserver précieusement dans un meuble et qui lui rappelait qu’on ne peut pas faire du mal aux autres toute sa vie.

Les pas cessent tout à coup. Magdalen pousse un soupir de soulagement. La dernière fois, ceci n’avait duré qu’une poignée de minutes, le temps de réaliser que tout était déjà fini.

Elle se laisse tomber sur une chaise. Le phénomène empire depuis plusieurs semaines. Quand elle était petite, il lui arrivait d’entendre du bruit dans le bureau, mais comme sa mère lui défendait d’aller voir, elle n’avait jamais su ce qu’il se passait. Aujourd’hui, sa mère appartient à l’autre monde. Rien ne l’empêche de vérifier par elle-même, d’ouvrir la porte et de… ressasser le passé ? Non merci. Elle secoue la tête, dépassée. Plusieurs fois, elle a envisagé de déménager avant de se résigner. Elle tient à entretenir cet héritage ; sa mère le lui avait demandé sur son lit de mort. Tout quitter reviendrait à la trahir, alors elle s’accoutume à la présence inexpliquée qui hante le bureau. Magdalen ne croit pas aux fantômes. Ceux-ci n’existent que dans l’imaginaire collectif, prennent vie grâce aux histoires que l’on raconte sur eux. Les morts le restent et c’est beaucoup mieux ainsi.

L’orage approche, déchirant le ciel. Une averse tombe sur la petite ville. La jeune femme jette un coup d’œil par la fenêtre du salon. Dehors, quatre jeunes passent sans se préoccuper de la pluie. Ils rient de bon cœur. L’un d’eux se tourne vers la maison et grimace en apercevant Magdalen derrière son rideau. Elle se retire aussitôt. Les gens adoptent un comportement étrange autour d’elle. Forcée de s’y habituer, il lui arrive de ne plus y prêter attention. Ça, c’est quand tout va bien et que l’inconnu du bureau ne se manifeste pas.

Les jours défilent, tantôt calmes, tantôt ponctués de phénomènes étranges qui passent presque inaperçus. Un matin, Magdalen surprend des pleurs d’enfant en passant devant le bureau. Elle s’arrête un instant. Une voix tonitruante la fait sursauter.

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