Le Jardin des Délices

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La fragile alliance qui unit les mondes du Centre est en grand péril. Dans toutes les dimensions du Multivers, des créatures monstrueuses et impitoyables apparaissent, déchaînant partout où elles passent leur redoutable bestialité. Dans les lointaines contrées du Nadir, d’étranges nécromanciens vouant un sombre culte à une terrifiante entité mécanique, défient l’ordre établi par les chevaliers du Zénith et le conseil des êtres célestes d’Eden.
Au croisement de plusieurs genres tels la science-fiction, l’horreur et la fantasy, l’auteur a créé un univers d’une richesse fabuleuse et d’un intérêt sans faille, rien que pour les yeux des lecteurs.
Publié le : mercredi 23 mars 2016
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EAN13 : 9782368921302
Nombre de pages : 252
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Le Jardin des Délices Chroniques d’Outre-Monde 1 Eric Avezance Illustration : Eric Avezance Éditions L’ivre-Book
À mes darents.
Les mondes du Centre
Le Zénith et les mondes de l’En-Haut
Le Jardin des Délices
Eden et le Centre
Les royaumes glacés de Boréalie
Le Septentrion, antre des Ombrelame
Le croissant Austral et les Océanides
Les royaumes éparpillés du Méridion
Les neuf royaumes d’Edo
Les profondeurs du Nadir
L’Abysse, insondable espace entre les espaces
Les Confins, au-delà des mondes connus
LeMultivers
Liste des principaux personnages en fin de volume.
CHAPITRE PREMIER « L’immensité du Multivers n’a d’égal que la noirceur du cœur des habitants de la myriade de mondes qui le composent. Bien des éons après la chute des Titans, longtemps après que les démons du clan Rakshasa eurent été bannis dans les Confins par les chevaliers du Zénith, une graine de folie germa sur un fumier de haine et de convoitise. Le chaos se déchaîna, ravageant nos patries bien-aimées, broyant les corps des innocents, affligeant leurs âmes au-delà du repos providentiel de la mort. Ce fut le début d’une ère sanglante marquée par l’avènement du Dieu-Monde et de ses cruelles légions exterminatrices. Nul ne saurait nommer aujourd’hui l’instigateur de ce mal, mais bienheureux ceux qui furent épargnés par les tourments de cette sombre époque. » Extractions mémorielles apocryphes de Dame Euphorbe, servante de la reine Diatomée du Jardin des Délices. Debout sur le pont de son vaisseau céleste, Bartolomé Ortigosa, pirate dimensionnel, et capitaine de « la Dame du Vide », laissait rêveusement courir son regard sur les longues traînées mauves des nuages éthérés qui zébraient la voûte azurée de l’Abysse. Il avait vu bien des prodiges au cours de son errance dans le Multivers. Il ne pouvait cependant réprimer la sensation de vertige qui l’envahissait chaque fois qu’il contemplait les limbes du grand néant, cet espace indéfini à la beauté envoûtante qui s’étendait entre les univers, et que les voyageurs dimensionnels traversaient afin de passer d’un monde à l’autre. Ici, on se sentait comme suspendu entre ciel et mer. Pourtant, il n’y avait rien de tel. Tout était à la fois ciel et mer, et nul horizon ne venait jamais en briser l’harmonie. « Nous avançons bon train, Capitaine. En continuant à ce rythme, nous aurons atteint l’Enfer bien plus tôt que prévu ! » Ortigosa n’avait pas entendu approcher Lothor, son fidèle second. Ensemble, ils avaient vécu d’innombrables aventures et s’étaient parfois risqués à des entreprises plus que hasardeuses. Dans leur jeune temps, ils écumaient sans relâche la baie de Marak’haïbo, ville comptoir du Jardin des Délices. Ils vivaient alors du trafic de minéraux précieux et autres éléments rares qu’ils maraudaient aux nobles marchands des lieux. Leur plus gros coup fut la prise de la Dame du Vide à une escouade de chevaliers du Zénith, pourtant réputés pour leur robustesse et leur férocité. Il s’agissait d’un vaisseau superbe, un appareil cybernétique doué de conscience capable de traverser les dimensions. Son fuselage argenté et finement ciselé d’arabesques lui donnait l’apparence d’un grand cétacé de métal. ne attaque surprise et fulgurante permit à Ortigosa et à une poignée d’aventuriers audacieux de réaliser un tel exploit. Dès lors, ayant pris possession de l’appareil, les pirates purent étendre leur domaine de compétence à tout le Multivers. Malheureusement, la piraterie vivait de très mauvais jours. Las des rapines incessantes dont ils faisaient l’objet, les nobles marchands d’Eden exerçaient des pressions de plus en plus grandes afin que le Zénith pourchasse et annihile tout germe de piraterie. L’enfer auquel Lothor faisait allusion était Brume du Néant, un monde hostile et desséché des Confins vers lequel aucun flibustier n’osait jamais s’aventurer. La Dame du Vide avait quitté les mondes du Centre deux cycles solaires standard plus tôt afin d’entreprendre cette périlleuse traversée à la demande d’une étrange communauté religieuse.
