L’HÉRITIER

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En se lançant à la poursuite des kidnappeurs de sa sœur, Fulca ne se doutait pas que sa vie, déjà peu ordinaire, allait être bouleversée par la découverte d'un autre monde, insoupçonné, peuplé d'humanoïdes aux pouvoirs inouïs, et dans lequel, pour survivre face aux nombreux et terribles ennemis qui se dresseraient contre lui, il allait devoir assumer sa destinée, quelle qu'elle soit. Sera-t-il à la hauteur ?
Publié le : dimanche 16 août 2015
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L'Héritier
elle n’y est pas très clémente.
‒ J’y vais maintenant ?
‒ C’est quand tu veux.
Fulca s’apprêtait à prendre Registella quand
Istar lui indiqua qu’il n’avait pas besoin d’elle.
‒ Mais je vais mourir sans elle ; je ne suis fort
qu’avec elle !
‒ Si tu la prends avec toi, cet entraînement
ne servira plus à rien puisqu’avec elle, tu pourras
surmonter tous les obstacles. Du moins, à peu près
tous..., rajouta-t-il d'un air mystérieux.
Exhalant un grand soupir, Fulca vint se poster
devant la forêt. Il hésitait toujours quand Istar,
impatienté par l’hésitation probante de son élève,
l'y poussa d’un coup de pied aux fesses.
Il y entra en tombant face contre terre.
L'environnement passa ainsi d'une luminosité
élevée à une inquiétante pénombre accompagnée
d'un silence presque surnaturel.
Le jeune Aquarion se releva péniblement, très
mécontent des méthodes expéditives de son
maître, et scruta la forêt d’un œil
rapide. Apparemment, il n’y avait personne. Il
décida d'aller de l'avant, sans savoir où il se
dirigeait. Fulca avait l'impression que chaque
arbre, chaque branche, chaque feuille, venait à sa
rencontre en s'allongeant pour lui faire mal, et s'il
n'avait, pour l'instant, rencontré aucun animal sur
son chemin, il en avait néanmoins entendu rugir si
bruyamment qu'il s'était enfui à plusieurs reprises.
Ces continuelles fuites entre les arbres lui avaient
laissé de nombreuses estaflades et autres
blessures.
Après de longues heures de marches
fuyantes inutiles et répétées, il tomba sur une
93Hirvin PENA-PITRA
clairière un tant soit peu illuminée par Unda. Là, il
s'arrêta et s'appuya sur un tronc d'arbre pour se
reposer, les sens en alerte. Il resta ainsi très
longtemps, guettant d'incertains prédateurs. Mais
bientôt, la faim vint à bout de sa peur, et il décida
de partir à l'aventure pour trouver de quoi manger.
Il ne savait pas quelle heure il était, et le temps
s'assombrissait davantage. Le jeune Aquarion
suspectait Unda d'avoir laissé place aux deux lunes
pour plonger la forêt dans une obscurité presque
totale.
Apeuré et complètement perdu, Fulca eut le
bon sens de ne pas continuer ses recherches et de
grimper sur une branche haute pour, espérait-il, y
dormir dans une paix relative. Le sommeil lui
échappa de nombreuses heures encore au cours
desquelles il afûta une pierre déjà tranchante
ramassée auparavant.
Quand le sommeil le prit enfn, sa pierre
ressemblait presque à un couteau. Son réveil fut
des plus horribles. Il avait rêvé qu'il était dans le lit
douillet de sa chambre chez Elisa ; que sa mère
entrait subitement dans la pièce pour le rassurer,
lui dire que tout allait rentrer dans l'ordre et,
qu'enfn, tout cela n'était qu'un mauvais rêve. La
désillusion fut si terrible qu'il
tomba de la branche, la tête en premier.
Heureusement pour lui, la branche n'était
pas très haute, et il s'en tira avec une grosse bosse
sur le crâne et un mal de tête persistant. Son moral
était au plus bas. Son estomac lui rappela alors
qu'il n'avait pas travaillé depuis pas mal de temps
et qu'il commencerait à se rouiller s'il ne lui
donnait pas de quoi faire. Cela se confrma d'une
manière assez bruyante par une succession de
94L'Héritier
borborygmes.
‒ Bon, il faut que je me trouve à manger.
Mais quoi ? Je n'ai pas rencontré un seul animal
depuis mon arrivée en ce lieu sordide, et les
champignons que j'ai vus ne m'avaient pas paru
comestibles. Oh, mais comment je me suis
retrouvé dans ce pétrin ! pesta-t-il en reprenant sa
route.
Trébuchant maintes fois, mais se relevant
toujours, il continua à errer dans la forêt,
souhaitant voir apparaître un monstre qui puisse
au mieux lui fournir de quoi se sustenter, au pire le
délivrer de sa vie. Il fnit par retrouver la clairière
de la veille et, péniblement, s'assit de nouveau sur
le même tronc d'arbre.
Il vit fnalement de longs et droits
champignons bleus qui ne lui paraissaient pas non
plus comestibles, mais malgré tout et faisant f de
toute prudence, il se leva pour en arracher une
bonne poignée afn de les déguster. Un insecte vert
et bleu ressemblant à une abeille le devança et
vint se poser sur l'un d'eux. Une seconde plus tard,
l'hyménoptère tombait au sol, inanimé. Le jeune
Aquarion sut que si l'insecte n'avait pas été là,
c'est lui qui serait mort. Il crut qu'il allait pleurer,
mais les larmes ne vinrent pas ; seuls ses poings
martelaient le sol de désespoir.
Tout ce rafut attira pourtant un bien grand
monde, et d'un coup, Fulca se rendit compte qu'il
était entouré d'animaux étranges, aux couleurs
chatoyantes, mais aux yeux meurtriers. Il cessa de
martyriser le sol, les poings en sang, et se releva
