La Rédemption de Tessa

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Oubliez les vampires romantiques, invincibles et végétariens, propriétaires de somptueuses maisons victoriennes !
Oubliez le dandy de la nuit aux canines pointues, à la cape de velours et à l'âme tourmentée !
Découvrez maintenant les soiffards qui s'assument en tant que monstres, hantent les caves des HLM, ne respectent aucun code moral, et font de la mort un jeu. Leurs rêves les hantent à tout jamais. Ils ont bradé leur âme contre la vie éternelle et l'horreur du quotidien.
Découvrez Tessa, une fille de la nuit, qui hésite encore à jeter son humanité aux orties.
Mais, à la fin de l’histoire, posez-vous une question : le monstre est-il bien celui qui le paraît ?
Publié le : jeudi 11 décembre 2014
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La rédemption de Tessa

 

 

 

 

 

 

Sylvain Desvaux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Éditions L’ivre-Book

 

Dédicaces et remerciements

 

 

 

À une certaine brunette qui m'a inspiré Tessa et que je n'oublie pas.

Aux administratrices du site « histoires de romans » et à cette longue discussion sur le mythe du vampire.

Aux meubles.

À ma petite chatte noire Silhouette avec qui, je vous le jure, j'entretiens des liens courtois et respectueux !

Pensée spéciale pour Amélie, Fanny, Sophie, Morgane, Carole, Agnès, et tous ceux qui sont là pour m'encourager !

Merci à Marthe pour ses remarques et ses corrections très pertinentes.

Gros merci à Lilian, qui a décidé de me donner ma chance et de miser sur ce texte en un délai si court que je n'ai même pas eu le temps d'angoisser sur la question de trouver un éditeur.

Love You All !

 

La rédemption de Tessa

 

 

 

 

— Madame Dutilleul ? Bonsoir, je suis Tessa, la baby-sitter de madame Letton.

 

Hélène Dutilleul détailla, intriguée, l’inconnue vêtue d’un anorak et d’un jean délavé qui se tenait debout sur son pas de porte, un gros sac « Hello Kitty » à la main. On distinguait tout juste les yeux noisette de Tessa derrière ses lunettes aux verres rectangulaires. Quelques mèches de cheveux bruns, échappées du carcan d’un bonnet de laine rose baissé bas sur un front pâle, encadraient le visage de la visiteuse. Sa gorge et son menton demeuraient invisibles, engoncés dans une épaisse écharpe parée de couleurs vives.

— Enchantée... Vous êtes pile à l’heure ! Mais entrez donc, vous semblez avoir froid.

— Il ne fait pas chaud dehors, confirma Tessa en ôtant ses moufles. Hélène referma la porte derrière l’arrivante, sa curiosité éveillée par la tenue vestimentaire de la jeune femme. Certes, à neuf heures du soir en ce mois de décembre, la température était plutôt fraîche dans le seizième arrondissement, mais l'accoutrement de Tessa paraissait approprié pour une expédition dans le Grand Nord.

 

L’appartement des Dutilleul était situé au troisième étage d’un ancien hôtel particulier luxueux et confortable. La baby-sitter suivit Hélène dans un large hall orné de colonnes de marbre et de miroirs. Dans un coin, une petite fontaine glougloutait joyeusement.

— Je vous remercie de vous être déplacée aussi vite, j’étais un peu anxieuse. Clotilde... Madame Letton vous a vivement recommandée à moi, expliqua la maîtresse des lieux. Mon banquier de mari a trouvé judicieux de programmer à l’improviste un dîner en ville avec certains de ses nouveaux clients. Je me voyais mal laisser mes deux bouts de chou sans surveillance. Vous pouvez poser vos affaires ici.

Elle désignait un portemanteau imitant une ramure de cerf, déjà chargé des effets de la famille. Tessa entreprit de se dévêtir. Pendant ce temps, Madame Dutilleul passa dans le salon en appelant ses enfants.

— Sandra ? Vincent ? Venez voir, mes chéris !

Tessa se débarrassait de son encombrant anorak lorsqu’un objet de plastique tomba de l’une des poches. Jurant à mi-voix, elle ramassa une paire de lunettes de skis à haut pouvoir filtrant, fourrant l’accessoire dans son sac. Son bonnet, son écharpe et ses moufles déposés sur le portemanteau cervidé, elle alla se poster à l’entrée du salon.