Cessant sa contemplation, le Capitaine se retourna sur la longue silhouette noire qui l’accompagnait durant son voyage. Sanglé dans une robe en cuir de manticore, le visage perpétuellement dissimulé sous un ample capuchon, l’Archonte Noxius, régent de l’Œuf du Serpent, l’un des mondes mineurs du Nadir, ressemblait à un spectre-démon Rakshasa. Ses mains, seules parties visibles de son corps, évoquaient à Bartolomé d’immondes mégarachnes aux pattes crochues. À ses côtés, deux gardes à l’air mauvais, également vêtus d’uniformes en cuir noir, portaient de lourdes faux kinétiques dont les lames recourbées étaient incessamment parcourues par de vives étincelles. Entassés dans la soute, une poignée de combattants semblables ainsi qu’une trentaine de sectateurs et de théurges attendaient patiemment en méditant que la Dame du Vide parvienne à destination. Tous étaient adeptes d’un culte nébuleux proche de la nécromancie dont la pratique avait été classée à l’index par l’assemblée d’Eden. « Je n’aime pas beaucoup ces gens ! grogna Lothor. Ils me font froid dans le dos. Nous ne savons rien d’eux ni quel est le but de ce voyage. Et les psalmodies qui proviennent de la soute deviennent insupportables ! Je me demande si nous avons bien fait de nous embarquer dans cette affaire… » Ortigosa n’avait pas vraiment eu le choix. Faute d’avoir réalisé de bons coups, ses caisses s’étaient vidées prématurément, limitant ainsi ses potentialités de rétribution. Les pirates acceptaient difficilement les compromis et il avait fallu rapidement trouver une solution pour éviter que la colère ne gronde au sein de son équipage. Aussi, lorsque l’on lui proposa une forte somme d’argent pour effectuer la traversée, en crédit standard de surcroît, il ne put se permettre de refuser. Il se doutait bien, cependant, qu’il y avait quelque chose de louche dans cette entreprise sinon pourquoi faire appel au service de hors-la-loi traqués sans relâche par les armées du Zénith ? « Cette désagréable excursion sera bientôt terminée, répondit Bartolomé. Nous serons alors plus riches que jamais, mon ami ! En attendant, essaie d’afficher un sourire sur ton vilain visage ! » Lothor s’éloigna en maugréant tandis que le vaisseau voguait toujours plus loin dans le vide abyssal. À bâbord, un grand nautile naviguait nonchalamment. L’animal traversa un nuage de gaz pourpre qui teinta un court instant sa coquille diaphane d’un rose pâle. Ses longs tentacules translucides flottaient langoureusement derrière lui. Avec une grâce infinie, il vint se placer dans le sillage du vaisseau en ondulant afin de se repaître des résidus énergétiques issus des systèmes de propulsion. Ce genre de rencontre était relativement fréquent dans l’Abysse. Au début de leur voyage, ils avaient eu la chance de croiser un banc de méduses phasiques. Plus tard, une raie cosmique deux fois grande comme l’appareil les avait escortés durant de longues minutes, provoquant un début de panique au sein de l’équipage. Le nautile passa subitement à tribord en se faufilant sous la coque. Il disparut ensuite dans le lointain avec une célérité extrême, comme si un invisible prédateur s’était lancé à sa poursuite. Tout comme Lothor, Bartolomé n’appréciait guère l’Archonte et sa suite. Ils lui évoquaient ces vautours des déserts glacés hyperboréens qui suivaient le voyageur égaré des jours durant en guettant le moindre signe de fatigue puis le dévoraient vif à la première occasion. Le Capitaine partageait les craintes de son second, mais faisait son possible pour ne rien en laisser transparaître, gardant une attitude confiante et sereine. Son expérience lui avait appris que toute opération recelait une part de risque et d’inconnu. Il concentra sa pensée sur le magot qui serait bientôt le sien. La somme rondelette que l’on se proposait de lui offrir allait enfin lui permettre de rompre avec cette longue vie de paria. Il envisageait de prendre une retraite bien méritée. Il n’avait pas encore décidé où s’établir, peut-être dans une agréable bourgade de la banlieue d’Eden, dans la mesure où son passé de pirate le lui permettrait. On racontait que le vin y était aussi doux que les filles. D’ailleurs, il n’excluait pas de prendre