aussi lentement qu'il put. Il n'avait aucun moyen
d'échapper à cette assemblée animalière qui se
tenait là, hautaine, comme
95Hirvin PENA-PITRA
des juges qui jetteraient à l'accusé des regards
dans lesquels on pouvait deviner une sinistre
sentence. Fulca était anéanti, n'ayant même plus
la force de s'enfuir.
Soudain, une silhouette plus grande que les
plus petits arbres environnants se détacha de ceux
qui étaient tordus. Fulca vit apparaître une créature
ressemblant en tout point aux monstres de ses
cauchemars : c'était un dragon, recouvert
d'écailles bleues et aux yeux or luisant de haine.
Sa tête de lézard s'avança et grogna si
bruyamment que Fulca se mit à genoux,
pressentant les soufrances que lui ferait endurer
ce monstre.
Ses énormes grifes raclèrent le sol et sa
gueule garnie de crocs étincelants s'ouvrit pour
laisser échapper un torrent de fammes rouge
sang. Les réfexes de survie reprirent le dessus sur
la peur viscérale qui enserrait le ventre du jeune
adolescent. D'un bond, il sauta sur le côté, évitant
de peu l'incinération. Le tronc d'arbre sur lequel il
était assis il y a peu, réduit en cendres qu'il reçut
partiellement au visage, le renseigna sur son futur
état s'il ne trouvait pas rapidement un moyen de
sortir de là.
Les autres animaux observaient ce spectacle
cachés derrière des arbres, attendant patiemment
la mort de l'intrus. Fulca eut tout juste le temps de
rouler sur le côté qu'une famme longue de
plusieurs mètres ft disparaître l'herbe sur laquelle
il se trouvait il y a de cela un centième de
secondes. S'il continuait ainsi, il fnirait tôt ou tard
brûlé, déjà qu'il n'était pas au mieux de sa forme.
Prenant son courage à deux mains, il imagina en
un temps éclair une boule d'eau qui apparut
96L'Héritier
instantanément dans sa main droite et la lança sur
la gueule béante de l'animal.
La boule d'eau n'atteignit même pas le
dragon qui avait anéanti cette inintelligible action
d'un soufe ardent. L'animal commençait à
s'impatienter. Il s'élança toutes grifes dehors sur
sa frêle proie. Le jeune Aquarion sauta plus haut
qu'il ne l'avait jamais fait et se retrouva hors
d'atteinte de l'action, mais le
temps de retomber sur le sol permit au monstre
d'envoyer un jet de famme infernal. Il était trop
tard pour esquiver, son seul salut résidant dans la
contre-attaque. Le jet le frappa de plein fouet. Les
animaux de la forêt reculèrent face à tant de
férocité. C'en était fni du jeune Aquarion. Le
dragon se retourna nonchalamment et se dirigea
vers le lieu d'où il sortit.
Quelle ne fut pas la surprise de la bête quand
elle entendit la voix pleine de déf du jeune garçon
qui aurait dû être cramé par son soufe. Le dragon
se retourna et constata que Fulca avait disparu de
son champ visuel. Soudain, l'animal sentit un corps
se poser brutalement sur son dos. Il poussa un
rugissement de rage quand il vit les mains de
l'Aquarion entourer son long cou reptilien et le
serrer avec une force insoupçonnée. Il essaya en
vain de se débarrasser de lui, tournant dans tous
les sens pour désarçonner ce dragonnier imprévu.
Mais Fulca n'était plus le même maintenant. Celui
qui craignait avant même d'avoir essayé était mort
dans ce torrent de fammes. Désormais, il ne
reculerait devant rien.
Devenu complètement fou, le dragon cracha
ses fammes indistinctement, espérant peut-être
atteindre son adversaire, mais enfammant bien les
97Hirvin PENA-PITRA
alentours. Le feu se propagea rapidement aux
arbres, faisant fuir les autres animaux. À ce
rythme-là, ce serait bientôt toute la forêt qui serait
en cendres. Réagissant au quart de tour, Fulca
serra plus fort le cou, provoquant le rugissement
étranglé de douleur de la bête. Au bout de
quelques minutes, celle-ci ne se débattait plus,
n'ayant plus assez d'oxygène pour combattre ce
surprenant adversaire. Le jeune Aquarion desserra
son étau autour de la bête qui s'écrasa
lourdement sur le sol calciné.
Désormais entouré par un cercle de fammes,
Fulca ne pouvait plus s'échapper. Mais cela n'avait
jamais été son intention. Plus jamais. Il sentit, de
façon inhabituelle, une puissante énergie jaillir en
lui. Il tendit les bras en direction du brasier
menaçant. Des hydroboulets, des projectiles
sphériques d'eau, sortirent de ses mains et
éteignirent l'incendie en un clin d'œil.
L'incendie était éteint et la forêt sauve. Un
peu fatigué par tant de dépense énergétique, Fulca
s'assit à côté du dragon qui, respirant par
saccades, regardait avec admiration ce gamin qui
avait osé le défer. Alors, au plus grand étonnement
du jeune Aquarion, de nombreux animaux de la
forêt surgirent de tous côtés et, dans un vrai
hommage muet au courage de Fulca, inclinèrent
humblement leur tête. Même le dragon bleu baissa
son museau, et Fulca se surprit à lui caresser
celuici dans un geste d'amitié.
‒ Bon eh bien, je crois qu'il est grand temps
que je rentre chez moi. Adieu, les amis, et merci
pour tout, s'écria Fulca en s'inclinant à son tour et,
après avoir jeté un coup d'œil au ciel désormais
visible, prit le chemin du retour d'un pas calme et
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Les commentaires (3)
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hublelemurien