Un piano guettait le mélomane dans un coin de la pièce, une partition ouverte au-dessus de son clavier d’ivoire. Le sol était de chêne verni soigneusement entretenu. Une table imposante couverte d’une nappe Jacquard, cernée par un groupe de chaises à dossier haut, pouvait accueillir une dizaine de convives. Un large sofa de cuir en forme de demi-cercle entourait une cheminée électrique au design résolument moderne. Un minibar sur roues bien garni offrait une importante gamme d’alcools à l’invité de passage. Une bibliothèque aux étagères combles ornait le mur du fond, près d’une baie vitrée donnant sur l’une des plus grandes avenues parisiennes. Les rideaux n’étaient pas tirés et l’on distinguait l’Arc de triomphe au bout de la rue. Tessa demeura debout à l’entrée de la pièce, impressionnée par ce déballage de luxe. La crise n’avait pas encore atteint cet endroit.

Madame Dutilleul revint dans le salon, accompagnée de ses deux enfants. Du haut de ses six ou sept ans, un petit brun chétif trottinait derrière une grande gamine rouquine d’une dizaine de printemps, au visage constellé de taches de son. Tous deux dévisagèrent Tessa avec insistance. Débarrassée de ses atours polaires, la baby-sitter ne manquait pas de charme. C’était une brunette d’un mètre soixante-cinq environ, à la jolie silhouette et au sourire léger. Ses cheveux mi-longs, divisés par une raie impeccable, ne paraissaient pas trop décoiffés par le port du bonnet de laine. Au premier regard, on identifiait Tessa comme une intellectuelle sérieuse et timide. Ce détail rassura Hélène : sa progéniture serait entre de bonnes mains.

— Sandra, Vincent, voici Tessa, elle s'occupera de vous ce soir.

— Où est Marie ? remarqua Vincent. Je veux Marie !

— Marie n’était pas disponible, expliqua Hélène, mais Tessa prendra bien soin de vous. N’est-ce pas, Tessa ?

— Bien sûr, approuva la brunette avec une expression amusée. Tu aimes les histoires de fées, Vincent ? demanda-t-elle au gamin accroché à la robe de soirée de sa mère.

— Marie m’en lit quand elle vient, répondit-il d’une petite voix.

— J’en connais quelques-unes, assura Tessa. Je t’en raconterai une pour t’endormir, ça marche ?

— J’en veux une aussi, réclama Sandra, en s’efforçant d'adopter le ton détaché de celle qui est l’aînée et ne doit pas montrer qu’elle est jalouse.

— Si vous êtes sages, aucun problème.

 

La mère congédia les gamins et expliqua rapidement à Tessa ce qu’elle devait savoir. Les enfants avaient déjà mangé et pris un bain, coucher à 22 heures, interdiction d’entrer dans la chambre des parents, la liste des impératifs classiques. Tessa but les instructions de son employeuse, posant quelques questions lorsque cela lui parut nécessaire. L’entretien n’excéda pas deux minutes. Vint le sujet des horaires et de la rémunération.

— Nous reviendrons vers deux heures du matin, peut-être trois, expliqua Hélène. Ces mondanités ont tendance à s’éterniser, je m’en passerais bien.

Elle vérifia sa mise dans un des grands miroirs du hall, sans cesser de parler.

— Vous pouvez dormir dans la chambre d’amis si vous le souhaitez, Sandra vous la montrera. Cent euros pour cinq heures, cela devrait convenir.

Tessa approuva, acceptant le billet tiré d’une pochette d’hermine avec un remerciement, toujours debout à l'entrée du salon, sourire aux lèvres. Hélène passa son manteau de fourrure. Avant de s'éclipser, elle jeta un dernier regard à la baby-sitter. Un vague pressentiment l’assaillit, mais elle ne parvint pas à identifier la cause de son trouble. En bonne dame du monde, rationnelle et peu démonstrative, elle choisit d’ignorer les sirènes d’alarme de son subconscient et quitta l’appartement pour aller rejoindre son mari à La Tour D’argent.

 

Tessa s’approcha de la porte et prit soin de donner un tour de clé. Elle se dirigea vers le portemanteau et saisit son portable. Dans son répertoire, elle sélectionna l’unique contact nommé « maison ».

— Contact ? demanda une voix à l’autre bout du fil.

— Tessa.

— Que te faut-il, Tess ?

— Je travaille ce soir. Deux gamins dans le seizième, chez Monsieur et Madame Dutilleul.

Sifflement admiratif au bout du fil.

— On fait dans la haute. Bon, détail ?

— Six et neuf ans. Je devrais pouvoir en tirer une ou deux poches sans problèmes. Voire trois si je pousse un peu, mais je vais éviter. Je crois que la mère m’a à la bonne, il y aura peut-être moyen de revenir.

— Deux à quatre poches catégorie juvénile. Noté. Tu nous rapportes ça quand ?

— Quatre ou cinq heures du matin, sauf si les parents ne rentrent pas de leur soirée. Tu as l’éphéméride ?

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