femme et de fonder une famille. Il offrirait alors le vaisseau à Lothor, son compagnon de toujours, si ce dernier manifestait le désir de poursuivre dans la voie de la piraterie. ne main glacée vint se poser sur son épaule. L’inquiétante voix du seigneur Noxius l’arracha à ses pensées : « Dans notre religion, la fascination pour la nature est considérée comme une hérésie. » Ortigosa s’écarta presque involontairement afin d’éviter tout contact avec cette chair froide qui lui inspirait un irrépressible dégoût. Il regretta instantanément son attitude qu’il jugea très irrespectueuse envers un hôte qui payait rubis sur ongle. « Toutes ces créatures errant sans but dans le vide cosmique, reprit Noxius, ont-elles seulement conscience de l’absurdité de leur existence ? — Messire Noxius, que puis-je faire pour votre service ? demanda Bartolomé sur un ton excessivement obséquieux qui ne convenait pas du tout au modeste pirate qu’il était. — Je viens vous avertir que nous approchons de notre destination. Apprêtez le vaisseau à quitter l’Abysse, nous allons dès maintenant franchir le seuil de Brume du Néant. » Dubitatif, Ortigosa observa les appareils de navigation, des machines qu’il avait lui-même bricolées afin que le vaisseau puisse être piloté par de simples mortels. Les mesures du sextant ne concordaient en rien avec les dires de l’Archonte. Il n’y avait ici aucune singularité dimensionnelle débouchant sur un autre monde. Comme il s’apprêtait à en faire part à son interlocuteur, ce dernier anticipa sa réflexion : « Ayez confiance, Capitaine. Nous allons emprunter un chemin détourné et franchir un seuil inusité depuis bien des éons. » Bartolomé hésita un instant, craignant de déclencher involontairement la désagrégation de son appareil. Mais provoquer le courroux de son hôte à cause de son inaction était le dernier de ses souhaits. Car l’Archonte avait une allure singulière, réellement impressionnante. Il dépassait Ortigosa, pourtant réputé dans le milieu de la piraterie pour être un solide gaillard, de trois bonnes têtes. Le Capitaine s’était d’ailleurs plusieurs fois demandé s’il n’avait pas affaire à un être céleste, un être ayant atteint l’élévation, comme on en rencontrait partout à Eden et dans les mondes du Centre. Finalement, d’un imperceptible signe de tête, il ordonna à Lothor de lancer la procédure d’ouverture du portail. L’ordre fut relayé par le second qui mugit des instructions complexes à l’équipage. La Dame du Vide annonça d’une voix métallique et aiguë, presque enfantine, l’ouverture imminente du vortex. Il y eut une puissante déflagration. Quelques instants plus tard, l’appareil déchira le ciel de Brume du Néant en traversant la structure antique de son seuil. L’aspect de l’assemblage était classique : deux grandes tours suffisamment espacées pour qu’un vaisseau puisse passer en leur centre, rectilignes à leur base puis formant un arc de cercle dans leurs deux tiers supérieurs. On pouvait rencontrer ce genre de monument partout dans le Multivers, héritage antique du règne des Titans. Certains seuils n’étaient larges que de quelques pas. D’autres, gigantesques, permettaient à une dizaine de vaisseaux dimensionnels de les traverser de front. Celui-ci était très endommagé et Ortigosa frémit à sa vue. Le sommet de l’un des piliers était brisé, l’autre penchait vers l’intérieur de manière inquiétante. Le fait qu’il puisse encore fonctionner était très surprenant. On pouvait comparer le Multivers à un empilement de boîtes hermétiques, chacune représentant un univers distinct. Lorsque l’on franchissait un seuil, on ouvrait un passage entre deux boîtes. On pénétrait alors dans une sorte de tunnel quantique, un espace entre les espaces, que l’on aurait pu situer physiquement dans l’Abysse. Franchir un seuil revenait à traverser un couloir reliant deux univers. Les seuils facilitaient grandement les échanges culturels et le commerce entre les mondes, mais la majorité d’entre eux faisaient l’objet de contrôles rigoureux. Pour voyager d’un monde à un autre beaucoup plus éloigné dans l’espace-temps, il fallait souvent traverser plusieurs seuils et ainsi multiplier les risques d’être repéré par les zénithiens. Pour cette raison, les