Un livre totalement prenant qui immerge le lecteur dans un nouveau monde composé de monstres et de magie. Bien qu'ayant quelques maladresses, je conseille ce livre a tout le monde et je leur conseil aussi de suivre ce jeune écrivain très prometteur !

lundi 28 septembre 2015 - 08:29
shuder

Un livre extrêmement intéressant. Malgré une structure relativement classique, l'histoire possède un contexte inhabituelle et amusant. Il y a également quelques défauts dans l'écriture et quelques phrases maladroites, mais certaines scènes ont un véritable souffle épique et prouve le talent de cet écrivain.
Bref j'attends avec impatience la suite de cette épopée, et vous recommande fortement ce roman à l'aventure dépaysante.

lundi 24 août 2015 - 20:42
francois6792

Un très bon début pour cet écrivain prometteur.
Je conseille ce livre à toutes les générations qui veulent passer un agréable moment et s'évader dans un monde fantaisiste et surprenant. Ce jeune écrivain se distingue par sa fine recherche des noms liés au grec, ses épiques descriptions et ses retournements de situation qui tiennent le lecteur en émoi tout au long de son avancée (un peu à la GOT...). On sent que ce livre a été sans cesse perfectionné. Petit bémol: il y a peut-être un peu trop de morts à mon goût ^^ N'hésitez pas à partager vos impressions.
Perso j'ai hâte de lire le prochain tome!

mardi 18 août 2015 - 12:23

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