pirates dimensionnels et autres contrebandiers évitaient les seuils. Généralement, ils optaient pour la traversée de l’Abysse bien qu’il s’agisse d’un choix extrêmement risqué. On pouvait aisément s’y perdre et une multitude d’animaux étranges y rôdaient. Inoffensifs pour la plupart, la taille de certains était absolument extraordinaire. Les collisions étaient fréquentes et avaient des conséquences dramatiques sur l’état des vaisseaux et la pérennité des expéditions. Cependant, la menace la plus redoutable était la possible rencontre avec d’autres pirates. Ces pillards qui grouillaient dans les parages, faute de trouver des convois commerciaux à attaquer, s’en prenaient parfois à leurs semblables. ne pratique largement répandue dont la Dame du Vide pouvait faire les frais. Ortigosa souffla de soulagement, le vaisseau était entier et tout l’équipage sain et sauf. À ses côtés, l’Archonte Noxius observait en silence la surface desséchée et infertile de Brume du Néant, scrutant l’horizon insondable de ce monde que nul astre solaire ne semblait jamais réchauffer. « Survolez la zone à allure modérée et gardez votre trajectoire, Capitaine. Nous sommes très proches de notre objectif. » Ortigosa se conforma aux instructions de l’Archonte tandis que la Dame du vide traversait les étendues rocailleuses de ce lieu insolite. De temps à autre, un éclair furtif venait lécher son sol poussiéreux. n grondement sourd résonnait alors dans le lointain. Soudain, un frisson d’inquiétude rampa le long de l’échine de Bartolomé. ne clameur de surprise se répandit alors au sein de l’équipage. n étrange monolithe cristallin, d’un incarnat virant au rouge sang à sa base, se dressait au sommet d’une petite colline. Ortigosa comprit instantanément que la traversée touchait à sa fin. Il en eut la confirmation lorsque le seigneur Noxius demanda à ce que l’on fasse atterrir l’appareil : « Notre voyage prend enfin tout son sens. Félicitation Capitaine ! Vous nous avez menés à bon port. » Il s’agissait d’un compliment, mais la tonalité de la voix de l’Archonte n’en restait pas moins sinistre. Bartolomé s’interrogeait sur la nature de ce cristal planté de manière si incongrue sur cette planète déserte par on ne savait qui ou quoi. Au prix d’un énorme effort, il s’abstint de poser les questions qui lui brûlaient les lèvres. On ne le payait pas pour être indiscret. « Nous allons maintenant descendre et observer un moment de recueillement devant la pierre. Joignez-vous à nous si vous le souhaitez, Capitaine. Il serait dommage de quitter l’endroit sans avoir admiré les merveilles. — Faites comme bon vous semble, Messire. Mais je vous en conjure, ne tardez pas ! Je n’apprécie guère ce lieu. » L’Archonte quitta le vaisseau le premier, suivi de près par sa garde puis par la foule de ses fidèles. Avant de leur emboîter le pas, Bartolomé vérifia la présence de son vieux désintégrateur à sa ceinture, une arme qui lui avait bien souvent permis de vivre un jour de plus. Lothor, plus fébrile que jamais, dissimula un pistolet lance aiguille dans la doublure de son veston. Ils envisagèrent un instant de quitter cet endroit maudit en abandonnant leurs curieux passagers sur place. Mais la perspective de ployer prochainement sous les crédits standard les fit renoncer à cette idée. Ils rejoignirent finalement les sectateurs qui se prosternaient devant le monolithe. Surplombant de toute sa hauteur l’assemblée de ses fidèles, l’Archonte Noxius récitait d’incompréhensibles prières dans un dialecte guttural, vraisemblablement du nadirite. Ces sombres oraisons furent reprises en cœur par les adeptes. Selon Lothor, cet artéfact étrange devait avoir une immense valeur pour que l’on entreprenne un si grand voyage dans le simple but de l’admirer. Ortigosa s’approcha. n détail piqua sa curiosité : il lui sembla que quelque chose était emprisonné à l’intérieur. Lorsqu’il ne fut plus qu’à quelques pas, il constata avec stupeur la présence de plusieurs dizaines de cadavres amalgamés dans la masse cristalline. Le visage
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